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interviewRMC· 16 novembre 2023 22 min

L'interview intégrale de Laurent Nunez sur RMC

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

aussi sur la question des actes, ces fameux actes antisémites. De quoi s'agit-il ? Combien d'actes ? Mais qui aussi derrière ces actes ? Et puis je voudrais commencer par cette libération hier du policier qui a été l'auteur du tir mortel sur Naël. Il est donc sorti de prison, il est poursuivi pour meurtre. Ça fait quatre mois et demi qu'il était à l'isolement. Ça vous inquiétait cette sortie ou est-ce que vous vous en réjouissez ?

0:25
Laurent Nuñez

Non, je n'ai pas de commentaire à faire. Je n'ai pas de commentaire à faire. C'est une décision qui a été prise par un juge d'instruction. J'en prends acte. Je n'ai aucun commentaire à faire. Évidemment, c'est un dossier que je suis avec attention. Je rappelle que c'est un policier qui relève de la préfecture de police de Paris. C'est un de mes effectifs. J'ai pris acte de cette décision prise par un magistrat dans le cadre de l'État de droit. C'est la justice qui décide.

0:48
Présentateur

Vous dites que vous n'avez aucun commentaire à faire. Mais par exemple, lorsqu'il y avait eu le directeur général de la police nationale cet été qui avait souhaité publiquement la libération du policier en disant qu'avant un éventuel procès, un policier n'avait pas sa place en prison, vous aviez apporté votre soutien. Vous aviez dit « je partage les propos du directeur général de la police. Je suis fier d'avoir été préfet de la police des Bouches-du-Rhône puisqu'il s'agissait à ce moment-là d'un policier de Marseille. » Vous aviez dit votre soutien, clairement.

1:14
Laurent Nuñez

Bien sûr, j'avais apporté mon soutien. L'essentiel du message qu'on passait avec le directeur général de la police nationale, c'est le suivant. C'était de dire « les policiers bénéficient aussi d'une présomption d'innocence. Il y en a marre de cette présomption de culpabilité systématiquement quand il y a usage d'armes et qu'il y a des blessés, parfois des tués. » Évidemment, malheureusement, et on le déplore. Et ce que nous déplorons, c'est cette présomption de culpabilité là où il y a une présomption d'innocence qui prévaut. Les seules personnes qui peuvent juger de la régularité d'une action de police, c'est la justice française.

Personne d'autre, ce ne sont pas les journalistes, ce ne sont même pas la hiérarchie policière. Moi, dans toutes ces affaires, je suis désaisi. C'est la justice qui va rendre son verdict. Et ce qu'elle regarde, la justice, c'est la proportionnalité de l'usage de la force par les forces de l'ordre. Il n'y a que la justice qui en juge. Et ce n'est pas parce que quelqu'un est blessé, même gravement, qu'il y a forcément faute de la police. C'est ça le message que nous voulions faire. C'est la même en l'occurrence décédée. C'était le message que nous voulions faire passer. Je parle pour la généralité des cas. Dans le cas de Naël, il est évidemment décédé.

Ce qui est évidemment ce que tout le monde déplore. C'est évident, tout le monde déplore. Mais le message valait d'une manière générale. Et c'était de rappeler que les policiers ne sont pas soumis à une présomption de culpabilité systématiquement, comme laisse à le penser une partie de la classe politique parfois.

2:28
Présentateur

Laurent Nunez, il est sorti hier soir. Et Grégory Joron du syndicat SGP Police était mon invité ce matin sur RMC. Et il précisait que le nouveau domicile, c'est-à-dire celui où ce policier a trouvé refuge, ne pouvant pas retourner dans son domicile d'origine parce que l'adresse avait fuité, a déjà été mis sous surveillance cette nuit ?

2:48
Laurent Nuñez

Grégory Joron est toujours bien informé. Mais vous imaginez bien, évidemment, que ce policier, sa famille, surtout sa famille, dès les premiers jours, ont fait l'objet de menaces extrêmement graves. Évidemment qu'ils font l'objet d'une surveillance. Évidemment, comme tous les citoyens français, quand ils sont menacés comme ils peuvent être. Je parle de surveillance, je ne rentrerai pas dans le détail. Mais comme à chaque fois que les citoyens français font l'objet de menaces graves, ils font l'objet de protection.

3:13
Présentateur

Laurent Nunez, la nuit a été calme ?

