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Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 15 mars 2022 24 minContradictoireActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesEurope & internationalEnvironnement & énergieInstitutions & élections

Guerre en Ukraine : à quoi jouent les Américains ? | Christophe “Politicoboy” Le Boucher

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:34OuverteRéponse directe

    Comment les analystes américains expliquent-ils la décision de Joe Biden d'imposer un embargo aux hydrocarbures russes ?

  • 5:56FerméeRéponse directe

    Les élections de mi-mandat auront lieu quand ?

  • 6:11RelanceRéponse directe

    Pourquoi attribues-tu le désir de faire monter les intérêts des pétroliers américains spécifiquement aux républicains ?

  • 7:05OuverteRéponse directe

    Vu de l'étranger, les États-Unis ne défendent-ils que leurs intérêts au détriment des alliés ?

  • 9:16OuverteRéponse directe

    Une polémique fait rage aux États-Unis : le gouvernement américain serait prêt à faire des gestes en direction de l'Arabie saoudite et du Venezuela. Cette stratégie ne fait pas que des heureux.

  • 11:06OuverteRéponse directe

    Est-ce que l'ethnocentrisme blanc joue dans cette crise en Europe et aux États-Unis ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:07InvitéFait
    « Le président états-unien, Joe Biden, a annoncé un boycott du gaz et du pétrole russe. »
  • 0:12InvitéFait
    « Les États-Unis ciblent la principale artère de l'économie russe. Nous interdisons toutes les importations de pétrole, de gaz et d'énergie russe. »
  • 0:21InvitéFait
    « Le président américain dit avoir pris cette décision en coordination avec les alliés des États-Unis. »
  • 0:30InvitéFait
    « Les États-Unis et le Royaume-Uni sont bien moins dépendants des hydrocarbures russes que les pays de l'Europe continentale. »
  • 0:51InvitéChiffre
    « Le prix du baril de pétrole atteint 130 dollars le baril. »
  • 2:46PrésentateurFait
    « En fait, c'est d'abord le Congrès qui a poussé cette décision. »
  • 3:10PrésentateurFait
    « Biden était un peu au pied du mur parce que, comme il y avait une super majorité au Congrès des deux parties qui voulaient mettre cette mesure en place, il n'allait pas être en mesure de mettre son veto. »
  • 3:25PrésentateurChiffre
    « Si on ne prend pas en compte l'inflation, c'est les prix les plus élevés qu'on n'a jamais vu aux États-Unis. »
  • 4:31PrésentateurChiffre
    « Les États-Unis sont exportateurs nets de pétrole, même s'ils importent en gros 3% de leur consommation de pétrole russe. »

Temps de parole

  • Présentateur58 %
  • Invité37 %
  • Invité 23 %

0,8 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:02
Invité

L'information est tombée comme un coup près mardi dernier. Le président états-unien, Joe Biden, a annoncé un boycott du gaz et du pétrole russe. Aujourd'hui, j'annonce que les États-Unis ciblent la principale artère de l'économie russe. Nous interdisons toutes les importations de pétrole, de gaz et d'énergie russe. Le président américain dit avoir pris cette décision en coordination avec les alliés des États-Unis. C'est le cas notamment du Royaume-Uni qui, lui, va arrêter les importations de pétrole russe d'ici la fin de l'année. Il faut tout de suite noter que les États-Unis et le Royaume-Uni sont bien moins dépendants des hydrocarbures russes que les pays de l'Europe continentale.

Bien entendu, cette annonce de Joe Biden n'est pas faite pour endiguer un phénomène inquiétant, celui de la flambée des cours du pétrole qui fait craindre le pire, notamment à Bruno Le Maire, ministre français de l'économie. Le prix du baril de pétrole atteint 130 dollars le baril. Ça, c'est une donnée très lointaine. Mais ce qui est très proche, c'est les prix du diesel et les prix de l'essence à la pompe, qui sont insupportables pour beaucoup de nos compatriotes. C'est le prix du gaz qui a décuplé au cours des derniers mois.

