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interviewFrance 2 — Les 4 Vérités· 27 septembre 2024 9 min

AME, politique migratoire... Frédéric Valletoux est l'invité du 27 septembre

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez des 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute. Place à la politique et au 4V, Javith Inbert. Vous recevez ce matin Frédéric Valtou, député horizon de Seine-et-Marne, ancien ministre délégué chargé de la santé et de la prévention. Messieurs, bonjour.

0:18
Frédéric Valletoux

Bonjour Frédéric Valtou. Bonjour. Et avec cet autre ancien ministre de la santé, puisque vous vous l'étiez il y a encore quelques jours, vous signez aujourd'hui une tribune dans le journal Le Monde sur le maintien de l'aide médicale d'État. C'est l'un des débats qui ont surgi cette semaine avec les propositions du nouveau ministre de l'Intérieur, Bruno Rotaillot, qui veut sinon réformer, peut-être même supprimer cet AME, parce qu'il estime que c'est une aspiration à l'immigration. Vous vous dites qu'il faut la maintenir. Pour quelles raisons ?

0:47
Invité

L'AME, c'est un chiffon rouge qui agite régulièrement ceux qui veulent penser que tous les maux de notre politique d'immigration tiennent dans sa tête, qui permettent de soigner ceux qui arrivent sur le territoire français et qui ont besoin d'être pris en charge. Il y a eu un rapport qui a été fait à la demande d'Elisabeth Borne il y a quelques mois par Patrick Stéphanini et Claude Évin, un homme de gauche, un homme de droite, et qui a conclu que l'AME n'était pas du tout une source d'attractivité. C'était une raison de venir dans notre pays, surtout que l'AME était contenue et que surtout l'AME était nécessaire en matière de santé publique.

Ne pas soigner les gens qui portent des maladies, qui portent des pathologies, qui portent éventuellement des infections et qui arrivent sur notre territoire, c'est les retrouver quelques semaines plus tard, quelques mois plus tard, dans des états beaucoup plus dégradés, pesant sur le système de santé. Il faut écouter ce que disent les professionnels de santé qui régulièrement disent « Ne touchez pas à l'AME » parce que c'est nécessaire en termes de santé publique.

Donc supprimer, comme l'a fait par exemple l'Espagne il y a quelques années, supprimer l'aide médicale d'urgence, l'aide médicale d'État, c'est-à-dire effectivement cette assistance médicale immédiate dès l'arrivée sur le territoire, c'est effectivement faire face à des problèmes de santé publique réels. Et l'Espagne a vu peser sur ces urgences hospitalières fortement, effectivement. Donc ce n'est pas une bonne réponse à l'immigration ? C'est facile parce qu'on a l'impression qu'une aide qui coûte un milliard d'euros, c'est effectivement une somme importante, qui concerne à peu près 450 000, 460 000 personnes.

Il suffirait effectivement sans doute de la supprimer, de la restreindre et les choses iraient mieux. Ça a déjà été fait en 2019 et aujourd'hui le panier de soins est contenu et je pense qu'aujourd'hui le système est équilibré.

2:24
Frédéric Valletoux

Maïa Loquet le rappelait, vous êtes députée du parti Horizon qui soutient la nouvelle coalition au pouvoir. Est-ce que vous admettez néanmoins qu'il faut aujourd'hui un durcissement de la politique migratoire, même si on ne touche pas à l'AME tel qu'il a été énoncé par Bruno Retailleau ?

2:40
Invité

Il faut la mise en œuvre des outils qui ont été créés par la loi immigration de l'année dernière. Il faut être peut-être plus efficace dans les reconduites aux frontières et dans l'exécution des décisions d'expulsion. Mais aujourd'hui on a tous les outils et il ne s'agit pas d'aller chercher à faire porter le sujet de la pression de la politique migratoire sur tel ou tel type de personnes immigrées, mais il s'agit simplement d'être efficace. Et je rappelle que l'AME, pour revenir à l'AME, c'est un dispositif du ministre de la Santé, du ministère de la Santé. Ce n'est pas une prérogative du ministère de l'Intérieur, sauf à ce que M.

