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AutreFrance Inter — Le débat de midi (sur Site radio)· 3 juillet 2023 54 minContradictoireMixte

Les réseaux sociaux, amplificateurs de la colère ?

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0:16
Présentateur

Bonjour, bienvenue dans le débat de midi sur France Inter. Depuis quelques minutes, des rassemblements citoyens se forment devant toutes les mairies de France. Les sirènes sonnent pour un retour à l'ordre républicain. Alors aujourd'hui, on se demande quel rôle ont joué les réseaux sociaux dans l'escalade de la violence ces derniers jours et s'il suffisait de couper la 4G dans certains quartiers pour faire taire la gronde. Plus de sons, plus d'images et finit la surenchère de la révolte. C'est la musique qu'on entend ces derniers jours. A droite comme à gauche, certains hommes politiques s'en prennent. A Snapchat ou à Discord, les réseaux préférés des adolescents.

Il faudrait momentanément les interdire car ils propagent la violence et permettent de se réunir en temps réel. Sur TikTok, le hashtag émeute cumule 480 millions de vues. Doit-on arrêter cet effet boule de neige ? Le garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti, était l'invité de France Inter ce matin. Il n'est pas pour leur suppression, mais il appelle les plateformes, je cite, à intervenir sur ces poubelles à ciel ouvert. Doivent-elles accepter ce rôle de gendarmes au service du gouvernement ? Est-ce vraiment la faute au réseau ? Ou sont-ils le bouc émissaire d'une crise sociale bien plus profonde ? On en débat jusqu'à 13h sur France Inter. Paola Puerhari, le débat de midi sur France Inter.

Et pour débattre du rôle des réseaux sociaux qui auraient amplifié la révolte de ces derniers jours, nous vous accueillons dans ce studio Armel Montbouly. Bonjour.

1:46
Invité

Bonjour.

1:47
Présentateur

Vous êtes président de l'association Vox Populi qui travaille sur l'éducation des jeunes en Seine-Saint-Denis. Asma Bala, bonjour. Bonjour. Vous êtes spécialiste des enjeux politiques du numérique, enseignante à Sciences Po et à Polytechnique. Avec nous aussi Michel Aubouin, bienvenue.

2:02
Invité

Bonjour.

2:02
Présentateur

Vous êtes préfet honoraire et auteur du Défi d'être français aux éditions Presse de la Cité et enfin Tristan Mendes France. Les auditeurs d'Inter vous connaissent bien, enseignant des cultures numériques au CELSA et à Paris-Cité. Et on ouvre tout de suite ce débat sur les réseaux sociaux moteurs de la violence avec un témoignage, celui du commissaire David Lebars qui pense que les réseaux sociaux ont un impact inédit dans cette crise.

2:25
Invité

Le premier, c'est que chaque émeutier, chaque délinquant, ceux qui sortent dans la rue pour casser et piller, peuvent se regrouper, se disperser, communiquer et ça leur donne donc une capacité opérationnelle que nous ne connaissions pas auparavant. Et puis le deuxième impact, et c'est sans doute peut-être le plus inquiétant, c'est qu'ils se mettent en scène, ils se filment, ils font une compétition entre quartiers, entre groupes pour commettre des exactions et chercher le plus de buzz possible. Donc voilà à peu près les deux nouveautés qui font que cette crise est particulière par rapport à celle qu'on a pu connaître dans le passé.

2:57
Présentateur

Merci au commissaire David Lebars pour ce témoignage. Je rappelle que vous aussi, vous pouvez réagir sur l'application France Inter. Allez-y, emparez-vous du débat. Armelle Monbouli, président de l'association Vox Populi en Seine-Saint-Denis, vous qui êtes en contact avec ces jeunes dans leur parcours de formation, Est-ce que vous partagez ce même constat ? Les quartiers se livrent-ils à une bataille de surenchère ?

3:18
Invité

Alors ce qu'on constate avec l'effet des réseaux sociaux, c'est déjà dans un premier temps un effet, je dirais, égoïste. C'est-à-dire que les selfies, qu'on appelle ainsi dit, les photos quand on se photographie soi-même, lorsqu'on extrapole en fait ce comportement, on constate que ces gamins se développent en dehors de la société, que la seule chose qui les intéresse, c'est eux-mêmes. Et on voit, par exemple, dans l'appréhension, par exemple, avec les destructions des immeubles, des écoles, etc.

On pourrait se dire que c'est des écoles qui sont fréquentées par leurs petits frères, leurs petites sœurs, le centre commercial qui va être détruit, c'est quelque chose qui va affecter la famille, le transport, c'est les mamans qui se lèvent tôt le matin et qui vont être pénalisées. Mais ce n'est pas leur sujet. Leur sujet à eux, c'est d'être, pour un instant, se sentir tout puissant, se sentir, j'allais dire, glorifié, avoir leur minute, leur quart d'heure de gloire, comme aurait dit Andy Warhol. Et c'est ça qui prime. Mais par-delà ça, c'est dans le fait d'avoir créé ces réseaux sociaux. Derrière, c'était Patrick Lelay qui avait dit une chose.

Lorsqu'il a créé la télé-réalité, c'était pour créer de l'esprit vide, pour vendre de la pub.

4:44
Présentateur

Donc vous pensez, comme le président de la République, qu'il y a une génération qui est un peu intoxiquée par les réseaux ?

4:48
Invité

Clairement, clairement. Aujourd'hui, on voit la différence.

4:51
Présentateur

Asma Balavou, qui est spécialiste des enjeux politiques du numérique, le coupable, pour vous, c'est TikTok dans l'amplificateur des violences ? Le coupable, c'est le malaise démocratique. Le coupable, c'est la fatigue démocratique. Le coupable, c'est la politique de la ville. Le coupable, c'est nos politiques d'intégration depuis des années. Le coupable, c'est le malaise social. C'est le cassage du néologisme et du lien. Mais les réseaux ont-ils joué un rôle ? Les réseaux, comme toujours et comme d'habitude, ne créent pas. Les réseaux amplifient quelque chose.

Et ils amplifient parce que ça fait boule de neige, par un mécanisme qu'on connaît maintenant de mieux en mieux, qui est en train de se vulgariser, disons, qui est le principe de viralité. C'est-à-dire que le modèle économique de ces réseaux sociaux, là, pardon, fonctionne sur le buzz, le like, le share, le follow, etc. Et la radicalité. En fait, c'est une causalité. Les réseaux sociaux, alors si on peut parler des réseaux sociaux, parce qu'encore faudrait-il les différencier, mais fonctionnent sur ce qui va créer le plus, disons, d'indicateurs, de mesures.

