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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 3 octobre 2018 25 min

Démission de Gérard Collomb : "Il y a une vraie atteinte à l'autorité du président de la République", juge Gérard Larcher

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

C'est le président du Sénat que nous recevons ce matin, c'est Renaud Delis qui vous pose la première question. Bonjour Gérard Larcher. Bonjour. Nous allons d'abord revenir sur l'actualité de la nuit, l'arrestation du braqueur multi-récidiviste Redouane Faïd, l'homme le plus recherché de France. Cette arrestation finalement, elle démontre qu'on n'a pas forcément besoin d'un ministre de l'Intérieur pour que les forces de l'ordre fonctionnent.

0:22
Gérard Larcher

D'abord, c'est hommage aux forces de police, à la police judiciaire. Et il y a une forme de contraste entre un ministre d'Etat qui abandonne son poste et des policiers qui sont engagés. Et je rappelle que Redouane Faïd est quelqu'un qui l'avait tué. Donc sa dangerosité était avérée. Je veux d'abord le rendre hommage. Vous saluez d'abord l'action des forces de l'ordre dans l'occurrence, c'était une enquête. Mais à cette occasion-là, comme à d'autres, vous savez, depuis janvier 2015, policiers et gendarmes sont engagés. Et parfois, nos concitoyens oublient que cet engagement, il dépasse, j'allais dire, toutes les heures habituelles de travail. Ils prennent des risques pour notre sécurité.

Et dans ce débat que nous avons depuis quelques jours autour du ministère de l'Intérieur, on oublie ce qui est l'essentiel, ces femmes et ces hommes engagés pour notre sécurité.

1:11
Présentateur

Est-ce que cette arrestation Gérard Larcher, elle est à mettre également au crédit de Gérard Collomb ou pas du tout ?

1:18
Gérard Larcher

Sans doute a-t-il aidé à la coordination.

1:20
Présentateur

Techniquement, il n'était plus ministre à trois heures et demie près.

1:22
Gérard Larcher

On ne va pas jouer là-dessus. Le vrai sujet, c'est que le ministère de l'Intérieur est un ministère régalien majeur. Et qu'on a vu depuis le 18 septembre, ce ministère balotté. Et on l'entend dans les différentes interviews. Je crois que la responsabilité du président de la République et du Premier ministre, c'était de trancher. Et on a assisté à une valse hésitation. Ça, ça y est, c'est fait depuis cette nuit. Oui, j'allais dire, enfin, enfin, c'est fait. Mais on voit bien qu'il y a une vraie atteinte à l'autorité du président de la République et à l'autorité du Premier ministre. Et je dois dire que, moi, ça me préoccupe. Heureusement que nous avons la Ve République.

Demain, nous fêterons ses 60 ans. Gérard Collomb vient lui faire un merveilleux cadeau d'anniversaire. Elle nous protège de tous ces ressacs de la vie politique. Moi, je constate que Gérard Collomb a préféré Lyon à Macron. Et j'avoue que je ne comprends pas cette hiérarchie. Le gaulliste que je suis, et pourtant j'ai été maire, avec sans doute la même affection pour ma commune rambouillée que lui pour Lyon. Mais l'État passe avant tout et le service de l'État passe avant tout. C'est en tous les cas la conception qui est la mienne.

2:31
Présentateur

Vous évoquiez l'anniversaire de la Ve République, Gérard Larcher. Rappelons que l'article 8 de la Constitution, il précise exactement, sur proposition du Premier ministre, le Président nomme les autres membres du gouvernement et met fin à leurs fonctions. En l'occurrence, c'est Gérard Collomb qui de lui-même a mis fin à ses fonctions quelque sorte. Il a piétiné les institutions à vos yeux ?

2:46
Gérard Larcher

Il s'est emparé de l'article 8 à son compte. Je dois dire que je trouve ça assez étonnant. Et je crois qu'il est bon de rappeler, le Premier ministre a fait hier l'article 21, mais assisté à cette démission refusée, puis imposé par un ministre, c'est quand même quelque chose d'assez étonnant, un mois après qu'un ministre d'État ait déclaré devant les micros de France Inter, qu'il s'en allait sans même avoir prévenu le Président de la République. Je crois qu'il faut, puisqu'on fête un anniversaire de la Ve République, retrouver nos repères.

