Israël-Palestine : les mots de la guerre 9/18 · L'Autorité palestinienne, une souveraineté limitée
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Qu'est-ce que l'autorité palestinienne ?
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Pourquoi y a-t-il eu une distinction entre la Cisjordanie et la bande de Gaza ?
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L'autorité palestinienne gère donc un territoire, la Cisjordanie. Comment l'administre-t-elle ?
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Comment se représente un territoire morcelé par ces distinctions et les colonies ?
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Comment a évolué cette autorité palestinienne ?
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Et alors, qu'observe-t-on ?
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« L'autorité palestinienne, c'est une autorité politique, un gouvernement, on va dire, enfin une autorité politique qui a été mise en place suite aux accords d'Oslo et qui donc administre aujourd'hui uniquement la Cisjordanie, mais administrait au départ la Cisjordanie et la bande de Gaza. »
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« suite à l'élection législative de 2006, qui a vu le Hamas remporter la majorité des sièges, donc 80 sièges »
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« des conflits qui sont allés jusqu'aux armes, prend le pouvoir de force à Gaza et donc installe son propre gouvernement. »
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« Une zone A, une zone B, une zone C. »
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« Donc, ça, c'est sous autorité totale israélienne, que ce soit pour les questions sécuritaires ou pour les questions civiles. »
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« Ensuite, il y a des zones B, qui sont des zones mixtes, donc avec une gestion civile, des questions civiles par l'autorité palestinienne et pour les questions sécuritaires par les autorités israéliennes. »
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« Et des zones A, qui sont les villes, qui sont gérées par l'autorité palestinienne. Et donc, ça, ça représente à peu près 18% du territoire. »
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« avec l'installation de, aujourd'hui, on dit 700 000 colons sur Jérusalem-Est et la Cisjordanie »
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Hors série, les matins de France Culture. Israël-Palestine, les mots de la guerre. Autorité palestinienne. Les mots du conflit israélo-palestinien. Stéphanie Latabdala, vous êtes historienne, politologue, directrice de recherche au CNRS. Qu'est-ce que l'autorité palestinienne ?
L'autorité palestinienne, c'est une autorité politique, un gouvernement, on va dire, enfin une autorité politique qui a été mise en place suite aux accords d'Oslo et qui donc administre aujourd'hui uniquement la Cisjordanie, mais administrait au départ la Cisjordanie et la bande de Gaza.
Pourquoi y a-t-il eu une distinction entre la Cisjordanie et la bande de Gaza ?
Eh bien écoutez, suite à l'élection législative de 2006, qui a vu le Hamas remporter la majorité des sièges, donc 80 sièges, un gouvernement, donc Mahmoud Abbas, qui était déjà là à l'époque, nomme Ismaël Aniyé, Premier ministre, en respectant la volonté populaire. Très vite, en fait, la communauté internationale s'oppose à cette élection, parce qu'effectivement Ismaël Aniyé est membre du Hamas. A l'époque, le Hamas n'a pas modifié sa charte et prône encore la destruction d'Israël, ne reconnaît pas Israël.
Et donc, la communauté internationale boycotte, refuse ce gouvernement, ce qui place assez vite aussi Mahmoud Abbas dans une position assez inconfortable, sachant que l'autorité palestinienne est très largement financée par les bailleurs internationaux et notamment européens.
Donc, s'ensuit toute une série de heurts et de conflits, et finalement, le Hamas à Gaza, puisqu'il faut quand même avoir à l'esprit que le Hamas a vraiment une base, sa base politique, en fait, c'est vraiment Gaza, suite à des conflits entre le Fatah, qui était jusque-là le parti politique qui est la base de cette autorité palestinienne, des conflits qui sont allés jusqu'aux armes, prend le pouvoir de force à Gaza et donc installe son propre gouvernement.
L'autorité palestinienne gère donc un territoire, la Cisjordanie. Comment l'administre-t-elle ? Parce qu'elle n'est pas seule à l'administrer.
Oui, tout à fait. Donc, suite aux accords d'Oslo qui n'ont jamais été à leur terme, c'est-à-dire que les questions sur le statut final n'ont jamais été réglées, c'était quand même des questions de taille, puisque c'était les frontières, les réfugiés, l'eau et la question aussi de la colonisation. Du coup, l'autorité palestinienne gère un espace qui est morcelé en trois zones. Une zone A, une zone B, une zone C. Donc, une zone C qui représente 60% du territoire et concerne surtout les terres agricoles, en fait, enfin, les terres qui ne sont pas liées à des villes ou des villages, qui sont attenantes, mais qui sont des terres agricoles, les routes, etc.
Donc, ça, c'est sous autorité totale israélienne, que ce soit pour les questions sécuritaires ou pour les questions civiles. Ensuite, il y a des zones B, qui sont des zones mixtes, donc avec une gestion civile, des questions civiles par l'autorité palestinienne et pour les questions sécuritaires par les autorités israéliennes. Et ça, ça représente 22% et ça concerne surtout les villages et puis un peu de leurs terres autour. Et des zones A, qui sont les villes, qui sont gérées par l'autorité palestinienne. Et donc, ça, ça représente à peu près 18% du territoire.