3:15
Laurent Nuñez

La nuit a été calme, oui, la nuit a été calme. On a eu ici ou là quelques escarmouches, mais nous avions déployé. Et le ministre de l'Intérieur y a veillé personnellement. Un dispositif policier adapté, évidemment, à d'éventuels trous aux violences urbaines.

3:28
Présentateur

Ça n'a pas réveillé la clare des émeutes ?

3:29
Laurent Nuñez

Non, pas cette nuit. Mais nous avons été extrêmement attentifs, comme nous l'a demandé le ministre de l'Intérieur.

3:35
Présentateur

Laurent Nunez, on est au mois de novembre, mi-novembre, et vous avez déjà les premières tendances de la délinquance depuis le début de l'année. Quelles sont-elles ?

3:43
Laurent Nuñez

Depuis dix mois. J'ai les chiffres à fin octobre. Les tendances sont plutôt bonnes. Les atteintes aux biens et les atteintes à l'intégrité physique des personnes baissent globalement, notamment sur les vols violences, où on est à des baisses de moins de 20 %. Et puis aussi, surtout, j'insiste là-dessus, parce que ça concerne beaucoup de franciliens, les violences aux personnes dans les transports baissent de manière significative. On est à moins 30 %. Moins 30 % sur les violences aux personnes ? Oui, dans les violences aux personnes, dans les transports, dans les vols violences également. Je viens de le citer. Et puis, d'une manière générale, les atteintes aux biens.

Alors après, structurellement, vous savez que la délinquance est élevée dans toute l'agglomération parisienne, y compris d'ailleurs dans toute l'île de France. Donc évidemment, ces baisses, il faut les poursuivre. Le sentiment, lui, d'insécurité, il persiste toujours, évidemment. Mais il faut continuer ces actions résolues de lutte contre la délinquance, en déployant des effectifs sur le terrain, en analysant les zones de criminalité pour être plus présents sur ces zones. C'est dû à quoi ? C'est ce que nous demande le ministre. C'est la présence policière. C'est la présence policière d'abord, donc qui dissuade. Et puis, c'est aussi le niveau, la qualité des investigations qui sont menées.

On a des taux d'élucidation, notamment en matière de cambriolage, qui augmentent significativement sur l'agglomération parisienne. Je vais en féliciter évidemment les fonctionnaires de police. Et on démantèle les équipes. Vous savez, les équipes de cambrioleurs commettent généralement plusieurs faits. Donc, quand vous démantelez une équipe, c'est plusieurs cambriolages qui sont évités. Et justement, il y a deux points noirs qui arrivent. Allez-y, j'allais y venir. C'est évidemment les cambriolages, qui continuent à être orientés à la hausse. Et puis aussi, les coûts et blessures volontaires.

C'est-à-dire, toutes ces violences qui ne sont pas des violences commises pour commettre des vols, en réalité. Donc, c'est les coûts et blessures volontaires qui continuent d'augmenter.

5:20
Présentateur

De combien ?

5:21
Laurent Nuñez

Alors, on est à 2-3% d'augmentation depuis le début de l'année. Donc, moi, je me félicite que la hausse soit moindre. Mais il y a toujours une hausse. Et c'est la même chose pour les cambriolages. Mais ces derniers mois, alors là, je ne suis pas sur 10 mois, mais ces 3-4 derniers mois, les chiffres sont meilleurs. Et on va évidemment poursuivre cette action en ciblant, et j'insiste, pour ce qui est de la capitale parisienne, il y a quand même un peu la vitrine de notre pays, en ciblant un certain nombre de territoires en particulier. Je pense au Champ de Mars, où nous déployons énormément de moyens.

Et contrairement à ce qu'on peut entendre ici ou là, dans la bouche de certains élus ou dans certains médias, vous savez, depuis le 15 juin, où nous avons renforcé le plan tourisme sur le Champ de Mars, les atteintes aux biens ont baissé de 30% et les atteintes aux personnes ont baissé de 50%.

6:02
Présentateur

Elles étaient très très hautes.

6:03
Laurent Nuñez

Non, non, elles ne sont pas très très hautes à Pauline de Malheur. Parce que l'impression que vous avez, c'est évidemment, il y a eu des faits graves qui ont été commis, notamment, je pense à un viol qui a été commis il y a trois semaines, qui est évidemment très grave, qui a été rendu public. Et évidemment, on surfe toujours, on crée des polémiques sur ces faits divers, très graves, qui sont inacceptables. Mais je peux vous dire qu'au Champ de Mars, c'est l'endroit de Paris où je déploie le plus de policiers.

