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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 7 avril 2026 21 minComplaisantDivertissementCulture, médias & sportSolidarités & famille

Olivier Nakache et Éric Toledano : "Quand on passe 50 ans, il y a quelque chose de l'enfance qui vient vous chatouiller"

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 5 %Défensif 35 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:16OuverteRéponse directe

    Pourquoi est-ce que vous aviez envie de replonger dans votre passé ?

  • 3:13OuverteRéponse directe

    C'est quoi les différences principales ?

  • 8:39OuverteRéponse directe

    Expliquez-nous.

  • 18:37RelanceRéponse directe

    C'est vrai ça ?

Temps de parole

  • Invité40 %
  • Invité 224 %
  • Présentateur19 %
  • Présentateur 217 %

0,9 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle claude-sonnet-5 · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Invité

C'est le film événement de ce printemps, une plongée réjouissante dans les années 80.

0:12
Présentateur

À travers les yeux d'un ado de 13 ans, on peut dire que ce film va nous faire du bien parce qu'il est tendre, il est drôle, il nous parle d'une époque où l'on croyait encore à l'avenir. Ce film, c'est juste une illusion avec Louis Garel et Camille Cotin en salle la semaine prochaine. On le doit au tandem de réalisateurs le plus connu du cinéma français, Benjamin. Olivier Nakache et Éric Toledano, bonjour. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter et avec les auditeurs qui peuvent dialoguer avec nous. N'hésitez pas, chers auditeurs, appelez-nous au 0145 24 7000 et sur l'appli Radio France pour échanger avec nos deux invités. Alors, chacun de vos films est un événement.

On a pleuré de rire devant le sens de la fête. On a adoré le duo Marcy-François Cluzet dans Intouchable. On a tous revécu nos colos avec nos jours heureux. Cette fois, vous nous invitez à retourner dans votre enfance. A tous les deux, c'est un voyage dans le temps, dans les années 80, avec des VHS, des cassettes audio, les premiers ordinateurs. On est dans la famille de Vincent, qui a 13 ans, qui est joué par l'incroyable Simon Boublil. On le salue parce qu'il est vraiment très fort. Vous dites que c'est votre film le plus personnel. Pourquoi est-ce que vous aviez envie de replonger dans votre passé ?

1:19
Invité

Peut-être parce que quand on passe 50 ans, il y a quelque chose, une espèce de retour de l'enfance qui vient vous chatouiller. Comme ça, vous dire qu'il y avait une lumière, une innocence, une pureté dans certaines sensations et qu'on a eu envie de les redécrire. Et puis alors, ce qui est marrant, c'est qu'avec Olivier, les films que vous citez, c'est des films où on a vécu quelque chose ensemble. C'est des galères qu'on faisait quand on faisait des courts-métrages, on travaillait dans les mariages, les colonies, c'est là où on s'est rencontrés. Et là, c'est la partie de notre vie où on n'était pas ensemble.

Et on s'est dit, tiens, si on continuait ce travail de duo et qu'on mettait un peu de nous deux dans le personnage, comment on a vécu l'adolescence ? De toute façon, c'est un choc pour tout le monde, l'adolescence. C'est un moment de turbulence, c'est un moment intérieur intense. Et donc, on a voulu décrire tout ce qu'on découvre à ce moment-là.

2:03
Présentateur

Alors précisément, quels sont vos souvenirs de ces moments-là autour de 13 ans, Olivier Nakache ?

2:09
Invité

C'est un souvenir qu'on est percuté par mille émotions, puisque ce sont toutes les premières fois. Avant, on est un enfant, donc on ne s'occupe pas trop de la vie. Mais à un moment donné, on se rend compte qu'il va falloir être confronté au regard des autres. Et puis, il y a les hormones qui s'agissent. Donc, c'est la première fois qu'on va avoir le cœur qui bat pour une jeune fille ou pour un jeune garçon. Donc, tout ça, évidemment, ce sont des périodes dont on se rappelle beaucoup plus que d'autres périodes de la vie. Elles sont profondément ancrées en nous. Toutes les perceptions sont dans nos cerveaux pour toute la vie.

