Méga-bassines : une guerre de l'eau dans une crise mondiale
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Questions et réponses
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- 0:42OuverteRéponse directe
Elisabeth Luccault, bonjour.
- 0:50OuverteRéponse directe
On vous connaît notamment pour votre engagement contre l'accaparement de l'eau et des mégabassines.
- 1:07OuverteRéponse directe
Emmanuel Macron a évoqué le sujet de l'eau dans son intervention. Qu'en pensez-vous ?
- 3:09RelanceRéponse partielle
Le président parle de plan de sobriété de l'eau. Est-ce que c'est la bonne solution ?
- 3:29OuverteRéponse directe
Face à ce constat, faut-il un plan de l'eau comme le dit le président ?
- 3:51OuverteRéponse directe
Est-ce que les pouvoirs publics doivent élaborer des plans pour garantir un accès équitable à l'eau ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:07Invité politiquePromesse
« Dès les prochaines semaines, le plan eau, nous aurons besoin d'avoir, comme on l'a réussi tous ensemble, à gagner la bataille pour la sobriété énergétique. »
- 1:17Invité politiquePromesse
« On doit gagner la bataille pour la sobriété en matière d'eau. »
- 3:21Invité politiqueFait
« C'est la fin de l'abondance. »
- 4:40InvitéChiffre
« En France, on a 7% de la surface agricole utile qui est irriguée. »
- 4:46InvitéChiffre
« 7% de la surface agricole consomme la totalité de l'eau consacrée à l'agriculture. »
- 7:08InvitéFait
« En Espagne, où cette solution a été très largement développée, ça a accéléré la désertification. »
- 12:47PrésentateurChiffre
« 10% de la population mondiale vit dans un pays où le stress hydrique atteint un niveau élevé ou critique. »
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Alors que nous vivons une grave sécheresse aux conséquences nombreuses, le changement climatique risque d'aggraver les pénuries d'eau. Le cycle de l'eau est déjà perturbé et l'eau est devenue un enjeu majeur et provoque une crise mondiale et des pénuries d'eau qui se généralisent. On le voit très concrètement aujourd'hui en France avec la sécheresse que nous subissons. Une conférence des Nations Unies sur l'eau qui s'est fixée pour mission de chercher des solutions à cette crise mondiale se réunit du 22 mars, journée mondiale de l'eau au 24 mars. Un constat effectué par les dirigeants du monde réunis à New York. L'avenir des précieuses ressources en eau est compromis.
On en parle tout de suite avec notre invitée, la députée Elisabeth Luccault. Elisabeth Luccault, bonjour.
Bonjour.
Alors vous êtes députée de la Vienne, vice-présidente de la Commission développement durable et aménagement du territoire. On vous connaît notamment pour votre engagement contre l'accaparement de l'eau et des mégabassines. Mercredi 22 mars, c'était la journée mondiale de l'eau. Emmanuel Macron s'est exprimé à 13h sur TF1 et France 2, principalement pour parler de la réforme des retraites. Mais il a évoqué quand même aussi le sujet de l'eau. Voici ce qu'il disait.
Dès les prochaines semaines, le plan eau, nous aurons besoin d'avoir, comme on l'a réussi tous ensemble, à gagner la bataille pour la sobriété énergétique. On doit gagner la bataille pour la sobriété en matière d'eau. Et donc tous faire une petite part d'effort pour préserver notre eau, mieux réutiliser l'eau, l'eau de nos réseaux comme l'eau de pluie, changer les usages. L'eau, la forêt, les océans, les transports, le logement, c'est tout ça l'écologie. C'est des vies concrètes, mais il faut accompagner pour une transition juste et durable. Voilà le cap.
L'eau est devenue un enjeu politique.
C'est un enjeu qui est complètement transversal. Ce qui est intéressant dans ce qu'il a dit, c'est quand même qu'il cite à aucun moment l'agriculture, qui est l'un des plus gros consommateurs d'eau en France, le plus gros. Donc c'est quand même, on doit tous faire des efforts, c'est vrai, mais l'activité agricole est la première à devoir contribuer aux économies d'eau. Et ensuite, on voit bien ce qui se prépare. Alors ce plan eau, en fait, il est annoncé depuis deux mois, début janvier, mi-janvier, et puis il n'arrête pas de le repousser. Mais on voit bien ce qui se prépare.
Ce qui se prépare, ça va être toujours plus de technologies, toujours plus de tuyaux, de retraitement, d'infrastructures. Et ce n'est pas du tout ce qu'il faut faire. Ce n'est pas du tout ça la solution. Il faut aller vers moins de consommation. Il parle de sobriété, mais la sobriété, ce n'est pas le retraitement des eaux usées pour les réutiliser trois, quatre fois. En France, on buvait de l'eau de source à une époque au robinet de moins en moins, puisqu'on boit de plus en plus de l'eau qui est retraitée, avec des polluants qu'on n'arrive pas à traiter.
