Daniel Salmon, le pari de la haie pour sauver l'agriculture
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[musique] C'est une délégation un peu particulière qui débarque aujourd'hui sur l'exploitation de Serge Fournerie. Donc oui, en s'enlevant là la ferme qui était ici qu'on a reprise s'appelait le G desvent. C'est pour dire que ici ça s'ouffre toujours quoi.
Tous sont jury du concours général agricole dans une catégorie très spécifique. Cet éleveur de vache laitière présente aujourd'hui sa plus belle eie. C'est plutôt une, on va dire patrimoniale.
C'est vraiment une, vous allez voir, très vieille. Et voilà, c'est depuis 2020, le concours général agricole consacre un de ses volets à l'agroforesterie et particulièrement à la gestion des E. Ce concours permet de récompenser les exploitants qui transitionnent vers un modèle agricole plus respectueux de l'environnement.
Ah ouais, pousser. Voilà, ça fait même, vous allez voir, des grattoires pour les animaux, les branches qui descendent, c'est je les coupe pas. La on voit que ce côté-là, elle est elle reste à son état naturel où les branches sont elles sont pas il est choisi par l'éleveur de pas les couper et ça permet aux animaux de d'être aussi bien protégés.
Le jury examine tous les aspects de la e. La grille d'évaluation comprend plus d'une vingtaine de critères. Je sais même pas combien on en a, j'ai pas compté. [rires] Mais oui, on je trouve qu'on en a beaucoup.
Ah bah on regarde vraiment tous les aspects d'une exploitation. Donc comme on est dans un domaine agricole, il y a autant l'aspect agronomique que l'aspect gestion de la ha en elle-même. On parle beaucoup d'agriculture, pas souvent des donc ça les met un peu en valeur.
On est fier de de la façon dont on gère Noé. On est j'en ai planté beaucoup. Donc voilà, je je je le fais savoir et je le fais voir.
En quelques années, les ha sont devenus de véritables bêtes de concours, une prise de conscience de leur valeur environnementale. Car pendant plusieurs décennies de la fin de la seconde guerre mondiale jusqu'en 2005, une politique a dominé la gestion des le remembrement. Cette politique d'aménagement du territoire débute à la fin de la guerre.
À l'époque, l'agriculture française se modernise à grande vitesse. Les agriculteurs doivent produire plus, mais le territoire n'est pas adapté à un système hyper productif. Les parcelles sont souvent très petites.
Les E sont alors arrachées pour en faire de grandes surfaces de culture. Il y en avait combien de parcelles là avant ? Cinq.
Ça vous apporte quoi ? Bah, c'est plus rentable. Une question de travail quoi.
Question travail. Ça vous permet de travailler avec des tracteurs, avec des machines. Le remembrement a transformé le paysage de Beauacage en un paysage uniforme.
Le sénateur écologiste Daniel Salmon a grandi ici à quelques kilomètres de Ren en Îléviline. Depuis que je suis gamin, on vient régulièrement ici. C'est mon petit poumon à vrai dire.
C'est mon coin d'oxygène. Voilà, c'est si je n'y passe pas régulièrement, voilà, je suis comme un arbre qu'on aurait déraciné. Ce petit coin de paradis, le sénateur l'a vu se métamorphoser au fil des années.
Ici, on est dans l'ancienne ferme de mes grands-parents. Mes grands-parents maternels étaient des petits paysans, des tout petits paysans breton. et on était dans un tout autre contexte, un tout autre paysage.
C'était le paysage, on va dire ancestral qui s'était construit sur des millénair dans ce dans ce pays breton avec et bien euh tous ces maillages de boucager qui étaient là. Et euh moi j'ai vu une transformation terrible de cet endroit à côté de la maison. des chances étant à perte de vue.
C'est voilà, c'est ça que je voulais vous montrer entre ici et les premiers arbres qu'on voit là-bas du temps de mes grands-parents, c'est-à-dire avant le remembrement, il y avait au minimum sep rangées de ha perpendiculaires à la pente. La mécanisation qui s'est amplifiée au cours des années a amené à devoir avoir des parcelles de plus en plus grandes. Et lorsque vous avez des des épandages avec des bras d'épendage qui font 15 m, effectivement vous allez pu passer dans le champ entre les ha.
