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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 11 mars 2026 6 minContradictoireActualité / polémiqueTransports

Guerre au Moyen-Orient : la hausse des prix du pétrole peut-elle favoriser le marché de l'électrique ?

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Chapitres

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Propositif 10 %Défensif 90 %

Temps de parole

  • Invité71 %
  • Présentateur29 %

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0:00
Présentateur

Il est 6h21, 2,60 euros le litre de gazole relevé hier dans la station-service la plus chère de Paris. Les prix du carburant s'envolent à cause de la guerre au Moyen-Orient. Et si la voiture électrique tirait son épingle du jeu ? Bonjour Daniel Athias. Bonjour. Vous êtes professeure émérite en économie à Centrale Supélec, l'école d'ingénieurs qui fait partie de l'université Paris-Saclay. Vous êtes spécialiste de l'énergie et de l'automobile. Alors les prix du carburant, on le sait, sont extrêmement sensibles aux tensions internationales. Est-ce que pour l'électrique c'est pareil ou est-ce qu'il n'y a pas de problème ?

0:40
Invité

Alors pour l'électrique, on a beaucoup moins de risques, c'est sûr. C'est sûr, on est plutôt sur une certaine stabilité. Le pétrole a toujours été, le prix en tout cas, a toujours été très volatile. Alors la question c'est de savoir est-ce que, bon, du coup ça pourrait être un encouragement d'aller acheter une voiture électrique dans cette période ? Et la réponse ? C'est une question qui n'est pas si simple que ça. Je pense que pour ceux qui sont déjà prédéterminés à acheter, le pas peut être franchi. Pour d'autres, ça reste encore une interrogation. Et je pense que surtout aujourd'hui, on a des solutions alternatives.

Donc assez rapidement, ce qui se passe, c'est qu'on voit les consommateurs, les usagers, prendre, faire d'autres choix, utiliser des transports en commun. Pourquoi pas des vélos électriques, scooters électriques ou autre type de mobilité, voitures partagées ou autres, en se disant qu'on va attendre que la crise passe. Parce que dans l'incertitude, en général, les consommateurs, quand il y a une période comme ça, un peu complexe, où on est en grande expectative de savoir qu'est-ce qui va se passer demain, en général, on retarde sa décision d'achat.

1:49
Présentateur

Oui, parce que l'achat d'une voiture, ça ne se fait pas sur un coup de tête. Est-ce que la guerre en Ukraine, on a connu une équivalence ? Est-ce qu'il y a eu pareil des perturbations sur les marchés de l'énergie ? Et est-ce qu'à l'époque, ça s'est ressenti sur les ventes de l'électrique ou pas du tout ?

2:08
Invité

Pas vraiment, pas vraiment. On n'est pas arrivé à faire de lien direct. On était sur une autre dynamique qui était liée à, d'abord, une conscience écologique que les Français ont depuis déjà quelques années, des choix qui étaient déjà déterminés par les familles, mais on n'a pas véritablement trouvé ça.

Non, ce qui peut véritablement booster, en fait, l'achat de l'électrique aujourd'hui, c'est la période que nous connaissons, le leasing social, bien sûr, les subventions qui, quand même, sont des véritables aides à l'achat, et puis, bien sûr, la concurrence dans laquelle nous sommes, parce qu'aujourd'hui, tout est ouvert au niveau des marchés et on voit arriver des concurrents étrangers comme les Chinois qui proposent quand même des prix très attractifs.

2:45
Présentateur

Oui, ça, c'est le vrai défi pour les constructeurs français, la concurrence chinoise avec des concessions qu'on voit déjà, qui se sont rapidement implantées en France.

