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interviewBLAST· 5 octobre 2023 10 min

MACRONIE : LE MÉPRIS ET LE DÉNI

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

L'objectif qui est le nôtre, qui a été l'objet du travail du gouvernement depuis maintenant 14 mois, c'est de bâtir une écologie à la française. Quand on écoute Emmanuel Macron, la première chose qu'on peut se dire, c'est un peu tout ça pour ça. C'est-à-dire qu'on a quand même attendu très longtemps.

Non, les Français ne s'appauvrissent pas. Les Français ont des revenus qui augmentent régulièrement année après année. Avec l'inflation, 16% des Français ne mangent pas à leur faim.

Selon l'étude du Credoc, c'est 4 points de plus en quelques mois, et cela monte à 24% pour les moins de 40 ans. Le projet de loi sur le pouvoir d'achat, bien évidemment, on va devoir le discuter avec les autres forces politiques. Discuter.

Aussi, sur le fondement de l'article 49 alinéa 3 de la Constitution, j'engage la responsabilité de mon gouvernement sur l'ensemble du projet de loi de programmation des finances publiques. Je vous remercie. Nous venons de vivre une séquence particulièrement riche en déclarations intéressantes, non tant pour elle-même que parce qu'elles nous ont très opportunément rappelé ce qu'est la réalité du macronisme.

L'exemple vient de très haut puisque c'est Emmanuel Macron lui-même qui a ouvert le bal en présentant la semaine dernière les contours de son projet d'écologie à la française. Il s'agit, si on a bien compris, d'une espèce d'écologie du juste milieu qui n'accepte, comme l'a précisé le chef de l'État, ni le déni de la réalité de l'urgence climatique telle que le pratique l'extrême-droite, ni ce qu'il appelle la "cure de décroissance" préconisée selon lui par les écologistes. Car cette cure serait, je cite encore, "incompatible avec un modèle productif".

Au fond, l'objectif qui est le nôtre, que nous avons débattu pendant les deux heures et demie et qui a été l'objet du travail du gouvernement depuis maintenant 14 mois, c'est de bâtir une écologie à la française. On notera au passage le tour de passe-passe typiquement macroniste, qui consiste à renvoyer dos à dos l'extrême-droite et les écologistes. Le député Renaissance Jean-René Cazeneuve, que nous retrouverons tout à l'heure, l'a d'ailleurs exprimé en des termes beaucoup plus directs que ceux du chef de l'État. "La voie entre une droite climatosceptique et une gauche écolo-punitive est étroite", a-t-il doctement expliqué.

Mais ce qu'il faut surtout retenir de cette présentation présidentielle est que l'écologie à la française, telle que l'a défini Emmanuel Macron, est donc une écologie productiviste, comme l'a très judicieusement relevé le journal Le Monde. Et c'est là que ça devient vraiment problématique. Parce que l'écologie productiviste, c'est un peu comme le capitalisme désintéressé, ça n'existe pas.

Les experts que je peux recevoir sur le plateau de Blast me le disent, il faut qu'on change de modèle de société. Et là on voit bien en fait que ce n'est pas du tout ce qu'est en train de faire Emmanuel Macron. Einstein disait "on ne peut pas régler un problème avec le même mode de pensée que celui qui l'a créé" et d'une certaine manière, il n'y a pas de changement de logiciel, il n'y a pas de changement de paradigme.

Non, il l'assume, il dit… Dans le monde réel, en effet, on ne peut pas lutter contre le dérèglement climatique dans un cadre productiviste pour la simple et bonne raison que c'est précisément le productivisme qui est responsable du dérèglement climatique. C'est ce qu'a encore rappelé le secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies, António Guterres, lorsqu'il a déclaré le 15 juin dernier que les politiques actuelles annonçaient une catastrophe vers laquelle nous nous précipitons les yeux grands ouverts. Par conséquent, pour sauver la planète tant qu'il est encore temps, il faut produire moins.

Et c'est exactement ce que demandent les écologistes, dont l'unique souci lorsqu'ils formulent cette revendication élémentaire est donc de nous éviter un immense désastre. Quand ils soutiennent que cette demande est déraisonnable, et quand ils laissent ses partisans présenter les seules mesures susceptibles de nous éviter le pire, comme des punitions, Emmanuel Macron, une fois de plus, tord donc complètement la réalité, puisque, répétons-le encore une fois, c'est le maintien du modèle productif auquel il continue de s'accrocher qui nous précipite à toute vitesse vers la catastrophe qu'il prétend vouloir éviter. Et là, en écoutant Emmanuel Macron, on n'a pas vraiment l'impression qu'il y a une urgence écologique aussi importante.

On ne se rend pas compte de la gravité de la situation. Et donc, c'est un immense problème parce que ça ne permet pas de préparer la société à ce qui va venir demain. Et bien sûr, quand l'exemple vient de si haut, il ne faut pas s'étonner que tout le monde chez les macronistes se sente toujours plus libre de remplacer la réalité par d'énormes bobards systématiquement présentés comme des vérités incontestables.

C'est ainsi que Bruno Le Maire, ministre de l'économie d'Emmanuel Macron, a tranquillement déclaré le 28 septembre sur France 2 "Non, les Français ne s'appauvrissent pas" car, a-t-il expliqué, "les Français ont des revenus qui augmentent régulièrement année après année". Dans la réalité cependant, la pauvreté des Français ne se calcule pas seulement en fonction de leurs revenus. Et Bruno Le Maire le sait parfaitement.

