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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 2 décembre 2017 9 min

Pascal Cherki : "La gauche doit sortir de la nostalgie et du renoncement"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Bonjour Pascal Cherqui, ancien député socialiste, désormais à la direction nationale du mouvement de Benoît Hamon, ce mouvement du 1er juillet, né il y a 5 mois. Les harmonistes sont réunis en congrès aujourd'hui, ça se passe au Mans, où vous êtes en duplex. En convention. Cette convention des harmonistes, en tout cas cette journée de fondation, vous en attendez quoi Pascal Cherqui ?

0:24
Pascal Cherki

Notre objectif c'est de poser l'acte de naissance très formel de notre nouveau mouvement politique, qui n'est pas encore un parti, et qui cherche à mettre au centre du débat politique et au centre du débat de la gauche les idées de la gauche de demain, qui sont déjà celles d'aujourd'hui, qui sont la question des transitions du travail, notamment à travers la manière d'organiser un partage moderne des richesses, à travers le revenu universel, la poursuite de la réduction du temps de travail, la reprise de la marge de la réduction du temps de travail, la question de la centralité de la lutte pour la transition énergétique et écologique, ce qui repose la question d'une politique volontariste publique, française et européenne, autour du climat, mais pas seulement la question de l'appréhension moderne de ce qu'est la démocratie au XXIe siècle, donc le partage du pouvoir, la place qu'on accorde à la souveraineté populaire, toutes ces questions qui nous semblent être fondamentales et qui sont aujourd'hui paradoxalement peu traitées par les formations politiques, qui privilégient ou surprivilégient la communication au détriment du débat de fonds.

Donc c'est ça qu'on va essayer de faire avec une vision offensive, enthousiaste et moderne de la gauche.

1:27
Présentateur

Et à propos de cette nouvelle force politique des harmonistes, vous dites que c'est destiné à devenir un parti. Un parti vertical, non ? Pas encore. Ou plutôt un mouvement ? Vous souhaitez quoi, vous ?

1:38
Pascal Cherki

Pour l'instant, nous sommes un mouvement politique. Après, nous en débattrons. C'est nos adhérents qui décideront de cette question-là.

1:44
Présentateur

On a bien compris que le mouvement était à la mode en ce moment. L'horizontalité devient à la mode quand on voit le succès politique d'Emmanuel Macron.

1:50
Pascal Cherki

La verticalité, monsieur, existe toujours dans une... Bien sûr. Parce que la délégation de responsabilité est le principe de la vie collective. Mais nous sommes dans une société, nous nous refusons cette société très verticale et très patriarcale, héritée de la seconde révolution industrielle, de la cinquième république. Et donc nous pensons aujourd'hui que nous sommes dans un monde où la question de l'horizontalité doit être beaucoup plus prise en compte. La manière dont se forme l'intelligence, dont les processus cognitifs se forment aujourd'hui, elle est beaucoup plus horizontale.

Regardez la place qu'occupent par exemple les réseaux sociaux par rapport à la transmission d'un savoir académique pour ne prendre que cet exemple-là. Donc ce monde change, notre monde change. Et donc la question pour la gauche, c'est de sortir de cette double posture qu'il a stérilisée pendant des années, soit d'être une nostalgie, soit d'être un renoncement. Nous nous pensons que la gauche aujourd'hui doit reprendre le chemin de la conquête et de s'intéresser aux questions de fond. La question du partage des richesses, mais on n'organisera pas le partage des richesses au XXIe siècle, comme on l'a fait au XXe siècle.

La question de la place des classes populaires et donc de la souveraineté populaire dans une démocratie moderne ne se posera pas de la même manière qu'elle s'est posée au XIXe ou au XXe siècle. Mais les enjeux sont les mêmes, mais les réponses ne sont pas les mêmes.

2:57
Présentateur

Avec également chez les harmonistes une grande orientation écologiste, écologique, ça se traduira comment Pascal Cherki ?

3:03
Pascal Cherki

Benoît Hamon l'a dit dans la campagne présidentielle, il a dit je ne pourrais plus jamais être socialiste sans être écologique. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que l'approche écologique de la société est un impératif qui doit nous irriguer. Je vais vous prendre un exemple. La question du climat. Le débat n'est pas de savoir si oui ou non on pense qu'il y a un risque de réchauffement climatique. Il y en a un. Il est avéré. La question c'est de savoir si on passe les 2 degrés ou les 3 degrés.

Parce que si vous passez les 2 degrés et que vous allez vers les 3 degrés, vous savez aujourd'hui qu'avec l'organisation d'un système biosphérique et des boucles de rétroaction autour duquel est organisée la Terre, je m'excuse, c'est un peu technique, vous pouvez avoir des conséquences qui vont impacter durablement la vie humaine. L'augmentation des catastrophes climatiques, les migrations qui vont se chiffrer par centaines de millions, toute une partie des populations qui vivent près des zones côtières qui vont être atteintes. Les migrants écologiques. Donc, lutter contre le réchauffement climatique est un impératif.

A partir du moment où vous dites ça, ça doit modifier complètement vos politiques publiques, votre rapport à l'énergie fossile, la manière dont vous envisagez même votre mode de consommation. Donc c'est ça. Ça ne veut pas dire aujourd'hui devenir écologiste et abandonner l'idéal socialiste. Ça veut dire que l'impératif écologique est un impératif qui aujourd'hui doit irriguer l'ensemble de notre pensée politique. C'est donc cette synthèse que nous essayons de faire entre la pensée socialiste, le combat pour l'égalité, pour la justice sociale, le partage des richesses.

