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interviewLe Média — Podcasts· 11 janvier 2022 26 min

20 ans de l'euro, Pécresse, nucléaire : Thomas Porcher débunke

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Bonjour tout le monde et bienvenue pour ce nouvel Instant Porcher. Comme chaque semaine, on va avoir des choses à dire, décrypter et comprendre, car nous sommes dans la ligne droite vers l'élection présidentielle. Au programme aujourd'hui avec Thomas Porcher, on revient sur les 20 ans de l'euro, la monnaie. On décryptera aussi cette actu, le gaz et le nucléaire ont été classés comme énergie durable par la Commission européenne. Et enfin, nous reviendrons sur la campagne de Valérie Pécresse qui préconise les karchers. On discute de tout ça avec Thomas, c'est l'Instant Porcher. Marc Allemand, la lire italienne, il y a 20 ans apparaissait la monnaie unique européenne, l'euro.

340 millions de citoyennes et citoyens de 19 États de l'Union utilisent la devise. Et l'euro a aujourd'hui un poids comparable à celui du dollar dans les transactions financières mondiales. Fin du dumping monétaire entre États, régulation, inflation. On va faire le tri 20 ans après. Thomas, quel est le bilan de l'euro que tu peux nous faire aujourd'hui ?

1:03
Invité

C'est un bilan qui n'est pas très positif, on peut même dire qui est très négatif. En fait, à part le fait que l'euro ait supprimé la volatilité des taux de change qui a favorisé le commerce entre États membres, il y a eu, on va dire, de gros, gros, gros effets négatifs. Pourquoi ? Quand vous avez une même monnaie dans un cadre de marché unique qui favorise la concurrence, avec des pays qui ont des modèles sociaux, des fiscalités, des démographies et des développements différents, qu'est-ce qui se passe ? Eh bien, ça va favoriser une très grosse concurrence. Et cette grosse concurrence, elle va se faire sur quoi ?

Sur les modèles sociaux, la case du modèle social, pour être plus compétitif que son voisin. Et c'est l'Allemagne qui a commencé ça. L'Allemagne a pratiqué à partir de l'euro une très forte modération salariale. Ce qui fait que les autres pays qui échangeaient avec elle, s'ils voulaient garder leur part, être compétitifs, ils devaient aussi faire de la modération salariale. Vous voyez ? On a par exemple flexibilisé les marchés du travail dans certains pays, et d'autres devaient faire exactement la même chose. Le CICE en France a été fait pour rattraper notre retard de compétitivité par rapport à l'Allemagne. Vous voyez ?

Et si on était dans un système où il y avait toutes les monnaies, où chaque État avait sa monnaie, qu'est-ce qui se passerait ? La modération salariale de l'Allemagne aurait entraîné une appréciation du marque par rapport au franc, ce qui aurait permis, nous, de garder la compétitivité de nos entreprises. Mais comme nous avons la même monnaie, nous sommes obligés de faire des dévaluations internes, c'est-à-dire reporter tout ça sur le travail, plutôt que de faire des ajustements par la monnaie.

Mais donc, grosso modo, l'euro a été vraiment un vecteur, un vecteur de la mise en concurrence, de la baisse de la fiscalité, du nivellement vers le bas de la fiscalité dans les États, ce qui fait qu'aujourd'hui, au sein de la zone euro, nous avons des paradis fiscaux, et de toutes les lois de travail qui ont été passées. Et en plus de ça, on s'est rendu compte, après la crise de 2008, que l'euro n'a pas été un bouclier face à la crise. En fait, il y a eu une crise américaine qui s'est très vite transformée en crise de la zone euro. Et ça, c'est très difficilement explicable, parce que les déficits budgétaires de l'ensemble de la zone euro n'étaient pas très élevés.

Ça ne justifiait pas qu'on ait des attaques sur la dette par les marchés financiers. On avait un déficit budgétaire qui n'était pas très élevé, moins élevé que celui des États-Unis, même que celui du Royaume-Uni. Mais les marchés financiers avaient bien compris que dans cette zone euro, il n'y avait pas de coopération entre États, il n'y avait pas de transfert budgétaire permis, et donc on pouvait, via des petits pays un peu plus fragiles, la Grèce, le Portugal, faire vaciller l'ensemble de la zone euro.

