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interviewBFMTV· 22 janvier 2024 33 min

Mobilisation des agriculteurs: l'interview de François Ruffin en intégralité

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

On accueille sur ce plateau François Ruffin, député de la France Insoumise de la Somme. Bienvenue sur ce plateau. Le gouvernement mobilisé, une réunion ce soir à Matignon, on le disait, entre les représentants de la FNSEA, les jeunes agriculteurs et Gabriel Attal. Est-ce que vous saluez le dialogue ce soir ?

0:18
François Ruffin

On peut saluer le dialogue autant qu'on veut. Maintenant, moi, ça fait plus de cinq ans que je suis sur la question des prix agricoles, parce que la clé, c'est le prix. Au fond, il faut voir qu'il y a une injonction de la part du gouvernement pour le monde agricole qui est schizophrénique. De leur côté, on leur dit de monter en gamme, on leur dit qu'il faut le bien-être animal, on leur dit qu'il faut éliminer les phytos, et de leur côté, on leur dit qu'il faut la compétition à l'international avec les fermes-usines au Brésil et éventuellement maintenant avec les fermes-usines en Ukraine. Et donc, il y a une injonction qui est complètement contradictoire.

Vous ne pouvez pas à la fois vous bagarrer pour monter en gamme sur les produits et en même temps dire que vous devez vous adapter au dumping à l'international. Donc, ce qu'il faut maintenant, il nous faut une exception agriculturelle. Vous savez, moi, ça fait deux décennies qu'on le dit.

1:06
Présentateur

Donc, ça consiste en quoi, cette exception agriculturelle ?

1:08
François Ruffin

C'est-à-dire que de la même manière qu'on a fait sortir la culture des traités internationaux, et c'est ça qui nous permet aujourd'hui d'avoir encore... C'est bien ce que vient de dire le Rassemblement National. C'est exactement ce qu'il va dire aux gens qui ont dit la même mesure. Écoutez, s'ils veulent imiter le discours et improviser un discours que moi, je tiens maintenant depuis deux décennies, c'est leur problème, c'est pas le mien. Ah, ils le tiennent depuis un certain temps. Moi, je viens de dire quelque chose avec Constance. J'ai même écrit un bouquin sur ces questions-là. D'accord ? Donc, je dis, il nous faut une exception agriculturelle. Ça veut dire quoi ?

Ce qu'on a fait sur la culture, qui nous permet d'avoir un modèle français avec du cinéma français, il n'y aurait plus un film français si on avait jeté ça entre les mains de l'OMC. Eh bien, il faut faire la même chose pour l'agriculture. Il faut se demander si on font... Et c'est pour ça que moi, je suis intervenu sur les questions agricoles.

1:50
Invité

Concrètement, ça veut dire quoi ?

1:51
François Ruffin

Eh bien, ça veut dire qu'on sort l'agriculture des traités internationaux et on n'a pas pour objectif d'avoir les prix, les prix, les prix, les prix, les prix, les plus bas possibles. Si on veut rémunérer nos agriculteurs correctement, il faut des instruments de régulation. Qu'est-ce que c'est ces instruments de régulation ? Je vous l'ai cité, puisque là, on revanche notre... Notre interlocuteur avant était bien incapable de les citer. Ce sont des prix planchers, oui, un.

C'est, deux, des quotas d'importation, ce sont des quotas de production et c'est le coefficient multiplicateur qui fait qu'entre le moment où vous achetez au producteur et le moment où c'est vendu en supermarché, il y a un multiple qui ne peut pas être dépassé. Ce que je vous raconte là, ce n'est pas l'Union soviétique, ce n'est pas la Corée du Nord. Qu'est-ce que c'est ? C'est la politique agricole commune qui a été celle dans les années 80-90 avant que l'Europe ne décide de s'auto-détruire, décide de s'auto-déréguler. Et qui fait que ça a eu quoi comme conséquence ?

On l'a vu d'abord sur le lait, on a supprimé les quotas de production sur le lait, crise de surproduction qui a fait plonger les prix et qui a éliminé les produits.

2:50
Invité

Je voulais dire, il n'y a plus d'importation, c'est plus d'échange en fait.

2:54
François Ruffin

C'est auto-suffisant. Mais attendez, je ne vous dis pas que c'est l'autarcie, ne confondez pas l'autarcie et la régulation des échanges. On a eu une régulation des échanges pendant des décennies qui n'a pas posé de problème. Donc il ne s'agit pas d'être dans l'autarcie, il s'agit d'être dans une régulation des échanges. Et ça, c'est tout à fait faisable.

3:10
Présentateur

Certains disent que ce serait suicidaire économiquement. Il y a d'autres personnes qui ont travaillé sur le sujet et qui disent que ça frapperait de plein fouet les productions haut de gamme comme le vin et le fromage, par exemple, je vous donnais cet exemple, et que ça entraînerait de graves conséquences économiques.

3:26
François Ruffin

D'accord, maintenant, vous savez, au fond, la question, je vais vous parler de prix, vous reparler des prix, mais la question fondamentale, et j'entendais que vous le disiez tout à l'heure, on a des politiques qui sont en zigzag. On ne sait plus ce que veulent les politiques. L'interlocuteur le plus pertinent que j'ai entendu, moi, c'est le patron de la Fédération nationale bovine, donc la FNSEA sur les bœufs et les vaches, qui disait quoi ? Qui disait, il faut qu'on nous donne un cap. Dites-nous ce que vous voulez qu'on fasse. Si vous voulez qu'on fasse une agriculture familiale, on le fera. Si vous voulez qu'on nous concurrence, la Nouvelle-Zélande, on le fera.