Aujourd'hui, la haie dans l'esprit de l'agriculteur, c'est un coût en temps et en argent. Pourtant, les e avaient un rôle essentiel sur ces terres. Donc c'était perpendiculaire.
Donc ça retenait forcément la Terre parce qu'on est en Bretagne, il pleut souvent, c'est souvent une petite pluie fine mais il arrive que c'est des fois des pluies quand même plus conséquente. Et bien écoutez là ce qui se passe et bien c'est que la Terre et bien la Terre elle descend tranquillement mais sûrement dans le fond du vallon et après elle part dans un petit ruisseau et rejoint l'Af et la villaine plus tard. Ces et offrait aussi un refuge à plusieurs espèces d'animaux.
Une faune expropriée qui se rabat désormais sur les quelques et bosquets survivants. Mais les chiffres sont alarmants. En 15 ans, un/ers des oiseaux ont disparu des campagnes.
Pourtant, chaque année, 5000 km de E sont arrachés malgré un objectif fixé par l'État de replanter 50000 km de E d'ici à 2030. [musique] Ici, au bord de la Manche dans le Côentin, le vent étrille les cultures. La terre descend lentement vers la mer.
Les paysans savent bien que les E sont leurs alliés, mais dans la course à la productivité, à la rentabilité, certains continuent de les arracher pour agrandir leurs parcelles. Moi, j'ai acquis [musique] ces parcelles il y a 3 ans parce que bah après faut bien pouvoir travailler et puis je les ai rendu mécanisables, quoi. Il y en avait une au fond qui refermait.
Là, il y en avait une qui revenait là qui refermait. C'était que des parcelles comme ça. Qu'est-ce que vous voulez faire avec des microparcelles ?
Rien. Sur cette parcelle, cet éleveur de vaches laitière a arraché presque 1 km de H. Lorsqu'il l'a acheté, elle ne faisait que 15 m de large.
Exactement la taille de la parcelle voisine. Dans son champ, les traces plus claires témoignent de l'emplacement des e arrachés. Aujourd'hui, on a un pulvérisateur, il fait 30 m.
Vous voyez bien que dans des petites parcelles, on peut rien faire. Euh, on perd de l'engrais dans les croisements, ça pose sur les enfin il y a aucun intérêt de garder des des petites parcelles pour pouvoir travailler quoi. Jean-Philippion est vice-président de la coordination rurale de la Manche.
Pour lui, les exploitants n'ont pas le choix. Pour rester compétitif face à la concurrence étrangère, ils doivent forcément travailler sur de grandes parcelles. Donc voilà, on n'est pas anti et mais voilà, ça s'aménage qu'on nous demande d'être compétitif et mais être compétitif par rapport à des pays où que il y a des plaines de 100 hectares ou des choses comme ça, on peut pas être compétitif comme ça, c'est pas possible.
On n'est pas là pour massacrer, on est là pour euh optimiser euh notre notre outil de travail pour gagner de l'argent. et en vivre. Mais ces arrachages de E sont aujourd'hui illégaux.
Pierre Simon lui a été dénoncé par un de ses voisins. L'office français de la biodiversité, la police de l'environnement, a remarqué que l'éleveur avait arraché plus de 2 km de E pendant 6 ans. C'est un la cartographie là des linéaires de e qui ont été arraché.
Donc je sais pas si on voit bien. Bah en fait tous les traits rouges et les existaient. Donc là on voit bien que c'était que des petites parcelles.
On a un satellite qui prend en permanence des photos. Bah, ils savent tout quoi. L'éleveur a été condamné devant le tribunal correctionnel à 500 € d'amende avec surcis et a replanté 3 km de car depuis mars 2025, la loi subordonne toute destruction de à la replantation d'un linéaire équivalent, un amendement inséré dans le projet de loi d'orientation agricole par nul autre que le sénateur Daniel Salmon.
Mais pour Pierre Simon, replanter des e c'est inenvisageable. Il me demande de respecter un cahier des charges. Donc et sur ta lutte 2,50 clôture barbelée, ils choisissent les essences là.
Bah voilà, en gros, ils demandent que les ressemblent à pas une buissonnante, ils expliquent, il faut faire comme ça. Donc au final, si je refais tout comme dans le cahier des charges, j'en ai pour 40000 €. Donc enfin c'est aberrant.