Si bien que ce n'est pas exagéré que de dire que cette crise énergétique, ce choc énergétique de 2022, est comparable en intensité, en brutalité, au choc pétrolier de 1973. Et les choses pourraient en réalité s'aggraver. Il y a eu des prévisions sur ce que cela pourrait donner. D'abord, Bank of America qui s'attend à un prix du pétrole autour de 200 dollars le baril, si jamais il y a un embargo sur le pétrole russe. À quoi jouent les États-Unis ? À quoi cela rimerait-il ? D'élargir les politiques de sanctions contre la Russie de Vladimir Poutine, au point de fragiliser des pays alliés et d'accentuer les divisions en Europe sur la stratégie à adopter face au maître du Kremlin.

Quelles sont les interactions entre ces choix de politique étrangère et les considérations de politique intérieure aux États-Unis ? Quels sont les positionnements de la Maison-Blanche, mais aussi des différentes ailes des partis démocrates et républicains face à cette guerre en Ukraine ? Pour répondre à ces questions, j'ai fait appel à notre ami Chris D. Politico Boy, journaliste et ingénieur économiste, co-auteur aux éditions Vendemière du livre « Les illusions perdues de l'Amérique démocrate ». Bonjour Chris. Bonjour.

Alors, comment, Chris, les analystes américains expliquent-ils la décision de Joe Biden d'imposer un embargo aux hydrocarbures russes quitte à accélérer la flambée des prix de l'énergie sur les marchés ?

2:46
Présentateur

En fait, c'est d'abord le Congrès qui a poussé cette décision. Du coup, Biden était un peu au pied du mur parce que, comme il y avait une super majorité au Congrès des deux parties qui voulaient mettre cette mesure en place, il n'allait pas être en mesure de mettre son veto ou de bloquer cette décision. Donc, du coup, c'est un peu par la contrainte du Congrès que Biden a adopté cette décision. Et c'est vrai qu'il avait des réticences pour différentes raisons. La principale, c'est bien sûr l'impact sur le prix à la pompe que ça risquait d'avoir aux États-Unis où déjà on voit que le prix moyen est en gros au niveau record.

Si on ne prend pas en compte l'inflation, c'est les prix les plus élevés qu'on n'a jamais vu aux États-Unis. Et du coup, ça a un impact important pour les Américains qui sont très dépendants de l'essence pour se déplacer, bien sûr, en sachant que chaque augmentation du prix du pétrole aux États-Unis est répercutée très fortement à la pompe puisqu'il y a peu de taxes sur le prix, ce qui fait que la part du prix qui dépend directement du coût du baril est beaucoup plus élevée qu'en France. Donc, les hausses sont beaucoup plus rapides et violentes que ce qu'on peut observer en Europe, même si c'est comparable en termes de niveau au final et d'impact sur les portefeuilles, bien sûr.

Donc, c'est d'abord par la contrainte politique qu'il a été amené à faire ça. Et c'est en fait une décision qui a été prise par les démocrates et les républicains de manière bipartisane et qui peut un peu surprendre parce qu'en fait, pour les républicains, les intérêts sont clairs puisque à la fois, c'est une façon de renforcer le marché américain de pétrole puisqu'il faut rappeler que les États-Unis sont exportateurs nets de pétrole, même s'ils importent en gros 3% de leur consommation de pétrole russe pour des raisons géographiques et de facilité d'accès. Donc, c'est une façon d'améliorer les profits et la rentabilité du secteur pétrolier américain.

Et puis, c'est aussi pour les républicains une manière de fragiliser politiquement les démocrates à neuf mois des élections de mi-mandat, puisqu'on sait qu'en général, le parti qui est au pouvoir est très fortement pénalisé lorsque le prix de l'essence est trop élevé. Et en particulier, si ça crée un ralentissement économique, ce serait une double punition pour les démocrates. Donc, l'intérêt des républicains est assez clair. Celui des démocrates l'est un peu moins. La population américaine est vraiment choquée par la guerre en Ukraine et les sondages qu'on a vus montrent que la plupart des Américains sont favorables à ce type de mesures.

Peut-être qu'ils le seront moins quand ils verront l'impact que ça a sur leur niveau de vie. Mais pour l'instant, en tout cas, les images dramatiques qui viennent d'Ukraine, tout ça encourage la population à demander des mesures fortes et donc fait que politiquement, au court terme au moins, ça va dans le sens de l'opinion de faire cette décision.