2:41
Présentateur

Mais ça veut dire, Éric Toledano et Olivier Nakache, que pour travailler sur le scénario, vous vous êtes mis dans une salle et vous vous racontiez mutuellement vos souvenirs d'ado, les premiers émois amoureux, le rapport aux parents. C'est comme ça que ça s'est passé ? Exactement.

2:54
Invité

Exactement, exactement comme vous le décrivez. C'est-à-dire qu'on connaît un peu la vie de l'autre pour être souvent l'un à côté de l'autre dans la vie, mais pas dans les détails justement de cette perception. Et on est rentré dans ces perceptions et on s'est dit, mais comment toi tu l'as vécu l'adolescence ? Comment moi je l'ai vécu ? Évidemment, comme souvent pas de la même manière, parce qu'on est très différents, c'est ça qui fait que ça marche. C'est quoi les différences principales ? La couleur de cheveux, il y en a un des deux qui est blond déjà. Non, mais déjà, je pense que... Mais qui était blond ?

On en parle dans le film, mais c'est vrai que la polémique de l'époque, c'était culturel, c'était la musique, il y avait des gens qui étaient plus Robert Smith avec The Cure, donc c'est plutôt Olivier, tu peux en parler ? Oui, j'ai d'ailleurs des photos témoins, j'ai une grande période de New Wave, donc c'est vrai que j'ai été happé par ce mouvement musical, alors qu'Éric, lui, était plutôt dans le côté sunshine, moonlight du funk. Ok, voilà, donc c'est ça.

3:44
Présentateur

Qu'adore le jeune Vincent ? Exactement. Alors, justement, le titre de votre film, c'est ça. Just an illusion d'imagination, donc ça plante tout de suite le décor, on rentre tout de suite dans la couleur de ces années 80. Si vous aviez un titre, vous, à nous donner, justement, un de chaque musical.

4:13
Invité

Moi, c'est In Between Days, The Cure. Moi, c'est Pointer Sister, I'm so excited, pour Camille Cotin, parce que j'espère que ça va se passer comme dans les avant-premières, c'est que ça fait parler cette scène. Elle danse sur tout le morceau, seule, en faisant son ménage. Exactement. Je suis sûr que vous l'avez fait, Florence, vous l'avez fait, vous.

4:33
Présentateur

Évidemment. Mais je vous confirme, elle me l'a raconté. Sur ce titre, Just an Illusion, à quelles illusions est-ce que vous faites référence ? Est-ce que c'est les illusions qu'on se fait du futur dans les années 80, quand on est un ado de 13 ans ? C'est quoi ces illusions ? Et peut-être aussi ces désillusions, quand on compare les époques, Éric Toledano ?

4:54
Invité

Il y a plusieurs choses. C'est déjà, je pense qu'à 13 ans, quand on a eu des ados, et c'est ce qui nous a aussi motivés à faire ce film, les gens sont pleins de certitudes. Les adolescents ont l'illusion d'avoir compris à peu près où ils étaient arrivés quand on arrive sur cette planète. Et puis, effectivement, c'est ce qui va nous faire avancer. C'est le moteur, l'illusion, c'est ce qui va nous faire croire qu'on peut changer le monde. Et effectivement, dans les années 80 en plus, dans cet entre-deux, dans ce monde en ébullition, aux prémices de la modernité comme ça, je pense qu'on est porté par quelque chose, et puis on va effectivement avoir quelques déconvenus.

Mais c'est le chemin de l'existence, c'est normal. Mais on est porté par ça, en tout cas à 13 ans, on a cette impression qu'on va pouvoir agir sur le monde.

5:33
Présentateur

Olivier Nakache ?

5:34
Invité

Oui, oui. Sur ces désillusions de... Oui, oui, tout à fait. Alors nous, c'est vrai qu'on est des optimistes, même si on va dire qu'en ce moment, c'est compliqué. Mais est-ce qu'il y a un moment donné dans l'existence, ça n'a pas été compliqué ? Donc nous, on essaye toujours de garder ces illusions et d'offrir cette parenthèse aux spectateurs.

5:50
Présentateur

Mais est-ce que l'ado des années 80, il avait davantage d'illusions que l'ado d'aujourd'hui ?