Et donc, il se trouve, et là, pardon, c'est une question de nature humaine et pas du tout de réseau social, il se trouve que les contenus les plus radicaux, qui vont, si vous voulez, exploiter les émotions, les réflexes, et non pas la réflexion, sont ceux qui vont, en effet, générer le plus d'action et d'engagement sur le contenu. Et donc, c'est ce qui va expliquer derrière ce phénomène un peu boule de neige. Mais, encore une fois, ça ne crée pas, ça amplifie. Et je crois, et pour terminer sur ma réponse, c'est qu'on a toujours cette réaction, et réaction, c'est-à-dire réactionnaire, à quelque chose qui est déjà là.

Une nouvelle anthropologie, des réseaux, des smartphones, d'une autre sociabilité, d'un lien de confiance qu'il va falloir qu'on redéfinisse et qu'on recrée avec ça et non pas contre ça, parce qu'en fait, la techno, ces technos-là sont déjà là. Et donc, la question, c'est comment est-ce qu'on va, aujourd'hui, faire avec ça ? Tristan Marders-France, alors, on a parlé d'un effet boule de neige, mais est-ce qu'il y a un effet meute avec les réseaux sociaux ? C'est-à-dire, est-ce que ça encourage les jeunes à la surenchère ?

7:03
Invité

Ça, je ne sais pas. Honnêtement, je ne sais pas s'il y a des études précises là-dessus qui montrent qu'en voyant des exactions, on a envie de faire pareil. Le gouvernement, lui, parle de mimétisme de la violence. Je lui laisse la responsabilité de cette analyse. C'est possible, mais, encore une fois, on n'a pas les éléments qu'il faut. Ce que je trouve intéressant avec ces plateformes sociales, et notamment, on va en parler d'une spécifiquement qui a été particulièrement utilisée, qui est Snapchat, c'est le côté où...

7:27
Présentateur

Est-ce que vous pouvez rappeler à nos auditeurs ce que c'est que Snapchat ?

7:29
Invité

Snapchat, c'est un des multiples réseaux sociaux, surtout utilisé plutôt par les plus jeunes, qui est d'abord un service de messagerie, mais qui permet de partager aussi des vidéos, des vidéos éphémères, d'ailleurs, ce qui est intéressant pour, notamment quand on est peut-être émeutier. Et ce que je trouve intéressant avec Snapchat, c'est que...

7:43
Présentateur

Pourquoi c'est intéressant, pardon ?

7:45
Invité

Alors, parce qu'il a un côté opérationnel qui est assez inédit, qui permet, par exemple, de géolocaliser en direct tous ses amis. On a une sorte de cartographie, quand on ouvre l'application, et on peut instantanément voir où sont tous nos amis, à quel coin de rue ils sont, où est-ce qu'ils sont regroupés. On a aussi ce qu'on appelle une heatmap, qui est en fait une carte, si vous voulez, de l'activité virale dans les différents quartiers, dans les différents endroits, qui permet de voir là où il y a beaucoup d'actions.

8:17
Présentateur

Et de rejoindre ces actions, donc.

8:18
Invité

Et donc, là, c'est là où j'en viens, effectivement, au côté un peu opérationnel, qui permet éventuellement à des émeutiers de très rapidement se coordonner. C'était d'ailleurs l'objet de la séquence sonore qu'on vient d'entendre à l'instant. Et il y a effectivement ce côté organisation, regroupement, et ça, c'est assez inédit en termes de capacité de nuisance. Alors, pour ce qui est des réseaux sociaux en général, je crois qu'effectivement, pour toutes les séquences, on les a vues, les séquences de crise, de drame, les appels à la violence, les mots prononcés, ce qui peut être visualisé, peut avoir des conséquences dans le réel, quand on les voit en ligne.

Je rappelle simplement que, durant la séquence du Covid, le personnel de santé avait été harcelé, attaqué, notamment suite à une effervescence toxique en ligne sur les réseaux sociaux, qui venait effectivement amplifier le fait que le personnel de santé devenait des cibles. Donc, on a peut-être quelque chose d'équivalent ici avec cette séquence.

9:11
Présentateur

Michel Aubouin, je rappelle que vous êtes ancien préfet, que vous étiez secrétaire général de la préfecture de l'Essonne en 2005. Pour vous, cette jeunesse, elle a changé depuis 2005 ?

9:20
Invité

Moi, je suis les questions de violences urbaines depuis le milieu des années 90, et sur la nature des violences, je ne vois pas de différence. C'est simplement sur la forme que je vois des différences. Dans les années 90, en fait, l'information passait quand même très vite sans le téléphone portable. Elle passait relativement vite, au moins entre des jeunes d'interconnaissance qui se connaissaient pour différentes raisons. En 2005, c'est l'introduction du téléphone portable qui a permis la diffusion des messages de quartier à quartier. Et aujourd'hui, c'est les réseaux sociaux, mais ils ont exactement le même rôle, sauf que, comme ça a été dit, tout à l'heure, ça amplifie et ça accélère.

Et le mot qui a été employé, c'est celui d'émotion, parce qu'en fait, c'est ça le sujet des émeutes urbaines. C'est-à-dire que ça part toujours d'une émotion brute, irrationnelle. Et cette émotion-là, elle est amplifiée, elle est plus rapidement amplifiée aujourd'hui par les réseaux sociaux qu'elle ne l'était tout au début. Mais sur la nature même de l'émeute, il n'y a pas beaucoup de différence.

10:20
Présentateur

Néanmoins, Emmanuel Macron parle, par exemple, d'une sortie du réel des jeunes qui ne font plus la différence entre les réseaux. Est-ce que ça, vous êtes d'accord ?

10:28
Invité

Non, ce n'est pas tout à fait ça. Je pense qu'il n'a pas bien saisi le sujet. La sortie du réel, ce n'est pas l'utilisation des réseaux. C'est l'utilisation, notamment des jeux en ligne, à forte dose, qui fait qu'assez vite, les jeunes ont l'impression, les adolescents, parfois des grands enfants, ont l'impression de plus très bien savoir où est la réalité du monde virtuel. Et ça, ça s'est beaucoup amplifié avec le Covid. Parce que pendant le Covid, les jeunes, y compris ceux des quartiers, restaient chez eux et n'avaient pas grand-chose d'autre à faire. Il faut bien dire que de faire des jeux en ligne, avec des groupes de joueurs en ligne. Et ça, ça a beaucoup amplifié ce phénomène.

11:04
Présentateur

À ce moment-là, vous vouliez réagir ? Oui, je trépigne. Non, non, vous avez sûrement raison d'insister sur la question de l'émotion. J'ai envie d'emmener le sujet un tout petit peu plus loin. C'est la question de la dépolitisation, en fait. C'est très facile de reporter ou de porter le regard sur un autre problème, un bouc émissaire. Alors aujourd'hui, c'est Snapchat, TikTok, Twitter, etc. Et en fait, ça invisibilise quoi ? Les vrais problèmes. Et c'est une confusion. Je me demande d'ailleurs si elle n'est pas un tout petit peu volontaire. Des causes et des conséquences, en fait, de ce qu'on est en train de vivre.