5:48
Invité

Mais les élections de mi-mandat, elles auront lieu quand ? Début novembre 2022. D'ici novembre 2022, de l'eau aura coulé sous les ponts. Alors, si je comprends bien, les démocrates sont mûs par une sorte de volonté de ne pas donner l'impression d'être indifférents au malheur des Ukrainiens et les républicains jouent un jeu un peu plus tordu. Alors, pourquoi est-ce que tu attribues le désir de faire monter les intérêts des pétroliers américains ? Pourquoi tu les attribues spécifiquement aux républicains ? Est-ce que les démocrates n'ont pas quelque chose à y gagner ?

6:26
Présentateur

Disons que les élus, les États qui sont les plus producteurs de pétrole, comme le Texas, sont surtout représentés par des républicains au Congrès. Pas uniquement, mais c'est quand même le parti dominant. Et puis, c'est les compagnies pétrolières qui financent de manière la plus généreuse les campagnes des élus républicains, alors que les démocrates, c'est assez mal vu maintenant quand on est un démocrate d'accepter des financements de la part des pétroliers. Donc, il y a quand même un intérêt politique plus fort du côté républicain, beaucoup plus fort, même s'il y a certains élus démocrates qui peuvent aussi être intéressés à ça.

7:05
Invité

Vu de l'étranger, on a l'impression qu'une fois de plus, les États-Unis ne font que défendre leurs intérêts, leurs intérêts à tout prix, au détriment des intérêts de leurs alliés. Parce que les pays européens ont été pris de court, notamment l'Allemagne, qui est extrêmement dépendant des hydrocarbures russes, ont été un peu pris de court. Alors, il y a des nuances en politique aux États-Unis, mais vu de l'extérieur, on a l'impression que les Américains n'en font qu'à leur tête sur un conflit qui n'est pas sur leur continent.

Est-ce que les gens se rendent compte qu'en Europe, et pire dans les pays du tiers-monde, cette stratégie de la terre brûlée en termes de prix du pétrole peut être mal comprise ?

7:44
Présentateur

Je n'ai pas l'impression que c'est un souci important aux États-Unis. Bien sûr, la position de l'Allemagne en particulier est mentionnée, mais ce n'est pas vraiment une préoccupation majeure. Ils sont plus inquiétés directement par les prix à la pompe chez eux et les répercussions potentielles sur l'économie, sachant que même s'ils sont effectivement peu dépendants en termes de volume du gaz et du pétrole russe, comme ça, un marché mondial, les prix se répercutent pour tout le monde. Après, il y a aussi d'opportunités potentielles de moyen terme et de long terme pour les États-Unis à conquérir le marché gazier européen, quitte à, sur le court terme, à provoquer des remous.

Il y a peut-être aussi cette considération qui est prise en compte par les décideurs sur le long terme. Mais on a quand même l'impression que c'est aussi une décision qui est poussée par la charge émotionnelle qui est induite par le côté dramatique du conflit et qui se ressent dans les sondages d'opinion.

Et pour les démocrates, c'est peut-être aussi une manière de désamorcer les critiques, puisque en gros, les Républicains, qui pourtant, une fraction des partis républicains, étaient très indulgents ou presque pro-Poutine dans un sens, s'est retournés contre Biden en l'accusant de ne pas avoir fait assez pour empêcher cette guerre, de ne pas avoir été sur une position assez ferme vis-à-vis de la Russie. Donc, c'est aussi une manière pour les démocrates de montrer qu'ils font tout ce qu'ils peuvent maintenant pour punir Poutine et donc pour ne pas être accusés de laxisme.

9:16
Invité

Alors, une polémique fait rage aux États-Unis. Pour rééquilibrer l'offre et la demande, le gouvernement américain serait prêt à faire des gestes en direction de pays comme l'Arabie saoudite, avec qui les démocrates avaient pris quand même un peu de distance, contrairement à la France, notamment après la fameuse affaire Jamal Khashoggi, ce journaliste qui avait été tué dans des conditions atroces, manifestement en tout cas par des personnes liées au régime saoudien. Des gestes aussi en direction du Venezuela, afin qu'ils augmentent leur production. Et cette stratégie ne fait pas que des heureux, si j'ai bien compris.

9:53
Présentateur

Oui, enfin déjà, il faut souligner un peu le côté paradoxal du fait que pour punir un dictateur et s'opposer à une situation humanitaire catastrophique en Ukraine, on est en train de réhabiliter potentiellement un autre dirigeant autoritaire, on va dire, en Arabie saoudite, sachant que l'Arabie saoudite est elle aussi engagée dans une guerre au Yémen.