Barnier, dans la rédaction, il a en tant que ministre de l'Intérieur beaucoup de travail à faire, qu'il laisse faire les soignants et le ministère de la Santé sur ce dispositif.

3:26
Frédéric Valletoux

Quand vous voyez les premiers pas de ce gouvernement Barnier, qui n'a donc même pas une semaine et qui a déjà connu des couacs et même des recadrages et même un coup de téléphone passé par Michel Barnier à Marine Le Pen, vous vous dites quoi ? Vous n'êtes finalement pas mécontent d'avoir quitté le navire ?

3:40
Invité

Que Michel Barnier essaye de tenir ce gouvernement et de faire en sorte que cette quarantaine de ministres qui, pour certains, ne se connaissaient pas, doivent maintenant travailler ensemble, ce n'est pas choquant en soi, mais c'est vrai que c'est un gouvernement qui doit au contraire charger à fédérer et qui doit chercher l'apaisement.

3:59
Frédéric Valletoux

Et vous ne sentez pas ça pour l'instant ?

4:00
Invité

On voit quelques ministres, vous avez cité M. Retailleau, qui vont tout de suite chercher à cranter des débats, à poser des débats qui peuvent tendre, là où effectivement on doit chercher le consensus et des voies de passage qui permettent de rassembler. Je rappelle que c'est un gouvernement qui est assis sur une majorité qui est relative à l'Assemblée nationale.

4:22
Frédéric Valletoux

Et ce coup de téléphone de M. le Premier ministre, Michel Barnier à Marine Le Pen, est-ce qu'il vous a choqué comme il a choqué certaines voix de l'ex-majorité ?

4:31
Invité

Je ne sais pas. Mme Le Pen est présidente d'un groupe important, si c'était le plus important, à l'Assemblée nationale. Elle est inévitablement dans le jeu parlementaire. Il fallait lui téléphoner, c'est la question. Je ne sais pas si, en tout cas, il y a des contacts réguliers avec l'ensemble des chefs de partis et des chefs de groupe.

4:47
Frédéric Valletoux

Votre leader, Edouard Philippe, avait dîné avec elle il y a quelques mois. C'est une révélation qui avait suscité quelques remous. Pour vous, elle fait partie de l'arc républicain, Marine Le Pen.

4:56
Invité

Non, elle ne fait pas partie de l'arc républicain, mais elle fait partie du paysage parlementaire et le Rassemblement national. Et dans le paysage parlementaire, j'ai combattu le Rassemblement national dans ma circonscription. Précisément. Et je suis dans une formation qui combat le Rassemblement national.

5:10
Frédéric Valletoux

Avec un candidat de gauche qui s'était désisté en votre faveur. Donc vous ne comprenez ce que a dit Antoine Armand en disant qu'effectivement, il n'y a pas de raison de parler avec des gens qu'on a cherché à battre il y a quelques mois.

5:20
Invité

Mais pour autant, ils sont à l'Assemblée nationale. Et à partir du moment où, effectivement, on discute avec l'ensemble des chefs de parti, je ne vois pas pourquoi on exclurait le Rassemblement national. C'est une erreur qui serait fondamentale de considérer qu'on ne peut pas échanger dans le cadre de l'Assemblée nationale et du fonctionnement de notre démocratie avec le Rassemblement national.

5:41
Frédéric Valletoux

On revient à vos fonctions anciennes, mais pas si anciennes que ça, des ministres de la Santé. Vous ne l'avez été que quelques mois, finalement, puisque vous aviez été nommé en janvier. Dissolution oblige. J'ai compté, il y a eu six ministres de la Santé depuis la réélection d'Emmanuel Macron en 2022. Six ministres en deux ans et demi. Comment on fait pour avoir une politique solide dans ce secteur qui connaît de telles difficultés et qui est en détresse même dans certains hôpitaux ?

6:07
Invité

C'est paradoxal avec ce que tout le monde reconnaît, c'est-à-dire que la santé, c'est une politique de long terme qui est dans un système qui est en crise et qui a besoin, effectivement, d'un accompagnement politique, qui soit un accompagnement dans la durée. Et le fait de cette valse des ministres est paradoxal avec ce constat. J'aurais pu rester. J'aurais pu rester. Je ne sais pas, c'est pas à moi de décider.