L'euro, tout comme le marché unique, sont des matrices, des carcans qui ont été posées sur les États, qui les obligent aujourd'hui à pratiquer de la casse du service public, des baisses de fiscalité jusqu'à ce qu'on n'ait plus de fiscalité dans la zone euro, et de faire des travailleurs, des meubles, les ajustements aujourd'hui de la compétitivité qui se faisait avant, finalement, sur la monnaie. Donc le bilan est extrêmement négatif.

3:58
Présentateur

Est-ce que pour la France, seulement pour la France, il y a eu des aspects positifs ?

4:02
Invité

Non, il y a eu des aspects très négatifs pour la France, et surtout, encore une fois, pour les plus pauvres. Quand on regarde le niveau de vie des 10% des Français les plus pauvres, il augmentait constamment jusqu'en 2000, 2002 l'entrée dans la zone euro avec une préparation de 10 ans avant. Quand on regarde le secteur manufacturier, il s'est dégradé très fortement. Quand on regarde la balance commerciale, nous étions excédentaires dans les années 90, nous sommes aujourd'hui déficitaires. Donc l'entrée de la zone euro a dégradé, a permis la désindustrialisation de la France, où un certain nombre d'industries se sont mises dans soit les pays du Sud, le Portugal, soit les pays de l'Est.

Donc finalement, il y a eu un transfert dans l'Europe. Alors quand on parle après de souveraineté européenne, ça ne veut plus rien dire, parce qu'en fait, en réalité, en souveraineté européenne, ça n'a rien changé. Sauf que les emplois français sont maintenant dans d'autres pays de la zone euro. Donc oui, il y a eu un vrai problème là-dessus. Et puis, ça a pesé sur notre déficit. Alors ce qui a fait que les populations ont un peu plus résistées en France par rapport à d'autres pays, c'est que nous avons un modèle social extrêmement élevé.

Et donc, quand vous avez des entreprises qui partent, vous avez des prestations chômage qui sont données aux salariés, donc qui leur permettent d'amortir les effets négatifs de l'euro. Mais ce modèle social est de plus en plus remis en cause. Et c'est pareil. Et encore une fois, c'est dû à ce qu'on a dit au début, à la structure, à la matrice de la zone euro, qui fait qu'il faut casser du service public. Et donc, ces aides sociales sont remises en cause avec l'assurance chômage qui a été passée, avec la réforme des retraites, et ainsi de suite. Donc, cette espèce d'amortissement qu'ont eu, grâce au modèle social, les Français avec l'euro, est en train, petit à petit, de disparaître.

Donc, le bilan pour la France est extrêmement négatif.

5:39
Présentateur

Est-ce que ça veut dire qu'on doit sortir de l'euro, selon toi ?

5:42
Invité

Eh bien, ça, c'est une question qui est, en fait, très difficile. Si on est franc d'un point de vue théorique, moi, je dis oui, bien sûr, il faudrait sortir de l'euro. Et ce serait pareil pour l'Italie, parce que ce sont des pays, l'Italie, la France, sont des pays qui ont le plus subi négativement l'euro. L'Allemagne s'en est bien sortie, parce qu'elle a transformé l'euro en un euromarque, en fait, avec des institutions qui sont à son service.

Je ne suis pas sûr que les Allemands soient plus heureux, parce qu'il y a une modération salariale très forte, mais l'économie allemande, d'un point de vue macroéconomique, s'en est mieux sortie que les autres, tout en n'ayant pas une croissance majeure. Parce que quand on regarde la croissance moyenne, à partir de 2007, c'est une croissance qui est en dessous d'un pourcent. Mais comme c'est un pays qui est vieux, il n'a pas énormément besoin de croissance. Quand vous êtes un pays jeune, vous n'avez plus besoin de croissance. Quand vous êtes un pays vieux, pas énormément de croissance.