5:55
Invité

Ça, c'est une bonne question. C'est une bonne question. Il n'a pas le même monde. Il n'a pas le même monde, voilà, c'est ça. Ce n'est pas le même monde. Il n'est pas... Je veux dire, il est dans un monde percuté d'informations. Et c'est vrai qu'on n'a pas l'impression... Enfin, on ne sait pas si c'est moins bien ou mieux. Mais on voit les ados dans les salles et c'est vrai qu'ils nous disent que vous nous avez rendu nostalgiques d'une époque qu'on n'a pas vécu.

6:17
Présentateur

Vous dites, Eric Toledano, que vous êtes nostalgique du futur, je me trompe ? Oui, parce que... Qu'est-ce que ça veut dire ?

6:23
Invité

Ça veut dire qu'à l'époque, on regardait beaucoup devant et on avait cette perspective, encore une fois, de changer les choses. Je ne pense pas qu'on ait une nostalgie des années 80 parce que dans le film, on le montre, le contexte, c'est le chômage, c'est le virus du sida, c'est du racisme avec SOS Racisme qui émerge. Donc, on ne pense pas que la période était mieux. Après, on est tous nostalgiques de notre adolescence, de nos premières fois. Ça, c'est autre chose. Mais c'est vrai que cette perspective de regarder l'avenir et d'essayer de penser qu'on va pouvoir agir dessus, c'est peut-être ça qu'on perd un petit peu.

6:52
Présentateur

On est nostalgique d'un espoir qui a un peu disparu aujourd'hui.

6:55
Invité

Exactement. Et on le voit d'ailleurs, je suis à France Inter, mais les partis politiques, ils ne nous promettent pas d'espoir. Ils nous disent juste qu'il faut éviter la catastrophe.

7:03
Présentateur

C'est vrai que c'est un changement de discours. Il y a un mot qui revient sans cesse dans la bouche du père de famille qui est joué par Louis Garel, qui est formidablement drôle. C'est ce mot de cadre. Il n'arrête pas de répéter à ses enfants, à sa femme. Je suis cadre, je suis cadre. Il est cadre, mais il est au chômage. Il a perdu ce statut. Il cache à ses enfants qu'il est au chômage et qu'il passe le plus clair de sa journée au café. Et en même temps, vous le filmez de façon très pudique, alors même qu'il vit un bouleversement très profond. Comment est-ce que vous avez travaillé ce personnage qui, là encore, dit beaucoup de l'époque, Olivier Nakache ?

7:35
Invité

Oui, c'est-à-dire que, comme on l'a dit tout à l'heure, on a fusionné nos histoires, nos familles. Le père d'Éric était cadre avec cette gabardine-là. Et évidemment, nos papas ont vécu des turbulences économiques et professionnelles. Mais dans nos familles, il y avait quelque chose d'ordre de la préservation. On ne disait pas tout aux enfants pour les protéger. Et donc, c'était à nous de décrypter ce qui passait à hauteur de nos 13 ans. C'est-à-dire qu'on sentait bien que c'était tendu. On sentait bien qu'il y avait quelque chose. Et en même temps, on ne nous disait pas tout. Donc voilà, on a voulu garder, on a voulu essayer de conserver cette atmosphère pudique.

Et on sait très bien que tous les non-dits, parce qu'on le montre aussi dans cette famille, tout le monde se ment un petit peu. Et après tout, ce qui passe au-dessus de tout ça, c'est la bienveillance dans cette famille.

8:23
Présentateur

Et à l'inverse, la mère qui est incarnée par Camille Cotin, elle est en pleine ascension professionnelle. C'est un peu le pilier de la famille. Et vous dites, on a souvent raconté des histoires d'hommes. Mais de film en film, on essaye d'aller vers notre part féminine. C'est-à-dire du point de vue féminin, Camille Cotin nous a aidé. Expliquez-nous.

8:40
Invité

C'est vrai que les histoires qu'on a racontées, intouchables, hors normes, c'est des amitiés masculines. Après, on ne parle toujours mieux que de ce que l'on vit. Et c'est vrai qu'on le vit aussi, Olivier et moi, depuis un certain nombre d'années, cette amitié. Mais c'est vrai qu'il y a eu Charlotte Gainsbourg dans Samba, il y a eu des personnages féminins. Mais celui de Camille, d'abord, elle vous percute, elle vous envoie quand on fait des lectures, elle rajoute, elle impulse comme ça, parce qu'on connaît ses combats.