Or, ce qu'on entend un peu de façon subreptiste, le sous-jacent de ce qu'on est en train de dire, c'est que la jeunesse, qui ne veut encore rien dire, parce que les jeunes, ça ne veut rien dire, ça ne renvoie à rien. Vous avez les jeunes dans Paris Intramuros, ceux dans le 16e, ont tout autant des réseaux sociaux et pourtant, ils ne sont pas allés casser. Donc, il se passe d'autres choses. Et le sous-jacent, moi, que j'entends sans qu'on ose tout à fait le dire, c'est que ces jeunes, essentialisés, seraient donc des coquilles vides, totalement dépolitisés. Or, cette émotion est une émotion aussi politique.

C'est-à-dire, quand on sort et quand on crie un mécontentement, on est en train de signaler quelque chose. Et par ailleurs, sur la question des réseaux sociaux ou même du gaming, on n'a pas du tout encore assez de recul pour se dire de façon claire et nette, voici la causalité entre ces bulles dans lesquelles ils vivraient et le réel. Ces études-là n'existent pas. Oui, mais néanmoins, Armelle Montbouly, vous vouliez réagir parce que ces réseaux sociaux ont laissé très addictifs quand même et ce n'est pas forcément des contenus pédagogiques. Comment est-ce que vous trouvez ces jeunes avec qui vous travaillez ?

12:39
Invité

Alors, je vais faire une comparaison avec 2005, par exemple. En 2005, les jeunes, suite à l'émotion de la mort de Zied Ebuna, se sont révoltés par rapport au fait qu'effectivement, ça renvoyait au contrôle systématique dont ils étaient les victimes. Et derrière, il y avait une volonté quelque part politique adressée au gouvernement de dire « Stop, ça suffit ». Et derrière, ça ne s'est pas traduit par des pillages en nombre ou des exactions de ce genre parce que le sujet, c'était un sujet politique. Là, par rapport à ce qui se passe aujourd'hui, l'émotion a été là, effectivement. Elle a servi à rassembler tous les humanistes, toutes les personnes en proie d'humanité.

et derrière, s'est greffé, je dirais comme un peu un corbeau peut se greffer sur le cadavre de quelqu'un, une meute qui, elle, y voit qu'une opportunité de se satisfaire. Leur envie de consommation, c'est là où j'en veux, moi, entre guillemets, à la société que nous avons créée, c'est-à-dire une société dans laquelle le vide a été, a laissé place qu'à un seul élément pour exister, la consommation. Et donc, quand tu es dans ces territoires et que tu ne consommes pas, c'est que tu n'existes pas. Et donc, pour ces gamins, c'est une ultra-violence.

À une époque où on ne cesse d'ériger des héros éphémères à coups d'influenceurs dont la valeur ne repose sur aucun talent, si ce n'est le fait qu'on décrétait que c'est eux qui allaient influencer, eh bien, ces gamins se cherchent une histoire, un moyen de participer à la consommation, il y a un bordel qui se crée, on y va.

14:34
Présentateur

Et d'ailleurs, on voit bien les magasins qui ont été ciblés. C'est des iPhones, c'est ça qu'ils recherchent. Donc, ce sont des gamins

14:41
Invité

qui sont absolument dans la société de consommation et nous, on accompagne, par exemple, une association de mamans depuis 4 ans qui s'appelle les Mères Combattantes qui luttent contre les Ricks parce que malheureusement, beaucoup d'entre elles ont perdu leurs enfants et ce sont la présidente, par exemple, c'est quelqu'un qui est infirmière, qui consacre sa vie à la société et qui se retrouve en ayant donné aussi beaucoup d'attention à ses enfants, impliqués dans un phénomène de bandes et de Ricks alors que ces gamins, elles avaient tout fait pour les en éloigner. Et c'est là où on voit la puissance des réseaux.

Les réseaux, derrière, c'est des groupes et quand on est adolescent, on veut tous appartenir à un groupe.

15:24
Présentateur

Tristan Madès France, vous qui avez analysé ces images, elles viennent d'où ces images ? Ce sont vraiment les jeunes qui se filment ?

15:33
Invité

Il y a de tout. Il y a effectivement certains émeutiers qui vont se filmer mais il faut faire très attention, il y en a certains qui ne veulent pas être filmés. On en voit certaines vidéos, on a pu voir certaines vidéos où on voyait des badauds en train de filmer et se faire agresser par les émeutiers qui leur disaient non, ne nous filmez pas parce qu'il y a une sorte d'amour-répulsion par rapport au fait d'être filmé. Certains veulent effectivement se mettre en avant et d'autres veulent protéger le fait qu'ils sont en train de piller un magasin par exemple, ils ne veulent pas qu'on les voit. Donc il y a une relation assez ambiguë entre les deux.

Ce que je trouve aussi intéressant si on parle des réseaux sociaux si c'est le sujet un peu du jour, c'est que les réseaux sociaux déforment aussi la perception qu'on a de toute cette séquence. Il y a un effet loupe en fait, c'est ça ? Il y a un effet loupe et qui est assez drôle parce que j'ai reçu des coups de téléphone de quelques amis à l'étranger qui me disent mais la France est en feu ou quoi ? Parce que c'est ce qu'ils perçoivent.

C'est-à-dire que quand on ouvre son fil d'actualité sur les réseaux sociaux, évidemment comme disait Asma, ce qui va ressortir c'est ce qui est le plus engageant, le plus clivant, le plus choquant, ce qui va être poussé à la fois par les algorithmes mais par certaines communautés aussi et le résultat c'est qu'on a un boursoufflement par rapport à la réalité de ce que c'est. Je ne néglige absolument pas les problèmes qu'on a eus et qu'on a encore cette exception qui en est faite, ce qu'en donnent les réseaux sociaux n'est pas en raccord avec la réalité de ce qui se passe sur le terrain.

16:52
Présentateur

Alors on va continuer ce débat dans quelques minutes en se demandant si les plateformes auraient pu mieux faire ces derniers jours ou s'il faut carrément interdire les réseaux sociaux. C'est l'avis du maire de La Baule qui propose de couper TikTok momentanément. On l'écoutera dans quelques minutes. Je vois déjà Asma Mala bondir. A tout de suite.

17:31
Invité

C'était Jeanne Haddad,

20:20
Présentateur

Ready Baby. Nous sommes toujours dans le débat de midi à se demander si les plateformes doivent jouer le rôle de gendarmes et modérer davantage la violence de ces derniers jours. En compagnie toujours de Tristan Mendes France et Asma Mala, nos spécialistes du numérique avec Armel Monbouli, président de l'association Vox Populi en Seine-Saint-Denis et Michel Aubouin, ancien préfet. Alors je vous rappelle que vous aussi, vous pouvez réagir sur l'application France Inter. Partagez avec nous vos réactions et on reprend tout de suite le débat avec la proposition plutôt radicale du maire de La Baule, Franck Louvrier.