Parce que la croissance économique sert surtout à insérer les jeunes qui arrivent sur le marché de l'emploi. Nous, on a une forte natalité, il faut qu'on ait un fort taux de croissance pour trouver des emplois aux jeunes qui arrivent sur l'emploi. Donc, moi, d'un point de vue théorique, je dirais, oui, il faut en sortir. Oui. Mais maintenant, si on est pratico-pratique, j'ai un certain nombre de craintes, même des craintes très sérieuses. La première, c'est que, vous savez, on a rarement vu une désintégration monétaire. Il y a eu des désintégrations monétaires des pays de l'ex-bloc URSS.

Quand l'URSS s'est cassé, vous avez un certain nombre de pays qui sont devenus indépendants, le Kazakhstan, etc., et qui ont retrouvé une monnaie, etc. Sauf que là, c'était une transition d'un système communiste à un système capitaliste. Donc, dans ce type de transition, qui a été extrêmement douloureuse pour les populations, vous ne manquez pas de financement, puisque vous passez du communisme au capitalisme. Vous n'avez pas une défiance des marchés financiers, même l'inverse, vous avez parfois des euphories de marchés financiers, parce que vous passez du communisme au capitalisme, etc.

Mais quand vous faites une désintégration monétaire dans un système libéral apprécié par la finance, puisque s'ils donnent les pleins pouvoirs à la finance, apprécié par le capitalisme, vous avez des mouvements de capitaux. Vous avez des capitaux qui sortent, qui vont se placer ailleurs, ils ont très peur. Et donc, il faut exercer un contrôle des capitaux, et ainsi de suite. Donc, pour les populations, il risque d'y avoir à un moment des fortes secousses. Peut-être pas sur le long terme, on ne sait pas, mais il peut y avoir des fortes secousses sur quelques mois, peut-être même quelques années. Et donc, c'est très difficile d'avoir un point de vue tranché sur cette question.

Moi, ce que je vois, c'est que l'euro n'a pas tenu sa promesse, ça c'est sûr. La croissance n'a pas été là, les emplois n'ont pas été là. Aujourd'hui, ce qui règne, c'est la concurrence, l'austérité, la précarité pour les plus jeunes, qui ont le choix entre chômage ou emploi précaire. Ce n'est pas l'économie de la connaissance qu'on nous avait dit. Et donc, il faut critiquer ça, il faut faire un état de fait. Et aujourd'hui, il n'y a pas de débat là-dessus. Vraiment, je tiens à le dire, il n'y a pas de débat là-dessus. C'est-à-dire qu'on ne peut pas critiquer l'euro.

À partir du moment où on met des éléments techniques, comme j'ai mis, en face, les gens vont vous dire « Oui, mais l'euro, c'est la paix. » Si on a un débat comme ça… C'était la même chose au moment de la Constitution, en 2005. Il y a 16 ans de ça, il y a eu un gros débat sur la Constitution qui n'avait absolument rien de critères fondamentaux importants pendant la construction européenne. C'était que des choses économiques et sociales qui avaient pour but d'imposer le marché, de réduire les services publics, et ainsi de suite.

Il y a beaucoup de gens qui ont voulu débattre là-dessus, mais chaque fois, en face, le camp du « Oui », le camp pro-européen, dit toujours « Oui, mais l'Europe, c'est la paix. » « L'Europe, c'est l'amour des peuples, » et ainsi de suite. Alors qu'en fait, l'Europe, c'est la concurrence. Il faudrait se poser la question. Les Allemands sont des partenaires ou des concurrents ? Si c'est des partenaires, l'Europe est coopérative. Si c'est des concurrents, c'est le marché. Et là, il n'y a pas de coopération. Donc, vous voyez, on doit critiquer l'Europe, on doit dénoncer les paradis fiscaux qui ne sont pas faits, et ainsi de suite.

Mais après, la sortie est quelque chose, je ne peux pas dire comme ça, de mon bureau, de mon pupitre, il faut faire la sortie parce que ce serait une période extrêmement difficile. Est-ce que le jour on voit la chandelle ? Il y a des grosses interrogations. Probablement que « Oui » sur le long terme. Probablement qu'il n'aurait pas voulu faire ça. Mais sur le court terme, ce serait quelque chose quand même de difficile. Alors moi, mon principe, pour finir là-dessus, c'est déjà un, l'euro est une religion dans la zone euro. C'est-à-dire qu'il y a très peu d'études qui chiffrent le coût de la sortie de l'euro.