Et puis, oui, c'est vrai qu'on s'est approchés, j'en ai parlé de la danse tout à l'heure, mais de plein de caractères, de comment ces mamans-là, en tout cas, ont tenu le foyer, comment elles ont évolué professionnellement dans les années 80. Elles venaient aussi peut-être d'un monde plus machiste, plus masculin.

9:25
Présentateur

C'est la secrétaire qui apprend l'informatique pour pouvoir évoluer professionnellement.

9:30
Invité

Exactement. Et puis, encore une fois, à travers la famille, on voulait raconter les années 80 à travers la famille. Donc, la famille, elle raconte le père au chômage, la mère qui monte, le fils amoureux, le grand frère, tout.

9:41
Présentateur

Et c'est une famille juive d'Afrique du Nord, comme le sont vos deux familles. D'ailleurs, le jeune Vincent se sert de l'histoire bouleversée de ses parents pour tenter de séduire une camarade de classe. C'est vrai. Avec ce film, vous avez voulu perpétuer un certain héritage, raconter quelque chose de cette transmission ?

10:01
Invité

Rendre hommage, rendre hommage aussi aux vicissitudes de l'histoire qu'ont fait que nos parents ont changé de pays, mais qu'ils ont quand même, malgré encore une fois les difficultés, ils nous ont donné de l'espoir, donné de l'envie de se battre, et puis un amour de la France aussi, de tout ce qu'on vit, bien sûr, bien sûr, qu'on avait envie de remettre ça au centre.

10:20
Présentateur

Oui, Olivier Nakache, il y a trois ans, je crois, vous étiez retourné en Algérie avec votre sœur Géraldine, avec vos parents, et juste avant cette interview, j'ai revu les photos, et on voit l'émotion de vos parents folles, de votre père qui retrouve les endroits où il a grandi. C'est aussi cette odeur-là, cette couleur qu'on retrouve dans le film.

10:40
Invité

Bien sûr, c'est ça, c'est que nos parents, à 15 ans, on leur a dit, il faut partir, et comme le dit Eric, il parle de vicissitude de l'histoire. Ils se sont retrouvés à Créteil, à Shell, et il a fallu avancer comme ça. Et c'est vrai que, heureusement, maintenant que je le dis, maintenant que nos papas sont partis, heureusement que j'ai pu faire ça, parce qu'on a baigné tous les deux, on a grandi dans un univers nostalgique, on nous parlait de là-bas, et par chance, mon père a pu retrouver l'appartement où il est né, c'était le Waze de Constantine. C'était incroyable, comme tout était. Il se souvenait tout.

Oui, il se souvenait tout, ce que j'ai dit tout à l'heure, à cet âge-là, on se souvient de tout, tout s'imprègne profondément dans notre cerveau. Et donc, je remercierai jamais assez le ciel de m'avoir permis de faire ce voyage-là.

11:25
Présentateur

Un mot aussi sur le rapport à la religion juive, puisque le personnage principal, Vincent, 13 ans, il prépare sa bar mitzvah. En même temps, la religion est assez absente du quotidien de la famille. Il y a des scènes absolument irrésistibles avec le rabbin, on ne va pas te le raconter, mais ça fera évidemment beaucoup rire les auditeurs. Là encore, sur ce rapport à la religion, comment est-ce que vous l'avez travaillé dans le film ?

11:47
Invité

On l'a travaillé d'une manière très simple. C'est-à-dire que nous, on fait de l'image et il y a une image qui est très forte, c'est quand quelqu'un a 13 ans et qu'on lui met un costume et qu'on lui dit « t'es un homme ». C'est un rituel de passage, comme il y en a sûrement dans d'autres religions, dans d'autres cultures. Mais celle-ci, elle a beaucoup d'importance et en fait, on a décidé de la doubler, de la réalité de comment on sort de l'adolescence, puisqu'en fait, il va transgresser, faire quelque chose qu'il n'a pas le droit de faire à l'insu de ses parents. Et c'est marrant de faire un parallèle avec le cadre religieux qui vous emmène quelque part et le cadre intime.