Mais dites-nous ce que vous voulez qu'on fasse. Et il faut qu'on dise aux paysans ce qu'on veut qu'ils fassent. Pendant, dans l'après-guerre, ça a été très clair, ce qui a été demandé aux paysans. C'était quoi ? C'était retrouver la souveraineté alimentaire. Et en une génération, en 1972, on retrouve notre souveraineté alimentaire. Pourquoi ? Parce que l'État a appuyé la mécanique, il a appuyé la chimie, il a appuyé le démembrement, et on a obtenu le retour à la souveraineté alimentaire. Mais depuis 1972, ça fait un demi-siècle maintenant, il n'y a plus de cap, il n'y a plus de but qui est donné. Alors, est-ce que c'est la mission exportatrice de l'agriculture française ?

Ou est-ce que c'est, et je vous dis, moi, le cap que je porte, le cap, c'est les agriculteurs français, ils doivent d'abord aider, permettre que les Françaises, les Français de notre pays se nourrissent, et se nourrissent bien. Et s'il y a des surplus, ça va pour l'international.

4:46
Invité

Non mais là, il y a quand même un problème fondamental de coût, c'est que notamment vos amis politiques, par exemple, vont réclamer du bien-être animal. Et tout le monde le souhaite, on veut du bien-être animal. Ça nécessite de l'espace, ça nécessite des bâtiments, ça nécessite des investissements, éventuellement même, horreur, construire des nouveaux élevages. Je vous ai dit la difficulté qu'il y a aujourd'hui en France pour ça. Et ça, ça a un coût. Aujourd'hui, le porc bio en plein air, il ne se vend pas, il est déclassé. Les gens n'ont pas les moyens en France de payer cette nourriture.

5:22
François Ruffin

Alors, d'abord, vous dire que la question clé est celle que vous dénoncez, c'est-à-dire la question du prix. La première chose sur laquelle il faut se bagarrer pour les agriculteurs, c'est le prix, le prix, le prix, le prix.

5:30
Invité

Mais derrière, il y a le pouvoir d'achat.

5:32
François Ruffin

Si vous ne bagarrez pas sur le prix d'abord, ensuite, il n'y a pas la possibilité pour les paysans de se demander comment ils vont transformer leur agriculture parce qu'ils sont dos au mur, le couteau sous la gorge. Donc, il faut se bagarrer sur les prix. Et faire qu'ils soient payés correctement et qu'on ne se gaffe pas sur eux. Vous savez, il y avait cette image connue de la Révolution française où on voit un paysan avec sur le dos un curé et avec sur son dos à lui un aristocrate. Aujourd'hui, quelle est la réalité du monde paysan ? C'est qu'il a sur son dos l'industrie agroalimentaire qui a sur son dos la grande distribution. Voilà ce qui se passe.

Quand vous regardez pendant les états généraux de l'alimentation, je me suis bagarré pour qu'il y ait un prix plancher. Il faut que le prix plancher sur le lait, ça soit 40 centimes du litre. D'accord ? On ne l'a pas eu. On n'a pas eu le prix plancher. Aujourd'hui, Lactalis achète le lit de 40 centimes. Pendant ce temps-là, on a le gazoil agricole dont le prix a triplé et on a les intrants agricoles qui ont doublé. Et pourtant, il achète 40 centimes du litre. Et la fortune de M. Beignet, le patron de Lactalis, augmente, elle, de 70% en 3 ans et atteint 10 milliards d'euros. Donc, le prix, oui, mais pour payer qui ?

Est-ce qu'on veut que le prix paye les paysans ou est-ce qu'on veut que le pays paye les industriels dont le taux de marge n'a jamais été aussi élevé ?

6:45
Présentateur

Vous avez vu que Bercy va envoyer un groupe de 100 inspecteurs justement pour s'assurer que les revenus des agriculteurs soient bien préservés dans ces négociations. Mais je ne trouve pas bien rigolo.

6:56
Invité

Il y a 400 000 exploitations et on va envoyer 100 inspecteurs.

6:59
François Ruffin

Ça semble peu. C'est de la rigolade. C'est de la rigolage. Moi, je le dis, si on veut aider le monde agricole, il faut fixer les prix planchers. Vous mettez 4500 000.

7:08
Invité

C'est ce que proposait le Rassemblement national.

7:10
François Ruffin

Qu'ils me copient, qu'ils fassent du copier-coller. S'ils veulent, mais je ne vous le dis pas pour moi. C'est le fait de la poule, là, vraiment. Je ne le dis pas pour moi. Vous savez, je m'en fiche. Je m'en fiche de ce que voteront demain les agriculteurs. Par contre, je dis, pourquoi je me bagarre là-dessus ? Je n'ai pas envie qu'il arrive à l'agriculture française ce qui est arrivé à l'industrie française. D'accord ? Moi, j'ai vu les usines. Les usines de mon coin, je les ai vues avec le libre-échange partir en Roumanie ou partir en Chine. Est-ce que, de la même manière qu'on a délocalisé l'industrie, on veut délocaliser aujourd'hui l'agriculture vers les firmes usines de Moïse ?