La plupart des études qui ont été faites sur la critique radicale de l'euro et ce qu'il faudrait faire, les solutions esquissées pour en sortir, ont été faites par des Américains, Stiglitz, etc., qui ont proposé des voies de sortie, des voies de négociation. Ça, il faudrait absolument que ce soit chiffré, pratiqué en France.

Parce que dans les négociations qu'on pourrait avoir sur les investissements publics, le contrôle des déficits, etc., si on n'a pas d'études sérieuses montrant que si ça ne fonctionne pas, nous sommes prêts à sortir de la zone euro parce que nous avons ces études-là, parce que nous avons évalué, parce que la population soutient ça, la négociation ne sera pas bonne, notamment avec l'Allemagne. Parce que sinon, on arrive comme Hollande, on dit on va négocier et puis on repart, on n'a rien fait. Donc, il faut qu'on soit plutôt prêts à la sortie pour pouvoir bien négocier.

Donc, pour conclure, si on avait eu un vrai débat en amont sur le marché unique, sur l'euro, on n'en serait probablement pas là. Mais des pro-européistes nous ont mis des arguments qui n'avaient rien à voir avec le débat de fond. Et aujourd'hui, on en est là. Et maintenant qu'on en est là, bien empêtrés, avec toutes ces matrices qui imposent la concurrence à tous les échelons, c'est très difficile de s'en sortir sans qu'il y ait des secousses. Même si d'un point de vue théorique, moi je dirais qu'il faudrait en sortir parce que je ne vois pas les avantages.

Mais d'un point de vue pratique, je suis plus pour un point de vue intermédiaire où on prépare concrètement la sortie d'un point de vue technique, ce qui nous permet de renégocier les traités et autres choses d'un point de vue pratique.

10:58
Présentateur

Le gaz et le nucléaire, des énergies durables, en tout cas, ils pourront bénéficier de financements labellisés durables selon une proposition de la Commission européenne envoyée aux États membres le 31 décembre. Mediapart titre « Énergie, l'Europe » accusée de greenwashing. En effet, le document provoque une levée de boucliers et divise l'Europe, c'est ce que nous raconte le papier. Notre président de la République, Emmanuel Macron, en est certain, le cœur de la stratégie européenne doit passer par le nucléaire, tout en disant qu'en France, je cite, « nous allons construire des réacteurs de nouvelles générations plus sûrs et qui produisent moins de déchets dans les colonnes du Parisien ».

Thomas, pourquoi Bruxelles a jugé utile le nucléaire et le gaz dans la transition énergétique ?

11:40
Invité

Je pense qu'il y a eu des, comment vous dire, des grosses négociations, parce que la France veut ça depuis longtemps, c'est normal, la France a une spécificité avec le nucléaire, puisque nous sommes le pays qui avons le plus de réacteurs au monde par habitant. Je tiens à rappeler quand même que la France, c'est 1% de la population mondiale, c'est 2% de la consommation d'énergie, mais c'est 17% des réacteurs nucléaires situés chez elle. Donc, nous avons énormément de nucléaire. Or, aujourd'hui, on se rend compte que le nucléaire peut être une énergie qui est beaucoup plus sobre d'un point de vue climatique que les autres formes d'énergie. Donc, la France pousse pour le nucléaire.

L'Allemagne était vent debout puisqu'elle est le sort du nucléaire, mais en échange, elle a réussi à obtenir le gaz. Pourquoi ? Parce que dans la transition énergétique, quand vous utilisez des renouvelables, des éoliennes, des panneaux solaires, vous avez une forme d'intermittence. La nuit, les panneaux solaires ne fonctionnent pas. Quand il n'y a pas de vent, les éoliennes ne fonctionnent pas. Et quand il y a une intermittence, vous n'avez plus d'électricité quand vous allumez votre interrupteur. Donc, il faut que là, il y ait des centrales à gaz qui arrivent en backup pour fournir de l'électricité.