Parce qu'en vérité, l'adolescence, il n'y a rien de plus intime. C'est vraiment un rapport à soi, un chemin à soi qu'on est en train de tracer. Et c'était marrant de faire le parallèle et de montrer qu'en fait, ça se passe des deux côtés. Oui, tout le monde cache quelque chose, le père cache qu'il est au chômage, mais évidemment, quand on est ado, on cache des choses à ses parents. C'est comme ça qu'on se décolle d'eux. Et c'est ce moment-là qu'on avait envie de revivre et de ressouligner.

12:34
Présentateur

Et pour autant, on sent que la religion, elle n'occupe pas le quotidien de cette famille. Ce n'est pas une famille pratiquante.

12:40
Invité

Non, mais il y a un héritage de tradition, de superstition, en se disant, si je ne fais pas ça, je vais subir ça, je vais être puni, il y a tout ça. On s'en est moqué. La culpabilité, est-ce que j'ai le droit d'aller louer cette cassette ? Est-ce que j'ai le droit de regarder ce film-là quand j'ai 13 ans ?

12:56
Présentateur

Qui est un film pas exactement fait pour les cinéphiles et pour les jeunes de cet âge.

13:00
Invité

Ça dépend, Benjamin, de votre cinéphilie.

13:03
Présentateur

Je sais qu'il y a des gens qui concèdent cinéphilie. La rue est vers l'or, L-A-U-R-E, je ne suis pas sûr que ça fasse partie du théo du cinéma français.

13:10
Invité

Vous n'avez pas grandi, elle fut bien. Ça se voit que vous n'avez pas grandi avec le rayon du fond, avec un petit rideau rouge.

13:16
Présentateur

Ce qui ancre le film dans son époque, c'est aussi le contexte politique. C'est l'émergence de SOS Racisme, Marlème Désir, La Marche des Beurres, cette idée que la coexistence, c'est l'avenir. Et on en parlait un peu tout à l'heure, mais c'est vrai qu'on est frappé en voyant ces images d'archives par le fossé qu'il y a entre cette époque, ces années 80 et aujourd'hui.

13:38
Invité

Oui, c'est sûr que la grille de lecture sur l'identité, elle a changé. Mais ça reste quand même aussi un questionnement de l'adolescence. Qui on est, nous ? C'est une question, à un moment, qu'on se pose. Et effectivement, ce dont on se rend compte aussi à 50 ans, c'est qu'on est passé par plusieurs périodes et qu'on est plusieurs, on est multiples, on a été ça, puis on devient quelqu'un d'autre et quelqu'un d'autre. Et donc peut-être que c'était intéressant de le rappeler parce qu'il y a des moments où on se sent un peu enfermé, assigné justement à une seule dimension.

Et en vérité, nous, ce qu'on ressent, Olivier et moi, en tout cas à l'écriture, c'est d'avoir envie de redévelopper toutes les identités multiples. Effectivement, vous avez parlé de l'Algérie, ça ne détermine pas Olivier. Moi, j'ai été aussi au Maroc avec mes parents. Ça ne me détermine pas à 100%. Je pense qu'on a le droit d'être plusieurs choses.

14:23
Présentateur

Mais c'est un peu ce que vous montrez dans tous vos films. En fait, vos personnages ne sont jamais des stéréotypes. Et ils changent. Et ils changent. Ils changent d'avis. Mais il y a quand même quelque chose de frappant, c'est que ce film, il montre le commun. Ce qu'on a ensemble, qu'on soit juif, musulman, catholique, baptisé ou pas. Et quand on voit aujourd'hui, il suffit de se référer à l'actualité quotidienne, la progression du racisme, l'explosion de l'antisémitisme en particulier depuis le 7 octobre. Est-ce que vous pensiez à ça quand vous écriviez ce film ?

On a le sentiment, on s'est fait la réflexion avec Florence, parfois d'avoir l'impression que ce n'est pas le même pays, celui que vous tournez dans votre film dans les années 80 et celui qu'on vit aujourd'hui. C'est le pays de notre enfance.