7:42
Invité

Un peu de cohérence, Jean-Marie Ruppin. Votre famille politique est celle qui a réclamé à haut cri l'arrêt immédiat du glyphosate, l'arrêt de tous les pesticides. C'est celle qui prône 100% d'agriculture biologique. C'est un effondrement de rendement. Vous n'êtes pas cohérent. Aujourd'hui, les circonstances, et on vous en excuse, font que vous venez dire votre amour de l'agriculture sur un plateau de télévision. Mais sur vos programmes, ce que vous prônez depuis des années, ça n'est pas tout à fait compatible avec ni la souveraineté alimentaire, ni une agriculture qui se tienne, une agriculture digne. Vous vous arrêtez de compléter la question ? Oui, parce que ça ne suffisait pas.

Non, non, parce que dans le mal-être des agriculteurs, il y a les questions de revenus, mais la question du mépris. Parce qu'ils en ont marre qu'on les fasse passer pour des pollueurs. Les pollueurs ? Oui, ça aussi. Ça aussi, parce que ça aussi... Vous êtes les pros. Là, franchement, vous et vos copains écolos, c'est vraiment les agriculteurs,

8:37
François Ruffin

aujourd'hui, c'est le pire.

8:37
Présentateur

La réponse de François Ruffin.

8:39
François Ruffin

D'abord, mon amour de l'agriculture, j'en ai fait des livres, j'en ai fait des milliers d'amendements, j'en ai fait des discours entiers à l'Assemblée nationale. Mais ce n'est pas vous, personnellement. Mais vos alliés, vos alliés... Elle n'est pas approuvée ici, ce soir. Mais personne n'en est en d'autres. Maintenant, Frédéric Carmel, laissons François Ruffin en répondre. Je vous dis qu'il y ait une volonté. Pour moi, l'horizon, il est lequel ? L'horizon, il est cette transformation écologique de l'agriculture. Oui, c'est l'horizon qui est apporté. Maintenant, il faut permettre aux gens de se diriger vers cet horizon-là. Or, ça n'est pas du tout fait.

De la même manière que je vous disais que dans l'après-guerre, il y avait un cap qui a été fixé par l'État, qui était la souveraineté alimentaire. Et voilà comment on va y arriver. Aujourd'hui, on a un État qui vous dit qu'il faut sortir de ça, mais qui n'indique pas du tout comment on va y arriver. Donc aujourd'hui, il ne faut pas seulement fixer un horizon, mais qu'il y ait un chemin qui soit fait avec les gens. Or, aujourd'hui, ce n'est pas fait du tout.

9:32
Présentateur

C'est un consigne.

9:33
Invité

Non, malheureusement, ce qu'on voit aussi en ce moment, c'est cette tension qui existe sur la transition écologique, justement, dont je parlais tout à l'heure. Malheureusement, quand même, dans ces normes qui exaspèrent les agriculteurs, il y en a beaucoup qui sont édictées dans la période récente pour des motifs écologiques. Au nom de l'écologie. Au nom de l'écologie. Au nom de cette transition écologique. Donc c'est sans doute très mal fait. Moi, je suis assez d'accord avec une partie de ce que dit François Ruffin. Je pense que l'État doit, en effet, fixer un cap et essayer de faire en sorte que les choses soient cohérentes et que les agriculteurs ne soient pas paumés en race campagne.

Et on peut difficilement ne pas être d'accord avec ce qui est soulevé sur le salaire, notamment, par exemple, du patron de Lactalis. On est là pour dire les choses. Et on a parlé il n'y a pas très longtemps du salaire. Je ne veux pas y revenir pour ne pas tirer sur l'ambulance. Mais il se trouve que Mme Oudea Castera était très bien payée, notamment au sein du groupe Carrefour. Mais oui, mais c'est quand même important. Je veux dire, pendant que les agriculteurs se pendent parce qu'ils ne gagnent pas leur vie, vous avez des gens qui, parce qu'ils sont au COMEX, au comité exécutif de Carrefour, sont payés des fortunes. Ça, c'est quand même une réalité.

Et je trouve que les moments de crise comme ceux qu'on vit en ce moment sont aussi des moments où il faut mettre ces sujets-là sur le tapis. Et mettre peut-être, peut-être, c'est une supposition de ma part, une certaine inertie de certains gouvernements qui, parce qu'ils ont des liens quand même avec cette société qui évolue d'un COMEX à l'autre, eh bien... Des conflits d'intérêts, ils ont du mal. Oui, parce que c'est un certain milieu qui fait que, bon, on s'entend bien entre gens bien payés, tout simplement. Eh bien ça, je trouve que les moments de crise qu'on vit, c'est vrai que c'est la dignité de la France d'avoir encore une agriculture magnifique. Et il faut...

Et ce serait la dignité de nos gouvernants de ne pas seulement faire les mêmes réunions que d'habitude, parce que là, ce qu'on a vu, c'est vraiment les mêmes images que d'habitude, et d'essayer de mettre les vrais sujets sur la table. Eh bien, dans les sujets, il y a effectivement... Et là, je pense qu'on pourrait même faire une union sacrée là-dessus. Il y a effectivement la rémunération de ces agriculteurs par rapport à la rémunération de la grande distribution. Je terminerai par là, quand même, les plus grandes familles français, les plus grandes fortunes dans ce pays, vous en avez toute une partie qui se sont faites grâce à la grande distribution.

Je ne suis pas sûr que ce soit le cas pour les éleveurs et les agriculteurs. Non, il y a un sujet qu'on partage, c'est le trop plein de normes, notamment pour les agriculteurs. Ça, on est parfaitement d'accord. Mais il y a pire que les normes. La transposition dans le droit français des normes crée des règles de concurrence qui sont déloyales. Je vais vous prendre un exemple. Je crois que ça va parler à tout le monde. On vient de signer un traité de libre-échange avec la Nouvelle-Zélande. À Pâques, dans votre assiette, vous aurez peut-être de l'agneau, mais qui viendra de Nouvelle-Zélande. C'est déjà le cas, d'ailleurs. Qui aura donc passé... On importe 60% des ovins.