C'est pour ça que quand vous faites une transition énergétique appuyée sur des renouvelables, vous êtes obligés d'avoir des centrales à gaz et à charbon. Personne ne veut des centrales à charbon. L'Allemagne, il y en a encore quelques-unes qui fonctionnent. Mais c'est pour ça qu'on met le gaz et pas le charbon dans la taxonomie européenne pour dire que finalement, le gaz est un allié sous certaines conditions, parce qu'il y a quand même des conditions de centrales à gaz qu'elles émettent moins de CO2 pour la transition énergétique. Donc, en réalité, c'est un accord un peu entre la France et l'Allemagne où chacun lâche de son côté.

La France voulant développer sa filière nucléaire et l'Allemagne voulant petit à petit remplacer les centrales à charbon par des centrales à gaz qui arrivent en backup derrière les renouvelables.

13:22
Présentateur

Est-ce qu'on peut développer le nucléaire et les énergies dites renouvelables dans le même temps ?

13:26
Invité

C'est ça, en fait, la vraie question. Quand on voit chez nous, chez nous, quand vous avez 70%, plus 70% de l'électricité qui est du nucléaire, d'accord, et que vous avez pour projet de construire des nouveaux réacteurs nucléaires. C'est le projet qui est dit par Emmanuel Macron avec un EPR qui a beaucoup d'années de retard, qui était au départ en 2006 à 3 milliards, qui est maintenant à plus de 19 milliards et qui n'est toujours pas en activité. Mais quand vous avez un projet de construire plus de centrales nucléaires, il faut savoir qu'un réacteur nucléaire fonctionne comme un paquebot, c'est-à-dire que ça fonctionne quasiment à temps plein.

Donc, ça fournit énormément d'électricité en grande quantité. Donc, si vous avez plus de centrales, probablement que ces centrales absorberont l'excès de consommation qui est due à la croissance de la population et à nos modes de vie. Donc, dans ces conditions-là, les énergies renouvelables n'auront une place que marginale. Donc, en réalité, le nucléaire concurrence très fortement les énergies renouvelables. C'est pour ça que quand vous baissez le nucléaire comme en Allemagne, vous le remplacez par des énergies renouvelables, effectivement, des centrales à gaz et à charbon en backup derrière. Mais si vous augmentez le nucléaire, vous prenez la place aux énergies renouvelables.

Surtout quand on a 70% déjà d'électricité qui est faite avec du nucléaire. Donc, vous voyez, je ne vois pas comment... Donc, on ne peut pas dire qu'on développera les deux. C'est faux. À premier moment, on développe le nucléaire, on fait le choix du nucléaire contre les énergies renouvelables. Et ça, c'est aujourd'hui... J'aime bien le rappeler, mais c'est une vraie question. C'est-à-dire qu'il y a une époque, cette question ne se posait pas. Pourquoi ? Parce que nos réacteurs étaient jeunes. Donc, nos réacteurs sont faits pour 40 ans. Ils sont jeunes. Ils ont 20 ans d'âge moyen, 25 ans. Donc, la question ne se pose pas tout de suite.

Sauf qu'aujourd'hui, ils ont pratiquement 37 ans d'âge moyen. Ils ont été faits pour 40 ans, ils ont 37 ans. Donc, se pose une vraie question. Est-ce qu'on en ferme ? Ça a été le choix avec Fessenheim. Est-ce qu'on en ferme ? Ou est-ce qu'on prolonge la durée de 10 ans ? Sachant que quand on prolonge la durée de 10 ans, c'est 50 milliards de grands carénages. Donc, ce n'est pas un coût, ce n'est pas gratuit. Et puis, après 10 ans, qu'est-ce qui se passe ? On ferme ou c'est 60 ans ? Mais après 60 ans, on ne sait pas. Alors, peut-être que des réparations feront... On ne sait pas aujourd'hui. C'est un saut dans l'inconnu. Donc, on est...

L'énergie étant sur des temps longs, on est vraiment à un carrefour de décision, à un vrai débat pour se dire, choisissons-nous le renouvelable qui a beaucoup, encore une fois, d'incertitudes, mais qui est en phase aussi de progression technologique. Est-ce qu'on choisit ça ? Et en orientant toutes nos compagnies publiques là-dessus, sachant qu'il y a toujours cette question du stock de l'électricité parce que l'électricité n'est pas stockable. À part sur des petites batteries de téléphones, à grande échelle, ce n'est pas stockable. Donc, il faut des centrales à gaz et à charbon. Donc, ça a un impact sur le climat. Où est-ce qu'on choisit le nucléaire qui a un coût très élevé ?