4:27
Présentateur

Et il faudra des hommes pour ça, Pascal Cherky. Il faudra des hommes pour notamment l'écologie. Est-ce qu'un homme comme Yannick Jadot pourrait rejoindre votre mouvement ?

4:33
Pascal Cherki

Mais il le fera s'il le veut. Nous, on ne fait pas un mercato. Vous ne cherchez pas des prises de guerre ? Non, on ne fait pas un mercato. Ce qu'a montré l'élection présidentielle et l'apparition de la France insoumise est d'En Marche. C'est que les responsables politiques, les leaders, les représentants, c'est le peuple qui se les désigne. Donc nous, un de nos objectifs aussi, c'est de faire émerger une nouvelle génération de responsables, d'hommes et de femmes politiques qui soient capables de porter demain les idées de demain.

5:04
Présentateur

Et votre objectif, c'est quand même bien de prendre l'avantage sur les insoumis comme principale force d'opposition à Emmanuel Macron ?

5:11
Pascal Cherki

Non, non mais les insoumis jouent un rôle important. C'est une force d'opposition présente à l'Assemblée nationale. Mais ils vont se heurter à la situation que moi j'ai connue quand j'étais un député frondeur. C'est que vous pouvez mettre tous les coups de boutoir que vous voulez à l'Assemblée nationale, tant qu'il y a une majorité, ça ne bouge pas. Et d'ailleurs, au bout d'un moment, la France insoumise va se poser la question suivante, à quoi je sers réellement ? Qu'est-ce que j'obtiens comme résultat ? Quelle ligne j'arrive à faire bouger ? Et cela indépendamment de l'authenticité qu'ils mettent dans leur combat.

Ils mettent beaucoup d'authenticité dans leur combat, comme nous on en a mis beaucoup quand on était entre guillemets des frondeurs. Mais pour arriver à quel résultat ? Donc se posera aux insoumis, comme elle se posera à toute la gauche, la question des chemins du rassemblement. Car si l'ensemble de la gauche ne se rassemble pas autour d'un projet commun, finalement toutes ces contestations, ces oppositions, ces divisions, apparaîtront comme stériles. Mais c'est une question qui se posera demain.

6:08
Présentateur

Eh bien, on peut poser la question maintenant pour plus de clarté. On a vu en septembre Benoît Hamon participer à la marche des insoumis. Cette marche dite contre le coup d'état social d'Emmanuel Macron. Pascal Cherqui, on ne comprend pas très bien ce matin si les Hamonistes sont plutôt des alliés ou des rivaux des insoumis.

6:26
Pascal Cherki

Oui. Nous essayons d'être dans une forme d'honnêteté politique. Nous étions et nous sommes opposés aux ordonnances sur le travail de Macron. Donc nous avons dit, à chaque fois qu'il y aura une mobilisation, nous y participerons. Nous avons appelé aux manifestations organisées par les syndicats. Nous sommes allés à la fête de l'humanité qui avait fait du rassemble, cette fête de l'humanité, un moment de mobilisation contre les ordonnances travail. Et Jean-Luc Mélenchon et son mouvement de la France insoumise ont décidé d'organiser une manifestation. Les moteurs de la manifestation nous allaient, puisqu'ils étaient centrés sur la loi travail, nous y avons participé.

Donc à chaque fois qu'il y aura une mobilisation qui convergera vers un objectif qui est de résister à une dérive libérale, ultra-libérale d'Emmanuel Macron, et qu'elle viendra de la gauche, nous y participerons.

7:11
Présentateur

Alors je vais vous poser la question autrement, Pascal Cherqui, quelles sont les relations aujourd'hui entre Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon ?

7:17
Pascal Cherki

Mais Benoît Hamon et notre mouvement entretiennent des relations avec l'ensemble des familles de gauche. Donc bien évidemment avec la France insoumise, qui est une force de gauche importante, nous avons donc des discussions. Dans ces discussions, nous sommes capables de poser nos points d'accord, lutter contre la dérive de la politique d'Emmanuel Macron, un certain nombre d'autres questions. Et nous sommes aussi lucides sur aujourd'hui nos points de désaccord. Mais nous préférons par rapport à ces points de désaccord, essayer de réfléchir à une méthode pour les surmonter, plutôt que nous affronter stérilement, publiquement.

Mais c'est la même discussion que nous avons avec les communistes, et c'est la discussion que nous souhaitons demain avoir avec ce qu'il reste du Parti Socialiste.

7:56
Présentateur

Oui mais j'ai toujours compris ce matin, si vous aviez de bonnes relations, j'ai bien compris pour l'ambition politique, je voulais parler des relations en ce moment entre Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, ça n'a pas toujours été au beau fixe, on en est où si on prend la température en ce moment entre les deux hommes ?

8:10
Pascal Cherki

Mais les relations, elles sont bonnes, comme elles sont bonnes avec Pierre Laurent, comme elles sont bonnes avec d'autres responsables de la gauche. Nous souhaitons que la gauche réfléchisse à terme aux moyens de se rassembler, mais autour d'un projet, autour d'un projet.

8:24
Présentateur

Pascal Cherqui, on va reprendre cette interview dans quelques minutes, ce sera après la revue de presse de Frédéric Pommier, et vous serez rejoint à 8h40 par le politologue Frédéric Savicky, professeur de sciences politiques à l'Université Paris 1 et spécialiste de la gauche. Le standard est ouvert, vous pouvez poser vos questions dès maintenant à nos deux invités, Pascal Cherqui et Frédéric Savicky, vous appelez le 01 45 24 7000.