Ça m'est déjà arrivé d'en acheter si vous voulez bien. Qui aura donc passé 6 mois dans un frigo, fait des milliers de kilomètres, des milliers de kilomètres, qui aura été élevé selon des normes environnementales et sanitaires qui n'ont rien à voir avec celles qu'on impose à nos producteurs. Et vous allez demander ensuite aux producteurs français de se battre à l'international tout en respectant la qualité que légitimement on attend de leur cheptel. Pardon, c'est impossible. C'est ce qu'on appelle une injonction contradictoire. On leur demande une chose et son exact contraire.

Pardon, aucun domaine, aucun domaine autre que l'agriculture n'accepterait de faire son business dans une situation de concurrence aussi déloyale. Eh bien, les agriculteurs, c'est exactement ce qu'on leur demande. Et vous étonnez qu'ils soient sur les ronds-points. Et en les engueulant, en prime. Et en plus, en les engueulant, absolument. Qu'est-ce qu'on peut donc...

13:19
Présentateur

On l'a bien vu, Gabriel Attal va apporter des réponses à court terme. Concernant ces normes, qu'est-ce qu'on peut proposer ? Qu'est-ce que vous proposez, vous, pour simplifier toutes ces normes ?

13:29
François Ruffin

D'abord, il peut y avoir une convention sur laquelle un agriculteur n'est pas là pour remplir des paperasses toute la journée. Mais je dirais que c'est presque une maladie chronique aujourd'hui. Un infirmier, on lui demande de s'auto-évaluer et de remplir de la paperasse en permanence. Donc on est comme ça dans une méta-paperasserie qu'il s'agit d'éliminer. Mais aller vers le chemin de la transition écologique serait acceptable pour les agriculteurs mis en concurrence de cette manière-là en permanence. La première chose à faire pour M. Attal, pour M. Macron, c'est de faire ce sur quoi il s'était engagé. Ne pas signer le traité sur le Mercosur. Ils avaient dit qu'ils le signeraient.

Ça, ils vont pas le signer. Le Mercosur, c'est un pays d'un délégage. Aux dernières nouvelles, ils vont pas le signer. Ouais, ouais, aux dernières nouvelles, c'est pas mes dernières nouvelles. Mais là, pour le coup, c'est la révolution qui est en train de campagne. C'est signé. C'est signé. En effet. Mais ce serait bien

14:18
Invité

avec le Mercosur.

14:20
François Ruffin

Rappelons-nous que dans le cœur de la crise Covid, pour moi, le président de la République avait eu des propos sensés à ce moment-là. Il avait dit déléguer notre santé, notre alimentation, notre cadre de vie à d'autres est une folie. C'est de la folie que d'avoir ce libre-échange mondialisé avec des cours complètement volatiles qui permettent pas aux agriculteurs de s'inscrire dans la durée. Là, je veux dire, imaginez un traité de libre-échange avec le Brésil, avec des élevages qui sont 15 000 fois plus grands que les élevages français. Avec beaucoup plus de place, bien entendu, le territoire qui a rien à voir.

Et avec 51 molécules qui sont autorisées là-bas, avec des antibiotiques, avec de la nourriture OGM. Qu'on n'utilise pas ici. Et on se dit qu'on va mettre en concurrence les agriculteurs brésiliens avec les agriculteurs français. C'est une folie. Donc, cette folie-là, il faut à un moment la canaliser, la stopper et réintroduire de la régulation.

15:13
Présentateur

Il y a une autre mesure qui met les agriculteurs en colère, c'est la hausse progressive de la fiscalité sur le gazole non routier. Vous appelez à ce qu'il n'y ait pas de hausse ?

15:22
François Ruffin

Écoutez, on a le gazoil qui déjà, dont le prix a été multiplié par 3, et l'idée du gouvernement, c'est de se dire qu'on va multiplier par 2 la taxe là-dessus. Mais attendez, où ils sont ?

15:34
Présentateur

Parce que là-dessus, vous avez des prix

15:39
François Ruffin

de l'électricité qui ont grappé de 50% et on vous dit qu'on va rajouter une taxe sur l'électricité de 10%. Là, je me demande où ils sont. Ils ne comprennent pas comment vivent les gens aujourd'hui dans le pays.

15:50
Invité

C'est le bouclier qu'il y a eu avant.

15:52
François Ruffin

Que ça soit pour financer quoi que ce soit. Vous savez, la semaine dernière, je ne veux pas changer de sujet, mais j'étais chez des gens qui ont des problèmes de facture d'électricité. Si vous leur dites qu'ils vont augmenter, que ça va augmenter de 10%, je veux dire, et là, de la même manière...

16:04
Invité

Si vous n'aviez pas combattu le nucléaire, M. Ruffin, vous ne seriez pas dans cette situation. C'est quand même dommage. Vous êtes trompé si longtemps.

16:10
François Ruffin

Là, aujourd'hui, ce n'est pas le sujet qui est sur la table. C'est vous qui avez parlé d'électricité. Non, non, mais... Moi, je veux bien me lancer sur la question du mix énergétique dont on a besoin aujourd'hui, mais je crois que la véritable question aujourd'hui est celle des agriculteurs. Et je le redis, pour les agriculteurs, ce qu'il nous faut, c'est un prix juste. Vous savez, j'en veux d'autant plus au gouvernement que personnellement, je me suis impliqué dans les états généraux de l'alimentation. Et qu'en fait, il y a des dizaines de milliers de personnes qui s'y sont impliquées et qui y ont cru. Et qu'à l'époque, il y avait quasiment un consensus.

