Grippe de Hong Kong : la pandémie oubliée | LCP Le Mag - 26/06/2020
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Il est des coins de France où la crise du Covid-19 a été moins difficile à vivre qu'ailleurs. Ça c'est les récompenses. Alors je vais enlever j'ai deux cerisers couverts de cerise.
Pierre Sourza est un retraité qui habite le Lotte. Il est en train d'introduire et le confinement il n'en a pas vraiment souffert. On a profité du bonheur.
On a profité. En plus, il a fait très beau au mois d'avril. Il a fait sec, chaud et du coup euh ça s'est très bien passé la campagne.
On était on était vraiment privilégié calme. Pierre n'a pas eu peur d'être touché par l'épidémie. À 68 ans d'ailleurs, il n'a jamais été vraiment malade durant sa vie, sauf une fois quand il était jeune.
C'était il y a 50 ans, une époque où le gel hydroalcoolique n'avait pas encore envahi les foyers français. Il n'oubliera jamais cette année 1969 une année de première totalement bouleversée. Au mois de décembre, moi j'ai tombé malade.
J'étais un des premiers à tomber malade. Je sais que j'ai eu beaucoup de fièvre voilà et que rapidement j'ai eu la bronchite. Et donc mes parents se sont inquiétés et le le directeur il a il a téléphoné à mes parents pour dire il faut rapatrie votre fils chez vous parce qu'il sera certainement mieux chez vous que dans le lycée.
Le diagnostic grippe mais anormalement contagieuse et avec des symptômes étranges. Le médecin, le médecin familial, il avait parlé d'anémie cérébrale [rires] parce que j'étais paumé, j'étais vraiment euh euh mes parents étaient inquiets forcément hein. Donc j'ai passé pratiquement un mois euh confiné à la maison hein.
Cependant, il y avait pas que moi de malade étant donné qu'il y avait, je présume, un tiers ou un quart des élèves qui étaient encore sain au lycée qui ne qui n'était pas malade, le directeur après la décision de fermer l'établissement. Drôle de coïncidence, Annie, sa femme se souvient elle aussi bien de cette année 1969. Elle avait 13 ans, vivait à 100 km de là et elle a les mêmes souvenirs, des symptômes d'une grippe carabinée et une école totalement envahie par le virus.
On avait de la fièvre, on avait des gros ganglions, on était très on se sentait pas bien, on était quand même malade, on est revenu en cours quand même. Mais on n pas vraiment fait cas en fait. Pas du tout.
On n pas fait Non non, on se posait pas la question. On était pas dans une situation euh comment dire à risque apparemment. En fait, Pierre et Annie ont été victimes d'une des plus graves pandémies du 20e siècle.
La grippe de Hong Kong qui tua plus d'un million de personnes dans le monde et des dizaines de milliers en France. Ce qui est très choquant pour la grippe de Hong Kong, ce sont ces 25000 morts en moins d'un mois quasiment très rapidement. Donc ils étaient plutôt bleus, violets.
Il y avait beaucoup de gens qui en mourraient. Que font les responsables politiques à l'époque ? Nous avons eu beau fouiller dans les archives, il n'existe aucune mesure annoncée, pas même [musique] la moindre déclaration du président Pompidou.
Un constat sidérant : "Nous sommes en guerre pour nous qui avons connu des mois de combat national. Pourquoi à l'époque a-t-on ignoré ce virus ? Et pourquoi aujourd'hui sommes-nous entrés en guerre totale ?
Nous allons vous raconter comment en 50 ans, les Français ont à ce point changé leur rapport à la santé. [musique] Tout commence en juillet 1968. L'ancienne colonie britannique Hong Kong est soudainement frappée d'une grippe particulièrement virulente.
Très vite, on isole ce nouveau virus appelé H3N2. Le voici au microscope. Il aurait été transmis à l'homme par les oiseaux.
En quelques semaines, plus de 500000 personnes sont malades dans cette seule région. Mais de Hong Kong, cette épidémie n'a que le nom. [musique] Si elle porte ce nom, c'est parce qu'on la découvre au moment où elle arrive à Hong Kong, mais elle est née, j'allais dire comme 9 fois sur 10 dans la Chine centrale à un moment où la Chine est totalement fermée pour cause de révolution culturelle.