Et donc, on court sans arrêt après des solutions technologiques pour essayer de traiter les conséquences, sans jamais vraiment s'en prendre aux causes des pollutions et aux causes des pénuries.
Vous avez raison de dire que ce n'est pas nouveau, ce n'est pas la première fois qu'il aborde le sujet. Il avait déjà fait des annonces lors de sa visite au Salon de l'agriculture. Je vous propose de l'écouter.
La nation a besoin de faire sur l'eau, comme on l'a fait sur l'énergie, une forme de plan de sobriété. C'est-à-dire qu'on doit tous, nous, citoyens, industriels, services, collectivités locales, agriculteurs, faire attention à cette ressource qui deviendra. C'est ce que je disais en fin d'été, c'est la fin de l'abondance. Et donc, il faut qu'on aille vers des comportements de sobriété dans nos pratiques.
– Un plan de sobriété de l'eau. Mais du coup, Elisabeth Leco, on se dit que face à ce constat que vous faites et que lui, visiblement, semble également faire, on entend beaucoup aussi le ministre de la Transition écologique en parler ces dernières semaines. Il y a une inquiétude quand même au sommet de l'État, en France en tout cas, sur cette question de l'eau. Les services de l'État semblent mobilisés. Du coup, on se dit qu'il faut agir. Est-ce qu'il faut, comme le président de la République le dit, justement, un plan de l'eau de cette façon ?
– Il faut sûrement faire quelque chose et se coordonner pour faire quelque chose. Mais on entend dans son discours, il a dit la même chose en fait. Il dit qu'il faut tous qu'on contribue, on a tous des économies à faire, des efforts à faire. Ce n'est pas du tout… c'est vrai ?
– On n'est pas sur des changements structurels ?
– Mais ce n'est pas compatible avec les ordres de grandeur en fait. On est dans une logique sur l'eau, mais je crois que ce n'est pas que sur l'eau, mais comme c'est le sujet que je connais bien. sur l'eau, on est vraiment dans une logique de trumpisation du débat. On va asséner des vérités qui n'en sont pas. On est dans la post-vérité en fait. On a une situation scientifique qui dit l'agriculture consomme énormément d'eau, pas toute l'agriculture, puisqu'en fait en France, on a 7% de la surface agricole utile qui est irriguée. En fait, 7% de la surface agricole consomme la totalité de l'eau consacrée à l'agriculture. Donc déjà, on voit qu'il y a des déséquilibres.
Et ça correspond à peu près, peu ou prou, dans mon département, par exemple, l'eau consommée par les surfaces irriguées, par les irrigants, ça correspond à l'eau consommée par la population entière du département pour boire, enfin pour boire, pour l'eau domestique. Donc voilà, moins de 10% des agriculteurs qui sont irrigants consomment autant d'eau que toute la population du département. Ce n'est pas le cas dans tous les départements. Les départements touristiques ont d'autres problématiques puisque beaucoup plus de population en été, tout ça. Mais donc on voit bien qu'on est dans un déséquilibre.
Et donc dire tout le monde va faire des efforts et tout va bien se passer, si on ne s'attaque pas à la racine du problème, c'est faux. C'est complètement faux. Et puis, si vous continuez à dire aux gens de faire pipi sous la douche, c'est bien. Mais si à côté de ça, ils voient des grandes rampes d'irrigation qui arrosent toute la journée en plein soleil des champs de maïs dont on sait qu'ils seront exportés pour nourrir du bétail en élevage industriel ou en production animale industrielle, il y a un moment où les gens vont arrêter de faire des efforts aussi.
Parce qu'il faut savoir aussi que l'eau potable, la consommation en eau potable ne représente que la troisième source de consommation en France. C'est vrai que ça pose question. Mais il y a quand même une mobilisation de l'État. Aujourd'hui, on le voit, tous les préfets ont été réunis par le ministre de la Transition écologique. Il y a une inquiétude très forte. On a l'impression que, pour une fois, le gouvernement semble un peu prendre la mesure de la crise.
Ils sont bien obligés de prendre la mesure de la crise. Moi, je crains vraiment les propositions qu'ils vont faire. Et c'est le cas avec les méga-bassines, les réserves de substitution, les retenues de substitution. On sait que ça ne peut pas fonctionner comme solution d'adaptation. Peut-être que ça a fonctionné il y a 15 ans. D'ailleurs, on dit dans le département de la Vendée qu'il y a des réserves de substitution depuis de nombreuses années, ça fonctionne. Mais aujourd'hui, on sait que ça ne peut pas fonctionner. On sait qu'en Espagne, où cette solution a été très largement développée, ça a accéléré la désertification.