15:03
Invité

C'est comme ça que nous, en tout cas, on était à l'école. Et c'est vrai que là-dessus, il y a une déperdition. Et que remettre du commun, c'est recimenter un tout petit peu les choses. Parce qu'aujourd'hui, on exalte beaucoup les différences. Mais pourquoi on ne mettrait pas aussi... Alors, c'était peut-être une illusion, toute cette envie-là. Mais est-ce que ça veut dire qu'il faut tout jeter et plus du tout s'y intéresser ? En tout cas, c'est ce qu'on essaye de questionner. De toute façon, les films ne sont que des questions. Il n'y a aucun message, aucune réponse à apporter. On essaye de questionner la société. Et puis, on est toujours en réaction avec Olivier.

On a été en réaction avec le sens de la fête aux attentats de 2015. C'est la phrase de B. Wilder. On la cite souvent, mais elle est forte. Quand vous êtes vraiment déprimé, faites une comédie. On tente de temps en temps dans notre fonction d'apporter autre chose. Donc, c'est un peu aussi une réaction à la progression de l'antisémitisme. Bien sûr. Et on a pris un plaisir incroyable, justement. C'est notre premier film, on va dire, historique, film d'époque. Et on a pris un plaisir fou à se replonger dans cette époque-là. Et là, en ce moment, on a fait un grand tour de France. Et on voit que les spectateurs, à la fin, nous disent que ça nous a fait du bien. Ça nous a fait du bien.

Donc, Kroos avait dit à la recherche du temps perdu, mais nous, c'est à la recherche du pays de notre enfance perdue.

16:20
Présentateur

Est-ce qu'on peut parler un instant du rôle du cinéma dans ce film ? Parce qu'il y a beaucoup de clins d'œil. Il faut que vous nous expliquiez pourquoi un homme et une femme de Lelouches, pourquoi on voit des extraits de ce film, pourquoi on entend sa musique. Ce n'est pas les années 80.

16:35
Invité

Non, mais parce que je pense que le cinéma, quand on décide de se livrer dans un film, on va un peu plus loin dans l'intime, je pense que le cinéma fait partie de notre construction. et que c'est un moment où on comprend que la fiction va nous aider à affronter la réalité. Par exemple, les parents qui se prennent la tête, tout le monde a ça, les parents conflictuels. Et puis, à un moment, il y a ce film qui, par accident, va être vu et il va confondre. Et on va confondre. Et je pense que c'est dans l'adolescence qu'on a compris qu'avec la fiction, on allait pouvoir mieux affronter la réalité. Donc, il y a effectivement du cinéma italien.

On parle de Victor Gassman et on parle de Charlie Chaplin avec l'arrivée vers l'or, Benjamin, que vous n'avez pas vu.

17:10
Présentateur

Dans sa vraie version. Voilà, de L'Apostrophe R. Et il y a aussi ce morceau. Sublime bande originale de François Deroubet dans Dernier Domicile Connu. Pourquoi vous l'utilisez, ce morceau ?

17:26
Invité

D'abord, parce qu'il est magnifique. Dans sa version originale, il a été beaucoup samplé parce qu'il comporte... Il y a une fois un documentaire sur Deroubet, je crois que c'est Vincent Derrame qui a dit « Dans la musique de Deroubet sont repliés nos souvenirs d'enfance. » Il y a quelque chose d'émotionnellement pur. Et c'est vrai qu'on finit le film en reprenant le point de vue du petit parce que c'est vrai que c'est un moment en le point de vue de deux cinquantenaires qui regardent leur adolescence et c'est la musique qui résumait le mieux avec les images. Mais là, je laisse découvrir les spectateurs ce qu'on avait envie de laisser comme impression à la fin du film.

17:59
Présentateur

On a une question perso au standard que veut vous poser Philippe. Bonjour Philippe, bienvenue.

18:05
Invité

Bonjour. Je vous aime beaucoup à la clé gestionnaire de l'Adao. Et je vous laisse savoir une chose. Est-ce qu'aujourd'hui encore vous partez en vacances ensemble ? Ça arrive. Ça arrive. Mais comme on est 24 heures sur 24 quasiment ensemble, on se laisse des poches de respiration pour pouvoir se raconter ce qu'on a vécu pendant les vacances et souvent, ça génère des idées de personnages ou des nouvelles idées de scènes.