Et il faut essayer également de se représenter, Stéphanie Latabdala, un territoire qui est morcelé du fait de ces trois distinctions, du fait de la présence de colonies israéliennes.
Tout à fait. Donc, ce qui rajoute effectivement au morcellement et donc avec l'installation de, aujourd'hui, on dit 700 000 colons sur Jérusalem-Est et la Cisjordanie, il faut dire aussi que l'autorité palestinienne qui avait la Maison de l'Orient, donc un bureau avec un représentant à Jérusalem, en a été chassée au début des années 2000. Donc, aujourd'hui, cette souveraineté extrêmement limitée sur 18% des villes ne concerne pas Jérusalem-Est, qui pourtant fait aussi partie des territoires occupés selon le droit international.
Comment a évolué cette autorité palestinienne ? Il y a la question des élections, Stéphanie Latabdala.
Oui, alors il y a la question des élections, en effet, depuis 2006, donc ces fameuses élections, on n'a pas eu d'élection nationale. Donc, il devait y avoir ces élections nationales il y a deux ans qui, finalement, ont été annulées au dernier moment. Donc, il y a eu un accord qui avait été passé entre le Hamas et l'autorité palestinienne pour tenir des élections nationales, donc des élections législatives puis présidentielles qui devaient se tenir en 2021 et ce scrutin a été annulé au dernier moment pour différentes raisons qui ont été invoquées sur lesquelles on peut revenir.
En tout cas, ce sont par compte tenu des élections municipales en 2022 et puis se tiennent régulièrement des élections dans les syndicats professionnels, des élections dans les universités qui permettent d'avoir une idée aussi de l'évolution de l'opinion et du politique, donc à cette échelle plus locale ou plus spécialisée.
Et alors, qu'observe-t-on ?
Eh bien, on observe une opposition à la politique conduite par l'autorité palestinienne qui grandit et qui construit des formes de coalition entre des gens qui votent Hamas, même si le Hamas n'a pas officiellement participé aux élections municipales, mais des candidats indépendants dont on sait qu'ils sont rattachés au Hamas se sont présentés. Donc, on voit des coalitions entre ces candidats affiliés à Hamas, on va dire, et le Front populaire de libération de la Palestine d'un côté et certaines franches du FATA qui remettent en question la politique conduite par Mahmoud Abbas. Donc, on voit ce genre de front qui domine et qui a une majorité dans ce type d'élections.
Et notamment les élections étudiantines où c'est encore une fois, par exemple, à Birzeit, les étudiants proches du Hamas qui l'ont emporté.
Aujourd'hui, l'autorité palestinienne est donc présidée par Mahmoud Abbas. Quelques mots sur cet homme ?
C'est un homme qui a été choisi après Arafat, qui s'est présenté comme un homme de paix, qui était considéré comme beaucoup plus conciliant que ne l'était Arafat dans ces dernières années, et qui, finalement, a toujours défendu une politique de dialogue, une politique d'appel aux instances internationales, de reconnaissance de la Palestine auprès des instances internationales, et qui a toujours maintenu aussi les accords passés, et notamment la coopération sécuritaire avec Israël, qui est quelque chose de très important pour Israël.
Et c'est quelque chose d'aujourd'hui qui lui est vivement reproché, en fait, cette politique de maintien d'une coopération sécuritaire, alors même que toutes les démarches entreprises auprès des instances internationales n'ont porté que très peu leurs fruits, et que d'un point de vue politique, il n'a pas été capable d'apporter beaucoup de résultats avec ce que les gens voient sur le terrain. C'est plutôt une colonisation qui s'accroît, et ce spectre de l'annexion qui est de plus en plus affirmé côté autorité israélienne.
Parmi les accusations portées contre l'autorité palestinienne, il y a également l'accusation de corruption, Stéphanie Latabdala.
Oui, alors ça, il faudrait en discuter, mais ce qui est certain, c'est que dans ces accords d'Oslo, il y a eu un accord économique, l'accord de Paris, et cet accord de Paris a aussi favorisé, si on peut dire, des connexions entre des hommes d'affaires israéliens et palestiniens sur des projets, sur de l'agrobusiness, par exemple dans la Vallée du Jourdain, sur des projets de villes nouvelles comme Rawabi, sur des projets de zones industrielles.
Et donc là, ces capitaux mixtes, on va dire, souvent ces hommes d'affaires sont liés d'assez près à l'autorité palestinienne, de même que, par exemple, des contrats comme ceux de la téléphonie ou des choses comme ça sont souvent donnés à des proches de l'autorité palestinienne. Donc il y a cette idée qu'il y a une sorte de collusion entre une classe d'hommes d'affaires, une classe capitaliste et l'autorité palestinienne, ce qui est aussi vivement reproché.
Merci beaucoup Stéphanie Latabdala. Pour comprendre le conflit israélo-palestinien, il est essentiel d'en maîtriser les mots. Guillaume Erner. C'est pourquoi Les Matins vous propose un hors-série, un podcast où les meilleurs spécialistes de la région donnent un sens plus précis aux mots de ce conflit. Hors-série, Les Matins de France Culture. Israël, Palestine, les mots de la guerre. A écouter sur franceculture.fr et l'application Radio France.