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interviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 29 mai 2026 20 min

Expos, galeries, ateliers : nos flâneries du samedi : Giverny, côté village : sur les pas de Claude Monet

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:02
Présentateur

France Culture, les matins du samedi, Nicolas Herbeau. Le 5 décembre prochain, nous commémorerons le centenaire de la mort de Claude Monet. Quand on pense à ce peintre, on pense tout de suite impressionnisme. On imagine aussi tout de suite les nymphéas, peintures impressionnantes que l'on peut voir au musée de l'Orangerie à Paris. Et puis un nom revient aussi, celui de Giverny. Monet, Giverny, deux noms inséparables, indémêlables. Et nous avons pris le parti ce matin dans notre flânerie du samedi d'aller découvrir ce qui a tant attiré Monet dans le Giverny de la fin du XIXe siècle.

Nous voici donc à Giverny, dans le cœur du village, sous la forte chaleur et le soleil de cette fin de mois de mai. Et je vais à la rencontre du directeur général et conservateur en chef du musée des impressionnismes de Giverny, Cyril Siamma. Bonjour à vous. Bonjour, bienvenue. Merci de nous accueillir ici, le musée des impressionnismes. On est juste devant, c'est l'autre arrêt obligatoire. Après la maison de Monet et ses jardins quand on vient ici. Mais nous, nous n'irons ni dans l'un ni dans l'autre durant cette visite. Même si, évidemment, on invite les auditeurs et auditrices à venir visiter la maison et le musée.

Cyril Siamma, mais d'abord, est-ce que c'était ça la question de ce livre que vous publiez qui s'appelle Le petit Giverny de Claude Monet ? C'était de comprendre ce qui attend plus ici à Claude Monet ?

1:21
Invité

Oui, ça m'interrogeait, me suis demandé pourquoi ce vadrouilleur, ce voyageur infatigable, c'est fixé définitivement à Giverny. Sans doute qu'il l'ignorerait lui-même au départ. Il a 43 ans quand il arrive à Giverny et il a dû trouver quelque chose de particulier, d'extraordinaire qui lui a fait rester. Et donc, je me suis intéressé à la topographie, au village, à l'histoire des habitants, à l'histoire des collines, des jardins. Et on découvre en fait un Monet assez hésitant, truculent, travailleur, curieux. Et c'est ça qui le rend très humain aussi. Il arrive ici le 29 avril 1883. C'est un artiste qui est très respecté de ses amis peintres, Sisley, Pissarro, Renoir.

Très respecté de son marchand, Durand Ruel. Il a quelques critiques d'art qui le suivent, mais ça ne marche pas très fort. Il vient juste d'avoir une exposition personnelle qui a été un échec. Et donc, il n'a pas beaucoup de sous. Il a toujours été assez pauvre jusqu'à ce que ça marche dans la fin des années 80. Il vient un peu au-dessus de ses moyens. Et donc, il cherche ici une maison, un lieu calme où il peut venir avec ses deux enfants. Sa nouvelle campagne, Alice Hochelé, qui a elle-même six enfants. Et donc, il faut absolument qu'il trouve un terrain avec un jardin clos de mur pour vivre tranquillement. Que ça ne soit pas loin de Paris.

Et puis, il y a peut-être une petite arnaque avec le propriétaire. Il trouve la jolie maison. Il ne dit pas vraiment qu'il n'est pas très riche. Et il se présente comme un beau bourgeois. Et finalement, il arrive à louer la maison. Et il va faire emménager toute sa famille ici.

2:43
Présentateur

On avance. On va visiter Giverny. Et essayer peut-être aussi de voir où il a peint de nombreux de ses tableaux. Et qu'est-ce qui a pu l'inspirer dans ces paysages magnifiques. Qu'on va essayer de faire vivre à nos auditeurs et nos auditrices ensemble, Cyril Siamat. Allons-y. Là, on est toujours dans l'enceinte du musée, dans les jardins qui entourent le musée, Cyril Siamat. C'est ici qu'il a peint notamment un tableau qu'on a en mémoire qui s'appelle les meules, c'est ça ?

