Laurent : "A l'adolescence, j'ai réalisé que ma mère était assez volage"
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Nous retrouvons Laurent. Bonjour Laurent, merci d'être avec nous.
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Alors vous, ça a plutôt bien démarré, jusqu'à 10-12 ans.
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Il faut un peu couper le lien si on veut s'envoler, oui.
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C'est aussi belle que vous l'imaginiez, enfant.
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C'est-à-dire que vous aviez donc forcément, vous en étiez donc forcément rendu compte avant votre âge de 10-12 ans, mais vous ne l'avez pas impacté, si je puis dire.
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C'est-à-dire que c'est au moment de la puberté que vous réalisez à quel point le fait que votre mère était volage vous a peut-être marqué plus que vous ne le pensiez, c'est ça ?
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Nous retrouvons Laurent. Bonjour Laurent, merci d'être avec nous.
Oui, bonjour Brigitte, bonjour Gaëlle.
Bonjour Laurent. Alors vous, ça a plutôt bien démarré, jusqu'à 10-12 ans.
Oui, c'est ça, voilà. Je ne peux pas me plaindre. Enfin, du moins, je n'ai peut-être pas encore assez fait de recul pour tout ce que je me rappelle et de ma vie. Ça a été très très bien, une enfance très très bien. Après, c'est après arriver à l'adolescence que ça a commencé un petit peu parce que je pense qu'arriver à l'adolescence, on a un passage où on commence à se rendre compte, on désacralise nos parents, je pense.
Il faut un peu couper le lien si on veut s'envoler, oui.
Je pense que c'est à ces moments-là que ça arrive. Et moi, ça m'est arrivé aussi. Bon, j'ai un frère aussi, donc ça lui est arrivé aussi. Mais on est différents, ce n'est pas la même chose. Mais voilà, quoi. Donc moi, je me suis aperçu que ma mère était un peu volage et que mes parents, ce n'était pas une relation, on va dire, d'amour spécifique.
C'est aussi belle que vous l'imaginiez, enfant.
Voilà, voilà.
C'est-à-dire que vous aviez donc forcément, vous en étiez donc forcément rendu compte avant votre âge de 10-12 ans, mais vous ne l'avez pas impacté, si je puis dire. C'est-à-dire que c'est au moment de la puberté que vous réalisez à quel point le fait que votre mère était volage vous a peut-être marqué plus que vous ne le pensiez, c'est ça ?
C'est ça. Puis après, on se rend compte, puisqu'on découvre les choses de la vie. Arrivé à l'adolescence, à 12-13 ans, on commence à courir après les filles et tout et tout. Et donc, voilà.
Et donc, est-ce que ça a donné l'impression que les femmes, de toute façon, elles sont infidèles ?
J'avais aucune confiance en femmes. C'est ça, d'accord. Arrivé à 16, vers... Enfin, disons que j'ai eu une relation relativement de bonheur vers 14 ans. Après, il y a eu un petit passage à vide, mais à partir de 15-16 ans, ça a rebougé, quoi. Après, j'avais une consommation excessive. Mais ce n'était pas du tout... Je n'avais pas du tout de...
Alors, justement, est-ce que vous avez conscientisé pourquoi vous aviez une consommation excessive ?
Justement parce que je ne voulais pas tomber amoureux parce que je pense que j'avais confiance aux femmes.
Oui, oui, oui. Je m'attendais à cette réponse, mais c'est bien de le dire pour ceux qui nous écoutent.
Ni de respect, je tenterais à dire.
Ni de respect ?
Quelque part, j'ai peut-être voulu me venger. Quand je dis respect, il n'y avait pas de violence, il n'y avait rien, mais c'était, je vous dis, de la consommation d'un soir, quoi. Point barre, voilà.
Elle ne méritait pas votre cœur ?
Certainement, c'est ça.
Elle n'avait droit qu'à votre sexe ?
Oui.
Parce que ça aurait fait trop mal de donner votre cœur ?
Voilà, c'est ça. De ce que disait Gaël, la protection.
Merci, parce que votre témoignage montre bien comment on se protège pour ne pas souffrir. Et comment... En fait, tous autant qu'on est, on rentre en relation, alors surtout ce que j'appelle en primo-excellence, c'est les premiers couples, on rentre en relation à partir des peurs qui ont été construites dans l'enfance. Qu'elles soient conscientes ou pas. Et donc, vous, Laurent, vous avez évidemment associé ou féminin à quelque chose d'extrêmement instable, d'extrêmement peu fiables. Et du coup, l'idée, c'était de rentrer en relation à partir de cette peur-là. Et vous aviez construit cette stratégie de protection. Et nous sommes... On est tous logés à la même enseigne, en fait.