6:25
Présentateur

Un mot sur la question du krach. Ça faisait partie aussi de vos missions. Lorsque vous avez été nommé préfet de police de Paris, Laurent Nunez, il y a toujours 100 à 150 consommateurs de krach qui errent au nord de la capitale, qui inquiètent les habitants. Ça ne s'arrêtera donc jamais ?

6:44
Laurent Nuñez

D'abord, il n'y a plus de camp. Il n'y a plus de camp de consommation à ciel ouvert. Il a été démantelé en octobre 2022, comme me l'a demandé le ministre. Donc, il n'y a plus de camp, qui était un endroit où il y avait parfois jusqu'à 500, 600 personnes réunies, y compris la nuit, et où les vendeurs venaient vendre leur drogue de la mort. Parce que le krach, c'est une drogue très addictive. Donc, il n'y en a plus. Ensuite, on a une action judiciaire qui est menée de manière résolue. On interpelle énormément de vendeurs. Le trafic de krach, c'est un petit trafic. Ce sont des personnes qui transforment de la cocaïne en krach.

Donc, on a interpellé énormément de vendeurs qui sont d'ailleurs souvent en situation irrégulière. Donc, ils sont généralement condamnés à des... Je veux saluer l'action du parquet de Paris qui nous accompagne. Et donc, nous avons poursuivi cette action. Et il reste effectivement des consommateurs qui, le chiffre que vous avez donné, tout à fait exact, et qui, dans le Nord-Est parisien, se déplacent d'une zone à l'autre. Pour les vendeurs, c'est plus compliqué parce qu'ils ont du mal à les retrouver. Mais le problème résiduel du krach, ce n'est plus un problème de police. Moi, je vais continuer l'action que je mène de présence policière, de dispersion, d'interpellation des vendeurs.

Mais c'est le problème qui reste résiduel. C'est un problème maintenant de prise en compte sanitaire et sociale. Évidemment, en tant que chef des policiers parisiens et de l'agglomération, j'attends maintenant que ce dispositif monte en puissance.

7:55
Présentateur

Vous n'estimez plus rien faire pour eux ?

7:56
Laurent Nuñez

Mais si, on va continuer à faire ce qu'on fait. Vous savez, regardez, je suis allé à une réunion publique dans le secteur Rosa Parc où il y avait énormément de consommateurs de krach qui erraient sur place et qui pouvaient avoir une attitude, un comportement agressif. C'est dans le nord de Paris. Et nous sommes toujours présents sur le terrain pour disperser, interpeller. Et nous allons évidemment continuer cette action. Mais cette frange résiduelle de consommateurs, moi, je ne sais pas la réduire. Ce sont des gens, moi et mes policiers, comme je le dis souvent, je me répète, mes policiers ne sont pas des médecins.

Et moi, je ne demande pas aux médecins d'aller interpeller des trafiquants dessus. Donc voilà, maintenant, il faut que chacun fasse sa part du travail.

8:28
Présentateur

Et sa part du travail, c'est quoi ? C'est le ministère de la Santé ? C'est la mairie de Paris ?

8:31
Laurent Nuñez

C'est la santé, c'est les élus. Mais tout ça est en route. Tout ça est en route. Mais peut-être que nous n'avançons pas au même rythme. Voilà.

8:37
Présentateur

Vous avez l'impression que vous avez pris votre part.

8:39
Laurent Nuñez

Avec le ministre de l'Intérieur, nous souhaitons qu'il y ait une montée en puissance du dispositif de prise en charge sanitaire et sociale.

8:45
Présentateur

Mais qu'est-ce que vous pouvez dire aux riverains ? Vous ne savez pas donc quand est-ce qu'il y a un...

8:47
Laurent Nuñez

Les riverains, je les rencontre et je leur dis, ils savent que la police est présente. Et vous savez, quand vous lisez bien ce que disent les riverains sur ce secteur, ils ne mettent jamais en cause l'action de la police. Rarement. Enfin, très rarement. Et quand on les rencontre, on leur rappelle tous les efforts que nous faisons. Ils le voient concrètement. Maintenant, je partage leurs préoccupations et leurs diagnostics. Et leurs diagnostics. Tous les riverains, toutes les associations, les collectifs vous disent qu'il faut qu'on monte en charge sur le sanitaire et social et la prise en compte médicale.