Je vous lis des citations de l'époque. Vous aviez Serge Papin, le PDG d'Intermercier, qui disait « Il faudrait des prix minimums garantis. » Vous aviez Michel et Dard Leclerc qui disaient « Mettons un prix minimum, un prix plancher. On a bien un salaire minimum. Pourquoi pas un prix minimum du lait et de la viande ? » Et cette opportunité qui existait de re-réguler un peu, d'avoir des outils, je le dis, le coefficient multiplicateur pour que la grande distribution ne se gaffe pas, d'avoir des prix planchers pour être assurés que les agriculteurs puissent se payer comme il faut. On avait là une opportunité et ils n'ont pas utilisé.

Au contraire, ils se sont lancés dans une usine à gaz à laquelle personne n'a jamais rien compris et qui n'a pas du tout porté les fruits qu'ils devaient être portés.

17:22
Présentateur

Alors, j'aimerais qu'on entende Jérôme Bayle sur ce sujet. Vous êtes éleveur de Beauvins, pardonnez-moi, dans le Volvestre en Haute-Garonne. Vous êtes l'un des leaders du mouvement de blocage à Toulouse. Est-ce que vous avez un peu d'espoir après cette réunion, ce dialogue quand même entre la FNSEA et le gouvernement ?

17:43
Locuteur non identifié

– Mais moi,

17:46
Invité

je ne sais pas trop ce qu'il s'est dit. En tout cas, j'ai eu Armand Rousseau vite fait. Il a dit que le Premier ministre voulait redonner une place forte de l'agriculture au niveau européen et au niveau mondial. Mais bon, moi, personnellement, j'ai vraiment perdu confiance aux paroles du gouvernement. donc j'attends vraiment des actes, j'attends vraiment des actes plus que des paroles. Mais oui, il faut vraiment remobiliser les troupes et vraiment remotiver les agriculteurs français à produire et les aider à produire, à produire de la qualité pour que on retrouve une place forte.

18:28
Présentateur

– Vous allez poursuivre donc les opérations dans les prochains jours ?

18:32
Invité

– Ah oui, oui, on n'a pas l'intention de partir. Moi, Mamon et Nechaïs, c'est la venue de M. Attal chez nous à Toulouse et avec des propositions concrètes sur les revendications qu'on demande. Je ne veux pas de paroles, je veux des écrits. Et on veut des écrits pas éphémères, on veut des écrits qui durent et qui puissent pérenniser l'activité agricole dans notre région et surtout dans toute la France.

19:02
Présentateur

– Alors justement, comment est-ce que vous comptez faire pour que ce mouvement qui pour l'instant reste quand même plutôt localisé dans le sud-ouest pour qu'il se nationalise ? Est-ce que vous comptez aller jusqu'à Paris ?

19:16
Invité

– Mais s'il est localisé dans le sud-ouest, ce qui a une raison, c'est qu'aujourd'hui, le revenu agricole le plus bas en France, c'est dans le sud-ouest. Donc on a commencé en bas à se réveiller. Mais les problématiques du GNR et tout ça, ça va toucher toute la France et toutes les exploitations donc je pense que petit à petit, avec tous les messages que je reçois, énormément de blocages en France vont commencer à l'entrée à l'action à partir de demain, après-demain et ainsi de suite.

Et je l'ai dit, je le répète, s'il faut que tous les agriculteurs viennent dans mon chemin et dans mon sillage et pour monter à Paris, faire entendre notre voix devant l'Elysée ou au salon de l'agriculture, on saura le faire, bien sûr.

20:01
Présentateur

Vous allez rester toute la nuit sur place ?

20:05
Invité

Comme depuis 5 nuits. Vous savez, je dois être à 10 heures de sommeil en 5 nuits. Avant-hier, il a fait moins de 7 degrés et on a dormi dans une caisse assez réelle, ce 20 cm de paille sans chauffage. Ça prouve sûrement notre détermination.

20:19
Présentateur

Merci beaucoup, merci beaucoup, Jérôme Baye, d'avoir témoigné sur notre antenne. Certains disent que c'est les gilets jaunes, les gilets verts. Ça, c'est une vraie crainte de la part de l'exécutif ?

20:36
Invité

Alors, c'est trop tôt pour le dire. Pour le moment, c'est encore localisé dans une partie de la France. Mais ce que l'on voit bien, c'est que s'il n'y a pas de réponse immédiate, ça peut parfaitement dégénérer, faire tâche d'huile. Et d'ailleurs, les organisations départementales des syndicats, y compris les syndicats qui ont été reçus à Matignon, sont en train de prévoir des manifestations sur l'ensemble du territoire. Il dit qu'on pourrait

20:57
Présentateur

aller jusqu'à Paris et perturber notamment le salon de l'agriculture.

21:01
Invité

Exactement. Et vous avez dit quelque chose d'important tout à l'heure, c'est qu'il y a un salon de l'agriculture, il y a des élections européennes, il y a les Jeux olympiques. Peut-être qu'on est rentré dans une séquence extrêmement longue. Et pour éviter cette séquence longue, il faut qu'il y ait des réponses concrètes. Et là, pour une fois, c'est un dialogue qui dépasse largement les corps intermédiaires. On voit bien que la base a pris la part. C'est pour ça que Gabriel Attal s'est dépêché de faire venir la FNSEA à Matignon. C'est pour essayer de réencadrer le mouvement. Parce que là, pour le moment, il échappe aux organisations syndicales. Il faut quand même...