3:20
Présentateur

Il n'y a pas de crise politique en France, dit il y a quelques instants Gérald Darmanin, le ministre des Comptes Publics. Vous êtes d'accord avec lui ?

3:27
Gérard Larcher

Il y a une crise politique au sens moral. C'est-à-dire qu'il y a un vrai doute sur l'autorité du chef de l'État et du Premier ministre. C'est sans doute un doute sur la manière de gouverner, cette manière un peu verticale, où ce pouvoir s'est coupé des corps intermédiaires. Je suis en train de commencer à recevoir les organisations syndicales sur le sujet de la réforme de l'assurance chômage, pour poursuivre le dossier de la réforme des retraites. Et je vois bien que ce besoin de contact, il est une demande de leur part. Vous parlez comme Gérard Collomb. Vous dites la même chose que lui. Écoutez, je fais du Gérard Larcher. On a le même prénom, mais on n'a pas la même attitude.

Vous conseillez aussi à Emmanuel Macron de se rapprocher des Français. Et oui, et de se rapprocher des élus. Qu'est-ce qui s'est passé à Marseille ? Département, région, maire. On dit, mais on veut dialoguer. On veut dialoguer. On en a marre de cette méthode verticale. Je crois que c'est l'occasion pour le président de la République. Je lui ai d'ailleurs dit, puisqu'on s'est téléphoné quelque peu, il y a une quinzaine de jours. Le dernier coup de fil, c'était pour la faire Benalla. On va en reparler, peut-être. Oui, c'est assez classique. On a des échanges réguliers. Mais vraiment, je porte comme une alerte cette coupure entre l'exécutif et les corps intermédiaires.

Mais il vous écoute ou pas quand vous lui dites ça ? J'espère qu'il m'écoute. Et en tous les cas, la réponse qui n'est pas satisfaisante, c'est de voir tous ces maires démissionner.

4:50
Présentateur

Renaud Nelly. Si vous parlez de maire, justement, si Gérard Collomb a décidé de quitter la place Bobo, c'est parce qu'il veut se représenter aux élections municipales à Lyon. Est-ce que c'est si...

4:57
Gérard Larcher

Pour le quatrième mandat, je croyais qu'on prônait la fin du cumul dans le temps.

5:02
Présentateur

Dans la réforme constitutionnelle.

5:04
Gérard Larcher

Dans la réforme constitutionnelle. Vous savez...

5:06
Présentateur

Vous êtes favorable à la limitation de ce cumul dans le temps à trois mandats maximum.

5:09
Gérard Larcher

C'est un compromis. Mais je vois où ça est tourné. Pardonnez-moi, les Français, ils ont aussi besoin d'exemplarité. Et je ne me pose pas du tout en paire exemplaire. Mais je dis, quand on prône, et qu'on va faire porter par un ministre de l'Intérieur, cette décision de la fin du cumul dans le temps, on s'aperçoit que Gérard Collomb, eh bien, il s'apprête à solliciter un quatrième mandat, ce que j'ai vécu, moi, sur ma ville. Mais moi, je n'ai pas de complexe sur ce sujet-là. Pour moi, il n'y a pas de question de société.

5:38
Présentateur

Vous ne prônez pas l'exemplarité, vous, au moins.

5:40
Gérard Larcher

Quand vous dites que vous n'avez pas de complexe. Je ne dis pas que c'est exemplaire, vous savez. Pour moi, l'exemplarité, c'est le choix des électeurs.

5:45
Présentateur

Justement, en matière d'exemplarité, Gérard Collomb, lui, en tout cas, il veut se consacrer à sa ville plutôt comme ministère. Je vous propose d'écouter ce qu'en disait hier Edouard Philippe en matière de non-cumul. On l'écoute.