9:12
Présentateur

Laurent Nunez, vous êtes préfète de police de Paris. C'est à Paris que le nombre d'actes antisémites est le plus important par rapport au reste du territoire français. Vous le savez, j'ai reçu il y a deux jours l'imam de la mosquée de Paris qui demandait à voir les actes antisémites au-delà du chiffre. Et au fond, si on le prend au mot, quels sont ces actes ? Combien aujourd'hui ? Qu'est-ce que ça représente ? Qui les commet ? Est-ce que ce sont des signalements ? Est-ce que ce sont des actes ? Est-ce que ce sont des plaintes ? Je voudrais qu'on prenne le temps ensemble de comprendre de quoi il s'agit. D'abord, le chiffre, le tout dernier chiffre. Combien d'actes ?

9:47
Laurent Nuñez

Moi, d'abord, sur les propos de l'imam, j'ai noté qu'il s'était excusé.

9:52
Présentateur

Qu'il s'est excusé le fort même.

9:53
Laurent Nuñez

Le recteur de la grande mosquée, j'ai écouté avec attention le ministre de l'Intérieur ce matin, il semblerait que le recteur ait dit qu'il n'était même pas imam de cette mosquée. Il s'est excusé.

10:03
Présentateur

Il n'est plus imam de la grande mosquée ?

10:04
Laurent Nuñez

Le recteur de la grande mosquée s'est clairement démarqué de ses propos. Donc, évidemment, on prend ça avec beaucoup de satisfaction parce que ce sont des propos qui étaient choquants parce qu'il laissait à entendre que finalement, la vague d'antisémitisme que nous subissons actuellement semblait être remise en cause, ce qui n'est pas le cas.

10:24
Présentateur

Je vous repose quand même la question. Vous nous dites aujourd'hui, puisque vous êtes quand même préfet de police de Paris, la grande mosquée de Paris, il ne peut plus prétendre être imam de la grande mosquée de Paris.

10:33
Laurent Nuñez

Non, ce n'est pas du tout ce que j'ai dit. Ce n'est pas du tout ce que je vous dis. Je note que cette personne est revenue sur les propos, s'est excusé, dont acte.

10:39
Présentateur

D'accord, mais vous étiez le recteur.

10:42
Laurent Nuñez

Oui, mais monsieur le recteur de la grande mosquée de Paris, lui aussi, s'est clairement détaché, démarqué par rapport à ce qui a été dit. Dès le jour même. Les actes antisémites, sur l'agglomération parisienne, sur le Paris et les trois départements de Petite Couronne, au moment où on se parle, hier soir, c'était 375 actes antisémites qui ont des forces, des formes diverses et variées. Le ministre a donné une répartition qui est exactement la même que nous avons sur Paris.

11:06
Présentateur

375, depuis le 7 octobre ?

11:08
Laurent Nuñez

Depuis le 7 octobre. Depuis le 7 octobre. Il faut avoir, il faut que vos téléspectateurs, auditeurs, comprennent bien qu'on explose les chiffres d'une année normale. Et c'est même depuis le 7 octobre, déjà, beaucoup plus qu'une année normale. Donc, c'est quand même une vague qui est indéniable et qui est très importante, avec la même proportion de ce que l'on rencontre sur le territoire national. C'est-à-dire, on a évidemment des tags, des menaces, des insultes. C'est les trois quarts de ces actes antisémites. Et puis, parfois, on a des faits aussi plus graves.

On a des coups et blessures volontaires, des dégradations de biens, mais qui vont au-delà du tag et de la position de banderolle et autres. Donc, voilà, on a aussi des faits très graves. On a eu aussi des agressions.

11:53
Présentateur

D'abord, je voudrais savoir, qu'est-ce que vous appelez actes ? Comment vous déterminez ce chiffre ? C'est-à-dire, est-ce que ce sont des signalements qui vous ont été faits ? Est-ce que ce sont des actes qui ont été constatés par la police ? Est-ce que ce sont des plaintes ? Comment vous établissez cette liste ?