On sait qu'au Chili, qui est vraiment le cas extrême, où toute l'eau est privée, dans la Constitution, l'eau est privée au Chili, donc c'est vraiment le cas le plus extrême dans le monde. On sait que les fleuves, les rivières sont vides. Et on voit des méga-bassines, mais les unes sur les autres, qui sont bien plus énormes que celles qu'on veut faire, pour arroser des cultures d'avocats qui vont être envoyées dans d'autres pays, parce que ce n'est même pas ce qu'ils consomment là-bas. Donc ça, c'est des cas extrêmes. Mais est-ce que c'est vers ça qu'on veut aller ? Je ne crois pas.
Et en fait, si on n'opère pas une transition de notre agriculture, on aura beau mettre toutes les solutions techniques et technologiques du monde pour essayer de...
En fait, l'agriculture, c'est l'enjeu majeur.
Pour moi, c'est l'enjeu majeur. C'est l'enjeu majeur. Il y a un enjeu industriel. Il y a peut-être la question des centrales nucléaires.
C'est la deuxième source de consommation en France.
En France, oui. Il y a hier ou avant-hier un rapport de la Cour des comptes qui est sorti justement à ce sujet sur la consommation d'eau des centrales nucléaires. Et il y a plusieurs alertes qui disent, bon, attention, c'est une consommation qui est importante. Si on multiplie, qu'on fait 14 nouveaux réacteurs, ça va commencer à devenir très significatif.
Il faut bien préciser qu'on parle bien de la consommation, pas des prélèvements en eau, parce qu'il y a les prélèvements. Et en fait, parce qu'une partie est relâchée, mais... Voilà, c'est ça.
La consommation, c'est ce qui est évaporé. C'est pour ça que l'agriculture est le premier consommateur, parce que l'eau est consommée par évapotranspiration des plantes. Donc, elle est consommée vraiment par les plantes. L'eau qu'on utilise pour boire, pour se laver, etc., elle est relâchée dans le milieu. Alors, elle est relâchée, polluée, des fois, avec des médicaments, des choses comme ça. Mais il y a une très faible consommation par rapport au prélèvement.
Et il faut peut-être préciser, pour ceux qui nous regardent, parce qu'on a commencé à évoquer déjà la question des mégabassines, que c'est un ouvrage de stockage agricole de l'eau qui est rempli durant l'hiver, notamment en pompant dans les nappes phréatiques. Du coup, la question que j'ai envie de vous poser, c'est aujourd'hui, on est sur ce débat autour de l'eau. Est-ce que les pouvoirs publics doivent élaborer, mettre en œuvre des plans qui visent, en fait, à garantir un accès équitable à l'eau ? C'est ça, peut-être la question. C'est celle de l'égalité, notamment face à l'accès à l'eau.
Pour toutes et tous, c'est notamment ce sujet que posent aussi les mégabassines, notamment vis-à-vis de tous les agriculteurs, parce qu'il y a des agriculteurs qui ont plus de terre que d'autres, qui consomment plus d'eau que d'autres, etc., tout en préservant cette précieuse ressource.
En fait, l'enjeu, c'est de se dire qu'il y a une quantité d'eau qui, sur certains territoires, pas tous, mais sur certains territoires, a tendance à se réduire. Dans mon département, par exemple, les nappes ont beaucoup de mal à se remplir. Dans le Poitou, en général, c'est d'ailleurs pour ça qu'on veut faire ces fameuses retenues, ces mégabassines. Donc la question qu'il faut se poser, c'est à partir de l'eau qui est disponible, de l'eau renouvelable qui est disponible, donc l'eau qui peut se restituer sur le territoire, comment on la partage et qu'est-ce qu'on priorise ? La loi dit déjà que la priorité numéro un, c'est l'eau potable.
Donc déjà, le premier enjeu, c'est de s'assurer, c'est de faire, dans le fameux plan eau, il faut que le premier enjeu, ce soit de s'assurer que tous les habitants puissent avoir accès à l'eau potable. Ce qui n'a pas été le cas, par exemple, l'été dernier, il y a des endroits où il n'y avait plus d'eau potable en France. On est quand même des plus grandes puissances mondiales, même si on a tendance à descendre un peu. On était des fois, on n'a plus d'eau potable.
On a coupé le robinet.
Voilà, donc c'est quand même, moi, ça m'interroge. Le deuxième enjeu dans la loi, c'est l'eau pour les milieux. Il faut assez d'eau pour que le milieu naturel puisse survivre.
Pour les écosystèmes.
Pour les écosystèmes, voilà. Et en trois, c'est l'eau pour l'activité économique, dont l'agriculture.
Oui, parce que l'eau, en fait, est vraiment dans notre quotidien, on ne s'en rend pas compte, vous avez parlé d'agriculture, on a parlé d'énergie, pour produire de l'énergie, pour manger, pour s'alimenter, on a besoin d'eau. C'est vraiment une ressource de notre quotidien.