5:56
Locuteur non identifié

J'ai connu comme vous, M. Ciotti, des membres du gouvernement qui, à une époque, considéraient qu'il était possible, voire permis, d'être membre du gouvernement et de solliciter un mandat local, parfois, et même parfois, M. Ciotti, présidentiel. Ni vous, ni moi, n'avons jamais dit à ces ministres de l'intérieur, lorsqu'ils étaient candidats, soit des municipales, soit des présidentielles, qu'ils ne se consacraient pas pleinement à leurs tâches. Vous le savez parfaitement. Je vous propose, M. le député, de cesser cette hypocrisie.

6:31
Présentateur

L'uclair allusion, par exemple, au cumul de Nicolas Sarkozy à l'époque, ça ne vous choquait pas ?

6:35
Gérard Larcher

Écoutez, moi, j'ai quitté la mairie de Rambouillet pendant trois ans quand j'ai été ministre. C'était un engagement que j'avais pris devant Jacques Chirac. Je l'ai tenu. Mais la loi n'était pas la même. Aujourd'hui, j'allais dire, on est en train de faire du rappel historique d'un contexte différent, puisqu'aujourd'hui, on ne peut plus, par exemple, être parlementaire, comme était Gérard Collomb, et maire d'une commune.

6:56
Présentateur

Non, mais on peut être membre du gouvernement et candidat putatif. On a plusieurs ministres qui veulent être candidats à Paris. On ne s'interdit pas,

7:03
Gérard Larcher

quand on est membre du gouvernement, d'être candidat. Mais, partenez-moi de le dire, voir celui qui pleurait à l'investiture d'Emmanuel Macron, imposer son départ, de cette manière, en bafouant l'autorité du président de la République, et je dis qu'il faut que l'autorité du président de la République se réaffirme. C'est ça l'esprit de la Ve République.

7:24
Présentateur

Gérard Larcher, président du Sénat, invité de France Info jusqu'à 9h. On va s'arrêter quelques instants, si vous voulez bien le temps de jeter un oeil à l'actualité de ce mercredi matin à 8h40 avec David Daubat. Une centaine d'hommes de la BR immobilisés cette nuit pour arrêter l'homme le plus recherché de France. Redouane Faïd se trouve désormais en garde à vue dans les locaux de la police judiciaire de Nanterre. Le braqueur multirécidiviste se cachait dans un appartement de Creil, dans le quartier du Moulin, précisément. Il avait été repéré et placé sous surveillance il y a maintenant quelques jours. Quatre autres personnes ont également été interpellées, notamment son frère.

Après 24 heures de flottement, c'est donc officiel, Gérard Collomb n'est plus ministre de l'Intérieur. Emmanuel Macron accepte sa démission. C'est Édouard Philippe qui assure l'intérim. Gérard Collomb s'est accordé avec l'actuel maire de Lyon pour reprendre son siège. Ce dernier a d'ailleurs rendu son écharpe dès hier soir. La défense du pouvoir d'achat les retraités mobilisés aujourd'hui. Ce sera cet après-midi à Paris, précisément. Et à l'heure du calendrier, on a appris hier que les retraites complémentaires du secteur privé allaient être revalorisées en novembre en plus 0,6% hausse inférieure d'un point à celle de l'inflation. Et puis le public va devoir attendre demain.

Mais Emmanuel Macron y sera dès cet après-midi. Il inaugure Porte du Versailles le Mondial de l'Auto il y a deux ans. Plus d'un million de personnes s'étaient pressées dans les allées. Toujours avec Gérard Larcher alors qu'on apprend qu'il y aura bien une passation de pouvoir ce matin entre l'ex-ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, et le nouveau, en tout cas celui qui assume l'intérim depuis cette nuit, c'est-à-dire le Premier ministre. Les deux hommes vont se retrouver dans une demi-heure au ministère de l'Intérieur.