12:05
Laurent Nuñez

Vous avez raison de poser cette question. D'abord, un tag qui est antisémite, c'est très grave. Donc, il ne faut jamais relativiser la forme que prend l'atteinte. Nous, on ne la relativise jamais. Évidemment, les coups et blessures, c'est plus grave. Vous portez atteinte à l'intégrité physique d'une personne. Mais un tag, en soi, évidemment, c'est très grave. Alors, il y a plusieurs façons de détecter cet acte. D'abord, il y a ce qu'on constate, ce que les policiers peuvent constater. Et puis, il y a les plaintes qui sont déposées. Et nous, on souhaite que systématiquement, il y ait des plaintes. Moi, sur 375 actes antisémites, je n'ai que 180 plaintes. Donc, j'aimerais en avoir plus.

Parce que ça nous permet de lancer, évidemment, des investigations. Mais comme nous l'a demandé le ministre de l'Intérieur, de toute façon, on le fait. Dès qu'on constate qu'il y a eu un acte.

12:46
Présentateur

Même s'il n'y a pas plainte à part pour en parler, vous vous emparez de la question.

12:49
Laurent Nuñez

Exactement. Ou je dépose plainte moi-même. Comme ça a été fait pour ces jeunes qui, sur la ligne 3 du métro, ont chanté et tenu des propos clairement antisémites.

12:57
Présentateur

On va y revenir sur ces jeunes parce que des interpellations ont eu lieu. Mais je voudrais vraiment comprendre de quoi on parle. Donc, on a bien compris que quand vous nous parlez d'actes, il ne s'agit pas forcément, formellement, de plaintes.

13:06
Laurent Nuñez

Pas forcément, effectivement.

13:07
Présentateur

Et elles vous sont signalées, ces actes vous sont signalées par tout un chacun. Ce ne sont pas forcément des constats de policiers eux-mêmes.

13:13
Laurent Nuñez

Ça peut être des constats de policiers, ça peut être des signalements. Donc, des appels police 17 parce qu'on a constaté sur tel bâtiment public un tag. Voilà. Et pour les faits les plus graves, évidemment, il y a toujours des plaintes. Il y a toujours des plaintes. Et puis, ça peut être aussi, j'insiste, des détections qui sont faites sur les réseaux sociaux. Donc, on a la plateforme Pharos. Il y a aussi des personnes qui, sur Internet, constatent des propos qui sont des propos d'apologie, des propos de haine des Juifs et qui vont, à ce moment-là, faire un signalement à Pharos qui est transmis à la justice. Et la justice, ensuite, saisit un service de police compétent.

Et quand c'est dans ma zone de compétence, ce sont mes services qui sont saisis.

13:46
Présentateur

Et parfois, on va retrouver les auteurs comme ces interpellations. Mais encore un mot, vous avez dit que vous regrettiez qu'il n'y ait pas une plainte pour un acte. Qu'est-ce qui fait que les plaintes ne sont parfois pas déposées ? Est-ce que ça veut dire que c'est une crainte, peut-être, de déposer plainte ? Est-ce que c'est le sentiment que finalement, bon, ben voilà, c'est comme ça, une forme de se disant « il n'y a rien à faire ». Qu'est-ce qui motive la non-plainte ?

14:07
Laurent Nuñez

Je ne sais pas. Je sais qu'il faut porter plainte. C'est vrai que parfois, j'ose espérer que ce n'est pas la crainte. J'ose espérer que ce n'est pas la crainte, puisque la police est là pour protéger, pour mener les investigations. Moi, je déplore ce décalage. Après, très honnêtement, Pauline Demanheur, quand c'est un tag qui est apposé sur un bâtiment public, la plainte tarde parfois à venir. C'est à ce moment-là au propriétaire de ce bâtiment, à la personne en charge de gestion de déposer plainte.

14:32
Présentateur

Puisque vous parlez des tags, il y a un certain nombre de tags, ces fameuses étoiles juives aux pochoirs bleus qui avaient été apposées. On s'est rendu compte depuis que c'était un communautaire moldave, russe, enfin probablement l'influence étrangère. Est-ce que ça compte dans les 375 actes ?

14:48
Laurent Nuñez

Oui, bien sûr. Mais attention, là, vous êtes sur un fait. Il ne faut pas relativiser. Il ne faut pas s'imaginer, parce qu'on a eu énormément, on a eu plusieurs dizaines d'étoiles qui ont été apposées dans Paris en petite couronne. Il ne faut pas s'imaginer que ça épuise mes 375 faits. Donc, on est sur un fait. On a eu deux séries d'actions. Une qui a été menée par un premier couple qui a été interpellé, qui a été placé en garde à vue et qui a été reconduit. Nous avons reconduit dans leur pays.