Depuis 2013, par exemple, l'INSEE, le très vénérable Institut National de la Statistique et des Études Économiques, mesure cette pauvreté en utilisant un nouvel indicateur, le taux de privation matérielle et sociale. Et l'INSEE a publié au mois de juillet dernier une étude selon laquelle en 2022, en France métropolitaine, 9 millions de personnes, soit 14% des personnes vivant en logement ordinaire, étaient en situation de privation matérielle et sociale. Ce qui signifie concrètement que leur revenu ne leur permettait pas de couvrir les dépenses liées à au moins 5 éléments de la vie courante, comme par exemple, pouvoir chauffer son logement à la bonne température, s'acheter des vêtements neufs, accéder à Internet ou se réunir avec des amis autour d'un verre ou d'un repas au moins une fois par mois.

Selon l'INSEE, la proportion de personnes en situation de privation matérielle et sociale a augmenté puisqu'elle était de 13,4% en 2020. Elle a même atteint en 2022 son plus haut niveau depuis 2013, la première année où elle a été mesurée. Le 6 septembre dernier, le Secours populaire, qui publie tous les ans un baromètre de la pauvreté et de la précarité en France, a confirmé ce diagnostic.

Selon son dernier rapport, la situation des Français et des Françaises continue d'empirer en 2023, après une année 2022 déjà marquée par une forte dégradation. Ainsi, dans le domaine des soins, c'est presque un Français sur deux qui assure s'être retrouvé dans l'incapacité absolue ou partielle de payer certains actes médicaux. De la même façon, 43% des personnes interrogées n'ont pas les moyens de manger tous les jours des fruits et légumes frais, pourtant indispensables au bon fonctionnement de l'organisme et au maintien de la force de travail.

Mais il y a plus grave encore pour l'un des pays les plus riches du monde, souligne le Secours populaire, puisque 35% des Français confrontés à la hausse brutale des prix de l'alimentation ne peuvent plus faire trois repas par jour. Et ils sont plus nombreux encore à se priver pour que leurs enfants ne se retrouvent pas devant une assiette vide. Vous ne pouvez pas me faire peur avec votre t-shirt.

La meilleure façon de se payer un cossard, c'est de travailler. "Mais je rêve de travailler, monsieur Macron !" Il faut le répéter lentement, en se demandant éventuellement pourquoi ces chiffres épouvantables ne provoquent pas plus de réactions.

En 2023, près de la moitié de la population française n'a plus les moyens de se soigner correctement et un tiers des Français ne mangent pas à leur faim. Si on demande à un enfant de 3 ans ce que lui inspire ces statistiques, il va immédiatement répondre qu'elle démontre un appauvrissement dramatique de la population française. Mais cela n'empêche absolument pas Bruno Le Maire d'affirmer avec un aplomb phénoménal "Non, les Français ne s'appauvrissent pas".

Tout se passe donc comme si les macronistes au plus haut sommet de l'État ne se sentaient même plus obligés de faire semblant de ne pas nous prendre pour des imbéciles. Et forcément, un tel culot suscite des vocations. Le député Renaissance Jean-René Cazeneuve, par exemple, a parfaitement compris qu'il était désormais possible de proférer très tranquillement les plus énormes énormités.

Mercredi dernier, comme on sait, Élisabeth Borne a de nouveau eu recours à l'article 49.3 pour faire passer sa loi de programmation des finances publiques. C'est la douzième fois depuis qu'elle a été nommée à Matignon que la première ministre d'Emmanuel Macron utilise cet article qui permet au gouvernement d'adopter des textes sans les soumettre au vote des parlementaires.

Pour le dire autrement, c'est la douzième fois depuis le mois de mai 2022 qu'elle court-circuite le Parlement et qu'elle empêche que des mesures auront de très profondes répercussions sur la vie de ces administrés, soit discutées par leurs représentants élus. L'exemple le plus saisissant étant bien sûr celui de la réforme des retraites qui a été imposée aux Français, alors que ces derniers étaient plus de 75% à la rejeter catégoriquement, et à demander à leurs députés de s'opposer à son adoption. Mais après le nouveau passage en force de la semaine dernière, Jean-René Cazeneuve a produit cette explication ravissante.

Si les macronistes ont hélas été contraints d'utiliser une nouvelle fois l'article 49.3, a-t-il déclaré sans rire, c'est parce que les oppositions ne sont pas capables d'être raisonnables, d'être responsables et de dépasser les clivages traditionnels. Il a ensuite ajouté que l'adoption forcée de cette loi de programmation était absolument nécessaire pour que le Parlement puisse contrôler l'action du gouvernement.

Cet excellent homme a donc très posément décrété que c'était parce que les oppositions s'opposaient que le gouvernement était obligé de les museler. Puis tout de suite après, et tout aussi calmement, il a précisé que c'était pour que ces oppositions puissent mieux exprimer leur avis sur l'action du gouvernement que le gouvernement les empêchait d'exprimer leur avis sur son action. Dans l'esprit de ce macroniste exemplaire, l'opposition raisonnable et responsable est donc celle qui s'abstient de s'opposer.

Et les députés ne sont jamais si bien défendus que lorsqu'on les empêche de voter. Personne ne pourra lui reprocher de ne pas avoir exprimé avec beaucoup de clarté l'idée que le parti présidentiel se fait de la démocratie. Une dictature c'est quand les gens sont communistes.

Déjà, qu'ils ont froid, avec des chapeaux gris et des chaussures à fermeture éclair. C'est ça, une dictature, Dolores. D'accord.

Et comment vous appelez un pays qui a comme président un militaire avec les pleins pouvoirs, une police secrète, une seule chaîne de télévision et dont toute l'information est contrôlée par l'État ? J'appelle ça la France mademoiselle. Et pas n'importe laquelle.

La France du général de Gaulle. Merci d'avoir suivi cette chronique, à jeudi prochain.