Drôle de passation de pouvoir puisque normalement, Édouard Philippe doit simplement conserver le ministère de l'Intérieur pendant quelques jours, le temps que le remaniement soit annoncé. On va en venir maintenant à l'affaire Benalla-Renaud Delis. L'affaire Benalla-Gérard Larcher qui est probablement d'ailleurs qui avait ouvert un coin entre Emmanuel Macron et Gérard Collomb. Oui, ne faites pas de commentaire. Gérard Collomb, je l'ai bien. Concentrez-vous, Renaud Delis. Concentrez-vous. La commission d'enquête du Sénat continue ses travaux sur l'affaire Benalla, continue ses auditions. Il y a encore des auditions programmées la semaine prochaine. Jusqu'à quand ?

Est-ce que ce n'est pas un peu long ? Est-ce qu'il n'y a pas une forme d'acharnement ? Ça fait maintenant trois mois que ça dure.

9:29
Gérard Larcher

Quand une commission permanente se transforme en commission d'enquête, elle le fait avec un mandat de l'ensemble du Sénat autour de principes. Et là, les principes, c'est le fonctionnement des services publics dans cette affaire et aussi la sécurité des hautes personnalités. Le délai d'une commission d'enquête, c'est six mois. Donc il y en a encore pour trois mois ? Non, vous pouvez achever avant le délai de six mois. C'est six mois maximum au-delà de laquelle la commission d'enquête tombe. La commission d'enquête qui fonctionne de manière totalement indépendante, y compris vis-à-vis du président du Sénat, parce que c'est la manière de faire dans une assemblée comme la nôtre.

10:10
Présentateur

C'est ce que vous avez dit à Emmanuel Macron quand il vous a appelé pour vous demander de respecter les parents. Allez-y.

10:14
Gérard Larcher

Elle va sans doute débattre, proposer des conclusions et faire des préconisations ou des observations. Elle les présentera le moment venu dans le délai maximum de six mois. Vous avez vu la manière dont elle fonctionnait. Sorene. Alors on fait des choses demandant la communication de pièces et à partir de cela, le président et les rapporteurs proposeront des conclusions.

10:42
Présentateur

Ça vous l'avez dit donc à Emmanuel Macron le jour où il vous appelle pour vous demander d'arrêter. Vous lui dites

10:45
Gérard Larcher

« Pas touche à mon indépendance ». C'est pas pas touche, c'est qu'il y a des principes constitutionnels. Il les avait oubliés ce jour-là ? En tous les cas... Il les avait oubliés ce jour-là ? Je n'ai pas l'habitude de raconter mes échanges avec le président de la République. Vous avez raconté que vous avez appelé alors. Sans rentrer dans le détail, est-ce qu'il allait trop loin ? Je lui ai rappelé que l'indépendance, le fonctionnement des institutions a été quelque chose d'essentiel et qu'il n'y avait sur ces sujets aucune angoisse à avoir.

Comme j'ai répondu à ceux qui me disaient que ma volonté de traduire en haut de cour le président de la République, j'ai le même âme que le général de Gaulle en 1958, je ne vais pas me comparer à lui. Je ne vais pas commencer une carrière de factieux maintenant.

11:22
Présentateur

Il vous a semblé angoissé ce jour-là quand il vous a appelé Emmanuel Macron ?

11:24
Gérard Larcher

Nous n'avons pas parlé que de ça. Nous avions d'autres sujets. Mais en tous les cas, il a voulu l'évoquer, il l'a rendu public, c'est sa responsabilité. Mais ça, pour moi, je n'avais aucune inquiétude. Je préside une assemblée qui tient particulièrement à la préservation des libertés et à la séparation des pouvoirs.

11:44
Présentateur

Sur l'affaire Benalla, il y a un certain nombre de voix dans votre camp politique qui considère que ce n'est peut-être pas la première préoccupation des Français qu'il faudrait peut-être changer de sujet. Je vous propose d'écouter Guillaume Larivé, le député Les Républicains de Lyon.

11:59
Locuteur non identifié

La vérité, c'est que j'ai dit l'essentiel de ce que j'avais à dire sur l'affaire Benalla au mois de juillet. Et je pense qu'on ne va pas y passer le réveillon. Ce que je veux dire par là, c'est que c'était une affaire importante. C'est le symptôme de dysfonctionnement de l'État Macron. C'est le symptôme, au fond, d'un système élyséen qui se croit au-dessus de tout. Je crois qu'on a dit beaucoup de choses déjà à l'Assemblée. Moi, je ne souhaite pas qu'on consacre des semaines et des semaines encore sur cette affaire.

