Interview du Président Emmanuel Macron sur France 2 depuis Notre-Dame de Paris.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour Monsieur le Président de la République. Bonjour. Merci d'avoir accepté notre invitation au milieu des compagnons. C'est vrai qu'on voulait aussi, nous dans le Trésor aujourd'hui, leur rendre hommage. Alors, on vous a vu tout à l'heure en haut de la flèche, magnifique vue sur Paris. D'abord, est-ce que les délais seront tenus ? L'ouverture est prévue dans un an maintenant, le 8 décembre 2024. Est-ce qu'on y sera prêt ?
Oui, les délais seront tenus. Et c'était aujourd'hui une étape importante. Nous sommes un an jour pour jour avant la réouverture au culte et aux visites de Notre-Dame de Paris. Et nous sommes un peu plus de 4 ans après l'incendie terrible qui avait ravagé, qui avait fait tomber cette flèche. Et moi, je me souviens très bien du 15 avril 2019. Ici même, le plomb fondé, l'eau était partout et nous avions failli perdre la cathédrale. La flèche était tombée, la nef était abîmée, les transeptes aussi. Et la décision que nous avions prise de rebâtir en 5 ans, elle sera tenue grâce au formidable engagement des femmes et des hommes qui, depuis le premier jour, sont sur ce chantier.
Avec un hommage aussi particulier que vous avez rendu, évidemment, au général Georges Lain, qui est décédé malheureusement dans un accident de montagne l'été dernier. C'était un homme, comme on dit, fort en gueule, qui savait manier ses hommes. Et c'est notamment la raison pour laquelle vous lui avez confié, j'imagine, les clés de ce chantier. C'est grâce à lui, si on en est là ?
Il y joue un rôle essentiel. Et en effet, quand j'ai pris cette décision, le lendemain de l'incendie, j'ai fait venir le général Georges Lain, qui était retiré de ses activités, qui avait été un grand chef d'état-major de nos armées. Et il a accepté ce défi, qui paraissait un peu fou à l'époque. Et avec un engagement sans faille, une détermination absolue, le tempérament et l'expérience qui étaient les siennes, il a mené ce chantier. Mais je crois qu'il aurait aussi à cœur, en même temps qu'on lui rend hommage, de dire que ce sont toutes les femmes et les hommes qui, à ses côtés, se sont battus. Son nom a été gravé au sommet de la flèche, c'est ça ?
Et ce matin, avec en effet plusieurs artisans, de manière très émouvante, on a gravé son nom dans le bois sur un de nos chênes venant des forêts de France. Son nom a été gravé et il restera pour toujours. Mais c'est vraiment une aventure humaine. Philippe Jost, qui était son adjoint, a pris son relais à la tête de l'établissement public. Et vraiment, je veux saluer les architectes, tous les compagnons, les métiers d'art, l'ensemble de nos échafauders, l'ensemble, tous les corps de métiers qui sont là.
Vous avez des milliers de femmes et d'hommes qui appartiennent à des corps de métiers très différents, des métiers techniques, de la conduite, des opérations, jusqu'à des métiers d'art, justement, à la fois tailleur de pierre. Oui, les restauratrices qu'on a vu tout à l'heure dans nos sujets aussi. Restauratrices, restaurateurs. Nous allons changer aussi les vitraux. Nous avons vu aussi tout à l'heure du travail sur le plomb qui était admirable.
Vous avez un savoir-faire ancestral qui est ici représenté et beaucoup de petites entreprises d'artisans qui se déploient depuis avril 2019 sur ce chantier pour qu'on tienne les délais, pour que ce soit ici la France qui rebâtisse avec ses savoir-faire.
Sur cette volonté, Emmanuel Macron, de vouloir aller si vite. Alors, certes, la basilique de Notre-Dame est un symbole, c'est l'un des monuments les plus visités au monde, mais on a l'impression que pour vous, il y a un petit truc en plus. Est-ce que c'est lié au sacré ? Presque un aspect religieux, sacré, dont vous parlez d'ailleurs souvent dans vos interviews.