En fait, il y en a dans tout. Il y a l'eau qu'on boit, il y a l'eau qu'on mange. J'ai organisé une conférence, justement, pour la journée mondiale de l'eau, où il y avait des intervenants du monde entier, et notamment un Malien, qui faisait cette distinction. Il y a l'eau qu'on boit, il y a l'eau qu'on mange. Parce que déjà, il y a de l'eau dans les aliments qu'on consomme. Il y a de l'eau dans la viande, dans le poisson, dans tout le vivant, en fait. Donc, en fait, il y a de l'eau partout. Réfléchissez à une activité qui n'a pas besoin d'eau, c'est très difficile à trouver. Donc, maintenant, il faut qu'on fasse des priorités.
Et y compris pour l'agriculture, parce que dans un contexte de changement climatique, dans un contexte de sécheresse qui va durer plus longtemps, il y a peut-être des cultures que l'on n'irriguait pas aujourd'hui en France, que l'on aura besoin d'irriguer. Donc, il faut qu'on regarde les cultures que l'on veut prioriser. Est-ce que c'est les fruits, les légumes, l'élevage paysan, ou est-ce que c'est les grandes productions céréalières destinées à l'exportation ou à l'élevage industriel, à nourrir l'élevage industriel ? Il y a un moment où il va falloir qu'on se pose ces questions-là et qu'on accepte qu'il y a peut-être des cultures qu'on va devoir arrêter en France.
Alors, justement, on vit une sécheresse en France qui est inédite, historique. Mais l'enjeu, il n'est pas que français. L'enjeu, il est devenu mondial. Selon l'ONU, lors des 40 dernières années, l'utilisation de l'eau douce a augmenté de 1% par an. Environ 10% de la population mondiale vit dans un pays où le stress hydrique atteint un niveau élevé ou critique. Et selon le rapport du GIEC, qui vient d'être publié lundi, près de la moitié de la population mondiale subit de graves pénuries d'eau. Alors, on le voit, les instances internationales s'alarment. Le sujet s'impose même dans les institutions mondiales.
Écoutez les mots prononcés mardi 22 mars par Antonio Guterres, le secrétaire général de l'ONU, lors de ce sommet de l'eau.
L'accès à l'eau est un droit fondamental et un élément indispensable à la construction d'un avenir meilleur. Mais l'accès à l'eau est menacé à cause d'une surconsommation et d'une utilisation non durable. Une eau qui se tarie à cause du réchauffement climatique qui s'accompagne du dérèglement des cycles de l'eau, de la destruction des écosystèmes et la contamination des nappes phréatiques.
En fait, l'eau doit être considérée et gérée comme un bien commun et il faut absolument protéger ce bien des intérêts privés, de la recherche du profit.
C'est l'enjeu. C'est l'enjeu et je repense à l'exemple du Chili où l'eau est complètement privée, privatisée. Et on voit que les fleuves sont secs. Vraiment, ce n'est pas le marché qui va nous aider à réguler les usages de l'eau. Donc, il faut absolument que ce soit une gestion publique. Moi, je pense qu'il faut que ce soit une gestion publique ou communautaire. Il y a des propositions avec des gestions par bassin versant puisque c'est la bonne échelle pour parler d'eau. Mais enfin, une gestion communautaire, publique est dénuée de tout intérêt privé.
Et en fait, le problème des méga-bassines, encore une fois, c'est que c'est un accaparement de l'eau pour certaines activités au détriment des autres. Donc, on est vraiment dans une logique de privatisation.
Parce que certains grands groupes privés peuvent se faire beaucoup d'argent en s'accaparant l'eau.
Oui, c'est ce qui se passe à Vittel aussi.
C'est ça, ils privent du coup les populations locales.
Ils pompent sur des ressources pour mettre de l'eau dans des bouteilles en plastique. Avec toutes les pollutions que ça génère. Et ils ont réussi à presque tarir la source. Il y a un des deux prélèvements sur lesquels ils pompaient pour lesquels ils ont dû arrêter. Ils ont obtenu une interdiction de l'État parce qu'ils avaient trop pompé. Alors, ça reste relativement marginal en France. Mais il ne faut surtout pas aller vers une privatisation de l'eau. Tout comme il faudrait réfléchir à l'usage des terres qui pourraient être plus communs, communautaires. Et puis, il y a un certain nombre de ressources ou de biens. Ce ne sont pas les mots que je préfère, mais des communs.
Un certain nombre de communs qui ont en fait un... On en a besoin pour vivre et pour être en bonne santé. 70% de notre corps, c'est de l'eau. Donc, il y a un moment où il faut qu'on arrête de faire comme si c'était juste un truc qui s'achète et qui se vend. Ce n'est pas possible. Parce qu'en fait, notre survie et la survie de tout le vivant dépendent de l'eau. C'est ça qu'il faut avoir en tête.