12:25
Présentateur

Alors, est-ce qu'il ne serait pas temps de tourner la page, Guillaume Larivé, qui s'était beaucoup impliqué dans la commission d'enquête à l'Assemblée nationale ?

12:30
Gérard Larcher

Nous travaillons sérieusement,

12:32
Présentateur

sereinement. Il n'est pas sérieux, Guillaume Larivé, quand il dit ça ?

12:34
Gérard Larcher

Sérieusement, sereinement, je constate qu'à l'Assemblée nationale, la présidente n'a pas été en capacité de conclure de la commission d'enquête. C'est notre devoir. C'est tout l'intérêt du bicamérisme aussi. Nous sommes une Assemblée qui ne procède pas du fait majoritaire. C'est-à-dire que notre Assemblée, elle n'est pas liée à l'élection présidentielle. Et donc, nous jouons un rôle en totale indépendance.

12:55
Présentateur

Mais là, finalement, c'est ce qui peut arriver de mieux au Sénat ou à tous ceux qui estiment qu'il ne sert à rien.

13:01
Gérard Larcher

Écoutez, nous prouvons jour après jour, y compris dans la révision constitutionnelle ou sur le thème des libertés, dans la lutte contre le terrorisme qui a mis en place pour la première fois un texte qui, dans deux ans, s'arrêtera s'il n'est pas revu pour protéger les libertés. C'est, par exemple, la loi de prévention du terrorisme. C'est le Sénat.

13:18
Présentateur

Vous évoquiez la révision constitutionnelle, Gérard Larcher. Justement, elle a été repoussée par l'affaire Benalla. Le Premier ministre Edouard Philippe a évoqué un décalage de quelques mois tout au plus. Est-ce que vous souhaitez qu'elle revienne en débat au début de l'année 2019 ? Nous y sommes prêts.

13:33
Gérard Larcher

Et j'allais dire, j'ai la même position qu'en janvier dernier. nous sommes prêts à examiner la révision constitutionnelle. Elle n'est pas enterrée. Elle n'est pas enterrée à vous. Je les rappelle. Pas d'abaissement des pouvoirs du Parlement. Et s'il y a une illustration au travers de la commission d'enquête, c'est bien que le Parlement doit conserver ses pouvoirs, voire même les renforcer. Parce que, 60 ans après, un exécutif fort a besoin d'un Parlement fort. Le second des sujets, c'est la territorialité, notamment des parlementaires. des parlementaires hors sol, pour nous, ça n'a pas de sens. C'est le département ou la collectivité à statut spécifique, c'est une référence.

Et la troisième des choses, c'est qu'il faut voir le bloc constitutionnel, le bloc organique, c'est un peu compliqué en matière de loi, et la loi ordinaire. J'allais dire, sur la même période.

14:20
Présentateur

Vous pouvez évoquer le bloc organique, donc qui ne nécessite pas forcément une révision constitutionnelle. Dedans, il y a notamment la réduction du nombre de parlementaires de 30%. Ça, vous êtes d'accord ? 30% de sénateurs en moins, c'est possible ?

14:29
Gérard Larcher

Je suis d'accord avec l'adaptation du nombre de parlementaires à la baisse. J'ai simplement dit que je ne suis pas pour un chiffre fétiche, que c'est, par exemple, est-ce que, alors que la Nouvelle-Calédonie va se prononcer dans moins de un mois, enfin dans un mois, est-ce que, par exemple, la première décision, ce serait de supprimer un des deux députés ou un des deux sénateurs ? Aujourd'hui, il y a trois ans. Donc la référence, c'est quelle est la bonne représentation des territoires ? J'avais dit au président de la République qu'autour d'un chiffre qui, entre 270 et 280, il était possible d'agir. On est à 348 aujourd'hui, un sénateur.