3:12
Invité

Absolument, en fait, le musée est fondé sur un terrain qui s'appelle le cloborin, qui était au centre du village. Un immense terrain qui était utilisé pour les fenaisons. Il y avait très peu d'arbres. Et Monet passe évidemment tous les jours devant ce terrain et un jour, il voit des meules en soleil couchant. Et donc, il décide de peindre ces meules et ça lui plaît tellement qu'il va louer le terrain au fermier. Et ça va être un déclic pour lui. On est vraiment dans l'hiver 1888-89. Et il va décider de faire toute une série. Et c'est vrai que ce terrain est assez magnifique. Un peu en pente, avec toute une série de meules.

Et donc Monet se mettra en haut du terrain pour avoir à déniveler sur toute la colline, tout le village. Il faut imaginer que c'est extrêmement vide. Il y a vraiment une rue principale, quelques habitations. En 1883, à Giverny, c'est 277 habitants. Ce sont des viticulteurs, des agriculteurs. Il y a trois moulins, un café, il y a très peu de vie sociale finalement. Et donc, c'est quand même très agricole. Ça l'est encore de nos jours. Et Monet est assez fasciné par ce terrain qui est très grand, au centre du village. Et donc, il va être totalement inspiré par ces meules.

4:24
Présentateur

C'est aussi la magie. Encore aujourd'hui, là, on a quitté l'allée principale, où il y a évidemment tous les visiteurs et visiteuses qui viennent à Giverny. On est à quelques dizaines de mètres à peine et on est déjà dans la nature en fait.

4:36
Invité

On est dans la nature, on est dans les coquelicots, on est dans les arbres. C'est un endroit enchanteur et ce qui est merveilleux à Giverny, c'est que c'est un domaine, un territoire qui est resté totalement préservé. Il y a très peu de construction moderne, le paysage a été classé et il y a un amour en Normandie des jardins qui est extraordinaire. Donc, il y a une atmosphère très particulière dans le village. Alors, il est un peu excitant, Monet, quand il arrive. C'est-à-dire qu'au départ, il est content de quitter Poissy parce qu'il n'aimait pas Poissy, où il avait sa journée 14 mois et il trouve le village. Dans le même mois, en juin 1883, il va écrire deux lettres.

Une à son marchand, Durand-Ruel, où il dit « Je sens que j'ai fait une sottise d'être ici, j'en suis désespéré. » Et quelques jours plus tard, il écrit à son ami Pissarro, il dit « Je suis enchanté, pays superbe. » Et toute sa vie, il va balancer entre la joie et la tristesse, le doute et la confiance. Et il va être en proie à des sujets de grande créativité. Il va arriver à faire des séries extraordinaires. Et puis parfois, il va détruire ses œuvres, détruire ses toiles, les jeter dans la rivière, crever ses œuvres à coups de sabot. Parce qu'il dit que c'est un métier impossible, la peinture. Et qu'il ne sait pas comment faire. C'est une torture continuelle, il l'écrit à Berthe Morisot.

Donc il faut imaginer cet homme quand même très vif d'esprit, en recherche permanent du motif. Et il trouve à Giverny des motifs qu'il inspire énormément.

5:53
Présentateur

Et parmi ces motifs, vous avez commencé à le dire, il y a des champs, il y a des rivières, de l'eau. Et pour essayer de voir tout ça, vous nous faites grimper, Cyril Siamma, sur cette colline ?

6:03
Invité

Oui, on va aller grimper sur la colline avec un paysage extraordinaire.

6:07
Présentateur

Allons-y.

6:14
Invité

Ça grimpe, on a déjà les papillons. Orties, attention. Alors les orties, c'est bon pour la circulation. Et donc ce que vous voyez par exemple, ça c'est des orquidées sauvages assez rares, les violettes. Ça va ? Très bien. Bon. Vous voyez, c'est très sauvage. C'est inaccessible au public. C'est magnifique ces orquidées sauvages. Ah, c'est très bien. Je ne le sais pas du tout. Parfois on a les chevreuils, parfois on a les sangliers, les renards.