15:17
Présentateur

Ils ne sont plus sur le territoire français.

15:17
Laurent Nuñez

Ils ne sont plus sur le territoire français. Ils ont été reconduits. Ils ont été reconduits le 10 novembre dernier. Et puis, nous savons, nous avons documenté qu'il y a un deuxième couple qui a agi et qui a posé un certain nombre d'étoiles. Et on a deux actes antisémites.

15:31
Présentateur

D'accord. Donc, ça ne fait pas 200 étoiles, donc 200, il n'y en aurait plus que 175. Les choses sont très précises.

15:37
Laurent Nuñez

Et ce que je veux saluer, j'en profite pour dire, la plainte, ça veut dire, et le ministre de l'Intérieur nous le demande, des investigations judiciaires renforcées qui sont menées. Je peux vous dire que pour toutes les affaires qui ont été médiatisées ces temps derniers, les jeunes dans le métro, l'affaire des étoiles de David à poser avec des pochoirs, l'affaire de l'influenceuse, je peux vous dire que pour tous ces dossiers, nous avons mis le paquet en termes d'investigation judiciaire. Vraiment. Et nous avons retrouvé les auteurs dans un temps record.

16:02
Présentateur

Laurent Nunez, vous avez parlé d'agression. De quoi s'agit-il ?

16:05
Laurent Nuñez

Des coups et blessures volontaires. On en a eu. On a eu des personnes dont il apparaissait de manière ostensible qu'elles étaient de confession juive. Ici, le port d'une kippa, là, un tatouage sur un bras, avec une étoile de David, qui ont pu faire l'objet de coups et blessures volontaires. Vous savez, vous avez l'exemple de ce rabbin qui a été agressé dans le métro par un jeune homme qui a été retrouvé, qui a été interpellé, qui a été placé en garde à vue. Un jeune homme de très jeune âge. Quel âge ? Une quinzaine d'années.

Et donc, nous avons retrouvé cet individu, là encore, en un temps record, grâce aux investigations menées par mes services, et en l'occurrence par la police régionale des transports.

16:38
Présentateur

Laurent Nunez, l'âge des auteurs ?

16:41
Laurent Nuñez

L'âge est variable. L'âge est variable. On a des très jeunes auteurs. Et on peut avoir parfois des personnes qui sont plus âgées, qui ont 40, 50 ans, et qui sont parfois ancrées dans la défense de la cause palestinienne, mais d'un point de vue très radical. Ce sont des gens qui sont très radicalisés. Je ne stigmatise pas ceux qui défendent la cause palestinienne, bien évidemment.

17:02
Présentateur

Mais c'est l'un des moteurs.

17:03
Laurent Nuñez

On peut avoir des auteurs qui sont dans l'engagement politique de soutien à la cause palestinienne, mais de manière extrêmement radicale, puisqu'ils basculent, ils franchissent la ligne rouge et tombent sous le coup de la loi pénale. Vous savez, dans les actes antisémites, on a aussi tous ces slogans qu'on a pu observer sur des manifestations, et qui étaient des slogans qui comparaient Israël au nazisme, ou qui, parfois, comparaient des faits, par exemple, la Shoah, avec ce qui pouvait se passer actuellement palestinien.

17:30
Présentateur

Laurent Nunez, vous avez dit 375 actes. Combien d'interpellations ? Combien de condamnations ?

17:34
Laurent Nuñez

Alors, sur les interpellations, c'est 130. Donc, évidemment, nous avons 130 interpellations. Alors, je n'ai pas le détail des condamnations. C'est l'affaire de la justice. Moi, mon travail, c'est de faire en sorte que les policiers, sous le contrôle des parquets, retrouvent très vite les auteurs, et en général, c'est fait très rapidement. Et vraiment, ce sont vraiment des sujets que nous prenons très au sérieux. Mais comme toutes les atteintes, je veux bien vous dire ça ce matin. Et justement, toutes les atteintes, il y en a d'autres.

17:55
Présentateur

Il y a des atteintes contre les chrétiens, il y a des atteintes contre les musulmans, récemment ?

