Parcoursup : "Il faut être patient, mais globalement d'ici 15 jours tout sera réglé", explique Delphine Manceau, présidente de la conférence des grandes écoles
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Bonsoir Delphine Manceau. Bonsoir. Vous êtes la présidente de la Conférence des Grandes Écoles. Il y en a 250 en France, ça regroupe 500 000 étudiants. Vous êtes aussi directrice de Neoma Business School, qui est une école de commerce. Merci d'être avec nous ce soir sur France Info. Alors, mardi, les premières réponses de Parcoursup sont tombées. C'est toujours un moment un peu stressant, mais on nous dit, en tout cas le ministère de l'enseignement, nous dit que trois quarts des étudiants ont à ce jour eu une proposition positive. Alors, entre admission, refus, liste d'attente, qu'est-ce que vous avez envie de dire aux étudiants qui sont scotchés devant leur machine ?
Alors, ceux qui ont eu leur réponse, la réponse qu'ils voulaient, tant mieux, mais les autres ?
Je leur dis d'être un petit peu patient. C'est vrai qu'on a eu une première phase jusqu'à aujourd'hui, où des choix ont été attribués. Maintenant, on rentre dans une deuxième phase, où les jeunes doivent donner un ordre entre les formations sur lesquelles ils sont sur liste d'attente. Et puis, il va y avoir un système automatique, c'est-à-dire que les premiers choix vont être attribués, vont libérer des places aux autres... Il ne faut pas se précipiter en se disant, si ça se trouve, je n'aurai rien. Non, il ne faut surtout pas se précipiter. Et puis, il y a une troisième phase qui commence le 11 juin, qui est la liste complémentaire.
Et là, tout le monde a encore 10 choix qu'on peut formuler au fur et à mesure. Donc, il faut être patient. Je sais que c'est stressant, mais globalement, d'ici 15 jours, tout sera réglé pour la quasi-totalité des étudiants. Il faut quand même être vigilant sur les délais. Il faut être très vigilant. Il ne faut pas rater le coche. Donc, se connecter un peu tous les jours, voir où on en est. Et puis, au moment de faire son choix, bien se renseigner sur la formation qu'on est en train de choisir. Et on se renseigne comment ? Qu'est-ce qu'on regarde ? On regarde sur Parcoursup. Il y a énormément d'informations vérifiées.
Première chose, est-ce que le programme délivre un diplôme, un vrai diplôme et pas un simple certificat ? Est-ce qu'il y a des cours en présentiel, typiquement ? Parce que c'est important aujourd'hui d'être avec ses camarades, de rencontrer ses professeurs. Il y a des programmes en ligne. Moi, je pense qu'à 18 ans, c'est très important d'être en présentiel. Regarder aussi les débouchés des jeunes qui ont choisi cette formation il y a quelques années. Donc, des choses très simples, très factuelles qui sont sur Parcoursup.
Et on rappelle que pour ensuite accéder à ces formations, ça va mieux en le disant, il vaut mieux avoir le bac. Donc, ça, c'est le 7 juillet que finalement tout sera finalisé. Exactement. Donc, on a vu dans Parcoursup, là, dans les premiers chiffres, qu'il y avait énormément de reconversion, c'est-à-dire d'élèves, d'étudiants qui changent de voie. Comment vous l'expliquez ? Il y en a 200 000 cette année.
En fait, 20% des gens qui sont sur Parcoursup aujourd'hui sont en reconversion. Et à ces 20%, ça ajoute 10% de reprise d'études.
Comment on l'explique ? C'est qu'ils sont mal orientés ? C'est que justement, aujourd'hui, le système est trop touffu ? On n'arrive pas à circuler pour choisir la bonne voie ?
Moi, je suis plus positif que vous. C'est normal à 18 ans de se tromper. On ne sait pas toujours ce qui va nous plaire comme études. Parfois, c'est en commençant qu'on réalise que finalement, on n'était pas fait pour ces études-là. Et ça dédramatise aussi. Donc, ce n'est pas grave. Ce n'est pas grave. C'est ce qu'il faut dire.
De perdre un an, entre guillemets, perdre, entre guillemets. De faire un an, une formation, pour ensuite en faire une autre, ce n'est pas grave. Ce n'est pas grave du tout.