Donc de de fait assez qui qui génère des déplacements de population important un peu du long et qui favorise en fait la contagion et la propagation des épidémies dont la grippe de Hong Kong. De Chine, le virus atteint une partie de l'Asie du Sud-Est, puis l'Australie, le Japon et l'Inde. En septembre, c'est le Vietnam qui est touché et très vite, le virus traverse les océans pour atteindre les États-Unis et le Canada.
Il faut dire que les Américains sont alors engagés dans la guerre du Vietnam. Pour Vietnam Sud, il est vrai la voix des armes se fait toujours entendre. Les marines qui en reviennent ramènent avec eux le virus H3N2.
On a enregistré 25 tués et 83 blessés dans aux États-Unis. C'est durant l'hiver 6869 que le virus se propage. Il tue en moins de 3 mois plus de 50000 Américains.
Les salles de classe se vident. Et le taux d'absentéisme atteint des records. Premièrement, nous savons que le virus de Hong Kong est arrivé chez nous.
Deuxièmement, nous savons qu'une large partie de la population est touchée. Un virus qui va profiter du transport aérien pour se propager à travers le monde. Et la grippe de Hong Kong a même failli s'exporter très loin.
Un an avant le premier pas sur la Lune, les Américains envoient un équipage en orbite pour l'approcher et les astronautes souffre de symptômes étranges. Et bien écoutez, pour l'instant est encore trop tôt pour faire un diagnostic comme vous le disiez vous-même. Je pense que d'ici quelques instants, vous allez avoir une conférence de presse depuis Houston, mais je ne pense pas qu'il s'agisse de la grippe de Hong Kong comme vous disiez tout à l'heure.
Je souhaite qu'il ne s'agisse pas de la grippe de Hong Kong. Le virus serait dans l'espace. Mais en 1968, il n'a pas encore touché l'Europe.
À Paris, la madame Grippe de l'Institut Pasteur, le docteur Catne est formelle. Cette épidémie ne nous concerne pas. En France, il n'y a pas d'épidémie pratiquement en ce moment, ni en Europe non plus.
Il y a eu quelques cas qui ont été décelés en Angleterre et au Pays-Bas, je crois. Enfin, il n'y a pas de véritable épidémie en France. Et la France ne se prépare pas du tout à l'arrivée du virus.
Pourtant, l'année suivante, dès l'automne 1969, la grippe de Hong Kong s'étend sur le Moyen-Orient, puis s'abat sur l'Europe et l'Afrique. Bientôt, elle devient mondial. Le Sud-Ouest tous, le Sud-Ouest est grippé.
En France, l'épidémie arrive [musique] par l'Espagne. Dans les Landes, l'école normale d'institutrice de Montemarsan a fermé ses portes jusqu'à lundi prochain. Le virus remonte par le nord pour frapper durement la ville de Lyon.
Toutes ces victimes à travers le monde n'y font rien. On croit encore à une simple grippe d au froid. - 7°gr pendant la nuit, vous sortez le matin à tchou, vous êtes grippé.
Rassurez-vous, vous n'êtes pas le seul. Un français sur qu à la gripe. Et on en plaisanterait presque somme toutes.
Après 3 jours de grog, d'aspirine et des drodons bien chauds, cela n'est pas si désagréable. Mais en fait, la réalité est dramatique. À l'hôpital Édouard Rio, au sud de Lyon, les ambulances affluent et les morts s'entassent.
À l'époque, le professeur de la Monica y était jeune médecin en première ligne au service de réanimation. Pour lui, c'est au mois de décembre 1969 que tout a basculé. D'un seul coup, on a vu un afflux de patients qui arrivaiit avec de la tou essoufflement, une détresse respiratoire, enfin comme des poissons qu'on sort de l'eau, souvent crachant une espèce de de mousse teintée de de rose.
Très rapidement, le service de réanimation a été envahi de ces personnes-là. Et évidemment, il y en a qui mourraient très vite. Les services mortuaires ne n'arrivaient pas à les évacuer pour les emmener dans les dans les salles requises.
Et donc, on les mettait au fond du service dans une petite salle où on mettait les brancards les uns à côté des autres avec ces personnes qui malheureusement étaient décédées. Un témoignage qui raisonne dans la France du Covid-19. En 1969, les hôpitaux français ont vécu le même cauchemar qu'en 2020.