10:19
Invité

Une guerre tout aussi illégale.

10:20
Présentateur

Illégale et dont l'impact humanitaire est pour l'instant pire, en tout cas, que ce qu'on a pu observer en Ukraine, puisque c'est une guerre qui dure depuis des années et qui est faite avec les armes vendues par les États-Unis, la France notamment, à l'Arabie saoudite. Et le congrès américain avait tenté de s'opposer, ils ont même voté une loi pour empêcher les États-Unis de continuer de fournir des armes et du renseignement à l'Arabie saoudite, mais apparemment, dans les faits, il y a encore une contribution américaine à ce conflit. Donc, en fait, c'est assez paradoxal de se retourner vers l'Arabie saoudite.

On voit que c'est surtout l'effet du traitement médiatique qui fait que l'opinion publique ne voit pas du tout les deux situations de la même façon.

11:06
Invité

Donc, c'est le fameux ethnocentrisme blanc qui joue quand même beaucoup dans cette crise en Europe et peut-être qu'ici en France notamment où il y a des réfugiés meilleurs que les autres et on peut aussi considérer que quelque part aux États-Unis, ça joue ou bien ce n'est pas le cas ? Ou bien c'est juste une sorte d'aveuglement général aux réalités internationales ?

11:29
Présentateur

Il y a peut-être un côté identification du public vis-à-vis des images et du traitement médiatique, oui, mais il faut voir aussi qu'aux États-Unis, ça fait des années que la Russie est présentée comme l'ennemi absolu. Donc, forcément, quand la Russie commet des crimes de guerre, l'opinion se mobilise fortement alors que l'Arabie saoudite, ça a toujours été un allié, une relation assez ambiguë, mais plutôt amicale. Donc, du coup, il n'y a pas cette charge émotionnelle et ce narratif en place qui provoque ces réactions.

Alors qu'au Venezuela, par contre, puisque Biden a aussi été frappé à la porte de Maduro, là, ça gêne un peu plus parce que c'est un régime qui a été souvent décrié dans les médias.

12:17
Invité

C'est ça qui est fou parce qu'objectivement, le pouvoir vénézuélien est beaucoup moins grave que le pouvoir saoudien, de très loin d'ailleurs.

12:25
Présentateur

Moi, je ne suis pas spécialiste de ces choses-là.

12:30
Invité

Il suffit d'ouvrir les rapports d'Amnesty International ou des grandes ONG de défense des droits de l'homme. Il y a des problèmes au Venezuela. En Arabie saoudite, il y a des très, très, très, très graves problèmes, et notamment en raison de leur mener au Yémen et aussi du sort globalement qui est fait aux immigrés ou aux femmes. Enfin, je veux dire, c'est quand même…

12:51
Présentateur

Les opposants en général, oui, bien sûr.

12:55
Invité

Donc, alors, bon, c'est les États-Unis. Alors, la stratégie américaine ne marche pas forcément. Certains pays de l'OPEP, m'as-tu expliqué avant qu'on soit en direct, ils semblent peu désireux d'augmenter leur production et au final d'aider Joe Biden. Est-ce que ces pays jouent le jeu des Républicains, justement, dans la perspective des élections de mid-terme ? Et pourquoi le ferait-il ?

13:20
Présentateur

Oui, en gros, c'est ça la position saoudienne. Bon, il y a peut-être aussi un intérêt à maintenir les prix à un certain niveau, mais clairement, on a vu que depuis que Biden est arrivé au pouvoir, il a refusé de rencontrer et de traiter comme un interlocuteur direct le dirigeant saoudien, à cause en particulier de l'affaire Khashoggi. Et donc, il y avait déjà avant, avec Obama, une volonté de réduire les liens avec l'Arabie saoudite, en particulier pour signer l'accord sur le nucléaire en Iran. Donc, tout ça, ça a changé avec Trump. Et maintenant que Biden revient au pouvoir, la relation entre les États-Unis et l'Arabie saoudite, s'est de nouveau détériorée.

Et donc, les Saoudiens essayent, et c'était déjà le cas avant le conflit en Ukraine, ils essayent de maintenir les prix élevés du pétrole pour affaiblir politiquement les démocrates, en espérant permettre le retour au pouvoir des Républicains rapidement, puisque les Républicains sont beaucoup plus alignés sur les intérêts saoudiens et sur les intérêts d'Israël, donc c'est beaucoup plus agressif envers l'Iran. Donc, tout ça, c'est un jeu aussi de l'Arabie saoudite qui cherche à défendre ses intérêts, en fait, en impactant sur la politique intérieure aux États-Unis.