C'est fait partie de la vie. Et c'est important, au contraire, de se rendre compte que ça ne nous convient pas, plutôt que de se forcer à aller au bout pour finalement, après trois ans, changer d'avis. Est-ce qu'il y a des passerelles aujourd'hui, justement, dans le système étudiant ? Il y a beaucoup de passerelles. Beaucoup plus qu'il y a dix ou vingt ans. En fait, c'est un peu paradoxal parce qu'on a l'impression que le stress autour de l'orientation du choix a beaucoup augmenté. Je pense que c'est la société qui veut ça, qui est très anxieuse. Et pourtant, il y a beaucoup plus de passerelles.
Par exemple, entre écoles de commerce et écoles d'ingénieurs, entre l'université et les grandes écoles, il y a énormément de passerelles aujourd'hui. Donc, on peut aussi commencer un parcours, changer d'avis, compléter. Et d'ailleurs, les entreprises sont très friandes de parcours un peu hybrides qui associent à différents types de domaines. Chose qui n'était peut-être pas le cas auparavant. Non, c'était beaucoup plus difficile il y a dix ou vingt ans.
Alors, on a aussi, avec l'arrivée de l'intelligence artificielle, son explosion même, on se pose la question du diplôme. Alors, on sait qu'en France, c'est une société très marquée par le diplôme. Mais vous qui êtes quand même à la tête de la conférence des grandes écoles, on se dit, à quoi ça sert d'avoir le diplôme d'une grande école à l'ère de l'IA aujourd'hui ?
En réalité, c'est encore plus important d'avoir un diplôme et de faire des études, parce qu'à l'ère de l'IA, les techniques, les outils vont changer très vite. Et ce qui compte, c'est de savoir raisonner, de savoir réfléchir, de savoir argumenter et défendre son opinion, de savoir comprendre le monde, un monde qui évolue très vite. Et tout ça, c'est ce qu'on apprend à travers les études. Donc, moi, je crois que les études sont plus importantes que jamais.
Comment les grandes écoles que vous représentez s'adaptent, elles, à l'intelligence artificielle ? Aujourd'hui, ça fait partie des cours. Comment ça se passe ?
L'intelligence artificielle, elle change des choses dans plein de domaines dans le monde de l'éducation. Elle change la manière d'apprendre, de se renseigner sur les sujets. Elle change la manière d'évaluer les étudiants. Elle change aussi les métiers auxquels on prépare nos élèves. Donc, toutes les grandes écoles s'adaptent. Si je prends l'exemple de Néoma, l'école que je dirige, on a formé plus de 12 000 étudiants, professeurs à l'intelligence artificielle pour comprendre comment ça marche, d'où viennent les réponses, tous les biais aussi associés aux réponses. Comment poser les bonnes questions à le fameux prompt ?
C'est très important parce qu'on le sait, on a des bonnes réponses quand on pose les bonnes questions. On a aussi changé nos manières d'évaluer les élèves, puisque le but, ce n'est pas que l'IA évalue un devoir qui a été écrit par l'IA, évidemment. Donc, c'est le grand retour de l'oral, c'est le grand retour du papier-crayon. Et puis, dans nos cours, on apprend aussi les métiers qui vont permettre de retirer le maximum de l'intelligence artificielle.
Quels sont les métiers auxquels on ne pense pas, mais que vous, vous voyez éclore là, et qui sont des débouchés pour les étudiants d'aujourd'hui ?
Alors d'abord, je voudrais dire que les études varient, mais globalement, l'IA va créer plus d'emplois qu'elle ne va en supprimer. Ça, on a du mal à vous croire. Oui, je sais, c'est pour ça que je le dis. Mais il y a plein de nouveaux métiers qui sont créés. Par exemple, les entreprises, aujourd'hui, elles se posent plein de questions. Comment s'adapter à l'IA ? Comment mieux utiliser toutes les données qu'on a sur les clients, sur les chaînes de production, etc. Et donc, c'est des nouveaux métiers qui émergent.
Et pourtant, on se dit que l'IA va plutôt remplacer les postes. On entend beaucoup de jeunes consultants, de conseils. Là où, avant, on sortait d'une école de commerce, on allait faire du conseil. Aujourd'hui, on voit que ça n'est plus forcément le cas.