Pourtant, aucun des comptes des victimes n'est effectué. Jusqu'à la fin du mois de janvier 1970, 1000 personnes meurent chaque jour de la grippe. Et ce n'est que bien plus tard que des épidémiologistes comme Antoine Flau ont chiffré le nombre de morts français.
On avait trouvé en 2003 euh euh 31000 décès dû en excès d à la pandémie de Hong Kong en France pendant la deuxème vague de 69 70. Et puis euh dans une deuxième analyse qui a été publiée, je crois, en 2007, on a pu euh rechiffrer peut-être avec un peu plus de de précision à 35000 le nombre de décès en excès durant cette même période de la deuxè vague 6970. 35000 morts.
Comme le coronavirus, la grippe de Hong Kong a surtout frappé des personnes de plus de 65 ans. La France à l'époque était alors plus jeune. Pour Joël Cost, médecin et historien, si la démographie avait été celle d'aujourd'hui, la grippe de Hong Kong aurait été une écatombe.
Si on applique les taux de mortalité de la grippe de l'époque, hein, euh à une population qui serait celle d'aujourd'hui, on aurait euh mathématiquement deux à trois fois plus de morts que on en a eu à l'époque. La grippe de Hong Kong avec la structure de population d'aujourd'hui, ça serait entre 70000 et 100000 morts. Sans descompes quotidiens ni même mensuel des victimes, les autorités sanitaires se limitent à quelques déclarations laconique.
Revoici madame Gripp en décembre 1969, un mois où le H2N3 a fait 20000 morts. Une épidémie semble se dessiner dans le sud-ouest, il y a quelques cas à Paris et je pense que nous commençons une épidémie. Memoiselle, quel conseil pratique donneriez-vous à un grippé ?
Qu'il se reposent, qu'il prennent des boissons chaudes euh non alcoolisées. Le professeur de la Monica se souvient que dans les hôpitaux, les victimes sont assez et les médecins se sentaient bien seuls. Ce qui était paradoxal aussi à ce moment-là pour nous, c'est que quand on sortait de là dans la rue, personne n'en parlait.
On voyait pas de masque, on savait juste que les transports en commun marchaient mal, que certaines écoles regroupit des classes parce qu'il y avait plus de maîtr. À la télévision, on ne parle jamais de mort. En plein pic de l'épidémie, voici comment est traité le sujet.
Toute [rires] façon, si on l'a, on l'a pe rien y faire. Dans les journaux, seule la presse populaire lui consacre quelques articles. Jamais pour interroger le nombre de morts, plutôt pour évoquer les horaires des pharmacies de garde ou l'absence des chemineaux.
Les grands quotidiens d'analyse comme le monde traitent peu le sujet. Les articles du monde sont peu nombreux, voyez. Ce ne sont jamais des articles de première page, jamais.
Et qui dit d'une part cette grippe n'est pas si différente des précédentes et donc il faut y faire face comme on a pu faire face aux précédentes et puis la grippe va passer. Pour les journalistes de l'époque, la grippe n'est tout simplement pas un sujet. Michel Cotta avait une trentaine d'années en 1969.
Elle travaillait à l'Express. Je vais vous dire, c'est un peu pas croyable aujourd'hui. Moi, j'en ai aucun souvenir.
J'étais à l'express à ce moment-là, je vois personne n'en parlait. Personne. Si on parlait de la grippe, voilà, mais on parlait toujours de la grippe mais sans dire que c'était une grippe spécifique, spécifiquement dangereuse.
Voilà. Il faut dire qu'à l'époque, les médias et les Français ont les yeux tournés ailleurs. Nous sommes un an après mai 68.
Dès lors, manifestation et violence vont chaque jour se dérouler dans les rues du quartier làdedans. Monsieur, qu'est-ce qui vous a marqué cette année en France ? qui m'a marqué moi l'élection du président de la République et les hommes sur la lune spécialement qui qui m'a frappé.
Moi, c'est dommage que qu'il y ait pas plus de paix dans le monde parce que les gens seraient beaucoup plus heureux. Le pouvoir aussi à la tête ailleurs. Légion de le président Pompidou vient d'être élu.