En 2005, il a géré les émeutes avec Nicolas Sarkozy et là, cette fois, il pense avoir la solution pour enrayer la violence.

21:07
Locuteur non identifié

Dans les émeutes que nous connaissons depuis quelques jours, nous apercevons que la propagation est encore plus forte via les réseaux sociaux. C'est la raison pour laquelle je souhaite qu'on puisse suspendre momentanément certaines plateformes comme Snapchat ou TikTok pour permettre à l'État et notamment aux forces de sécurité de mieux travailler. Cette décision ne remettrait bien évidemment pas en cause la démocratie pour la simple et bonne raison c'est que ce ne sont pas des médias d'information mais ça permettrait surtout de pouvoir avoir plus de marge de manœuvre et lutter contre tout ce phénomène de surenchère des émeutiers.

21:37
Présentateur

Alors, Asma Mala, plutôt pour, vous pensez que ça remet en cause la démocratie ? Couper ? Oui. Alors, vous savez quels sont les régimes qui coupent quand il y a des mouvements sociaux ? Je vais vous les énumérer donc c'est la Russie on l'a vu pendant la guerre d'Ukraine et puis bien avant ça l'Iran bien sûr d'accord ? Les révolutions arabes ça a été l'un des premiers réflexes la nature de ces régimes-là ce sont des régimes techno-autoritaires donc la question derrière c'est la France est-elle une démocratie ? Oui mais néanmoins quand il y a de telles violences de tels déchaînements est-ce qu'il ne faut pas faire quelque chose et justement appeler les plateformes à réguler ?

Il y a deux choses alors un, la loi existe alors ce vieux fantasme d'Internet Far West complètement déréglementé c'est un fantasme c'est de la rhétorique politique Internet est l'un des espaces les plus régulés qui soient et toutes les lois existent aujourd'hui donc après la question c'est sommes-nous en capacité ?

c'est-à-dire vraiment une question capacitaire de faire appliquer la loi française et là on a un énorme trou dans la raquette c'est évident police, justice et donc en fait le régalien et plus généralement l'état social qui est en fait le cœur du problème depuis le départ mais arrêter couper de la 4G couper des réseaux sociaux ça n'a aucun sens aujourd'hui et je vais vous dire pire que ça ça va décupler la colère ça ne va pas du tout

22:59
Invité

l'endiguer alors moi je dirais que sur le principe je ne suis pas quelqu'un effectivement qui est plutôt pour habitude de dire il faut limiter j'allais dire la liberté des uns etc mais quand il y a une situation qui devient je vais dire exponentiellement dangereuse il y a 4 ans on nous aurait dit qu'on allait se retrouver enfermé dans nos maisons suite à un virus et qu'on allait être limité dans nos droits et bien on aurait dit c'est pas possible là face à un moment où il y a une espèce d'hystère collective qui se met en place s'il faut dire à un moment pause et voyons après ce qui se passe moi je préfère ça plutôt que de me retrouver dans un truc à la orange mécanique où en gros les gamins sous l'ivresse de leur pouvoir instantané se mettent et à commettre et on l'a vu là avec ce qui vient de se passer avec le maire de la haine et rose moi ça fait partie de mes angoisses parce qu'une fois que vous en êtes pris au bien que vous en êtes pris aux institutions publiques je pense que la prochaine étape c'est d'aller auprès des personnes et donc si on ne veut pas se retrouver dans des situations comme ça il est important de légiférer parce que oui c'est légiférer mais c'est de s'assurer que dans ces plateformes il y a bien des gens pour contrôler parce que moi pour les voir ce qui circule sur les plateformes excusez-moi je vois bien si on parle de Snapchat que c'est un outil que par exemple les dealers de drogue vont utiliser pour commercer leurs marchands liste alors à vous de s'entendre c'est vrai mais c'est un autre sujet

24:37
Présentateur

non mais c'est pour dire qu'on a un outil

24:40
Invité

non mais c'est pour dire qu'officiellement on met le cadre de la loi c'est pas bien il faut pas mais derrière en pratique il n'y a personne qui est là pour surveiller

24:48
Présentateur

mais l'outil il existe c'est pas du tout d'arrêter internet aux gens ça s'appelle le couvre-feu et je crois qu'il a déjà été appliqué

24:53
Invité

sauf qu'il n'y a personne pour contrôler parce que dire que dans la loi par exemple dans la loi il est interdit de tuer ça n'empêche pas les gens de tuer Michel Aubin

25:01
Présentateur

vous seriez pour mettre un état d'urgence des réseaux sociaux par exemple quand le pays s'enflamme

25:10
Invité

il faut quand même comprendre quelque chose c'est pour ça d'ailleurs que ça m'étonne que les institutions enfin le président de la république en parle comme ça parce que les réseaux sociaux ça sert à tout le monde dans la guerre parce qu'en fait grâce aux réseaux sociaux de la même façon moi je remets dans ma position de préfet on sait exactement qui fait quoi où etc et d'ailleurs la justice ça va s'emparer des mêmes images dans les condamnations qui vont suivre les pillages etc donc il ne faut pas se leurrer ça sert aussi les institutions les réseaux sociaux c'est pour ça que c'est assez vain de les interdire on a d'autres mesures possibles techniques et notamment on l'a évoqué sur le Covid ça c'est beaucoup plus facile à faire de dire que tous ceux qui sortent à l'extérieur qui ont moins de 17 ans après 11h du soir seront forcément punis à leurs parents avec vous faites ça ça va beaucoup éteindre l'incendie d'ailleurs dès qu'on a commencé à mettre moi j'ai vu les quartiers où ça s'est passé cette nuit dès qu'on a commencé à mettre des forces un peu plus répressives il y a toute une partie des émotifs qui se sont éparpillés donc on peut c'est surtout c'est surtout qu'une bonne partie de ces territoires ont déjà été pillés donc les gamins il n'y a plus rien à piller donc c'est aussi le côté c'est vrai aussi mais c'est vrai aussi qu'il y a une forme ça ne va pas se terminer demain parce qu'à chaque fois ça dure plusieurs semaines donc ça va se poursuivre mais quand même il y a aussi une forme de lassitude de la part des belligérants et chez les jeunes une partie d'entre eux vont comprendre que plus ils vont à dehors plus ils vont prendre de risques donc ils vont c'est des gamins excusez-moi mais c'est des gamins qui entre guillemets il y a une expression qu'on utilise en Afrique c'est des s'en foutent la mort ils s'en foutent de la mort c'est-à-dire qu'aujourd'hui ces gamins justement ils sont dans la défiance ils sont dans la volonté de s'affirmer que c'est eux c'est-à-dire qu'ils se vivent ils se vivent pour certains comme les perdants de ce système donc ils sont dans une logique de vouloir créer un système dans lequel ils vont être les gagnants de ce système et qu'aujourd'hui ils ne vont pas créer le système en tout cas ce qui est sûr oui ce qui est sûr c'est que et moi je l'ai examiné écoutez-vous parler pendant deux ans pardon puisque j'ai traité la question des risques entre les jeunes d'Île-France et c'est là où vous avez raison c'est-à-dire qu'ils sont dans le no limit c'est-à-dire qu'ils sont capables de tuer un camarade sans se rendre compte qu'ils l'ont tué et aujourd'hui si on l'a laissé faire ils seraient capables de faire bien plus grave que ce qu'ils font aujourd'hui