C'est un aspect patrimonial, culturel et spirituel. Et Notre-Dame est évidemment importante pour tous nos compatriotes catholiques et pour les catholiques du monde entier. Mais Notre-Dame de Paris est aussi importante pour les Françaises et les Français. C'est notre vie, notre histoire, nos romans. Et vous avez raison, il y a une part de spiritualité. Et je pense que dans la vie d'une nation, elle est importante. Et elle est compatible avec la laïcité. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que les pouvoirs publics, le président que je suis, n'interfèrent pas dans la vie des religions. Il y a une séparation.
Mais ça veut dire que vous, comme citoyens, vous pouvez croire ou ne pas croire, mais vous devez pouvoir croire librement. Mais vous devez respecter toutes les lois de la République. C'est ça qui nous unit. Et oui, je pense que le rapport au spirituel, dans le moment que nous vivons, est quelque chose qui aide beaucoup de nos compatriotes à vivre. Ça peut être une religion. Ça peut être une philosophie.
Je vous pose la question parce que vous avez célébré hier soir une fête juive. Vous parlez de relation à la laïcité et de votre relation au sacré. Une fête juive, à nous cas, à l'Élysée. Ça fait polémique aujourd'hui. On vous le reproche. Le CRIF a dit regretter. Est-ce que vous recommenceriez ?
Non, parce que j'aime la précision et l'esprit de nuance dans ces moments. Parce que justement, je veux veiller à l'unité. Je n'ai célébré aucune fête. À l'Élysée, j'ai accueilli des rabbins venant de l'Europe entière qui ont remis à travers moi, à la France, un prix. Ils le remettent chaque année, célébrant le combat que mène la France contre l'antisémitisme. Et donc, je les ai reçus. Les discours se sont tenus. Et à la fin de ce discours, moi, j'ai allumé la bougie du souvenir et de la mémoire de l'achat. Et ensuite, le grand rabbin, lui, a allumé deux bougies liées à Ranouka. Le président de la République ne célèbre aucune fête religieuse.
Je ne l'ai pas plus fait hier que je ne le ferai demain. Et donc, j'ai reçu ce prix et je l'ai fait d'ailleurs en présence des autres cultes qui sont présents dans notre pays, dans cet esprit d'unité. Et je pense que c'est comme ça que ça doit fonctionner. Précisément parce que la laïcité, ça n'est pas l'effacement des religions. C'est leur possibilité de cohabiter de manière bienveillante. Et c'est le fait que le président de la République, lui, ne participe pas. Vous me voyez parfois à des cérémonies religieuses. Je ne participe jamais. Ce qu'il a ajouté, c'est que cette fois, c'était à l'intérieur du palais de l'Élysée. Oui, mais j'entends beaucoup de polémiques.
Mais vous savez, je pense que dans ce moment, il faut savoir raison. J'ai entendu aussi des polémiques. A l'inverse, d'autres m'ont dit que vous auriez dû aller à la marche. On explique chaque jour au président ce qu'il devrait faire. J'essaie de tenir un chemin qui est le chemin de l'unité et de la bienveillance. Et ce qui m'importe, c'est que tous nos compatriotes, aujourd'hui, dans notre pays, sentent qu'ils appartiennent à une même nation et une même république, la France. Qu'ils aient tous la possibilité, je vous le dis, de croire ou de ne pas croire.
Et que nos compatriotes soient de confession musulmane, catholique, protestante, bouddhiste ou juive, qui puissent croire avec la confiance qui va, avec ce que la République leur offre, de sécurité et de bienveillance. Et j'étais avec les représentants d'autres cultes, ils étaient là. Et surtout, ce qui m'importe, et sur quoi il faudrait plutôt insister, c'est le discours que j'ai tenu. Et j'ai tenu le discours qui a expliqué pourquoi je bâtis l'unité dans notre pays et pourquoi aussi la France a un message, si je puis dire, de modération et de paix sur ce qui se passe aujourd'hui au Proche-Orient.