S'il n'a pas commencé à replanter d'ici 2 mois, Pierre Simon devra payer 150 € d'amende par jour de retard. Mais pour le moment, il refuse de replanter. On arrache pour les pour le plaisir.
On arrache pour rendre la parcelle fonctionnelle. Je vais pas me soumettre à de l'administration. Enfin, ils veulent quoi notre mort ?
Non. Enfin, il autant aller travailler dans des grands groupes par chez nous, il y a du boulot euh et puis être tranquille quoi. Le vendredi midi, on équit, il y a zéro soucis quoi.
L'éleveur a fait appel de sa condamnation mais n'a pas encore reçu de dates pour son prochain procès. Pierre Simon est loin d'être le seul confronté à ce dilemme entre les exigences de rentabilité et le respect des normes environnementales. Pour les libérer de ce poids, le sénateur Daniel Salmon souhaite rendre la rentable.
Là, faut faut attendre 10 ans pour qu'on ait quelque chose de joli quoi. Ouais, là il y a un petit peu. Il y a 3 ans, cet éleveur de vache laitière a replanté 2 km de autour de cette parcelle.
Ça permettait de d'avoir un petit peu d'abri de contre le vent et et puis pour mettre les animaux tranquille par rapport au soleil quoi. Mais ces avantages coûtent cher car l'entretien d'un komè de représente environ 450 € par an. Alors forcément sur une exploitation avec plusieurs kilomètres de E, la facture grimme vite.
Mais Yannique Joubrel bénéficie désormais d'une aide de la politique agricole commune. Et nous, c'est depuis l'année dernière qu'on s'est déclaré là-dessus et donc on a une aide de 8 € à peu près du du maître linéaire, ce qu'il y avait pas avant en fait parce qu'on a toujours eu des on les entretenait mais là du coup c'est la pâque qui participe. D'accord.
Ça a été fait peut-être dans la mesure où ils se sont aperçus que les gens arrêchaient les arbres. Peut-être. Mais cette aide à l'entretien, l'éleveur n'est pas assuré de la toucher tous les ans.
C'est une mesure qui n'est pas inscrite dans la loi de façon permanente et c'est justement le combat que mène Daniel Salmon. Lui souhaite la création d'un crédit d'impôt sur l'entretien des E. Donc là, l'idée c'est vraiment de faire en sorte de venir aider l'agriculteur et que lorsqu'il fait ce travail d'entretien de la haie et bien il soit rétribué.
Ce crédit d'impôt a été voté deux fois au Parlement mais en l'absence de consensus sur le budget 2025, il reste pour le moment en suspend. Mais le sénateur se dit confiance sur son adoption dans le budget 2026. Va falloir que je reprenne mon bâton de pélerin pour aller voir l'ensemble des mes collègues sénateurs en leur disant "Bah écoutez, on l'a voté à l'unanimité en début d'année, il y a pas de raison que le Sénat se dédie." J'en ai déjà discuté avec un certain nombre de sénateurs.
Je pense que on doit pouvoir arriver à le faire passer à nouveau. Mais un crédit d'impôts ne suffirait pas à convaincre des agriculteurs comme Pierre Simon de préserver leur e. Les exigences de rentabilité sont trop lourdes.
Alors Daniel Salmon veut aller plus loin et faire de la une culture à part entière. Ce qu'il y a à faire c'est vraiment organiser une vraie filière pour le le copo, le bois d'échiqueté issu de la gestion durable Dai pour vraiment faire en sorte que l'agriculteur, il est à peu près sûr d'avoir un exutoire pour son bois. Il faut que la haie, elle soit perçue comme là aussi une vraie production.
Et puis dans un deuxième temps, cet agriculteur, il va assez rapidement se rendre compte que ça est non seulement elle est rentable entre guillemets, mais en plus elle lui apporte plein de services. Aujourd'hui, l'utilisation de bois issue de E commence à se développer mais [musique] la filière reste encore marginale. Les dispositifs sont méconnus, jugés souvent complexes par les agriculteurs.
Malgré de plus en plus d'aide à l'entretien et à l'exploitation, les un système agricole hyper compétitif à bout de souffle. [musique] Oh.
Daniel Salmon