Il a constitué son gouvernement avec à sa tête Jacques Chabondelmassement de ni l'un ni l'autre ne diront ni ne feront quoi que ce soit pour lutter contre ce virus. mort. Non seulement les Robert Boulin est le ministre de la santé.
La gripe, ce n'est pas son sujet. Il est tout entier concentré sur sa réforme de l'assurance maladie qui provoque la colère des petits commerçants. D'ailleurs, quand il accorde un long entretien à la télévision, il n'est question que de cela.
Et bien le projet que nous présentons à l'heure actuelle d'abord a un caractère positif par rapport aux critiques négatives qui sont toujours formulées. La seule trace d'une réaction de Robert Boulin date de janvier 1970, 2 mois après le début de l'épidémie. En pleine période de Noël, la grippe est la plus impitoyable et le ministre est [musique] interrogé par François.
Dans une courte interview, il dit s'être fait vacciné et encourage les Français à le faire. Cette interview a-t-elle un retentissement particulier ? Difficile à dire.
En tout cas, à partir de janvier 1970, les Français se précipitent pour avoir un vaccin sans qu'aucune politique publique ne les y encourage. Moi, je me souviens avoir été à Lyon, rue Pasteur, devant l'Institut Pasteur. Donc, à chaque extrémité de la rue, il y avait des policiers qui filtraient les gens qui se mettaient en ligne, en trois ou quatre lignes.
Et devant l'Institut Pasteur, on avait sorti des tables avec le matériel de vaccination et on vaccinait les gens à un chaîne comme ça. Mais les laboratoires pasteur et merrieux fabriquant le [musique] vaccin n'en ont pas prévu assez et très vite c'est la pénurie. Et il y a plus surprenant le vaccin inoculé à la chaîne n'est pas adapté.
Pour produire le vaccin de la grippe saisonnière de 1969. Les chercheurs n'ont pas jugé utile de travailler sur la souche de la grippe de Hong [musique] Kong, parant sur le fait que l'épidémie allait disparaître. Quand bien même cette souche était arrivée aux États-Unis, au Japon ou en Australie, bien plus tôt, les chercheurs de de ces laboratoires n'ont pas cru que ce serait cette souche qui viendrait déferler sur le sur le monde dans l'hiver qui allait suivre [musique] et les deux hivers qui allent suivre.
Un vaccin politiques aux abonnés absents, des médias peu concernés. La grippe de Hong Kong a tué des milliers de Français dans l'indifférence générale. 50 ans plus tard, le coronavirus est une obsession nationale.
Toute l'action du gouvernement et du Parlement doit être désormais tournée vers le combat contre l'épidémie. Ce moment de vérité, c'est aussi qu'on est mobilisation des services de santé comme jamais. Arrêt forcé d'industries entières.
Hier en France 1723 personnes sont passées aux urgences pour une suspicion d'infection Covid-19. Notre pays tout entier a vécu au rythme d'un macabre décomte quotidien du directeur général de la santé [musique] en direct à la télévision. Et au plus haut sommet de l'État, c'est le temps des conférences de presse permanentes.
Vous voyez sur la carte que les tension sanitaires restent importantes dans la région Île-de-Fance. Le [musique] pouvoir politique a contraint les Français de 2020 à s'enfermer durant 8 semaines. Il a mis [musique] tout un pays en apné gelant totalement son économie. des décisions radicales et inédites qui prouvent combien notre société a changé en 50 ans.
Je crois que maintenant plus aucun gouvernement ne peut au monde hein ne peut faire passer l'économique avant le sanitaire ou ne pas faire passer le sanitaire avant tout. Tout le monde a changé. La la sensibilité générale a changé.
Aujourd'hui, il est sûr que le prix de la vie humaine est beaucoup plus important à nos yeux sûrement qu'à cette époque-là. Parmi ces changements, une vague venue des États-Unis dans les années 80 sans laisser tomber la tête. Et bien sû les deux profs de gym les plus célèbres de la télé pouvaient faire du sport à plus de 12 millions de français chaque dimanche matin. 15 ans après la grippe de Hong Kong, les Français sont séduits par cette tendance qui met en avant le bien-être, le sport et la nourriture saine.