15:09
Présentateur

Bien sûr. Vous dites 270, 280, à vue de nez, ça fait 20% de moins. C'est pas à vue de nez, c'est à vue de territoire. À vue de territoire, pardon. Ça n'a rien à voir. 20% de moins, là où Emmanuel Macron voulait 30% de moins. On était à 20, 25%. Ça va se passer comme ça sur un coin de table, 20% d'un côté, 30% de l'autre,

15:24
Gérard Larcher

on va taper à 25%. Territoire par territoire. Ce sera dans la révision constitutionnelle, je l'ai annoncé. C'est en tous les cas le souhait du groupe de travail. Nous sommes très attachés à la représentation territoriale. Nous avions fait un compromis sur la part proportionnelle. Je n'aime pas la proportionnelle pour les élections législatives. Mais pardonnez-moi, les citoyens, ils ont besoin de proximité. Et dans la crise, aujourd'hui, des maires, nous voyons bien que ce qu'on est en train de couper, c'est la proximité entre les citoyens et les élus du territoire, alors a fortiori

15:54
Présentateur

pour les parlementaires. Ils ont besoin de proximité, dites-vous, et aussi parfois de renouvellement. La limitation dans le temps à trois mandats consécutifs maximum, vous y êtes favorable ? Ça faisait partie

16:04
Gérard Larcher

du compromis, j'ai tout à l'heure en évoquant le cas de... Mais je n'ai pas changé d'avis. Quand vous faites un accord, l'accord n'était pas abouti, notamment sur le nombre ou des points, mais c'est le propre de la discussion parlementaire. Et il appartient au rapporteur. Il se trouve que c'est Philippe Bas qui va être le rapporteur... C'est le même

16:23
Présentateur

qui préside la commission

16:23
Gérard Larcher

d'enquête sur Benalla. C'est parce qu'il est président de la commission des lois. Avec deux autres rapporteurs, Philippe Bonnecarère qui est modem, François Pillet qui est LR, eh bien c'est à l'occasion de ce débat que nous pourrons soit trouver les équilibres, soit il n'y aura pas de révision constitutionnelle.

16:43
Présentateur

On poursuit cet entretien dans une minute, Gérard Larcher, juste après l'info à 8h50, David Daubar. Une évasion spectaculaire en hélicoptère. C'était le 1er juillet dernier. 93 jours de cavale et une centaine d'hommes mobilisés. Au bout de tout cela, une interpellation, celle de Redouane Faïd arrêtait donc cette nuit en compagnie de 4 autres personnes, notamment son frère et 2 de ses neveux. Il se trouvait dans son fief de Creil. Interpellation sans échange de coups de feu, mais des armes de pointe ont été retrouvées dans l'appartement qu'il occupait. Edouard Philippe, ministre de l'Intérieur, par intérim.

La passation de pouvoir avec Gérard Collomb est prévue d'ici une petite vingtaine de minutes maintenant. Après 24 heures de flottement, Emmanuel Macron a donc finalement accepté sa démission. Selon Gérald Darmanin, ministre des Comptes publics, il n'y a pas de crise politique actuellement en France. Charles Aznavour aura bel et bien un droit à un hommage national. Ce sera aux Invalides. Vendredi, en présence du chef de l'État, il a été réclamé par de nombreuses personnalités. Le bilan du séisme et du tsunami de vendredi en Indonésie continue d'évoluer. Près de 1 400 corps ont été retrouvés.

Les secouristes redoutent un bilan beaucoup plus lourd et progressent désormais vers des zones qui étaient jusque-là hors d'atteinte. Et puis c'est un géant français du jouet qui pourrait voir le jour aujourd'hui. Le tribunal de commerce d'Evry se prononce sur la reprise ou non de Toys R Us. La financière immobilière bordelaise pourrait remporter la partie. Hier, elle a déjà mis la main sur les magasins La Grande Récrée. Toujours avec Gérard Larcher, le président du Sénat. Gérard Larcher, le gouvernement pourrait décider d'étendre la PMA à toutes les femmes qu'elles soient seules ou en couple. Est-ce que vous y êtes favorable ?

