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interviewyoutube.com· 15 octobre 2021

Lettre d'un hussard de la République - Entretien avec Didier LEMAIRE (2nde partie)

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

On est dans le moment où la situation se détériore nettement, à tel point qu'aujourd'hui, vous n'enseignez plus. Alors, qu'est-ce qui s'est passé ? Quel a été le rôle des autorités, des réactions et qu'est-ce qu'on vous a reproché en fait ?

J'agis en même temps et il se trouve qu'après l'assassinat de Samuel Paty, je publie une lettre aux enseignants dans l'Obs et suite à cette lettre, la ville est en effervescence, la ville de Trappes est en effervescence. Dans mes classes, ça va commencer à poser dans certaines classes de graves problèmes. Il y a des personnes, du personnel du lycée qui participent à une campagne de calomnie contre moi.

À la suite de la publication de cette lettre, je suis protégé par la police. Mes entrées et mes sorties de l'établissement sont accompagnées de policiers en armes qui accompagnent mon véhicule et qui veillent à ce que je rentre et que je sorte sans être suivi jusqu'à mon domicile. Je comprends que la situation est extrêmement tendue.

Je constate que certains jours, des policiers en armes entourent le lycée. Je sais que je suis en danger physiquement, mais j'apprendrai au mois de décembre seulement qu'une des responsables d'une association Trappes, qui habite Trappes depuis très longtemps, dira à une journaliste néerlandaise que si je continue de parler de Trappes et de l'islamisme ou de l'islam, je serai le prochain Samuel Petit. Voilà, c'est ça.

Voilà. Et donc, à partir de là, je sais que je suis vraiment en danger, même si aucune menace de mort ne m'a été directement adressée. D'abord, je ne suis pas sur les réseaux sociaux, donc ça évite déjà cela.

Voilà. Mais je comprends que ma vie est en danger et ce n'est pas un fantasme de ma part, puisque ce n'est pas moi qui décide de me mettre sous protection, sous escorte plus précisément. Et à partir de là, une campagne très forte, puisque j'alerte dans la presse sur ma situation et la situation de la ville, à travers notamment le Point, l'Express et le Figaro.

Trois articles sortent. Et suite à ça, c'est le début d'une grande campagne médiatique de calomnie pour tenter de me discréditer. Et dans cette campagne de calomnie, on voit un maire, le maire de Trappes, mais aussi un préfet remettre en question ma parole et insinuer, on veut faire des procès d'intention, insinuer que je ne vise, en prenant la parole, qu'à ternir l'image de la ville et que mon discours, finalement, c'est mon discours qui devient problématique, ce n'est plus le réel.

D'accord. Donc, on a affaire à une sorte de renversement, si vous voulez, puisqu'il ne s'agit plus de discuter du réel, mais de discuter de mes intentions. Alors, là, vous avez, en tant qu'enseignant, vous dépendez du rectorat, vous voyez le rectorat, qu'est-ce qu'on vous dit ?

Quelles sont les décisions qui sont prises contre vous ? Le rectorat prétend tout d'abord, je dis qui prétend parce que la suite démentira cela, mais prétend être bienveillant à mon égard et chercher des solutions. Oui.

Donc, je suis écouté, on me demande ce que je veux, moi, je dis, je ne veux pas quitter ce lycée parce que je ne veux pas qu'on mette la poussière sous le tapis. Donc, lors de ma première réunion, je dis, je veux rester en poste, à vous d'assurer ma sécurité. Oui.

Mais évidemment, ça devient très vite intenable vu la pression médiatique et en même temps la pression sur les élèves. On ne peut pas, je ne peux plus enseigner la philosophie à des élèves qui, évidemment, pour certains, se sentent mis en question. Oui.

Donc, le rectorat décide ce que je lui avais suggéré de le faire à mon chef d'établissement, décide de me retirer d'abord de façon provisoire des cours, c'est-à-dire de suspendre mon activité d'enseignant. Mais on comprend que ça ne sera pas possible non plus de revenir. Donc, il y a une nouvelle réunion et on acte le fait que je ne peux plus enseigner dans ce lycée.