L'EPR, ça va se voir encore sur la facture des consommateurs, le surcoût de 19 milliards. Vous voyez, il y a le traitement des déchets et puis il y a aussi le risque nucléaire qui est quand même un risque qu'il ne faut pas minimiser. Donc, nous, au fur et à mesure où on augmente nos réacteurs, alors que nous sommes déjà le pays qui avons le plus de réacteurs clairement la probabilité d'un accident grave. Et un accident, je vais dire nucléaire, c'est un accident qui ne s'arrête même pas aux frontières. Je crois que c'est Ban Ki-moon qui disait la sûreté nucléaire est un bien public mondial. Mais il avait raison parce que le Tchernobyl, on l'a vu, il s'est arrêté à notre frontière.

Mais il a passé tous les autres pays. Fukushima, ça a traversé tout le Pacifique. Donc, à un moment, c'est la question qu'il faut se poser. C'est-à-dire, nous, on augmente notre risque à titre personnel et puis après, je dirais une autre chose. Si nous avons des bons résultats en termes climatiques grâce au nucléaire, on s'en réjouit tous. Mais beaucoup de pays vont faire comme nous. Sauf qu'il n'y a pas de normes de sécurité globale. Il y a des réacteurs low-cost aujourd'hui au niveau mondial. Personne n'a établi de normes de sécurité et une agence pouvant vérifier ces normes au niveau mondial.

Donc, si nous nous mettons à nous dire bon, allez, on peut de manière, on va dire, augmenter notre consommation d'électricité de manière exponentielle en suivant une consommation qui va augmenter comme ça en créant des réacteurs nucléaires, on aura résolu la question du climat. Je trouve que c'est un peu léger comme analyse. En tous les cas, dans le cadre de la France, on a fait clairement ce choix de nucléaire contre le renouvelable. Et ce choix de nucléaire a des implications en France en termes de risques et à l'extérieur en termes de modèles qui risquent d'être copiés et qui vont associer d'autres risques avec.

17:27
Présentateur

Et selon toi, comment on peut établir une politique énergétique fiable aujourd'hui ?

17:32
Invité

Alors, ce qu'il faut rappeler, c'est que les choix énergétiques sont des choix politiques. Si nous, nous avons choisi le nucléaire, c'est un choix politique. Aucun autre pays n'a fait pareil. L'Italie, qui est juste à côté, n'a pas de centrale nucléaire. Ils ont refusé pour des questions de dangerosité. Chacun a fait des choix politiques. Aujourd'hui, en Europe, on veut que les choix politiques soient régis par le marché. Vous voyez ? Alors que, finalement, un choix énergétique, c'est un choix de long terme. Quand vous investissez dans une énergie aujourd'hui, c'est celle que vous allez consommer dans 20, 30 ans.

Donc, c'est des choix de long terme qui doivent être stables parce que ça nécessite des investissements énormes. Donc, quel que soit le choix que nous faisons, que nous choisissons le nucléaire ou les renouvelables, quel que soit le pays, il faut qu'il y ait un certain nombre de conditions pour que ça fonctionne bien. Premièrement, des entreprises publiques. Voilà. Et en monopole. Nous, EDF, pendant très longtemps, était en monopole. GDF en monopole. LV, maintenant qu'elle est devenue totale, était en monopole. Voilà. Il faut qu'il y ait des monopoles publics parce que ces monopoles publics, finalement, ils appuient des choix politiques et ça permet d'avoir des décisions de long terme.

Donc, si on choisit demain les renouvelables, on ne peut pas faire comme aujourd'hui, des incitations par les prix pour qu'elles puissent se développer. Il faut qu'il y ait un choix franc qui, au début, n'était pas fait, qui est fait maintenant pour le nucléaire. Donc, c'est dans ces conditions-là qu'on peut avoir la meilleure politique. Après, quel choix ? Nucléaire ou renouvelable ? On voit bien que chacun a ses défauts. C'est ça qui est très difficile encore à choisir. Chacun a ses défauts. Certains ont plus de risques que d'autres, mais des avantages. En termes de climat, il y a un avantage énorme. On le voit bien pour le nucléaire et c'est pour ça que ça revient.