Ce que l'on sent, c'est un degré d'acceptabilité des gens qui ont été bloqués. On a vu un de tous les reportages. Il y a une vraie sympathie pour ce mouvement chez les gens, même qui ont été bloqués sur les autoroutes. Alors, c'est vrai... Pour l'instant, mais pour l'instant... Pardon, c'est vrai de tous les mouvements sociaux. Au début, quand les gilets jaunes ont commencé, 70 ou 80% des Français étaient proches.

21:54
Présentateur

Il y a une vraie affection pour les agriculteurs du pays. Les gens comprennent... De la part des Français.

21:59
Invité

Les gens comprennent bien que les agriculteurs ont de vrais problèmes. Et la France, grand pays agricole, reste attaché à son agriculture. Il faut quand même aussi comprendre que la situation française n'est pas celle qu'elle est en Allemagne. On n'en est pas du tout au même niveau. Parce que la taxe qu'ils allaient prendre, eux, sur le gazole, n'a pas été négociée. Elle leur tombait sur la tête d'un coup. C'est 20 centimes. C'était plus que ça. C'était plus de 50 centimes d'un coup. C'est un truc colossal. En France, les organisations syndicales avaient négocié, dès le mois de novembre, avec le gouvernement, une diminution de cette hausse, son étalement dans le temps.

Alors, évidemment, ça reste une augmentation et ça reste un coût supplémentaire, une charge supplémentaire pour les agriculteurs. Mais elle a été quand même contenue, si bien que le dialogue était déjà engagé. Ce qui est certain, c'est que les organisations, notamment la FNSEA, craint énormément un débordement de sa base.

Ce qui place d'ailleurs Emmanuel Macron en position très délicate pour les européennes parce que lui, qui avait envisagé notamment quelqu'un comme Pascal Canfin, comme tête de liste, Pascal Canfin, qui est la bête noire des agriculteurs, c'est le président de la commission environnement à la commission européenne, il a voté absolument dans tous les textes sur lesquels il demande aujourd'hui qu'on puisse revenir. Donc ça, c'est plus possible. Et il n'y a pas vraiment de figures comme ça qui comprennent le monde agricole.

J'ajoute, et là, pour les européennes, c'est le dernier enjeu mais qui concerne tous les partis, qu'il y a peut-être aujourd'hui, sur 80 députés européens français, 7, 8 qui connaissent le sujet agricole et encore, je suis généreuse, ils n'y connaissent rien. Il va falloir qu'ils se mettent à la page, mais alors très très vite. Justement,

23:37
Présentateur

je voulais vous faire réagir l'Assemblée nationale qui essaie de tirer profit de cette colère et qu'on écoute Robert Ménard. Robert Ménard, il dit jusqu'alors, les agriculteurs, ils ne votaient pas tellement pour le Rassemblement national et c'était en train de changer un petit peu. Justement, il y a un créneau. On l'écoute, je vous fais réagir derrière.

23:57
Invité

C'est une crise politique. Écoutez, juste, les agriculteurs, c'était quand même la partie de la population qui ne votait pas pour le Rassemblement national. Et alors ? C'était, vous avez vu les derniers chiffres, presque 30% aujourd'hui, des agriculteurs vont voter le Rassemblement national. Comment ça se défendait ? Oui, mais attendez, sauf qu'avant, ce n'était pas du tout le cas. Ils votaient pour quoi ? C'était le lieu ou la droite classique, je ne sais pas comment l'appeler. Chez vous, c'est plus que 30% ? Chez moi, bien plus que ça. Combien chez vous ? Je ne sais rien. C'est majoritaire.

24:28
Présentateur

François Ruffin, comment vous expliquez que le Rassemblement national arrive, contrairement à vous, pardonnez-moi, à tirer profit de cette colère-là ?

24:36
François Ruffin

Je pense que, vous savez, ce qui se passe, le bloc social, le bloc libéral central, aujourd'hui, il n'arrive plus à assurer la sécurité, la protection des Français, des Français qui travaillent. Quand j'entends cet agriculteur, au fond, j'entends des tas de salariés qui, aujourd'hui, ont du mal à vivre de leur travail. Voilà la question qui est posée. Le gasoil, c'est la goutte qui fait déborder le vase ou le géricane ou le réservoir du tracteur. Mais ce n'est pas la cause fondamentale. La cause fondamentale, c'est comment on fait pour vivre de son travail. Les agriculteurs ne vivent plus de leur travail. Mais pourquoi que le Rassemblement national

25:15
Présentateur

arrive à se positionner et à prendre des voies justement et contrairement à vous ?

25:19
François Ruffin

Ce n'est pas fait. Vous savez, c'est une bataille qui est en cours. C'est une bataille qui est en cours pour tous les gens qui voient que le système actuel où on dit concurrence, où on dit compétitivité, où on dit que tout doit passer par le marché, que le marché ne marche plus, que les marchés les met en danger. C'est ce qui se passe, là, aujourd'hui. Puisque les marchés qui les mettent mal à l'aise et ils demandent simplement à pouvoir correctement payer par leur travail. Tous les gens qui voient que ça, ça ne marche plus, ils cherchent une autre réponse. Eh bien, il faut qu'il y ait une réponse qui soit une réponse progressiste, une réponse de gauche.