C'est vraiment un enjeu social. On parlait du Chili. Vous parliez du Chili. On peut penser aussi à la Bolivie. Il y a beaucoup de pays. On le voit, la question en fait, elle se pose aussi en termes de classe sociale. Parce que ce n'est pas toutes les populations. C'est notamment les populations autochtones qui n'ont plus accès à l'eau, etc. C'est vrai qu'en préparant cette interview, j'ai pensé à cette citation assez connue de Thomas Ankara, le président du Burkina Faso, qui a été assassiné depuis, mais qui avait cette formule célèbre. Il faut choisir entre le champagne pour quelques-uns et l'eau potable pour tous.
C'est vraiment ça, en fait, finalement, qui est en train de se jouer aujourd'hui ?
Oui. Le problème, c'est que bientôt, si on continue comme ça, on va devoir choisir s'il y a de l'eau potable pour quelques-uns aussi. Parce qu'aujourd'hui, on n'est pas sur une trajectoire de l'eau potable pour tous. Et c'est ça qui est inquiétant.
Alors, en France, près de 20 départements sont déjà en vigilance, alors que le printemps ne fait que commencer. D'après le Bureau des recherches géologiques et minières, quelque 80% des nappes souterraines de métropole étaient à des niveaux inférieurs à la normale en février, contre moins de 50% en février 2022. Du coup, le sujet s'impose vraiment. Et il s'impose, d'autant plus, qu'il y a cette lutte dont vous avez commencé à parler, qui fait de plus en plus parler d'elle, une lutte dans laquelle vous êtes engagé, la lutte contre les méga-bassines dans les prochaines grandes dates de mobilisation, les 25 et 26 mars, dans Poitou. Vous y serez. Et l'enjeu, c'est celui-là, en fait.
C'est vraiment la question de l'accaparement de l'eau. C'est notamment notre rapport à l'agriculture. Vous en parliez. En fait, tout ça, ça pose des questions structurelles aussi, d'un point de vue économique, sur la façon dont fonctionne aussi notre société.
En fait, la question, c'est comment on veut vivre. Là, c'est à court terme, on veut lutter contre l'accaparement de l'eau, là, dans le Poitou. Mais si les projets se réalisent, on sait qu'ils se seront multipliés. On sait que ça va être une proposition qui va être pérennisée d'autres endroits de la France. Et puis, au-delà de ça, c'est vraiment ces méga-bassines, c'est poursuivre dans des logiques d'agriculture industrielle productiviste qui sont néfastes pour les populations, qui sont néfastes pour les écosystèmes, pour tout le vivant, qui rendent les gens malades. Donc, c'est tout un système, en fait. Et la question sous-jacente, c'est est-ce qu'on veut continuer à vivre comme ça ?
Est-ce qu'on veut continuer à manger des aliments de mauvaise qualité qui nous rendent malades ? Est-ce que le but, c'est d'avoir tout en grande quantité, toujours moins cher, mais de faible qualité ? Ou est-ce qu'on s'organise autrement ? Et là, on est un tournant, en fait. Les questions environnementales, c'est toujours comme ça. C'est très transversal. Et ça interroge nos modes de vie, la façon dont on fait société. Ça va beaucoup plus loin que simplement protéger la planète ou protéger l'eau. C'est vraiment le projet de société que l'on veut porter.
Et aussi entre agriculteurs, parce qu'on voit que tous les agriculteurs ne sont pas favorables à ces projets. Il y a même la Confédération Paysanne, par exemple, qui est très investie dans la mobilisation contre les méga-bassines. On a dit tout à l'heure qu'il existait aujourd'hui un mouvement, celui des méga-bassines, un mouvement aussi d'accaparement, de privatisation de l'eau partout dans le monde, pas juste en France, mais c'est aussi la naissance de rivalités pour s'accaparer l'eau, notamment entre gros et petits agriculteurs, pour le dire simplement.
Alors, oui, ce qui est intéressant, c'est que là, il y a même des agriculteurs irrigants conventionnels qui ne sont pas favorables aux méga-bassines parce que ça risque de les priver, eux, d'accès à l'eau. Parce qu'il faut adhérer à une coopérative de l'eau. Il y a un système qui se met autour de ça. Et le prétexte, c'est de dire oui, mais on va libérer des droits, des droits de pompage ou des droits d'eau. Oui, donc ça attise vraiment les rivalités entre les potants. Donc, il y a des rivalités entre exploitants et puis il y a aussi des rivalités entre modèles agricoles.