Parce que ça avait disparu le nucléaire après Fukushima, ça revient. Mais la question climatique est une question extrêmement importante. Mais quand on l'élargit à la question environnementale, l'environnement, et c'est ça, normalement, la taxonomie européenne, c'est l'environnement. Sur le critère environnemental, le nucléaire, d'un point de vue environnemental, n'est pas le plus parfait. Donc, voilà, il y a un certain nombre de choses. Je pense, moi, j'en suis à un point où je me dis qu'il faudrait presque trancher ça par référendum. Alors, c'est un peu bizarre de dire ça parce que c'est des choix très techniques. Mais les renouvelables ont un impact.

On le voit bien dans les territoires, les gens n'en veulent plus. Il y a le « not in my backyard », personne ne veut avoir une éolienne comme ça. On le voit bien. Il y a des gens qui sont même des écologistes parfois qui disent qu'ils ne veulent pas de ça. L'éolien et les renouvelables, on va avoir besoin de centrales à gaz ou à charbon. Donc, il va y avoir quand même… Ça ne sera pas 100 % renouvelable, ce ne sera pas complètement neutre. Deuxièmement, on ne les fabrique pas complètement chez nous. Donc, il faudrait quand même réindustrialiser une grosse partie de la fabrication des renouvelables. Donc, tu as plein de choses comme ça.

Et le nucléaire, il y a la vraie question de se dire jusqu'où on peut aller, nous, en France, quand on a 70 % d'électricité qui est du nucléaire, jusqu'où on peut aller et quel impact ça peut avoir. Donc, c'est un choix qui doit dépasser, moi, je pense, le cadre des lobbies de part et d'autre et peut-être être tranché à un moment par référendum, quoi. Peut-être.

20:25
Valérie Pécresse

Il faut ressortir le Karcher. Il a été remisé à la cave par François Hollande et Emmanuel Macron depuis 10 ans. Aujourd'hui, il est temps de nettoyer les quartiers et il faut traquer les caïds, les voyous, les criminels, les dealers. C'est eux qu'il faut harceler, c'est eux qu'il faut punir, c'est eux qu'il faut priver de leur citoyenneté.

20:46
Présentateur

Valérie Pécresse veut nettoyer les quartiers au Karcher, dit-elle dans le journal La Provence. Perdue entre LREM et l'extrême droite qui, tous deux, marchent sur ses plates-bandes, la candidate LR réaffirme sa stratégie et s'inspire du sarkozisme dont elle reprochait l'absence de solutions nouvelles d'ailleurs. En trois mots, délinquance, immigration, autorité. Voilà la ligne claire de LR pour cette campagne présidentielle. Thomas, qu'est-ce que tu penses des propos de Valérie Pécresse ?

21:12
Invité

Je trouve ça assez marrant en fait. C'est parce que tous ces candidats, ils se présentent comme des novateurs différents et en même temps, tu vois, il y a beaucoup de gens, par exemple, sur la gauche, PS, qui reparlent de Mitterrand, de Jospin, on ressort Taubira. Et là, on ressort du Sarkozy qui date de 2006 ou 2005, je crois. Donc, ça fait 16 ans, 17 ans. Donc, ça veut dire quelqu'un qui a 25 ans aujourd'hui, il ne se souvient presque plus de ce truc. Donc, on ressort ça, des termes comme ça pour montrer que on est dur. Et puis en fait, Valérie Pécresse, on l'accuse souvent d'être finalement un Macron bis.

Ce qui est vrai, politiquement, en fait, Macron a fait ce que Sarkozy n'a même pas osé faire. Je veux dire, la réforme de l'ISF, la loi travail 2, la flat tax, Sarkozy n'a pas osé faire ça. Je veux dire, Hollande a été plus à droite que Sarkozy sur beaucoup de points. Et puis là, Macron est encore plus à droite que Hollande et donc que Sarkozy. Donc, économiquement, à part de la surenchère et donc de faire comme du Fillon, de dire, oui, moi, je ne vais pas supprimer 120 000 postes de fonctionnaires, mais 500 000 postes de fonctionnaires au lieu de faire de la surenchère qui vont quand même dans le même sens. C'est le même sens de politique.