Alors, en disant, ce dont vous avez besoin, c'est de la régulation.

25:55
Invité

Vous avez entendu tout à l'heure ce qu'a dit le représentant du Rassemblement national. En gros, la crise que vivent les agriculteurs, c'est la faute de l'Union européenne. Et il se trouve qu'il y a des élections européennes. Donc, on voit bien que le terrain, le terrain de prédilection pour le Rassemblement national, ça va être celui-là. Mais, pardon, les opposants au Rassemblement national peuvent aussi faire leur travail politique.

Rappelez, par exemple, qu'aujourd'hui, les manifestations devant le Parlement anglais, que je sache, l'Angleterre n'est plus dans l'Union européenne, eh bien, ils manifestaient devant le Parlement parce qu'ils veulent des prix justes pour les fruits et les légumes. Eux, ils n'ont pas eu la loi Egalim, contrairement à nous. Alors, elle est très imparfaite, ça a été dit, ça ne fait aucun doute. Mais, au moins, il y a un cadre imparfait, mais il y a un cadre. Eux, ils n'ont rien et ils ne sont plus dans l'Europe. Donc, montrer du doigt l'Europe, c'est insuffisant. Oui, il y a des problèmes. Par exemple, la baisse de la production, c'est un contresens et un non-sens total aujourd'hui.

Mais on rappelle aussi,

26:49
Présentateur

je rappelle ce chiffre, 30% du budget européen est destiné à l'agriculture. Oui, 9 milliards d'euros. Et les agriculteurs ont besoin de l'Europe.

26:56
Invité

9 milliards d'euros pour les agriculteurs français. Mais on voit que la PAC a été adressé aussi pour beaucoup de gens. La PAC, il faut bien s'entendre, ce ne sont pas un cadeau contre l'agriculteur. C'est une compensation. La PAC, c'est finalement le prix, ça compense le fait que les Européens ne payent pas le prix qu'ils devraient payer pour leur alimentation. Ce n'est pas autre chose. On consacre 14% de notre budget à la bouffe. Dans les années 50, c'était 40-50%. On ne paye pas ce qu'on devrait payer. Et c'est ça que rémunère la PAC.

27:25
François Ruffin

Moi, je suis pour une augmentation de la part du budget des ménages consacrée à l'alimentation. J'ai même fait campagne en 2017 en l'affichant. Mais ça veut dire quoi pour le pouvoir d'achat des Français qui nous écoutent ? Il faut qu'autre chose baisse. Qu'est-ce qui doit baisser aujourd'hui ? C'est la part du logement. Le grand problème du pouvoir d'achat aujourd'hui, c'est la part du logement.

27:43
Invité

60% dans le budget des ménages.

27:45
François Ruffin

Il faut absolument faire baisser la part du logement dans le budget des ménages. C'est la dépense contrainte. C'est celle qui étouffe les gens. Il faut faire baisser la part du logement dans le budget des ménages. Par rapport à l'alimentation, c'est la merveilleuse. C'est sûr comment, d'ailleurs,

27:55
Invité

ça ne fasse pas plus scandale que ça. Parce qu'aujourd'hui,

27:58
François Ruffin

l'alimentation, la vérité, c'est que dans la durée, ça a été la variable d'ajustement sur lesquelles on ne voit pas comment faire pour se priver sur son logement. C'est contraint. Donc du coup, au moins, quand on va dans les rayons du supermarché, on peut choisir. On peut choisir quel niveau de gamme on va acheter, et ainsi de suite. Donc, il faut que l'agriculture, nos agriculteurs, cessent d'être la variable jeudi, il y a eu une Europe qui, pendant un temps, a été une Europe protectrice des agriculteurs par des instruments de régulation que j'ai énumérés, que je réénumère, parce qu'il faut que ça rentre dans les têtes des gens et aussi dans les têtes de nos dirigeants.

Mais la gestion, elle était productiviste, alors qu'aujourd'hui, c'est le contraire. Vous pouvez avoir... Vous savez, moi, pour moi, on a eu raison d'être productiviste jusqu'en 1972, c'est-à-dire jusqu'à temps qu'on ait atteint notre souveraineté alimentaire. Et après, il fallait trouver un nouveau cap, il fallait donner un nouveau cap à l'agriculture. On n'en a pas trouvé, on a continué dans la même direction. Résultat, on a voulu faire la mission exportatrice de l'agriculture française. Ce n'était pas une solution.

28:57
Invité

Mais vous pensez qu'il faut arrêter d'exporter des céréales, du grain, aux pays du Maghreb ? Parce qu'il y a neuf pays dans le monde qui sont en capacité de produire suffisamment pour exporter et nourrir ces pays qui ne pourront pas, qui ne peuvent pas, c'est physique.

29:14
François Ruffin

Je ne dis pas qu'on ne doit pas le faire, je dis qu'on doit avoir un but central. Parce qu'aujourd'hui, c'est tout. C'est toutes nos marchandises qui sont fixées par le cours mondialisé. Ce n'est pas seulement les céréales. Donc, je vous dis par exemple qu'est-ce qu'il faut faire sur les céréales. Il faut avoir un prix, un cours interne à l'Union européenne. Un cours pour notre consommation. Une protection de notre consommation. Que ça, ça soit protégé par un cours... Donc, il faut revenir sur le Green Deal. Ça n'a rien à voir.

29:43
Invité

Si, 20% de rendement en moins. Déjà, on importe des céréales. L'an dernier, on a apporté 40 millions de tonnes de céréales en Europe. On n'a pas produit assez.