18:30
Présentateur

Et juste sur le binôme, je crois que vous racontiez que Jean-Pierre Bacry sur le tournage du Sens de la Fête, il s'agacait du fait que vous ne vous engueuliez jamais. C'est vrai ça ? Si vous réussissez à avoir tourné autant de films, vous êtes toujours parfaitement alignés.

18:41
Invité

Il y a quelque chose d'un peu magique, c'est-à-dire qu'on a eu la chance de se trouver vers 16-17 ans et voilà, c'est notre neuvième film et alors oui, ça ne veut pas dire qu'on ne s'engueule pas mais c'est comme deux frères. Vous savez, deux frères ça s'engueule puis le lendemain, ça repart sur autre chose. Ce qui est marrant

18:56
Présentateur

c'est que vous adorez filmer les engueulades.

18:58
Invité

Oui, c'est bien. Dans toute votre filmographie,

19:00
Présentateur

vous adorez mêler des personnages qui ne sont pas faits pour s'entendre et qui vont y arriver.

19:05
Invité

Oui, c'est vrai et là, il y a quelque chose d'un peu magique dans ce film, c'est que quand Louis s'engueule avec Camille, on entend tous les deux. Ils ont réussi à trouver ça, à se laisser des espaces donc c'était très jubilatoire à filmer. Fréquence d'engueulade où on entend les deux dialogues que j'invite à découvrir aussi.

19:19
Présentateur

Il y a quelque chose qui est frappant aussi dans votre filmographie quand on revoit nos jours heureux, c'est que le film ne vieillit pas. Comment est-ce que vous réussissez ce tour de force de faire des films qui sont nécessairement à un moment donné datés dans une époque mais pour autant on prend toujours autant de plaisir à revoir 10 ans, 15 ans plus tard.

19:38
Invité

Sur nos jours heureux, c'est un mystère. Le film a été fait en 2006 et l'angoisse de l'écriture, d'ailleurs si un jour vous voyez le film, vous allez voir, on a marqué une petite date au début parce qu'on s'est dit en fait, ce film est tellement de cette époque-là que les jeunes ne vont pas adhérer. Et là, on fait comme disait Olivier le tour de France et c'est peut-être avec le sens de la fête celui dont on vous parle le plus alors qu'Intouchable est passé, finalement on avait peur à un moment d'être emprisonné dans ce film-là. Pas du tout. C'est un mystère que les jeunes adhèrent à ce film.

C'est parce que peut-être il a été, en tout cas, il a été exporté de nos cerveaux avec la plus grande sincérité.

20:12
Présentateur

Un tout dernier mot Eric Toledano et Olivier Nakache. Vous parliez tout à l'heure de vos pères, Raphaël Toledano et Marco Nakache. C'est à eux que vous dédiez ce film. Ils sont morts pendant le tournage.

20:24
Invité

Le papa d'Eric est parti le premier jour du tournage et le mien presque le dernier jour. Donc c'est quelque chose d'assez incroyable, d'assez surréaliste. Mais oui, ils ont entouré, enfin encapsulé le tournage. C'est presque comme si on avait senti qu'un monde allait partir et qu'il fallait le retenir un peu. C'est peut-être ce que le cinéma peut permettre parfois. C'est un plonger comme ça et retenir le temps et le faire exister à nouveau. Donc merci de le rendre hommage ce matin.

20:52
Présentateur

Merci à tous les deux. Je cite juste avant de terminer deux auditrices qui nous ont écrit Marie et Laurence. J'ai eu la chance de voir le film en avant-première et c'est un vrai bonheur pour une raison étonnante. Il ne se passe pas grand-chose et ça fait du bien de voir un film dans le centre et la tendresse, la famille, les impressions. Merci. Laurence, j'étais allée en première, j'ai adoré le film, tout m'a plu. Cette tranche de vie a fait rire la salle entière, un film feel good dont on a bien besoin en ce moment. Voilà, merci messieurs Lagache et Toledano. Merci d'avoir été avec nous. Justine Illusion, ça sort en salle la semaine prochaine. Sous-titrage Société Radio-Canada

Olivier Nakache et Éric Toledano : "Quand on passe 50 ans, il y a quelque chose de l'enfance qui vient vous chatouiller" · Pourquijevote