C'est ce qu'elle fait là dans l'économie et dans la sécurité. Et donc, elle ressort une phrase pour dire, voilà, moi, je serai beaucoup plus ferme que Macron, je vais ressortir les Karcher. Ça permet de faire diversion sur tout le brouh qu'il y a eu sur le pass vaccinal à l'Assemblée avec les LR. Mais bon, il n'y a rien de novateur. Et en fait, on ne s'interroge pas sur les questions de fonds. Et les questions de fonds, l'équilibre difficile, des taux de pauvreté élevés, des taux de chômage très élevés, des usines confirmées.

Quand vous avez trois usines qui ferment par mois en France, il ne faut pas s'étonner qu'après, les taux de chômage explosent et que les taux de pauvreté explosent et que finalement, les seuls débouchés qu'il y ait pour une grande jeunesse, ce soit l'économie informelle. Vous voyez ?

Donc, plutôt que de s'attaquer aux problèmes de fonds et aussi à la baisse des dotations des collectivités locales, vous savez, quand vous avez un équilibre fragile avec chômage, pauvreté, quand vous avez des infrastructures de sport, quand vous avez des cours du soir à l'école, quand vous avez des places en crèche pour les familles, pour que les femmes puissent aller travailler, etc., vous permettez, on va dire, d'assurer un équilibre qui est encore très précaire. Mais quand vous retirez ces moyens-là, qu'est-ce que vous voulez qui se passe ?

Les gens sont pauvres, les gens n'ont pas d'emploi, ils sautent dans l'informel à pieds joints puisque l'informel est la première entreprise qui les emploie. Donc, Pécresse, au lieu de résoudre en amont des problèmes de fond, elle ressort la technique du bâton sans vraiment d'innovation en réalité puisque Sarkozy a fait quand même beaucoup de mal avec la police de proximité, etc., etc. C'est de la petite phrase, voilà, ça n'a rien changé, c'est de la petite politique pour se démarquer de Macron parce que c'est difficile pour elle de se démarquer de Macron.

23:54
Présentateur

Et c'est ça, est-ce que ça ne révèle pas un peu sa stratégie politique où elle est totalement coincée entre Emmanuel Macron et l'extrême droite aujourd'hui ?

24:00
Invité

Elle est coincée entre les deux. Elle est coincée entre les deux. Elle n'essaie pas de faire le grand écart comme certains candidats de gauche ont essayé de faire le grand écart et se sont tirés des balles dans le pied en allant chercher des thématiques d'extrême droite comme Montebourg. Elle, elle se dit, voilà, il faut que j'aille plus loin, il faut que je montre que Macron, c'est un homme de gauche. Il faut que je montre que Macron, il y a beaucoup de gens de droite qui pensent ça, il faut que je montre que Macron, c'est l'héritier d'Hollande, c'est un homme de gauche. Alors qu'en fait, non, Macron, d'un point de vue économique, ça a été extrêmement libéral, je l'ai répété.

Donc, si je dois montrer alors que Macron, c'était déjà l'héritier, je ne sais pas si c'est le fils caché même de Margaret Thatcher, et il faut que j'aille plus loin sur la sécurité quitte à aller draguer l'extrême droite. C'est ce qu'avait fait déjà Sarkozy. Sarkozy, quand on a vu le score du FN à l'époque de Sarkozy, on a dit, il a tué le FN. Non, il n'a pas tué le FN, il a récupéré une grosse partie du FN. Et là, je pense que c'est ce qu'elle veut faire un petit peu. Tout en ayant un aspect, on va dire, plus technocrate qu'un Zemmour ou qu'une Le Pen qui est stigmatisée par son nom depuis des années.

Mais elle veut aller récupérer, clairement, moi je pense, sur le terrain de la sécurité, de l'immigration, etc., un électorat d'extrême droite.

25:17
Présentateur

Merci Thomas.

25:17
Invité

Merci.

25:18
Présentateur

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