29:50
François Ruffin

Est-ce que je suis pour produire moins dans l'Union européenne ? Non. Maintenant, je me fixe... L'objectif, on doit se fixer un cap. On doit dire aux agriculteurs à quoi ils nous sont utiles. Vous savez, dans tout ce que j'entends chez les agriculteurs, et croyez-moi que je ne les entends pas qu'à la télé, d'accord ? Ce que j'entends, c'est des problèmes matériels, mais aussi un problème quasiment spirituel. Oui, bien sûr. C'est-à-dire, quel est notre sens ? Qu'est-ce qu'on apporte à la société ? Eh bien, pendant un temps, ça a été clair. On vient pour nourrir le pays. Et aujourd'hui, ce n'est plus aussi clair que ça.

Donc, il faut qu'il y ait une affirmation d'un cap, d'une volonté politique qui dise un cap. Le but premier de l'agriculture, ici, c'est de nourrir les gens d'ici.

30:26
Invité

Je retiens que le Green Deal, pour vous, c'est fini.

30:29
François Ruffin

Non, je ne dis pas que le Green Deal, aujourd'hui, c'est tout. Vous dites qu'il ne faut pas produire moins. On ne doit pas avoir pour objectif de produire moins. C'est l'objectif du Green Deal. On doit avoir pour objectif aujourd'hui de produire mieux. On doit avoir pour objectif de produire en protégeant nos agriculteurs. Protégeant nos agriculteurs, c'est-à-dire que l'Union Européenne ne doit pas dire qu'on les met en concurrence avec les fermes-usines du Brésil ou avec, demain, les fermes-usines d'Ukraine. Parce que, M.

Noman, la réalité, quand même, c'est que les importations d'Ukraine, normalement, c'était en transit sur le territoire de l'Union Européenne pour aller sur les pays du Maghreb. Et que, finalement, de transit, ça s'est vendu avec, du coup, une chute des cours. Non, il faut qu'on refuse ça. Il faut que... Accrochez-vous. Il faut que les prix pour nos agriculteurs soient régulés. Moi, je viens pour porter un mot qui est ici. Le mot de régulation et de dire aux agriculteurs... Alors que, justement,

31:20
Invité

ils en auront le bol des normes. Mais non ! Non, mais j'ai compris votre idée. La régulation, ce n'est pas de la norme. J'ai compris que ce n'était pas pour eux les normes. C'est des normes pour leur permettre de vendre leurs marchandises, leurs produits à des prix des gens. Et on verra ce que propose. Mais il n'empêche que ils viennent dire qu'ils n'en peuvent plus des normes. Et finalement, les politiques, qu'est-ce qu'ils trouvent comme réponse ? C'est des nouvelles normes. Non, mais non. J'ai bien compris qu'elles ne s'appliquaient pas à eux. Non, non, non. Mais quand même... Je veux que le message soit clair. Il y a un autre sujet. On a très bien compris votre...

Il y a quand même un autre sujet. On n'a peut-être pas le temps de l'évoquer, mais il ne me paraît quand même pas anodin. C'est quand même la prolétarisation des Français. C'est quand même le fait qu'aujourd'hui, pourquoi est-ce qu'on a fait... Oui, mais c'est vrai. Pourquoi est-ce qu'on a fait... Pourquoi est-ce qu'on a fait du hard discount pendant des années ? D'ailleurs, c'est un tout petit peu entre guillemets passé de mode ces derniers temps. Mais je me souviens d'une période où on entendait parler mais que de ça toute la journée. Le fait qu'on pouvait acheter un litre de lait pour 2 centimes si on venait entre 15h et 18h à tel hypermarché, etc. Pourquoi ?

Parce qu'en fait, les gens, avec ce qu'on les paye, n'ont pas les moyens de faire leur course de manière décembre. Parce que les logements valent tout. Non, mais il y a le logement qui avalent tout, mais il y a aussi le fait... Oui, mais prenez les salaires des Français. Vous verrez combien sont payés les gens en France. Et ça, c'est un énorme sujet sur lequel, pour l'instant, je n'ai pas l'impression

32:38
Présentateur

que le gouvernement

32:39
Invité

ait fait preuve de beaucoup de volontaires.

32:41
Présentateur

On verra en tout cas ce que le gouvernement propose pour répondre à cette colère des agriculteurs. Vous avez quelques secondes pour répondre à Charles Consigny.

32:48
François Ruffin

Je suis bien d'accord avec M. Consigny. Il faut que simplement tous les Français, tous les habitants de notre pays puissent vivre de leur travail, bien en vivre et pas en survivre. Et le nombre de smicards dans notre pays a augmenté de 50% ces dernières années. Et donc, de la même manière qu'on doit sortir les paysans, on doit sortir les salariés de cette smicardisation de la société en les payant comme il faut parce que ce sont eux qui feront tourner notre pays.

33:09
Présentateur

Et François Ruffin et Charles Consigny d'accord sur ce plateau. On ne sera pas forcément d'accord sur les causes de cette smicardisation.

33:14
Invité

Moi, je pense qu'il y a trop d'impôts, trop de taxes et trop de réglementations. Allez, non, s'il vous plaît. Je voulais qu'on retourne. Il faut toujours dire le dernier mot, c'est ça le principe.

33:20
Présentateur

Toujours.

33:20
Invité

Mais je suis d'accord aussi que les patrons doivent faire un effort pour mieux payer les gens. C'est là-dessus qu'on se rejoigne.

33:25
Locuteur

Merci. Merci.