27:28
Présentateur

Alors Tristan Mendès-France a écouté tout le monde là il n'y aurait que de la mauvaise violente sur les réseaux sociaux mais ces derniers jours on a aussi entendu des appels à la paix par exemple et puis cette vidéo de cette enquête de ce policier qui tue ce jeune homme Naël ça part aussi des réseaux sociaux c'est ça aussi les réseaux sociaux

27:49
Invité

Les réseaux sociaux sont une réalité sociale aujourd'hui et elles sont le reflet évidemment de nos sociétés donc il y a de tout dedans il y a des choses dramatiques comme on peut le dire mais il y a des choses absolument magnifiques on parlait des révolutions arabes à l'instant évidemment heureusement que les réseaux sociaux étaient là pour le relais pour ce souffle démocratique qui a pu souffler sur certains pays arabes alors moi la question que je me pose évidemment c'est plutôt la responsabilisation en tout cas des plateformes sociales je crois que s'il y a un acteur qui doit être responsabilité c'est certainement

28:18
Présentateur

Elles doivent jouer le rôle de gendarme alors

28:20
Invité

pas le rôle de gendarme elles doivent déjà appliquer les conditions d'utilisation qu'elles affichent elles-mêmes parce que c'est quand même assez énorme quand on va sur les conditions d'utilisation de Snapchat de Meta de TikTok ils disent tous on ne doit pas partager de vidéos d'incitation à la violence etc. qu'ils mettent les moyens d'implémenter d'implémenter mais il faudrait combien de personnes vous avez vu la viralité de ces images

28:42
Présentateur

il y aurait besoin de milliers et de milliers de personnes derrière chaque écran alors ça c'est l'intelligence de l'intelligence artificielle sera là pour nous filer un coup de main je crois entre autres

28:51
Invité

et sincèrement évidemment c'est des entreprises commerciales qui ont des budgets qui se comptent en milliards pour moi la première ligne d'investissement qu'ils devraient implémenter c'est la modération simplement la modération et c'est pas leur première ligne d'investissement

29:07
Présentateur

mais c'est pas dans l'intérêt des plateformes puisqu'elles gagnent de l'argent comme ça avec cette économie de l'attention

29:12
Invité

si on y passe beaucoup de temps il faut voir parce que le politique est en train de revenir au niveau européen au niveau national et la société commence à s'emparer à travers les politiques contrairement de cette question là et ça a un coût potentiel sur le papier ils peuvent être condamnés à des choses spectaculaires pour l'instant ça reste sur le papier mais le jour où ce sera implémenté et il y aura des condamnations économiques sur ces plateformes elles vont commencer à bouger la pression sociale ça marche ça marche je veux dire quand le directeur de Facebook se fait cuisiner au congrès américain bon si l'entreprise commerciale il veut se faire du fric il n'y a pas de problème mais il n'en sort pas indemne

29:50
Présentateur

Armel Mboulis vous voulez y réagir ?

29:52
Invité

Oui je voudrais aussi rappeler une chose nous sommes en plein conflit géopolitique et ces plateformes notamment si on regarde par exemple les contenus sur TikTok rappeler TikTok

30:05
Présentateur

donc ce sont un réseau social très prisé pour les jeunes générations on envoie des vidéos avec des sons des images

30:12
Invité

des homéoticones des sons et des images et dansantes et tout de notre côté ici en Europe mais du côté chinois c'est plutôt des contenus sur l'instruction sur l'enseignement la culture ce genre de choses donc ce que je veux dire c'est que quelque part il y a d'un côté où le propriétaire de TikTok met des contenus intelligents éducatifs etc et de l'autre côté c'est juste la pampa on s'amuse on monte ses fesses bref donc il y a un côté aussi sur le plan stratégique quel message on envoie par rapport à notre jeunesse

30:49
Présentateur

Asma Mala est-ce qu'on devrait pas est-ce que la France devrait pas un peu se rebeller contre cette OPA des cerveaux des jeunes français justement via TikTok cette application chinoise alors sur la question c'est en fait c'est un diptyque état plateforme c'est une espèce de duo un tandem même je dirais d'amour et de haine fait de beaucoup d'amour et de beaucoup de rejet de la part et d'autre entre ces deux entités et ce qu'on observe c'est que donc un je le disais la règle la loi existe les CGU Tristan l'expliquait très justement existe après ce qui se joue c'est ce rapport entre ces deux là et l'état en l'occurrence en France mais pas que se rabat sur les plateformes pour se déresponsabiliser donc reporter sur les plateformes ce rôle de goulot d'étranglement et donc de modération ce que vous expliquez d'ailleurs dans votre question le problème c'est que au-delà des CGU au-delà de la loi le rôle des plateformes doit s'arrêter là ou alors on dit que les plateformes sont aujourd'hui des extensions de l'état et donc changent de statut juridique changent de statut juridique ça c'est très important or à date ce sont des entreprises privées qui rendent des comptes au marché hors Twitter et qui sont américaines donc on a un énorme problème de gouvernance et c'est ça qu'on ne comprend pas et la réaction le réflexe pavlovien français-européen c'est la norme coercitive verticale des amendes etc ça ne marche pas pour une raison très simple c'est que ce sont des réflexes et des réponses 20ème siècle à des paradigmes du 21ème siècle et donc c'est bien en fait cette négociation non pas avec les plateformes mais avec le réel qu'il va falloir qu'on engage à un moment donné et sur TikTok c'est un énorme sujet ça nous a occupé tout le début d'année 2023 TikTok est-il un outil d'ingérence de manipulation et de cyberespionnage chinois et de débilisation et de débilisation ça c'est la grande thèse une des grandes thèses américaines que TikTok serait une arme finalement biologique pour faire une espèce d'attrition cognitive des publics occidentaux pour mieux derrière quoi dans un second temps les asservir les manipuler espèce de guerre cognitive de cerveau comme champ de bataille etc on n'en a pas la preuve ce sont des thèses qui circulent mais qui aujourd'hui ne sont absolument pas du tout en l'état des choses documentées alors vous parliez justement de verticalité ça c'est très intéressant parce qu'aujourd'hui on voit bien que l'information se diffuse à l'horizontale Michel Auboin justement vous par rapport à 2005 est-ce que vous voyez une différence est-ce que cette jeunesse est moins contrôlable si je puis dire