J'ai expliqué à ces rabbins venant de l'Europe entière que la France était ce pays qui était attaché à la sécurité d'Israël, mais qui en même temps demandait une trêve humanitaire conduisante à un cessez-le-feu. Parce que nous pensons que toutes les vies se valent et que nous défendions la solution politique des deux États. Le dire devant des rabbins de l'Europe entière, c'est ça le rôle du président de la République. C'est ça ce que j'ai fait hier. Je n'étais pas une fête religieuse.
Vous évoquez la sécurité, c'est vrai que ce sera aussi l'un des enjeux au moment de la réouverture de Notre-Dame dans un an. 14 millions de visiteurs sont attendus, a priori, pour la première année. C'est absolument colossal, avec des enjeux sécuritaires qui vont se multiplier cette année. On pense évidemment aux fêtes de fin d'année d'abord, aux Jeux Olympiques, aux dates anniversaires de la Seconde Guerre mondiale, le débarquement, 80 ans en juin prochain. Autant de défis qui inquiètent les Français. Un récent sondage montré qu'un Français sur deux est inquiet, par exemple, pour la sécurité au moment des Jeux Olympiques. Comment est-ce que vous allez y répondre à cette inquiétude ?
Par du travail, de la mobilisation. Vous savez, il y a deux façons de réagir face aux événements. Quand la cathédrale s'est effondrée, il y a l'abattement qui ne mène à rien. Et puis il y a la décision, dès le lendemain, de dire « nous rebâtirons ». Et on agit. Face aux folies du monde, la guerre qui revient, les actes terroristes que nous avons encore vécu, il y a l'inquiétude qui ne mène à rien et il y a l'inquiétude qui conduit à la décision. Je n'ai pas attendu la période.
Dès 2017, j'ai pris des décisions fortes de réembaucher plus de 10 000 policiers et gendarmes, de restructurer notre sécurité intérieure en renforçant la direction générale de la sécurité intérieure et sécurité extérieure, de créer une coordination nationale, justement, de renseignements et de lutte contre le terrorisme. On a passé des lois qui nous ont réarmés. On a réinvesti pour avoir plus de magistrats. Ce qui fait que la France est aujourd'hui un pays qui est équipé pour faire face à ces événements.
Peut-être un mot de ce qui va se passer dans un an, jour pour jour, M. le Président. La date de l'ouverture, ce sera un événement planétaire. Certains disent « le pape », pourquoi pas ?
Est-ce que vous l'inviterons ? L'invitation est lancée déjà ou pas ? Elle est permanente. Elle est permanente ? Non, mais de manière très... Bien sûr, parce qu'il est toujours le bienvenu dans notre pays. J'ai eu la chance de l'accueillir à Marseille avec l'ensemble des organisateurs il y a quelques semaines. Mais je pense que ce sera un moment très fort pour notre pays, pour les catholiques du monde entier. Je serai présent aux côtés de Mgr Ulrich et de l'ensemble, justement, des évêques et de la communauté catholique qui aura préparé tout cela. Et avec, je le sais aussi, tous les compagnons et les femmes et les hommes qui ont permis ce chantier de cinq ans.
Et bien sûr, l'invitation sera lancée, mais il ne m'appartient pas de répondre en son nom.
Bon, on se donne rendez-vous dans un an. Merci, M. le Président. On leur a posé la question tout à l'heure. Vous allez voir la réponse. Est-ce que vous serez prêts dans un an ? Oui !
Merci beaucoup. Merci à vous. Merci infiniment à tous et toutes. Merci. Merci, M. le Président. Merci de la présence aujourd'hui.
Merci.
Emmanuel Macron