D'accord. À partir de ce moment-là, je suis reçu au cabinet de M. Blanquer par ses conseillers qui me font de vagues propositions, disons, pour envisager mon avenir professionnel.

Propositions qui resteront tellement vagues qu'en fin de compte, il ne se passera rien. Donc, je suis actuellement toujours dans l'éducation nationale. J'ai refusé de démissionner ou de me mettre en disponibilité.

Au mois d'avril, le rectorat m'a intimé l'ordre de mission d'aller rejoindre la ville d'Argenteuil, qui est une ville qui est peut-être encore plus touchée par l'islamisme que Trappes. Ce sont les salafistes qui quasiment contrôlent cette ville. Donc, à ce moment-là, j'ai pris conseil auprès de mon avocate, qui a engagé une procédure pour refuser le poste en argant mon droit de retrait, en mettant en avant ce droit de retrait.

Je rappelle quand même que depuis février 2021, je ne suis plus sous escorte policière, je suis sous protection rapprochée. C'est-à-dire que je suis en permanence accompagné d'un officier de sécurité qui veille à ma sécurité. Donc, je ne vois pas comment on peut envoyer un enseignant dans une ville pareille, ou même dans une autre ville, accompagné d'un officier de sécurité et d'une voiture.

Enfin, ça devient totalement délirant. Je comprends que là, on n'est pas du tout bienveillant à mon égard. Depuis, on m'a proposé un autre poste à la rentrée dans une petite ville, m'a-t-on dit bien tranquille.

Je l'ai refusé également pour les mêmes raisons, puisque je crois que Conflans-Saint-Honorin aussi était une ville bien tranquille. Mais après la campagne de dénigrement qui a eu lieu contre moi, je suis évidemment une excellente cible pour tous ces djihadistes d'atmosphère. Et donc, il n'est pas question pour moi de retourner au lycée.

J'attends donc que l'institution règle ma situation professionnelle. D'accord. Donc là, pour l'instant, vous êtes en période d'attente, effectivement.

Absolument. Bien sûr. Alors, pour terminer cet entretien, je reviens sur une phrase que vous mettez en couverture de votre livre, sous le titre du livre, qui est « Avant qu'il ne soit trop tard, est-ce que vous pensez qu'aujourd'hui, il est encore temps ? » Oui, je pense qu'aujourd'hui, il est encore temps.

C'est pour ça que je dis « avant ». Mais il pourra être bientôt trop tard, puisque si on laisse cette progression que moi j'ai observée à Trappes, si elle se généralise, on va se retrouver dans une situation où on aura du djihadisme d'atmosphère, non pas individuel, mais collectif, c'est-à-dire au fond des situations de guérilla, voire de guerre civile. Je ne suis pas évidemment le seul à faire ce pronostic.

D'autres l'ont fait avant moi, des spécialistes de l'islamisme notamment, des sociologues, des policiers aussi, des militaires. Oui, la situation est grave et elle suppose, je pense, de refonder l'école. L'école doit être refondée, elle doit être un véritable sanctuaire, ce qu'elle n'est plus aujourd'hui.

Et elle doit jouer son rôle d'abord d'instruction et transmettre la culture humaniste, ce qu'elle ne fait plus aujourd'hui. Un enseignant sur deux s'auto-censure, les programmes sont faits plus pour, disons, dans la perspective de la réussite sociale que dans une perspective d'une véritable formation de l'homme et du citoyen. Donc, il faut refonder l'école, il faut que la police soit respectée partout sur le territoire et il faut que la justice soit rendue.

Donc, j'appelle dans mon livre à une prise de conscience de nos concitoyens pour construire un comité de salut national qui fournira une réponse d'ensemble à cette offensive islamiste, car ce ne sont pas avec des mesures éparses, des mesurettes même bonnes, que l'on pourra contrer un ennemi qui est déterminé à nous détruire. Je vous remercie pour cet entretien et nous suivrons attentivement votre parcours dans les semaines et les mois qui viennent. Merci beaucoup.

Merci à vous.

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