33:19
Invité

elle est assez différente on est la génération suivante parce que ceux qui participent aux émeutes sont la génération suivante de celle de 2005 qui était elle-même la génération suivante des émeutes précédentes des années 80 donc on n'a pas du tout la même génération on n'a pas du tout les mêmes jeunes on n'a pas les mêmes origines non plus d'ailleurs donc c'est un monde c'est une sociologie juvénile qui est quand même assez différente de celle qu'on a connue les émeutiers d'aujourd'hui et ça je l'avais étudié par ailleurs dans les rixes entre bandes ils sont beaucoup plus jeunes qu'avant

33:55
Présentateur

oui on parle d'enfants quasiment de 12-13 ans

33:58
Invité

oui oui ils sont beaucoup sont collégiens donc beaucoup sont du niveau du collège où ils ne vont pas toujours d'ailleurs parce qu'il y a beaucoup qui sont scolarisés mais enfin bon beaucoup sont de l'âge du collège ou les premières années du lycée donc c'est quand même c'est quand même de très jeunes de très jeunes enfants enfin très jeunes adolescents et ces jeunes adolescents sont plus violents globalement que leurs aînés mais pourquoi alors ? ils sont dans une société qui est devenue plus violente je pense que globalement la société est plus violente mais la leur en particulier est aussi plus violente qu'elle ne l'était dans les années dans les années mais dans le réel

34:34
Présentateur

ou dans le virtuel ?

34:35
Invité

ah non dans le réel alors je ne sais pas quelle est la part du virtuel sur le réel moi ce que je sais ce qu'il s'est dit tout à l'heure a été assez vrai c'est que on a des images enfin plutôt ces jeunes sont confrontés très tôt dès qu'ils sont enfants à des images qui sont quand même insoutenables et c'est là où s'il y a une régulation qui devrait se faire c'est celle-là et ce n'est pas tellement la violence d'ailleurs c'est plutôt la morale c'est-à-dire on a quand même des enfants qui regardent des scènes qui sont pour nous absolument enfin qui seraient insupportables pour nous des scènes de viol des scènes de torture etc et donc certains d'entre eux s'alimentent à ces images alors on peut dire ça n'a aucune conséquence ça n'a aucune conséquence si les jeunes parce que les nôtres aussi ils regardent parfois des images violentes s'ils sont dans des familles où on parle de l'image où on arrive à créer une distance entre l'image et soi mais moi les enfants que je croise dans les cités ils n'ont pas cette distance alors justement j'étais en train de bouillir par rapport à tout ce que vous disiez parce qu'effectivement comme je disais on a organisé dans le cadre des Jeux Olympiques plusieurs caravanes sur plusieurs territoires et sur Marseille donc à la rencontre d'un collectif de mamans là-bas elles m'ont montré justement ce qui circule sur les réseaux sociaux notamment sur Whatsapp et autres etc où en gros en live on te montrait le mec en train de tuer quelqu'un de le cramer et le mec il te disait c'est Marseille bébé et ces images-là les mamans non seulement elles ont un choc parce que voilà c'est leur enfant qui est tué on leur envoie des vidéos elles contactent les plateformes pour leur dire supprimer ces vidéos personne ne réagit et donc les mecs s'envoient ces images à travers les réseaux c'est aussi une façon de dire aux autres je t'envoie un message t'as vu ce qui est arrivé à ton copain c'est pas un film c'est la vérité voilà donc c'est là où je dis que attention oui les réseaux c'est un outil en apparence formidable mais dans les mains de jeunes qui ne sont pas encore formés ou de gens qui ont un projet j'allais dire maléfique pour notre société ça devient une arme de destruction massive et par rapport aux entreprises nous sommes au 21ème siècle et les entreprises aujourd'hui elles ne peuvent plus simplement se dire je suis une entreprise privée moi c'est mon rôle marchand non il y a un sujet qui est arrivé on l'a vu avec le climat où les entreprises on leur a demandé d'être vertueuses en matière de production environnement etc sur le social c'est la même chose

37:04
Présentateur

mais l'Etat le fait puisque là on vient de changer la loi par exemple il va y avoir un contrôle parental pour les moins de 15 ans pourquoi ça ne passera pas par la loi parce que la loi c'est ce qu'on expérimente depuis un siècle et qu'on voit bien le résultat on en est là aujourd'hui dans ce studio à parler justement des dérives et des failles du système donc c'est bien que la loi ne peut franchement plus du tout être la seule réponse qu'on oppose à quelque chose qui est un changement civilisationnel mais donc quoi ces peines perdues on ne peut rien faire pas du tout c'est ce qu'on était en train de dire à l'instant c'est que ces plateformes-là en effet si on dit que ce sont des infrastructures informationnelles et non pas simplement des entreprises privées doivent absolument changer de statut et c'est pour ça que je parlais du diptyque du duopole état plateformes qui fonctionnent en tandem et qu'il va falloir repenser ces institutions-là parce que ce sont des institutions au même titre que l'état en réalité donc Emmanuel Macron a raison de mettre un peu la pression sur les plateformes Emmanuel Macron dès 2018 pardon parlait de co-gouvernance très bien

38:06
Invité

oui et je note aussi une chose c'est que ce débat est d'autant plus compliqué quand on parle des réseaux sociaux qu'il y a peut-être deux phénomènes il y a le phénomène visible viral des vidéos qui sont partagées partout et comme c'était dit à l'instant il y a ce qui est partagé dans ce qu'on appelle les messageries sociales c'est ce qu'on ne voit pas c'est ce qui n'est pas partagé publiquement et ça ça a souvent un impact assez fort parce que c'est partagé souvent à côté sur un réseau proche avec un lien infinitaire beaucoup plus étroit et donc tout ce qui est partagé à travers WhatsApp ce qu'on appelle encore une fois le dark social tout ce qui n'est pas public a probablement un impact significatif dans ces moments-là et c'est un comment dirais-je on est dans un coin aveugle de visibilité on ne sait pas on ne peut avoir que les témoignages qui ressortent ça et là et pourtant c'est une part je pense significative de ces dérives et de l'aspect toxique des réseaux sociaux en général mais il faut faire la différence entre les deux ce qui est public viral et ce qui est privé partagé en messagerie

39:06
Présentateur

alors il y a les réseaux sociaux il y a ce que vous appelez le dark social et il y a aussi les jeux vidéo qui sont aussi pointés du doigt par le gouvernement voilà ce qu'Emmanuel Macron a déclaré on a le sentiment que certains jeunes vivent dans la rue qu'ils sont intoxiqués par les jeux vidéo et bien on a reçu beaucoup de messages de joueurs accros à la console qui étaient fatigués de cet argument ils vont avoir un droit de réponse dans quelques minutes