Parce que vous citiez la Confédération paysanne et ce qui est intéressant, c'est justement que la Confédération paysanne porte un projet politique pour l'agriculture. D'ailleurs, ils n'utilisent pas trop le mot d'agriculture. Ils parlent des paysans. Ils ne sont pas agriculteurs, ils sont paysans. Donc, ils portent vraiment un projet politique qui va avec un autre projet de société. Donc, on voit que c'est des projets de société qui s'affrontent ou qui s'opposent. Après, ce n'est pas nouveau. Enfin, tous les agriculteurs ou les paysans non conventionnels sont très embêtés.
On a notre ami, l'eurodéputé, Benoît Biteau, qui est agriculteur, qui est paysan en agriculture biologique et qui, en plus, militant. Voilà, ça fait des années et des années qu'il lutte. D'ailleurs, c'est un des historiques de la lutte contre les mégabassines. Il s'est fait polluer ses cultures, envoyer des bidons d'essence dans sa cour, tirer dessus. Donc, en fait, c'est ça. Les paysans qui montrent qu'on peut faire autrement, c'est ça qu'ils vivent. Et ceux qui le montrent, vraiment, qui ne se contentent pas de faire leur truc dans leur coin en disant, moi, je ne vous embête pas.
J'ai un autre exemple plus anecdotique, parce qu'on pourrait se dire, Benoît Biteau, c'est un homme politique, il est très exposé. J'ai mon vendeur de fromage de chèvre qui est agriculteur biologique, qui est dans le Poitou, je ne vais pas te dire plus précisément, mais qui s'est fait menacer par des agriculteurs irrigants de se faire rouler sur ses chèvres avec leurs énormes tracteurs, parce que ça les embête d'avoir... Il prédisait sa chute dès qu'il s'est installé. En fait, ça fait 20 ans qu'il fait ça, aux 25 ans, et ça marche. Et ça les embête que des paysans montrent qu'en fait, on peut faire autrement. Parce qu'eux, ils sont coincés dans un système.
Moi, je n'en veux pas aux agriculteurs, j'en veux aux syndicats de la FNESFA qui tient tout ça. J'en veux aux ministres de l'agriculture qui se succèdent, qui maintiennent ce système agricole, industriel. Et il y a plein d'agriculteurs qui sont coincés, qui sont coincés par des emprunts, qui sont coincés par... Ils ont dû s'agrandir, ils ont dû s'équiper plus,
C'est aussi le modèle de la PAC.
C'est le modèle de la PAC. C'est le modèle de la PAC et c'est la manière dont on décline la PAC en France. Parce qu'on pourrait être plus vertueux dans notre plan national stratégique qui est en fait la déclinaison nationale de la PAC. nous, on ne fait pas de zèle. On va plutôt vers l'agrandissement des exploitations, la surmécanisation, l'industrialisation, etc.
Mais pourtant, on pourrait se dire qu'ils sont un peu en train de se tirer une balle dans le pied. Tout ça, ce n'est pas durable. Puisque si on épuise les sous-sols, si on épuise les nappes phréatiques, à terme, eux non plus ne pourront plus exploiter.
Mais c'est ça qui est assez incompréhensible. Il y a même des philosophes sociologues qui ont parlé de génocide paysan. Ils se tuent, ils meurent, les agriculteurs. Alors, on parle tout le temps des suicides d'agriculteurs et comme si c'était la faute des écolos et de l'agribashing. Mais en fait, ils se tuent parce qu'ils sont coincés. Je ne sais pas si vous avez vu le film « Au nom de la terre », c'était justement l'histoire d'un agriculteur dans le Poitou. Une histoire vraie, c'est son fils qui est réalisateur qui montre, ça montre bien les mécaniques comment il a dû s'agrandir, se mécaniser, s'endetter et pour rembourser ses dettes, s'agrandir encore plus, etc.
Et il s'est retrouvé coincé. Coincé. Ils ne peuvent plus rien faire.
Ils sont dans une spirale infernale et ils sont coincés.
Et voilà. Et on les maintient là-dedans. Et après, on dit, regardez, c'est les contraintes environnementales, c'est les écolos, c'est machin. Enfin, en ce moment, c'est ça. Après, à un moment, il y avait d'autres coupables, mais c'est tout ça qui les tue. J'ai un autre exemple. Juste à côté de la Rochelle, dans la vallée de Nice, c'est dans ma région aussi, il y a un fort taux de cancer pédiatrique. Et on sait que c'est à cause des pesticides. Et on ne sort pas des pesticides. Pourquoi on ne sort pas des pesticides alors qu'il y a des enfants qui meurent ? Enfin, c'est quand même incroyable. Aujourd'hui, c'est ça ce qui se passe.
Et c'est aussi parce que les pesticides sont très liés au modèle de la monoculture, très liés au modèle de l'agriculture industrielle.