17:59
Laurent Nuñez

Oui, il y a des actes anti-musulmans, mais il y en a moins en ce moment. Nous les traitons avec le même sérieux, nous déployons les mêmes moyens. Mais ce n'est pas dans les mêmes proportions. Il y a une explosion du nombre d'actes anti-musulmans ou anti-chrétiens. Nous protégeons les lieux de culte. Nous protégeons aussi les lieux de culte musulmans les vendredis. On a eu l'occasion, le ministre s'est rendu à la Grande Mosquée de Paris pour le 11 novembre. Il a eu l'occasion de le rappeler. Nous sommes présents les vendredis aux entrées-sorties des mosquées. Et nous, la République française, c'est ça. Nous protégeons tous les cultes.

Il ne faut pas laisser à penser qu'en ce moment, il y aurait une préférence finalement pour la communauté juive. Il n'y a pas de préférence. Il y a une vague d'antisémitisme qui nous faut enrayer, endiguer, qui n'est pas normal. Et on ne peut pas la nier. C'est une réalité. Je ne vous cache pas que moi, dès que je me lève le matin, mon premier réflexe, c'est de regarder la synthèse du jour sur les actes antisémites qui ont été commis la veille. Évidemment, ils me sont rapportés tous en temps réel. Mais tous les matins, j'ai la synthèse. Et elle est assez effrayante en ce moment. Elle est assez effrayante. Et ça, personne ne peut le nier. Personne n'a le droit de le nier.

19:00
Présentateur

Laurent Nunez, vous avez évoqué certains militants radicalisés de la cause palestinienne et les slogans. Il y a une manifestation à nouveau prévue samedi. Est-ce qu'elle sera autorisée ?

19:09
Laurent Nuñez

Elle ne sera pas interdite. Elle ne sera pas interdite. Vous savez, on gère ces manifestations au cas par cas. C'est du cas par cas. C'est-à-dire qu'on regarde le contenu de l'appel à manifester, la qualité des déclarants qui sont-ils pour se prononcer. J'applique moi les instructions du ministre de l'Intérieur et la jurisprudence du Conseil d'État.

Donc effectivement, je n'interdirai pas la manifestation de samedi prochain qui est déclarée notamment par des partis politiques dont la France insoumise, un certain nombre d'organisations syndicales, un certain nombre de collectifs de soutien à la cause palestinienne, avec des messages qui sont des messages d'appel au cessez-le-feu, d'appel à la paix, qui ont su condamner ce qui s'était passé le 7 octobre. Après, il y a le verbatim qui n'est pas forcément celui que moi j'emploie. Pour moi, c'est un acte de terrorisme. On parle de crime de guerre. Ces manifestations ne sont pas interdites. Mais ça ne veut pas dire que je n'interdis pas d'autres manifestations.

Vous savez, le week-end dernier, ça n'a pas fait énormément de bruit. Mais le dimanche, j'ai interdit une manifestation du NPA. Il y a eu une manifestation samedi déclarée par la France insoumise et certains syndicats. Et j'ai interdit dimanche une manifestation du NPA dont je considérais qu'elle risquait de provoquer des troubles à leur public. Ce week-end, il y a une nouvelle manifestation samedi. Moi, je suis en contact avec les députés de la France insoumise qui prennent l'appel de m'appeler, de m'expliquer comment va se dérouler la manif. L'itinéraire, cette manif aura lieu.

Par contre, dimanche, j'ai une manifestation qui est déclarée sur un parcours qui ne me convient pas, avec une déclaration qui appelle clairement au soutien de la résistance palestinienne, de la résistance palestinienne, qui ne condamne en rien ce qui a pu se passer le 7 octobre, qui est déposée par une structure de soutien de la cause pro-palestinienne dont je considère qu'elle est radicale. Et donc, cette manifestation, oui, je l'interdirai.

20:46
Présentateur

Celle-là sera interdite. Laurent Nunez, préfète police de Paris. Merci d'avoir répondu à mes questions. 8h53 sur AMC BFM TV. Merci à Pauline de Malherbe. Dans quelques instants, le live sur BFM TV avec cette disparition inquiétante à Marseille. Une jeune femme de 34 ans dont on est sans nouvelles depuis presque deux semaines. Une enquête a été ouverte. A tout de suite.

21:05
Invité

Amazon m'a offert les frais de ma formation, qui m'a permis d'avoir un diplôme d'ingénieur informatique. Et aujourd'hui, je suis ingénieur niveau 2.

21:23
Présentateur

Nous ne sommes pas exactement une agence de voyage. C'est vrai. Les voyages que nous créons ensemble peuvent compléter.