14:44
Invité

Mais globalement, on a l'impression que, justement, tout ce petit jeu n'arrange personne, puisque redonner de la puissance sur la scène internationale à l'Arabie saoudite, ça n'arrange ni les États-Unis, ni le monde, en réalité. Même si on considère que la Russie et l'Arabie saoudite sont des méchants, mieux vaut ne pas favoriser un méchant et lui donner une sorte d'avantage énorme, parce que ce boycott fait des pays de l'OPEP, et en particulier l'Arabie saoudite, une sorte de dieu sur terre en matière énergétique, non ?

15:20
Présentateur

Oui, on peut voir ça comme ça. Après, il faut voir qu'aux États-Unis, il y a des intérêts aussi contradictoires qui s'expriment. Typiquement, l'Arabie saoudite achète beaucoup d'armes aux États-Unis, donc il y a des débouchés de ce côté-là qui avaient motivé Trump à passer, outre les excès, les crimes plutôt, du régime saoudien. Et pareil, il y a un lien fort et étroit avec le gouvernement israélien, surtout du côté républicain. Donc tout ça, c'est des intérêts qui s'expriment et qui font que c'est difficile d'arbitrer, mais ça peut créer effectivement des décisions qui paraissent contradictoires ou paradoxales.

16:01
Invité

Justement, en fait, on a eu l'impression qu'Israël, dans cette crise, jouait un peu sur les deux tableaux, à la fois très compréhensif vis-à-vis de la Russie, dont l'État d'Israël est aujourd'hui un allié, notamment dans sa lutte contre l'Iran, et toujours aussi en nécessité d'être proche des États-Unis, et je pense que c'est quelque chose qu'on pourra observer dans les années qui viennent. Alors, quels sont les différents clans qui s'affrontent sur l'Ukraine aux États-Unis ? D'ici, en France, on ne voit pas très bien. Quels sont les clans les plus favorables dans les deux camps à cette guerre en Ukraine, à ces sanctions économiques ? Quels sont ceux qui sont un peu plus en distance ?

Par exemple, j'ai vu que la parlementaire Ilan Omar, une parlementaire démocrate, avait évoqué les dangers de remettre des armes à des groupes de résistance mal identifiés. Est-ce que, par exemple, cette question-là est partagée par un certain nombre de forces politiques aux États-Unis ?

17:14
Présentateur

En gros, depuis que le conflit a éclaté, il y a quand même un consensus très fort aux États-Unis des deux partis pour, en gros, faire payer le prix le plus fort possible à la Russie pour ce crime. Donc, du coup, les voix dissidentes, entre guillemets, où l'opposition s'exprime peu. Au Parti républicain, il y a, on va dire, l'establishment, donc les néoconservateurs les plus classiques qui sont très agressifs. On a même vu certains sénateurs évoquer l'assassinat de Poutine. Donc, là, il y a une ligne vraiment très ferme et très agressive vis-à-vis de la Russie et donc en faveur d'un armement important des Ukrainiens, etc., et des sanctions drastiques.

Et le Parti démocrate, dans son ensemble, suit la même chose, mais avec une ligne un peu plus modérée, parce qu'ils sont quand même en responsabilité et sont conscients du fait qu'il ne faudrait pas que le conflit dégénère en conflit nucléaire ou embarque les États-Unis. Donc, ça, c'est quand même un consensus assez fort. À l'extrême droite, il y a encore des voix qui s'expriment pour critiquer à la fois la politique de Biden et l'implication des États-Unis dans le conflit. Et à gauche, c'est plutôt à la fois une critique…

Essayer quand même d'expliquer que les États-Unis ont une part de responsabilité dans la situation qui a conduit et provoqué cette invasion et d'essayer de tempérer les ardeurs en mettant en question certaines décisions, en particulier, effectivement, la livraison d'armes. Parce qu'on a vu qu'Ely Clinton s'était exprimé, en gros, pour dire qu'il fallait faire de l'Ukraine le prochain Afghanistan des Russes. Elle avait dit, bon, dans les années 80, on a fait ça, ça a eu quelques conséquences déplaisantes, mais ce n'est pas grave. Alors qu'en fait, les conséquences déplaisantes, on les connaît, c'est le 11 septembre et puis ensuite les 20 ans de présence américaine en Afghanistan.