Mais on ne sait plus faire autrement. On ne sait plus faire autrement. Et les agriculteurs se coincent et se maintiennent dans ce système qui les a coincés. Eux aussi, ils sont malades. Parce qu'on dit qu'ils se suicident, mais ils meurent aussi de cancer dû aux pesticides et tout ça. C'est un peu tabou, mais pas tous. Il y en a qui s'en sortent et il y en a qui vivent bien. Et c'est les agriculteurs qui vivent bien de l'agriculture industrielle qui maintiennent un peu tous les autres dans ce système. Parce que ça les sert.
Alors, ce 25 mars doit être une date importante, cruciale. On s'attend vraiment à une très importante mobilisation. Vous, vous y serez. Je pense que j'ai l'impression que vous serez nombreux du côté des élus, notamment. Parce que justement, cette date, c'est un peu la dernière chance. C'est un moment important, clé. Alors qu'on est déjà au début du printemps qu'on approche l'été et qu'on est en train de vivre une sécheresse catastrophique.
En fait, il ne faut pas que ça se poursuive. Il ne faut pas que les travaux se poursuivent. Il faut qu'on arrête avec ces méga-bassines. Parce que si ça continue dans les Deux-Sèvres, après, le département suivant, c'est le mien, c'est la Vienne, où il y a un projet de 30 méga-bassines. Et aujourd'hui, on a une étude qui dit qu'on ne pourra pas faire les 30. Ce n'est pas une étude qui prévoit un futur à plus 4 degrés, comme on n'arrête pas d'en parler le ministre Béchut. C'est une étude qui dit... Oui, parce que les méga-bassines sont présentées comme des solutions d'adaptation.
Et dans la Vienne, on a une étude qui dit sur le bassin du Clun, c'est l'un des cours d'eau de la Vienne, sur le bassin du Clun, on ne pourra pas faire les 30 méga-bassines prévues. Déjà aujourd'hui, vu la situation hydrique à l'instant T, c'est physiquement pas possible. Et on a un président de département, on a un préfet qui dise oui, mais on ne peut pas prendre en compte que les questions environnementales, il faut aussi prendre en compte le développement économique. Et en fait, on a Jean-Plein délire. La question environnementale, c'est qu'il y a un moment, il faut qu'il reste de l'eau. Parce que l'eau, c'est ça qui nous permet de vivre.
Et eux, ils disent oui, mais développement économique. Ils sont complètement déconnectés. Donc si ça ne s'arrête pas dans les Deux-Sèvres, après ça sera dans la Vienne et après ça sera partout. Et on va se retrouver dans les mêmes logiques qu'en Espagne. Encore qu'en Espagne, c'est une gestion publique. Là, on n'est pas sur une gestion publique sur le modèle français. On est sur une gestion agricole, des coopératives. En plus, c'est ça la différence. Mais on risque de se retrouver avec un accaparement de l'eau par des intérêts en plus privés et puis qui accélérerait la dégradation des écosystèmes, la désertification, l'assèchement des sols, etc.
Avec toutes les conséquences dramatiques que ça aura.
On a vu aussi que c'était un mouvement qui a subi une intense répression lors des précédentes journées de mobilisation. On a l'impression que le gouvernement, il se crispe vraiment sur cette question, celle des méga-vaccines. En tout cas, à ce sujet, il ne veut rien lâcher. Qu'est-ce qui se passe exactement ? Comment ça se fait qu'on est dans un moment où le ministre de la Transition écologique nous parle de sécheresse, de crise de l'eau, etc. Et où même le président de la République s'empare du sujet lui-même, mais n'arrive pas à lâcher une miette au mouvement social, au mouvement écologiste, sur cette question spécifiquement ?
Je crois que... C'est vrai que c'est dur à comprendre. Je pense qu'ils sont d'une part convaincus que c'est une solution d'adaptation et d'autre part, ils répondent aux pressions du lobby agricole. En France, le lobby agricole, et le lobby agricole, ce n'est pas les agriculteurs, encore une fois, le lobby agricole, c'est la FNSEA, le syndicat majoritaire. Il est vraiment extrêmement puissant. C'est la FNSEA et puis l'industrie agroalimentaire qui va derrière. avec souvent des gens qui ont un pied d'enchaque, c'est un nid de conflits d'intérêts. C'est assez incroyable.
Et je pense qu'ils ont une vraie grosse puissance et que, eux, c'est dans leur intérêt de continuer à maintenir ce type d'agriculture. Et ils ont un accès direct aux ministres, etc. Donc, je pense qu'il y a ça. Il y a le fait de se dire ça peut marcher. On l'a fait dans d'autres pays. Ça peut marcher. Et puis, sauver ce modèle industriel qui rapporte de l'argent à quelques personnes. Et puis, il y a l'industrie en elle-même qui a quand même un pouvoir considérable sur nos gouvernants.