6:41
Présentateur

On commence à voir le paysage en prenant de la hauteur. Voilà.

6:46
Invité

Beaucoup de papillons, de fleurs.

6:50
Présentateur

On est très au calme.

6:52
Invité

Oui, on a une vue qui est très spectaculaire.

6:54
Présentateur

Vous n'aviez pas menti, ça grimpe bien. Et c'est beau. C'est très beau. On a la chance de pouvoir voir effectivement ce paysage. Qu'est-ce qu'on voit d'abord, Cyril Siamat ?

7:06
Invité

On voit une immense plaine bordée d'arbres et des collines très imposantes en face, sur des kilomètres. Quand on regarde, on voit la Seine qui est juste en face de nous. On voit d'ailleurs six arbres qui sont plantés beaucoup plus bas, des petits saules. Ce qu'on appelle la plage de Giverny. Et puis en face, il y a le train qui passe. C'est la voie de Chemin de Fer que Monet a empruntée. Avec un zigzag d'arbres au milieu des champs. Et là, on devine que c'est l'Epte. L'Epte, c'est une rivière qui se jette ensuite dans la Seine, c'est ça ?

Oui, c'est une rivière qui délimite la Normandie de l'île de France, qui est un petit cours d'eau, qui serpente en deux endroits à Giverny, et que Monet a détourné pour créer son bassin en affaire. C'est très important, puisque c'est aussi Bordelette que poussent les peupliers, que Monet a tellement peint. Et évidemment, ça développe aussi une faune extraordinaire. Et puis, le paysage a un tout petit peu changé avec les crues de la Seine. On a changé un peu le cours de la Seine, donc il y avait plusieurs îles. Et Monet avait lui-même acheté une île qu'on appelait l'île aux orties.

Cette île, il l'a aménagée pour y faire construire un hangar à bateau, où il pouvait à la fois mettre son bateau atelier, sur lequel il peignait, et aussi ses toiles. Puisqu'il a eu plein de problèmes quand il est arrivé à Giverny avec son bateau. Les villageois lui ont fait, disons, des petites blagues. Ils lui ont coupé régulièrement les amarres.

8:32
Présentateur

Ça, c'est important parce que tout à l'heure, on se demandait, quand on était au centre du village plus bas, pourquoi est-ce que Claude Monet s'installe ici ? Alors, il y a des raisons familiales, mais il y a aussi cette présence de l'eau qui est importante, et notamment de la Seine. Vous écrivez dans votre livre, Du Havre à Giverny, de l'océan Atlantique à la Seine, de la Méditerranée à l'Epte, de la Tamise à l'Esco, il aura toute sa vie fréquenté les rivages, les bords de rivières et les côtes maritimes. Et vous le citez, la Seine, je l'ai peinte pendant toute ma vie, à toute heure, en toute saison, depuis Paris jusqu'à la mer.

9:03
Invité

Oui, alors il est né à Paris un peu par hasard, mais il a vécu au Havre, et donc sa jeunesse, elle est au Havre, et impressionnellement, c'est le bassin du Havre. Donc, c'est aussi un bon navigateur, c'est un bon flongeur, il adore nager, il a des souvenirs qui racontent qu'il nageait très bien dans la Seine et dans l'Epte. Donc, pour lui, c'est important de vivre au bord de l'eau. Alors, ce n'est pas un pêcheur, mais il adore regarder l'eau, à tel point qu'il se construit un bassin, un bassin d'eau, qui n'est pas très grand d'ailleurs. Et il a besoin de regarder l'eau pour peindre, pour respirer, pour s'aérer, les fasciner par l'eau.

C'est une attirance pour cet élément aquatique qui lui permet aussi de peindre le ciel.