18:16
Gérard Larcher

D'abord, il y aura un débat. Et moi, je ne veux pas retomber dans la caricature de débat que nous avons eue au moment du mariage pour tous.

18:27
Présentateur

Pardon de vous interrompre. Quand vous dites caricature, c'était y compris dans vos rangs

18:30
Gérard Larcher

ou c'était dans le gouvernement de François Hollande ? C'est toujours ceux qui décident de manière caricaturale. Des deux côtés. Madame Taubira, la procédure d'urgence. Et Madame Boutin aussi, par exemple. Madame Boutin n'était plus parlementaire. La manif pour tous ? Vous visez la manif pour tous ? Je pense que... Vous visez la manif pour tous ? Si je n'ai pas voté le mariage pour tous, qui était favorable au contrat d'union civile, je le dis, on ne peut pas retomber dans ce type de débat. Voilà pourquoi je sais gré au Président de la République d'avoir entrepris un certain nombre de consultations préalables.

Le grand débat, la consultation sur le comité national d'éthique, les parlementaires. Nous réfléchissons aujourd'hui, notamment au Sénat, depuis un certain nombre de mois, autour du Président de la Commission des Affaires Sociales. Nous ne connaissons pas le texte que déposera le gouvernement. Il va porter sur le sujet de la PMA, mais il va porter aussi sur les recherches sur l'embryon, sur la génétique, sur les prélèvements d'organes. C'est donc des sujets majeurs où c'est un sujet dans lequel on doit se prononcer sereinement et en conscience.

Et je me suis donné comme objectif, je ne sais pas si je réussirais, qu'au Sénat, le débat, il soit serein, ouvert, comme il l'avait été, pardonnez-moi, au Sénat, au moment de l'IVG. Sur la PMA, au moment de l'IVG, à l'époque de Signe de Veil. Et je me suis donné cet objectif comme président du Sénat.

19:51
Présentateur

Gérard Larcher, quand vous voyez que l'épiscopat se mobilise, publie un très long texte pour appeler solennellement à s'engager contre la PMA ou quand vous voyez Mgr Opetit, l'archevêque de Paris, évoquer la perspective de manifestation dans la rue, ça ne vous inquiète pas ? Justement, vous voyez potentiellement le réveil des fractures qu'on avait vues il y a 5 ans lors de la manif pour tous ? Première des choses,

20:11
Gérard Larcher

il n'y aura pas des convergences sur un certain nombre de points. En même temps, il n'est normal que des autorités morales, religieuses, spirituelles s'expriment pour ou contre ces sujets qui sont liés. En même temps, je vois bien l'attente aussi des femmes sur la procréation médicalement assistée. Votre intime conviction, Gérard Larcher, sur ce point de la PMA. C'est d'abord un débat. Moi, personnellement, je ne refuse pas la PMA à un certain nombre de conditions liées à la parentalité. Je pense à la levée de l'anonymat sur le don de gamètes.

En même temps, je vois que doit figurer impérativement dans la loi et pas simplement dans les déclarations, le refus de toute marchandisation des corps, ça veut dire la GPA, mais aussi la marchandisation des dons d'organes, qui est un sujet, la gratuité du don a un sens dans notre pays. C'est des sujets très très importants et je souhaite que notre pays ne sorte pas plus fracturé à l'issue de ce débat. Et voilà pourquoi je fais mon objectif premier. C'est un débat qui soit un débat en conscience et dans un débat qui ne soit pas un débat qui soit simplement appréhendé par des postures des uns et des autres.

21:28
Présentateur

Sur un autre sujet, Gérard Larcher, un appel a été initié par le journal Témoignages Chrétiens, signé par de nombreuses personnalités catholiques, aussi des politiques d'anciens ministres, d'ailleurs comme Roselyne Bachelot ou Laurence Rossignol, réclamant la constitution d'une commission d'enquête sur les crimes de pédophilie et leur dissimulation au sein de l'Église catholique. Est-ce que vous êtes favorable, en tant que président du Sénat, à la constitution de cette commission d'enquête sur la pédophilie dans l'Église ?