Plus qu'un phénomène de mode, le rapport au corps est en train de changer. La santé devient une priorité. S'ils sont exige par rapport à eux-mêmes euh à se priver de de bien manger ou à s'obliger à faire du sport, ils vont être aussi exigeants vis-à-vis de leur de leurs dirigeants, de leurs médecins.
Les progrès de la médecine vont conforter les Français dans l'idée qu'on peut repousser la mort. Mais c'est une épidémie des années 80 [musique] qui va placer l'État au centre de toutes les attentes sanitaires. Pour moi, la politisation de la santé est arrivée [musique] avec l'épidémie du VIH Sida.
C'est là où les médias se sont emparés du sujet. C'est là où les politiques ont été interpellées. C'est là où l'organisation du système de santé a été mise [musique] en cause.
Et un scandale d'État fait passer les politiques pour la première fois sur le banc des [musique] accusés. L'affaire du sang contaminé fit plus d'un millier de morts empoisonnées par des transfusions sanguines. Les services de l'État sont en cause.
Les politiques sont obligés de monter au créneau. Après beaucoup de réflexions, nous avons décidé de rendre ce dépistage [musique] obligatoire. La généralisation qui interviendra rapidement représentera, je dois le dire, à l'Assemblée nationale, un coût pour la collectivité d'environ 200 millions de francs par an pour 4 millions de don du sang.
Quand j'ai entendu Fabus expliquer et dire qu'à partir de maintenant, c'était une épidémie, je me suis dit, j'étais pas la seule. Je me suis dit, pourquoi est-ce qu'un premier ministre se mène se mêle d'un truc comme ça ? Oui, c'est vrai qu'on s'est dit les ceux qui nous gouvernent ont un devoir de santé vis-à-vis de nous.
Voilà. En 1999, l'ancien premier ministre Laurent Fabus et les anciens ministres de la santé Georgina Dufoie et ADM Hervé comparaissent devant la cour de justice de la République pour homicide involontaire. Laurent Fabus et Georgina Dufois sont relaxés.
Edmond Hervé est condamné. Moi Hervé, c'est sûr est coupable de ma contamination, mais il n'était pas le seul. Premier du genre, le procès n'est que le début d'une longue liste.
Du scandale des hormones de croissance à celle de l'amiante. Les politiques et l'État ont dû rendre des comptes devant la justice. 30 ans après la crise de Hong Kong, même un thermomètre qui s'affole peut déstabiliser un gouvernement.
En août 2003, la canicule s'abat sur la France. La chaleur finira par tuer 15000 personnes et une image va choquer les Français. C'est celle de Jean-François Maté, ministre de la santé en polo depuis sa maison de vacances dans le Var qui tente de se justifier.
Au ministère de la santé, avez-vous sous-estimé les conséquences sanitaires de cette canicule, notamment pour les personnes âgées ? Je ne pense pas du tout qu'il y ait eu de sous-estimation. Pour sous-estimer, il faut être averti.
Or, cette canicule n'était pas prévisible. Aucune plainte envers lui n'a abouti. Mais 20 ans plus tard, l'ancien ministre garde un goût amè de cet épisode.
Vous me demandez pourquoi, mais tout simplement parce que c'est une règle qui est racontée dans la Bible. Il faut un bouc émissaire quand il vous arrive quelque chose de grave. Il doit y avoir un responsable et d'ailleurs c'est dans la fable de la fontaine aussi des animaux malades de la peste il fallait qu'il trouve ce pelet ce galeux d'où venait tout le mal.
Dans la crise du Covid, 80 plaintes ont déjà été déposées contre le ministre de [musique] la santé et ses collègues du gouvernement, contre des haut fonctionnaires aussi. À l'origine de ces plaintes, des médecins qui reprochent le manque de masque ou des citoyens qui déplorent [musique] l'organisation du premier tour des élections municipales et même des policiers atteints du virus. Aujourd'hui, prendre des responsabilités, c'est prendre des risques d'être devant la justice.
Il est vrai que la judiciarisation va probablement conduire à une raréfaction de ceux qui veulent assumer des postes de responsabilité. Le monde s'est tellement judiciarisé que des multinationales [musique] qui s'estiment laisés par le confinement veulent attaquer des États qui ont imposé la mesure. [musique] Les politiques préservées durant des décennies sont désormais au cœur de la cible.
Alain Pompidou