9:40
Présentateur

Tout ce que vous avez cité, tout ce que vous venez d'écrire, les champs, les peupliers, les ruisseaux, la variété aussi de ce paysage, c'est quand on ferme les yeux et qu'on pense aux peintures de Monet, ces motifs, ce qu'il va évidemment coucher sur la toile, avec l'idée de travailler dehors, puisque c'est aussi pour ça qu'il vient ici. Il travaille sur son atelier bateau, mais il travaille dans les champs, il travaille dehors. Qu'est-ce que, dans l'histoire de l'art aussi, ça apporte de nouveau ? Vous avez parlé d'impression soleil-levent, mais qu'est-ce que lui, il apporte à partir de ces années 1883 ?

10:12
Invité

Ce qui est très important à dire, c'est que Monet, ce n'est pas le premier à avoir peint en plein air. Il y a toute une tradition française et anglaise de peindre en plein air. On pense à Daubigny, on pense à Corot, à toute l'école de Fontainebleau des années 1840-1850. Et Monet, en revanche, il va continuer cette tradition. Ce qu'il va révolutionner dans l'art, c'est la manière dont il ressent les choses. C'est-à-dire qu'il ne va pas peindre un paysage comme une topographie exacte, il va la peindre comme un ressenti personnel, comme une sensation, avec des variations lumineuses qui correspondent à son ressenti à lui, qui devient totalement universel.

Donc Impression Soleil Levant, c'est un soleil qui se lève très tôt le matin. Sur le Havre, on voit quelques petites embarcations. On devine à peine ce que c'est. On voit surtout ce soleil magnifique. Et donc, il ne sait pas comment on a intitulé ce tableau. Il n'a plus d'impression. Ça a fait un scandale énorme parce que le tableau paraît totalement inachevé. Mais toute la peinture de Monet est inachevée. Il a beaucoup de mal à définir le fini. Il considère qu'une peinture n'est jamais achevée. Et il retravaille sans cesse ces tableaux. On lui demande, est-ce que vous peignez en atelier ? Il a dit, non, mon atelier, j'en ai jamais eu. Mon atelier, c'est la nature.

Mais ça, c'est un mot d'artiste. Puisqu'en réalité, Monet dessine des esquisses, revient sur le site, commence à faire une autre esquisse. Il revient avec ses différentes variations. Puisqu'il y a plusieurs œuvres en même temps. Et il le termine en atelier. Peut-être qu'il revient sur le site pour avoir une autre sensation, une autre impression. Mais évidemment, Monet ne finit pas son tableau in situ. C'est un travailleur acharné. Il va chercher la perfection. Donc ça se finit aussi dans son atelier.

11:47
Présentateur

Avec des tableaux, on les voit d'ailleurs au musée des impressionnismes, qui ont parfois exactement le même cadrage, si on prend un terme de photographie. Mais qu'est-ce qui change ? Le moment de la journée où il le peint, l'effet de la lumière justement sur cette nature ?

12:01
Invité

Il faut imaginer Monet avec sa carriole, sa famille qui est là pour le suivre pour des randonnées, pour des promenades champêtres. Et il y a quatre ou cinq toiles en même temps qu'il peint. Et donc selon la variation lumineuse, il va donner une atmosphère différente. C'est un homme qui se lève tôt le matin, qui travaille énormément, qui peint sous la pluie, le vent, le nuage, la neige. Et donc il n'a pas peur de ça, des éléments. Il considère que ça fait partie de la vie. C'est vrai qu'il se couche tôt, puisqu'il considère qu'une fois qu'il fait nuit, il n'a plus rien à peindre. Il déteste peindre sous la lumière, anti-naturelle.

Donc que ce soit des bougies ou que ce soit la lumière électrique plus tard. Ce n'est pas les nabis, ce n'est pas Bonnard et Villard. Et donc il a une recherche de la lumière qui est permanente, et l'eau lui permet ça. De même que toutes les variations de verre qu'on admire ici, du verre foncé, du verre clair, du jaune, presque du noir. C'est assez fascinant de se dire que ce pays de l'âge-là, Monet l'a vu. Et a réussi à en traduire quelques traits qui sont encore universels.

12:58
Présentateur

Un tout petit mot, Cyril Sama, sur Giverny, qui est vraiment au contrebas de cette colline où on est. Mais il va marcher dans tous ces endroits, tous ces autres villages qui sont autour de nous. Est-ce qu'on en dit un mot ?