21:53
Gérard Larcher

La commission d'enquête, elle obéit à une procédure. On l'a évoqué tout à l'heure sur la commission d'enquête Benalla. Et si je suis saisi d'une demande de création de commission d'enquête, elle est de droit pour les groupes politiques. C'est d'ailleurs une des grandes avancées de la révision constitutionnelle Sarkozy 2008. Elle est de droit. Eh bien, nous examinerons la recevabilité, notamment au titre de la séparation des pouvoirs. Je ne sais pas si vous allez souvenir Mme Belloubet de nous donner un peu de leçons sur le sujet. Sur Benalla. On l'interrogera parce que, je rappelle, fonctionnement des services publics ou assimilés et des faits déterminés. Donc, il y a des procédures.

La seconde des sujets est sur un sujet grave. Sur ce sujet-là, vous pouvez être favorable. Quelle est la protection de l'enfance contre les abus sexuels ? Est-ce qu'il faut simplement cibler telle ou telle organisation qu'elle soit religieuse ou non ? Ou est-ce qu'il faut se poser la question dans quel état est la loi et la mise en oeuvre de la loi pour réellement protéger encore plus les enfants contre ces habits sexuels qui sont strictement

22:59
Présentateur

inqualifiables ? Gérard Larcher, des commissions d'enquête du même ordre, il y en a dans plein de pays étrangers sur ce problème de la pédophilité. Ils ont été aux Etats-Unis, en Irlande, au Canada.

23:07
Gérard Larcher

Mais nous avons une constitution qui a prévu la séparation des pouvoirs. Elle est possible sans aucun doute. C'est l'intitulé qui est un élément important, c'est-à-dire son objet. Et sur le fond,

23:19
Présentateur

si cette demande est recevable d'un point de vue conditionnel, nous l'examinerons. Vous y êtes-vous à titre personnel ?

23:24
Gérard Larcher

Nous l'examinerons. Et je le rappelle, nous l'examinerons à la condition qu'elle respecte bien. Je ferai la même réponse que celle que j'ai faite au président de la République. Vous en ferai la déduction.

23:33
Présentateur

Je ne suis pas sûr

23:34
Gérard Larcher

qu'il vous appellera

23:35
Présentateur

sur ce point précis. Encore un mot, Gérard Larcher, il y aura finalement un hommage national après-demain matin à Charles Aznavour. Ça se passera aux Invalides à Paris, en présence d'Emmanuel Macron. Est-ce que vous y serez ? Je serai le premier vice-président

23:46
Gérard Larcher

pour des raisons familiales liées à un bonheur, c'est-à-dire un mariage. Je serai dans l'Est de la France. Mais hier, j'ai ouvert la séance de questions d'actualité où je rappelais que d'un des principes au Sénat, c'était le respect. dans le dialogue. Vous avez pu voir que l'ambiance est parfois différente par rapport à des assemblées et le respect du temps. J'ai dit le temps, le temps, le temps et rien d'autre. Et je crois que c'était une manière de faire un clin d'œil et un hommage à un immense chanteur qui a traversé les générations. Il vous a marqué vous aussi pendant toute votre vie à Aznavour ?

Oui, en plus, j'avais eu le bonheur de le rencontrer quand on a eu les premiers débats sur la question du génocide arménien. Et j'avais dîné avec lui au Sénat. C'était du temps de mon prédécesseur Christian Poncelet et nous nous étions retrouvés avec lui. Il habitait souvent dans mon département. Les Yvelines ? Oui, les Yvelines auprès de sa sœur qui était dans un petit village des Yvelines. Donc, c'était quelqu'un mais Aznavour, il appartenait à notre pays, au monde et il était en même temps tellement profondément français et en même temps, il n'avait jamais oublié d'où il venait, l'Arménie auquel il était tant attaché. Je crois que c'est un peu un message.

25:00
Présentateur

Merci Gérard Larcher, merci Renaud Delia. Demain matin, même heure, même antenne.