2:52
Invité

Mais oui, on est très impressionné de voir qu'en l'espace d'un an, un an et demi, Giyuaydi, l'un des premiers constructeurs chinois, a déjà implanté 200 agences sur le territoire français. Avec des voitures moins chères ? Relativement moins chères, oui. Alors, le différentiel n'est pas énorme, parce qu'il y a quand même une forte taxation, puisqu'on taxe beaucoup les voitures chinoises à l'entrée sur l'Europe, mais quand même, il y a une différenciation. Et puis surtout, ce qui est complètement nouveau pour nous, c'est que la technologie est quand même aujourd'hui très éprouvée. C'est une bonne technologie, ce qui n'était pas le cas il y a encore quelques années.

Est-ce que tout le monde peut se payer une voiture électrique aujourd'hui ? Alors, c'est une vraie question de pouvoir d'achat. On s'aperçoit quand même que ceux qui achètent des voitures électriques aujourd'hui, c'est quand même du haut de gamme. Tesla reste toujours la première voiture vendue en France. Et en Europe, les petites voitures deviennent plus accessibles. Et le problème aujourd'hui, c'est que le marché de l'occasion, malheureusement, est très insuffisant, est encore un peu poussif, pas très performant.

3:48
Présentateur

Pourquoi ? Parce que c'est trop récent ou parce qu'on se défie ? On se dit une voiture électrique, il vaut mieux des dernières technologies. Sinon, il y aura des problèmes de batterie ou des choses comme ça ?

3:56
Invité

Vous avez absolument raison. Les gens sont attentistes en se disant, je vais acheter la dernière technologie. Sur le marché de l'occasion, on trouve des technologies qui sont déjà presque anciennes. Tout simplement, dans l'électrique, quand vous avez une batterie qui a 3 ou 4 ans d'âge, 3 ans, 4 ans, 5 ans d'âge, c'est déjà trop ancien. Parce que là, on s'est aversus en l'espace de 2 ans qu'on arrivait à doubler quasiment les capacités d'autonomie. Ce qui est une performance extraordinaire.

4:21
Présentateur

Renault, hier, a présenté un nouveau plan. Il prévoit de cesser de vendre des voitures essence ou diesel d'ici à 2030 en Europe. Alors, ce ne sera pas du tout électrique, il gardera les hybrides. Stellantis, donc Peugeot et Citroën pour les marques françaises, lui, veut renforcer au contraire ces modèles thermiques et hybrides. Comment on explique cette différence entre les constructeurs français ?

4:40
Invité

Alors, je pense que c'est deux stratégies depuis longtemps assez différentes. Et quand la question de l'électrique s'est posée, Renault a pris le tournant relativement vite. C'est-à-dire qu'assez vite, les ingénieurs, toute la direction de l'innovation, s'est tournée vers l'électrique en faisant des essais de petites voitures, de petits modèles, etc. Ils sont restés quand même dans la petite voiture, la citadine populaire, si on peut dire. Peugeot n'était pas positionné sur le même marché. C'était des marchés plutôt moyens, haut de gamme, avec l'idée quand même, il ne faut pas oublier ça, que des ingénieurs ont été formés pendant 30, 40 ans au diesel.

Donc, c'était une véritable révolution intérieure où il fallait véritablement changer les mentalités, accepter l'arrivée de l'électrique, sur lesquels beaucoup étaient encore très sceptiques et pensaient que ce serait un marché plutôt lointain. Donc, on n'a pas eu du tout la même dynamique, je dirais, de stratégie. Pas du tout. Alors, aujourd'hui, Peugeot reste encore sur ses fondamentaux, je dirais. Ses fondamentaux, c'est le thermique, c'est la voiture plutôt moyen, haut de gamme, etc. Voilà. Alors, maintenant, ils prennent aussi le tour dans l'électrique, puisqu'il y a bien des plateformes électriques. Mais, est-ce que ce n'est pas du tout, effectivement, la même stratégie que Renaud ?

On est sur des stratégies très différenciées.

5:48
Présentateur

Merci pour vos explications, Daniel Atias, professeur émérite en économie à Centrale Supélec, au sein de l'Université Paris-Saclay. Vous étiez l'invité du 5-7.

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