13:09
Invité

Oui, alors Giverny, c'est une rue principale d'environ 2 km, avec quelques hameaux, quelques bourgs ensemble de maisons. Mais Monet va aller découvrir les environs, bien évidemment. Avec son bateau, il va aller à Bencourt, il va aller à Bonnière, mais il va aussi peindre Vernon. Il va aller jusqu'à Poissy. Et ce qui est assez fascinant, c'est de voir que Monet est parti d'un motif très très large. Les environs de Giverny, Falaise, le bout du village, Gany, Bonnière. Ensuite, il va avoir les coquelicots, les meules, les peupliers, l'hepte, la Seine. Il va commencer à bien comprendre le village, et puis il va commencer à construire son jardin, planter des fleurs, abattre quelques arbres.

C'est un verger. Il va se concentrer de plus en plus sur les fleurs, même si c'est un motif qui l'intéressait depuis le début. C'est un très bon jardinier. Et puis son ami intime, c'est quand même Caillebotte. Et Caillebotte, avec lui, ils vont échanger des trucs de jardinier, des bulbes, des recettes horticoles. Et donc Monet va se passionner de plus en plus pour un petit jardin, son jardin du pressoir. Et ensuite, il va créer son bassin en inférieur. Finalement, il va abandonner un petit peu Giverny et il va se concentrer sur son jardin, son bassin en inférieur. Ça va être une obsession. Mais il ne faut pas oublier qu'il va sans cesse voyager. Il ira ensuite à Venise, en Angleterre.

14:17
Présentateur

On va redescendre dans le village, aller du côté de l'ancienne gare. Puisqu'on se demande ce matin ce que Giverny a offert à Monet, on va s'interroger aussi sur ce que Monet a offert à Giverny. Beaucoup de choses. Donc on est revenu, Cyril Fiamma, dans l'allée principale de ce village, qui est une allée piétonne d'ailleurs. On passe devant la maison Monet, les jardins qui sont juste derrière et le flux de visiteurs que l'on croise évidemment.

14:51
Invité

Avec un paysage qui n'a pas changé de fil Monet. C'est la même ferme, la même maison, quelques glaciers, quelques restaurants. C'est ça qui est très authentique à Giverny. C'est qu'on retrouve des sensations que Monet avait déjà. Et donc il y a quelque chose de très sincère en fait, dans ce village. C'est assez émouvant de se dire que cette rue, Monet l'a foulée tous les jours et qu'il pouvait voir les mêmes voisins tous les jours, dans la même maison. Donc c'est quelque chose qui est assez rare en fait, garder l'authenticité d'un village. Et ce qui est intéressant, c'est que Monet n'a pas peint d'animaux. Il a peint des paysages sans habitants.

On ne voit pas les agriculteurs, on ne voit pas le curé, on ne voit pas le maire, on ne voit pas le prêtre, on ne voit pas les moutons. Comment ça s'explique ? Je pense qu'il a voulu peindre un paysage universel. Un paysage presque immobile qui varie avec la lumière, mais en tout cas intemporel. On ne peut pas distinguer si on est en 1850 ou en 1900. On ne voit pas l'arrivée

15:55
Présentateur

de la modernité non plus.

15:57
Invité

Non, il a enlevé toutes les machines agricoles, on ne voit pas de voitures, alors que lui-même adorait les voitures. Il allait voir des courses d'automobiles à Gaillon. Évidemment, le train, il a assez peu peint à Giverny, même si on le voit passer. Donc il a une vision qui est très universelle en fait. Et c'est ce qui plaît encore de nos jours, je pense, de la part des visiteurs. c'est de se retrouver dans des tableaux qu'on imagine très vivants en fait, très très actuels. Voilà, c'est l'ancienne gare. Il y a encore le panneau

16:30
Présentateur

traditionnel à poser sur les gares. Dès qu'on quitte la route, on retrouve le calme absolu.