On rentre en relation avec l'autre à partir de nos peurs. Et on va chercher, du coup, à se sécuriser, soit en s'engageant pas, soit en allant chercher, à l'inverse, d'une certaine façon, l'opposé de notre mère, c'est-à-dire une femme qui, d'apparence, va donner une sensation, une image de quelqu'un d'extrêmement sérieux, stable, etc. Et on pense, à ce moment-là, pouvoir être amoureux, en fait. Mais en fait, c'est simplement qu'on a tellement peur d'être confronté au féminin instable qu'on va rentrer depuis cette peur. Et pas depuis l'amour. C'est ça.
C'est ça, tout à fait. Et vous en êtes...
Oui, allez-y, je vous en prie, Laurent. Non, non, allez-y.
Ben, après, oui, j'ai commencé à... Je l'ai compris il y a quelques années de ça. Moi, j'ai 55 ans, donc... Après, je suis tombé amoureux. Ça m'est tombé dessus, comme on dit. Tombé amoureux, quoi, d'une femme. On est restés 29 ans ensemble.
Ben, quand même, c'est bien.
Oui, oui, oui. C'est elle, comme j'ai dit. Elle nous a auto-séparés. Alors, je n'ai pas exactement les raisons. Mais disons qu'au début de la relation, j'étais... Alors, pas dans un sens où je n'en ai rien, mais extrêmement jaloux. Et peur de ça pendant très longtemps.
Oui, oui, bien sûr. Méfiant.
Qui nous amène à être... Méfiant, qui nous amène à être jaloux.
Et là, c'est sûr qu'il aurait fallu travailler un peu votre jalousie pour que vous compreniez d'où elle venait et qu'elle ne venait pas de cette femme. Ça venait de votre propre vie. Et comment vous avez jugé votre père, justement, qui a accepté quelque chose qui, pour vous, n'était pas supportable ?
Il s'est caché la face. Il n'en a jamais parlé. Enfin, c'est réellement de ça. Il l'a compris après, très longtemps après. C'est devenu... Ça s'est transformé en haine contre ma mère, bien sûr. Mais le divorce a été très, très long et lui ne voulait pas trop. Voilà. Donc, mon père, bon... Pendant un certain temps, on l'a considéré avec mon frère comme un peu une forme de lâcheté.
Parce que ça n'aide pas non plus en tant que fils de se construire en tant qu'homme avec une image d'un homme qu'on considère un peu lâche.
Complètement. C'est-à-dire que c'est très, très dur. Parce que, comme je vous dis, mon père a été très présent avec nous. Et après, bon... Là, je l'ai vu avec mes enfants. Bon, il est décédé actuellement. Mais je l'ai vu quand mes enfants sont arrivés dans l'adolescence. Et mon père, ça, c'est pareil avec le temps. Je l'ai compris. Il a été formidable jusqu'à 12, 13, 14 ans. Pareil, l'adolescence. Alors, est-ce que c'est peut-être lié à la relation avec ma mère ? Il a fait la même chose avec mes enfants, comment dire, à l'adolescence. Il s'en est détaché. Il n'était pas moins présent, plus désagréable, plus dans le jugement.
Est-ce que ça pourrait dire qu'il aimait les enfants tant qu'il reste des enfants ? Mais dès qu'ils deviennent des petits adultes, on s'en éloigne parce que ça fait mal, quoi ?
Peut-être. Peut-être. Peut-être. Mais pourtant, ce n'est pas parallèlement. Étant enfant, il nous a poussé, mon frère et moi, à être autonomes.
Oui, oui. Il a fait ce qu'il a pu, de toute façon.
Oui, bien sûr, bien sûr, je comprends. Lui, après, quand c'est son parcours, son parcours, ma grand-mère était, je l'ai adoré, mais une femme très castratrice et mon père était fils unique. Voilà, et tout et tout.
Oui. Eh oui, on voit bien, quoi qu'il arrive, on en garde les traces, Laurent. Merci, en tout cas, de ce témoignage, qui est bien sûr plus soft que celui de Laurence, mais on voit bien tout ce que ça laisse et comment on se construit à travers les images qu'on a eues. Oui, et j'en parle aussi dans mon livre. On n'a pas conscience à quel point la relation entre nos parents nous imprime notre relation, la relation qu'on a entre notre propre masculin et notre propre féminin. Et ça imprime toute notre vie. Eh oui, et on continue à comprendre tout ça avec Sylvie qui nous rejoint dans un instant. 14h-16h, Brigitte Laët, Sud Radio.