19:17
Invité

En réalité, pour, disons, faire un sort aux Russes en Afghanistan, à l'époque, les Américains ont armé des terroristes, des djihadistes qui, finalement, sont les talibans d'aujourd'hui. Enfin, les talibans d'aujourd'hui sont dans la continuité de ces groupes armés financés par les États-Unis. Et en fait, aujourd'hui, les craintes, ce serait de voir des armes entre les mains de groupes douteux, d'extrême droite, voire néo-nazis en Ukraine. Même si, bien entendu, il n'est pas question de considérer que l'armée ukrainienne est néo-nazie. Il y a des groupes néo-nazis et le fait d'évoquer l'Afghanistan, ce parallèle, forcément, ça pose des questions.

Est-ce que ces questions s'expriment aux États-Unis ?

20:03
Présentateur

Comme je disais, c'est vraiment minoritaire. Mais oui, du côté de la gauche démocrate, la gauche radicale, il y a quand même des questions qui sont posées sur la stratégie de long terme. Et puis, tout simplement aussi, parce que là, on est dans une dynamique de punir et d'infliger maximum de dégâts à l'économie et à la Russie. Mais c'est plutôt à la gauche qu'on va voir des questions surgir comme savoir, d'accord, mais alors c'est quoi la porte de sortie ?

Et donc, un souci quand même de privilégier la diplomatie si possible et d'avoir une vision un peu plus long terme que simplement réagir dans l'immédiat en fournissant un maximum d'armes sans réel discernement, de savoir comment on va ensuite les tracer et qui est-ce qui va les recevoir.

20:54
Invité

Est-ce qu'il y a des interrogations de fond intellectuelles, philosophiques aux États-Unis sur justement un monde qui est désormais dominé, encore plus dominé aujourd'hui par la géopolitique des matières premières ? Est-ce que la question, par exemple, de l'indépendance énergétique des différents pays se pose ? Je vois que les États-Unis évoquent la question de vendre à l'export des pompes à chaleur qui permettraient peut-être d'être moins dépendants des sources d'énergie fossiles.

21:32
Présentateur

Oui, c'est un peu la bonne surprise, entre guillemets, de cette situation par ailleurs dramatique. Biden avait tenté de mettre en place un vaste plan de transition énergétique aux États-Unis. Et ce plan a été bloqué au Congrès par une minorité de sénateurs démocrates très liés aux intérêts du charbon et du pétrole. Et donc, ce plan était à l'arrêt. Et là, c'est une opportunité de le relancer puisque ça renforce l'argument de la nécessité d'être dépendant des énergies fossiles et à la fois pour les États-Unis. Et puis, c'est une opportunité, effectivement, d'exporter de la technologie en Europe.

Donc, il y a quand même cette remise en cause de la dépendance aux hydrocarbures, en particulier des régimes peu recommandables. La Russie en est un, mais ce n'est pas le seul. Donc, il y a cette réflexion qui se met en place et ces arguments qui sont déployés par l'administration Biden. Et puis, il y a aussi, il ne faut pas l'oublier, une vraie préoccupation, y compris dans les colonnes du New York Times, de savoir comment on va sortir de ce conflit avec la crainte quand même d'un recours aux armes nucléaires à un moment donné ou d'une escalade dramatique.

Donc, ça, c'est aussi quelque chose qui se diffuse beaucoup dans le débat public, mais qui ne se reflète pas encore vraiment dans les décisions politiques et dans les débats au Parlement.

22:58
Invité

Merci beaucoup, Chris. Je rappelle que tu es co-auteur du livre « Les illusions perdues de l'Amérique démocrate » aux éditions Vendemière. Tu es journaliste et ingénieur économiste et un bon connaisseur des États-Unis. Merci à toi. Merci beaucoup. Le Média est un média indépendant qui vit des abonnements et des dons de ceux qui l'aiment. Donc, pour pouvoir nous permettre d'exister, de pérenniser notre existence, nous nous appelons régulièrement, et je le fais actuellement, nous nous appelons à devenir soit abonnés sociaux, soit donateurs, de préférence via des dons mensualisés. Merci beaucoup. Merci.

23:39
Locuteur

Merci. Merci.