16:38
Invité

Voilà, les oiseaux, les poissons, les hérons, les saules. Et on retrouve vraiment des tableaux que monnaient à pain en fait, au fil de l'eau. C'est vrai que quand on regarde la perspective, c'est absolument sublime. Avec toute cette eau qui coule, pas d'embarcation, vous voyez, c'est très paisible. On voit que les libilules là,

16:59
Présentateur

c'est assez fantastique. Et puisqu'on est au bord de l'Epte et juste à côté de l'ancienne gare, peut-être un dernier mot sur le rôle du chemin de fer qui est dans la vie personnelle de Claude Monet très important et qui a aussi permis à Giverny d'accueillir d'autres grands noms grâce aux invitations de Claude Monet.

17:18
Invité

Alors Monet, c'est quelqu'un qui aime accueillir les gens. Il est sélectif. Au début, quand il arrive dans le village, il va ouvrir beaucoup sa porte. Puis à un moment donné, il va y avoir un peu trop de monde qui vient le voir. Et puis en 87, les Américains vont arriver. Une colonie d'artistes américains peut-être intéressés par la renommée de Monet, mais aussi par le village. Et donc Monet va avoir ça d'un oeil un peu curieux au départ, mais ils vont d'être de plus en plus pressants. Donc il va prendre ses distances avec les Américains, il va fermer sa porte, mais il y a beaucoup de gens qui vont venir le voir.

Et donc parmi les grands visiteurs, il y a évidemment Lussard Geoffroy, son premier biographe, il y a Octave Mirbeau, mais il y a aussi Durand-Ruel, il y a Renoir qui vient, il y a Sisley, il y a Caillebotte, et puis il y a Berthe Morisot qui vient, il y a Stéphane Mallarmé qui vient. Et il y a une anecdote assez savoureuse, c'est avec Mallarmé, Monet devait faire une estampe pour un de ses poèmes. Il a un peu hésité et finalement Mallarmé, on n'a pas pris ombrage, mais il est venu quand même voir Monet et Monet s'est dû se sentir un peu coupable. Il lui a proposé de choisir n'importe quelle oeuvre dans son appelier, ce qui est extraordinaire.

Et Mallarmé choisit un tableau qui représente le train, le chemin de fer, entre Giverny et Paris, dans la courbe. Il est tellement fasciné par ce tableau qu'il va tenir ce tableau sur ses genoux pendant tout le chemin de fer, jusqu'à Mantes. Et il va revenir, il va écrire une lettre en disant à Berthe Moriseau « C'est quelque chose dont je suis heureux, c'est de vivre à la même époque que de Claude Monet. » Et ce tableau, il représente vraiment la modernité, le voyage, la vitesse, mais aussi la Normandie. Et donc, c'est essentiel pour Monet de pouvoir voyager, de prendre le train, d'aller une fois par mois à Paris grâce au train et puis d'aller évidemment au bord de mer.

Il va très régulièrement à Etretat ou à Pourville grâce au train.

18:54
Présentateur

Il a peint la gare Saint-Nazare, il a peint la cathédrale de Rouen, il a peint le Havre aussi et également, effectivement, Giverny et Vernon puisque c'est à présent la gare pour venir jusqu'ici aujourd'hui. C'est de s'arrêter à Vernon et de venir ensuite en Avette jusqu'à Giverny.

19:10
Invité

Absolument. Et quand on arrive à Vernon, on retrouve le même paysage comme on a vu avec les mêmes champs, la même collégiale. Donc c'est quelque chose qui est vraiment du domaine de l'expérience.

19:20
Présentateur

Merci beaucoup, Cyril Siamat, d'avoir fait cette visite avec nous. Merci infiniment. Merci beaucoup. Le Petit Giverny de Claude Monet dirigé par notre invité Cyril Siamat, livre publié aux éditions Flammarion et puis je rappelle l'exposition Avant les Nymphéas, Monet découvre Giverny 1883-1890 qui se tient jusqu'au 5 juillet au musée des impressionnismes de Giverny. Sous-titrage Société Radio-Canada