Mais en tous les cas, c'est vrai qu'on voit que lorsqu'on veut réformer l'hôpital, lorsqu'on veut réformer le financement de l'hôpital, lorsqu'on veut faire prendre de nouvelles habitudes, le travail entre la médecine hospitalière et la médecine de ville, bref, des chantiers de fond, quand on veut s'attaquer au sujet de la crise de la santé mentale, eh bien, ça nécessite plusieurs années. Et on ne traite pas ces questions-là en quelques jours, en quelques semaines. Donc, effectivement, c'est regrettable d'avoir des coups de barre, effectivement, à chaque fois dans le pilotage.

6:50
Frédéric Valletoux

Celle qui vous a succédé, Geneviève Dariusseg. C'est une femme très bien, que je connais bien. Elle dit néanmoins, ou plutôt, qu'on ne pourra pas faire de miracle. Rémi Salomon, le président de la conférence des commissions médicales, lui, a précisé qu'il y aurait 2 milliards de déficits, un record, dans les hôpitaux publics à la fin de cette année.

7:08
Invité

Comment on se relève d'un tel bilan ? C'est vrai que la situation financière, elle est tendue dans les hôpitaux. Il y a besoin de réformes de structure. Il y a besoin, effectivement, de mieux faire travailler l'hôpital avec son environnement et donc avec la médecine libérale. Il y a besoin de transformer le financement de l'hôpital. Il y a peut-être besoin de revoir la carte hospitalière. On a peut-être encore trop de blocs chirurgicaux qui ne tournent pas et donc des petits blocs chirurgicaux qu'il faut peut-être réformer. On a peut-être des maternités qui...

7:38
Frédéric Valletoux

Réformer, ça veut dire fermer ?

7:39
Invité

Oui, ça veut dire fermer ou travailler différemment. Moi, chez moi, on a fermé les maternités, mais on fait travailler différemment. Les femmes, après l'accouchement, reviennent en proximité, dans un hôpital qui est de proximité, où elles sont en sécurité. Le seul enjeu, ce n'est pas l'approche comptable, c'est la sécurité des patients. Et il faut être honnête, dans certains établissements, on peut se poser la question de la bonne sécurité.

7:58
Frédéric Valletoux

Une dernière question, M. Valtou, et qui est grave. Le débat sur la fin de vie, il avait été, lui aussi, arrêté compte tenu de la dissolution. Est-ce que vous souhaitez qu'il soit repris comme les associations, comme les malades le demandent, au plus vite ?

8:12
Invité

Je pense que le projet de loi et la discussion parlementaire au printemps avaient montré, effectivement, qu'il y avait une loi de passage sur ce sujet-là. Et je trouve dommage que sur un sujet qui avait été autant préparé, on s'arrête. Donc oui, je pense qu'il faudrait reprendre, dans cette législature qui démarre, ce projet de loi.

8:27
Frédéric Valletoux

Merci beaucoup, Frédéric Valtou, désormais député, Horizon de Seine-et-Marne. Merci. Et c'est la suite de télémataires.

8:33
Présentateur

Merci beaucoup, et enfin, ministre de la Santé. Une toute petite question, pardon, sur la santé. L'amoxicilline, l'hiver dernier, on a eu une pénurie d'amoxicilline. On pouvait anticiper l'hiver prochain. Or, on apprend qu'on risque à nouveau une pénurie cet hiver. On n'anticipe pas ?

8:49
Invité

Le premier antibiotique prescrit. Oui. L'accès aux médicaments, c'est un marché mondial. Les tensions, elles sont mondiales, et c'est vrai que ce n'est pas parce qu'on pourrait anticiper que des fournisseurs, qui parfois sont les fournisseurs étrangers, approvisionneraient plus le marché français. On a vraiment une concurrence aujourd'hui entre beaucoup de régions du monde, et la France est un micro-marché pour des laboratoires qui sont mondiaux.

9:09
Présentateur

Merci beaucoup, Frédéric Valtou. Merci beaucoup à Frédéric Chevalier, qui a traduit cette interview en langue des signes. C'était Les 4V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo. sur france.tv