D'ailleurs, je parlais de répression, mais vous-même, vous avez été confronté à la gendarmerie lors d'une grande mobilisation en novembre. Vous aviez porté plainte à l'époque. S'en est où ?
Alors, l'inspection générale de la gendarmerie nationale a rendu son avis. A classé sans suite. Et son communiqué dit... Donc, a classé sans suite il y a une semaine. Je pense qu'il voulait le faire absolument avant la nouvelle mobilisation. Et le communiqué dit que je me suis avancée les mains en l'air en signalant que j'étais députée. J'ai été repoussée à six reprises par des boucliers, puis frappée à deux reprises, puis éloignée par des gaz lacrymogènes. Et il conclut, l'usage de la force était proportionné. Donc, c'est assez... Ce n'est pas étonnant. Mais moi, je trouve ça intéressant parce qu'ils reconnaissent que j'ai subi des violences.
Ils considèrent que frapper une personne qui a... Certes, je n'ai pas reculé aux sommations. Ils citent que je n'ai pas reculé aux sommations. Mais ils considèrent que frapper sur une personne qui n'a pas reculé aux sommations et qui était seule, et qui était non armée, et qui avait les bras en l'air, c'est proportionné. On s'interroge sur la manière dont on maintient l'ordre en France, encore une fois.
C'est vrai qu'on voit tous les dispositifs. On ne peut que penser à cette formule qu'on entend beaucoup en ce moment. On parle de guerre de l'eau. Est-ce que c'est une guerre de l'eau ? Y a-t-il une vraie guerre de l'eau aujourd'hui en France ?
Aujourd'hui, c'est une guerre de l'eau. Ce qu'on vit dans le Poitou, c'est une guerre de l'eau. On est dans une situation... Ça s'est très tendu hier et aujourd'hui. On a le... Je crois que c'est le président. Je l'ai vu juste avant de venir en plateau. Je n'ai pas complètement vérifié l'information, mais le président de Nature Environnement 17, Charente-Maritime, où il y a eu les premières méga-bassines de Poitou-Charente, a subi des intimidations et des dégradations de son domicile, là, à l'instant, en vue de la mobilisation et des collages menaçants.
C'est curieux, d'ailleurs, parce qu'on n'en parle pas quand c'est des militants écologistes, quand c'est des députés de Renaissance qui se font coller des autocollants sur la vitrine. C'est un scandale. Mais là, c'est à son domicile, cette personne qui est un militant écologiste a subi des intimidations. Et puis hier, les agriculteurs ont débarqué dans la cour d'un autre militant historique pour décharger du fumier, dégrader son domicile et l'intimider en vue de la manifestation. Et puis, il y a eu des tags, je ne sais pas si c'était hier ou aujourd'hui, des tags insultants envers Julien Leguay, qui est le porte-parole de Bassine-en-Mercy. Donc tout ça, on sait que ce sont des agriculteurs.
Ils ne le font pas de manière cachée. et on n'en entend pas du tout parler. Donc ça risque de se tendre, mais ça montre que oui, il y a déjà une guerre pour l'eau puisqu'on a des militants écologistes face à des agriculteurs qui en viennent à ce niveau de tension et d'intimidation.
D'ailleurs, pour conclure, on va peut-être s'arrêter là-dessus, mais en élargissant, pas juste à la question de l'eau, mais on voit aujourd'hui l'état de nos écosystèmes, l'état du climat, l'état de biodiversité, etc. On a un petit peu l'impression que ça craque partout. On lit le rapport du GIEC. On le constate. Il y a ces sécheresses, mais il y a aussi tout un tas de pénuries. Les écosystèmes s'effondrent. On se sent vraiment assaillis de toutes parts. C'est compliqué de faire face.
C'est un peu compliqué, mais il faut garder espoir. En fait, moi, ce qui m'inquiète le plus, c'est qu'il y a une absence de prise de conscience qui est effarante de notre ministre de l'Environnement, par exemple, qui dit très tranquillement qu'on va s'adapter à un monde à plus 4 degrés. Et dans la synthèse du rapport du GIEC, c'est écrit sur un monde à plus 4 degrés, ça serait des sécheresses extrêmes très fréquentes et une régression du développement humain. Ça veut dire ça, être à plus 4 degrés. Et eux, tranquillement, on ne va pas faire des efforts d'atténuation, on va plutôt s'adapter à plus 4 degrés. C'est inconscient. C'est suicidaire.
Ils nous mènent dans le mur tranquillement et ils ne s'en rendent pas compte ou ils s'en fichent. Je ne sais pas. Ou c'est cynique. Mais gardons espoir.
Gardons espoir. Je vous remercie, Lisa Bellucot. Je le rappelle, vous irez samedi 25 mars dans le Poitou, manifester contre les méga-bassines.