39:28
Invité

c'était Blik Bassi

42:05
Présentateur

alors on est toujours dans le débat de midi sur France Inter en train de se demander le poids de ces images violentes sur les jeunes est-ce la faute des réseaux et même des jeux vidéo car le président de la république pense que la jeunesse est intoxiquée on a reçu la réponse d'un joueur spécialisé dans l'histoire du jeu vidéo écoutez

42:34
Locuteur non identifié

une espèce de méta étude américaine qui a été fait en 2021 et qui a suivi le comportement de 500 joueurs sur une dizaine d'années et qui montre très clairement qu'il n'y a pas de lien entre violence urbaine et violence virtuelle mais plutôt au contraire que le jeu a plutôt une fonction cathartique c'est à dire que certains joueurs l'utilisent pour canaliser leur propre violence pour grossir les traits on ne devient pas un massacreur de tortues parce qu'on joue à Super Mario

43:01
Présentateur

Bon alors l'image a fait sourire sur ce plateau néanmoins Armel Montbouli je sens que vous n'êtes pas d'accord avec ce constat

43:09
Invité

Pas du tout d'accord et je pense que n'importe qui dans sa famille si il a un adolescent ou un jeune enfant qui joue aux jeux vidéo il a pu voir quand il est venu par exemple l'interrompre dans sa partie en coupant le jeu la réaction de l'enfant en général l'enfant il ne vous regarde pas tendrement il a envie de vous sauter à la gorge et on sent que pour lui il y a une violence qui s'est exercée et donc par rapport à ce phénomène des jeux vidéo ce qu'il faut aussi savoir c'est que dans certains territoires notamment on l'a vu nous sur le territoire où j'ai grandi quand les radicaux quand les radicaux extrémistes religieux sont venus prendre certains jeunes à coup déjà de privation de sommeil de nourriture et l'autre sujet c'était avec les jeux vidéo parce que les théâtres d'entraînement ils ne pouvaient pas le faire directement dans les pays ciblés donc c'était en utilisant les jeux vidéo en jouant à la guerre entre guillemets avec ces jeux vidéo qu'on arrivait à désensibiliser les gamins par rapport au fait de tuer et donc effectivement quand tu après tu rajoutes derrière que la personne en face de toi c'est un mécréant et qu'un mécréant bon c'est pas bien de tuer une mouche mais un mécréant ne vaut pas mieux qu'une mouche et bien du coup ça te fait un Mohamed Merah qui est capable d'aller tuer un gamin de 3 ans donc oui les jeux vidéo ont une incidence

44:37
Présentateur

Tristan Madès France est-ce que vous pensez qu'ils ont un rôle parce qu'on a entendu cette étude qui dit qu'au contraire absolument pas que rien n'avère que les jeux vidéo rendent violents

44:45
Invité

je pense pas que les jeux vidéo même violents rendent violent moi aussi j'ai des gosses évidemment quand je leur enlève leurs tablettes ils deviennent dingues mais c'est plus le résultat d'une addiction qu'autre chose c'est juste ça mais il y a un lien on peut voir un lien effectivement entre ces amis et les jeux vidéo mais le seul lien que moi je vois c'est une sorte de référence à une culture populaire on a vu quelques vidéos j'ai vu quelques vidéos passées qui faisaient des références à un jeu qui s'appelle par exemple GTA

45:13
Présentateur

alors dites nous ce que c'est

45:15
Invité

GTA c'est juste un jeu effectivement un peu violent un peu marrant de baston

45:18
Présentateur

très violent c'est Grand Sève Toto où on se balade dans une ville on peut braquer avec des voitures baignées faire des pillages c'est ça GTA finalement interdit au moins de 18 ans d'ailleurs

45:28
Invité

mais là où j'insiste c'est que la vidéo n'imitait pas le jeu elle faisait un clin d'œil donc c'était une vidéo de violence et simplement il y avait un texte rajouté sur la vidéo une légende qui disait le fait à la GTA c'est du GTA etc etc donc il y a des références aux jeux qui peuvent être accolées à ces différentes vidéos mais je ne pense pas que les gens descendent en se disant je vais faire du GTA ou du Counter Strike qui est un jeu pareil de guerre etc

45:56
Présentateur

Michel Aubouin ancien préfet vous vous pensez que ça conditionne à la violence

46:00
Invité

oui oui alors GTA il y a des jeux encore plus violents que ceux-là d'ailleurs mais oui alors c'est pas tellement la violence je pense que c'est plutôt la question du rapport à la morale c'est-à-dire quand vous avez un jeu vous avez l'un des buts du jeu c'est de tuer du flic ou de prostituer sa copine etc je veux dire petit à petit vous laissez passer des messages s'ils ne sont pas contredits dans l'environnement immédiat de la famille parce qu'évidemment on ne peut pas vraiment se comparer c'est quand même des messages qui sont pernicieux alors ce jeu est interdit

46:30
Présentateur

au moins de 18 ans

46:31
Invité

oui mais vous savez tous c'est tout le problème bien sûr il est interdit au moins de 18 ans mais il n'y a personne de plus de 18 ans qui joue il n'y a que des plus jeunes donc non non là je pense qu'il faut réfléchir il y a un moment où on ne peut pas laisser passer tous les types de messages sur les jeux

46:44
Présentateur

moi c'est une réaction à chaud et très personnelle et documentée et basée sur strictement rien d'autre que ma pensée personnelle qu'on traite les jeunes comme un objet totalement abstrait et qu'on leur appose des jugements qui ne sont pardon mais vraiment prouvés par strictement rien et comme si on était dans la tête de chacun de ces jeunes enfin ça me vous pensez qu'ils sont tout à fait capables de faire la différence entre un jeu vidéo et une réalité moi j'ai appris un truc récemment les gens ne sont pas idiots enfin il va vraiment falloir revenir de cette fadaise là la dépolitisation pareil est une espèce de vieille narration dont il va falloir revenir et puis enfin surtout le gaming c'est l'entrée de coin parce qu'il va bien falloir qu'on s'y fasse de moi ce que j'appelle la fameuse symbiose entre le vrai et le faux parce que ce qui nous attend demain c'est pas le gaming et d'ailleurs ils sont beaucoup plus âgés que 18 ans la moyenne d'âge c'est 39 je crois de mémoire pour ces jeux là donc ce sont des gens de la génération d'après en réalité c'est le métavers oui bien sûr c'est le métavers alors là on va rigoler alors c'est une autre réalité parallèle mais on dit aussi que les jeux vidéo pardon encouragent les liens de sociabilité donc vraiment la question fait débat mais on sait aussi Tristan Mendes France que les algorithmes des applications ou des jeux vidéo vous donnent à manger à peu près toujours la même chose qu'il y a un risque de finir comme dans une bulle par exemple c'est à dire que si vous aimez un contenu on va vous reproposer un contenu et vous allez finir par rester dans votre couloir de nage dans votre tranchée est-ce que ça c'est un risque de vivre dans une bulle ?