Oui, les métiers sont en train de changer. On a d'ailleurs beaucoup d'incertitudes. Je ne vais pas vous dire qu'on sait exactement où on va et comment ça va évoluer. Après, il y a beaucoup d'entreprises qui arrêtent d'embaucher et qui mettent ça sur le dos de l'IA. C'est un bon prétexte. Alors, exactement. Alors qu'en réalité, c'est lié à la situation économique plus difficile. Il y a eu déjà d'autres crises économiques. Et à chaque fois, les embauches ont baissé. Bon là, c'est plus simple de dire que c'est la faute de l'IA plutôt que c'est pour des raisons économiques.
Vous-même, vous avez fait de très longues études. Puisque vous avez un doctorat en sciences de gestion. Vous avez fait HEC Paris. Et vous avez fait une école de commerce. Mais auparavant, vous avez fait une prépa scientifique. Et ça ne vous a pas plu.
En fait, j'ai commencé une prépa scientifique à la sortie du bac. Et au bout de deux mois, je me suis dit, ce n'est pas pour moi. Pourquoi ? Parce qu'il me manquait tout le volet culture générale, l'histoire, les langues. Voilà, j'aimais les maths. Mais j'avais envie de quelque chose de plus varié. Voilà. Donc, au bout de trois mois, j'ai changé. Je suis passée en prépa aux écoles de commerce. Ensuite, j'ai fait une école de commerce, puis un doctorat. Et c'est aussi ce que je veux dire aux jeunes qui nous écoutent. Aujourd'hui, on peut se tromper. Et parfois, il faut s'y prendre à deux fois pour trouver sa voie. Parfois, il faut s'y prendre à trois fois. Mais ce qui compte, c'est...
Il faut être persévérant. Voilà, c'est persévérant.
Une petite question. Parce qu'on voit quand même que le nombre d'étudiants avec la dénatalité est en train de baisser. Et pas qu'un peu. Puisque ça fait un million et demi d'élèves en moins d'ici une dizaine d'années. Et comment on se prépare ? Ça veut dire qu'il y aura moins d'écoles ? Qu'il y a des écoles qui vont fermer ?
Il y aura moins d'étudiants, c'est vrai. Moi, je pense qu'il faut du coup beaucoup plus investir dans nos étudiants, dans l'orientation. Profitons de cette baisse de la démographie pour non pas dépenser moins en matière d'enseignement, mais dépenser mieux. Privilégions la qualité. Complètement. Les jeunes, c'est vraiment un investissement dans l'avenir. C'est eux qui vont construire l'avenir de notre pays. sa compétitivité, sa souveraineté, sa pertinence. Et donc, je ne voudrais vraiment pas qu'on pense qu'à cause de la baisse de la natalité, il faut moins investir dans la jeunesse. D'ailleurs, moi, je regrette beaucoup qu'on ne parle pas plus des jeunes.
Dans l'élection, en tout cas dans la campagne qui est en train de s'ouvrir pour l'élection présidentielle, par exemple.
Oui, parce qu'investir dans la jeunesse, c'est aussi important que d'investir dans ses infrastructures.
Une toute petite dernière question. On parle beaucoup de difficultés économiques, pouvoir d'achat. Est-ce que les grandes écoles, est-ce que les études vont augmenter à la rentrée prochaine ?
Toutes les écoles ont annoncé leurs tarifs. Donc là aussi, c'est sur Parcoursup. C'est transparent. C'est très transparent. Ça se stabilise. Elles ne vont pas augmenter les prix pendant l'été ? Non, absolument pas. Tout est annoncé pour la rentrée. Et puis, il y a beaucoup de bourses. Vraiment, renseigner. Il faut se renseigner sur les bourses. Dans mon école, par exemple, on a 30% de boursiers. On ne sait pas qu'il y a autant de boursiers dans les grandes écoles. Donc, je profite de ce message. Regardez toutes les bourses qui vous sont proposées.
Eh bien, écoutez, merci pour ces nombreux conseils. Delphine Manceau, je rappelle que vous êtes présidente de la conférence des grandes écoles. Merci d'avoir été l'invité éco de France Info ce soir. Merci, Fanny.