48:22
Invité

alors la bulle oui si on reste sur les jeux vidéo j'ai encore un peu un peu de réserve sur le rôle des jeux vidéo dans la radicalisation des jeunes si vous voulez à ceci près que certains groupuscules extrémistes vont essayer et ça c'est documenté d'atteindre les plus jeunes en utilisant les plateformes de jeux qu'ils utilisent donc ça ça existe qu'on a des groupus que l'extrême droite aux Etats-Unis qui vont essayer d'aller sur Roblox qui est une plateforme de jeux pour les très très jeunes pour essayer de les acclimater à des discours extrémistes donc ça ça existe oui ça c'est une réalité pour ce qui est des cultures numériques en général pour moi je crois qu'il ne faut pas négliger moi j'enseigne à la fac les cultures numériques et j'enseigne la culture du gaming ça fait partie de la culture G de la culture générale des gosses aujourd'hui on regarde ça un peu de haut et avec des dents mais c'est d'une richesse folle il y a de la sociabilisation comme on le disait à l'instant mais il y a des échanges des créations folles une émulation si vous voulez c'est leur monde c'est leur référence culturelle donc c'est normal qu'ils aient ces références là et qu'on envoie des échos dans les traces numériques pendant ces émeutes

49:26
Présentateur

mais ce que dit Tristan est fondamental parce qu'au delà de l'objet gaming ce que dit Tristan pardon Tristan de vous reprendre mais c'est l'objet de son cours et donc en fait ce qu'on oublie toujours de dire c'est que les réseaux sociaux ou le virtuel n'existent pas intrinsèquement percés mais ils doivent absolument être accompagnés de quoi ?

de l'école des institutions de la famille donc ce qui fait et qui crée un récit commun et du lien Alors justement on a reçu une question de Jacquet et Corinne qui s'interrogent et qui se demandent en fait l'instrumentalisation de ces images de violences qui sont parfois non sourcées quel parti politique Tristan Madas France reprend ces images et jusqu'au dans le monde entier en fait elles sont reprises ?

50:07
Invité

Alors tout j'allais dire toutes les communautés politiques se sont apparaîtes de cette séquence mais certains ont été plus actifs que d'autres sur les plateformes sociales et ce qui est assez fascinant c'est que évidemment ces images qui sont scandaleuses qui choquent évidemment sont utilisées pour nourrir une propagande et particulièrement à l'extrême droite et ça n'est pas que national ce qui est absolument vertigineux c'est que ces images-là on les retrouve relayées de façon massive et instrumentalisées c'est surtout ça pas seulement relayées mais instrumentalisées par quasiment toutes les extrêmes droits de la planète je suis par exemple des communautés très actives de ce qu'on appelle l'alt-right américaine qui relayent goulûlument ces images pour pousser un narratif raciste de guerre entre races pour essayer d'exciter leurs zouailles et en France malheureusement on a effectivement une extrême droite qui surfe sur ces images-là en poussant clairement un agenda idéologique et politique extrêmement efficace et porteur parce que ces images sont effectivement choquantes en général et dernière chose on a aussi des acteurs étrangers qui viennent s'amuser là-dessus on a par exemple l'Iran qui tout récemment a interpellé la France en disant il faut faire attention la France vous êtes en train de maltraiter votre population etc donc on a même un opportunisme idéologique d'acteurs étrangers qui nous perçoivent qui perçoivent la France comme un ennemi disons géopolitique si vous voulez et qui vont essayer de profiter de cette séquence-là pour essayer d'attiser la polarisation sur notre sur notre somme national

51:39
Présentateur

ça vous inquiète ça justement ce climat un peu insurrectionnel ce risque d'ingérence étrangère

51:47
Invité

clairement parce que moi ça me renvoie à une chose c'est que nos jeunes qui sont effectivement pour des raisons aussi objectives victimes de discrimination et autres qui se sentent pas légitimes dans ce pays certains vont utiliser justement ces vidéos ces plateformes etc pour aller dire à ces jeunes rejoignez-nous dans le sens où en gros vous êtes pas les enfants les bienvenus et venez et c'est comme ça qu'un certain nombre sont partis par exemple en Syrie à coups de vidéos où on montrait comment les uns et les autres étaient traités et donc c'est là où on doit faire attention effectivement aux images qui sont diffusées à l'utilisation de ces plateformes et c'est pour ça que nous chez Vox Vox Populi on a décidé de monter on va dire une espèce d'assise de la jeunesse pour justement aller vers ces jeunes puisque moi j'ai 50 ans aujourd'hui donc je ne suis plus jeune et donc l'idée c'est pour ne pas ce que disait Asma leur prêter des intentions etc à un moment c'est aussi de recueillir leurs sentiments après derrière c'est à partir de là construire avec les autorités des outils pour répondre mais concrètement et rapidement et je terminerai par un mot stop au social washing c'est à dire que beaucoup d'entreprises viennent sur les plateaux à la télé et tout dire qu'elles recherchent qu'elles n'arrivent pas à recruter etc nous chez Vox on travaille justement sur l'insertion l'employabilité etc et quand on leur adresse des gens comme par hasard curieusement ah ben non il y a toujours un truc qui ne va pas donc il faut arrêter aussi avec ce social washing parce que ça fait vraiment beaucoup de mal

53:25
Présentateur

et bien ça sera le mot de la fin en tout cas les réseaux sociaux pour le meilleur et pour le pire le débat de midi c'est fini pour aujourd'hui Asma Malin on vous retrouve dimanche sur France Inter pour votre émission Cyberpouvoir quel est le programme du jour le programme c'est vraiment d'essayer de décrypter ce qui est en train de se jouer dans les jeux de pouvoir de puissance cette recomposition géopolitique à l'aune de la question technologique merci à tous les quatre d'avoir accepté ce débat merci à Constance Villanova Florence Gimalac et Aloïs Noët qui ont préparé cette émission à la réalisation Marie Merier Étienne Bertin à la technique Lison Berguet et demain dans le débat de midi on se projette dans une France en surchauffe on sera notamment avec l'explorateur Christian Clot qui a joué les cobayes dans un désert pour savoir comment notre corps résiste aux chaleurs extrêmes le gouvernement travaille déjà sur un plan d'adaptation à une France à plus 4 degrés est-ce la fin de la lutte contre le réchauffement climatique comment s'adapter sans se résigner on en débat demain et vous pouvez dès maintenant nous envoyer vos messages sur l'application France Inter à suivre le journal de 13h