Soignants non vaccinés, chlordécone : les vérités d'Olivier Serva, député de Guadeloupe
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Rappelez-vous du 24 novembre dernier, les débats parlementaires étaient touleux, les députés insoumis déploraient l'obstruction parlementaire orchestrée par la droite et le RN lors de leur niche parlementaire. Ils accusaient également la majorité d'avoir déposé des amendements bidons en grand nombre pour ralentir l'examen de la proposition de loi visant à intégrer les soignants non vaccinés contre le Covid-19 et rallongeant ainsi la séance au bout de la nuit. Une manœuvre qui a eu le don d'agacer Olivier Servat, député Liberté indépendant Outre-mer et territoire de la première circonscription de Guadeloupe.
Vous êtes content d'avoir pu trouver une petite mesquinerie obstructive pour ne pas laisser une niche aller jusqu'au bout. Tu vas la fermer.
La proposition de loi visant à réintégrer les soignants non vaccinés contre le Covid-19 sera finalement reprise par le RN. Le parti d'extrême droite a présenté hier à la presse le contenu de sa future niche parlementaire du 12 janvier en reprenant telle qu'elle la proposition de la députée de la France insoumise Caroline Fiat. Nouveau rebondissement après une journée à assumer dans les couloirs de l'Assemblée nationale d'accepter le temps de parole offert par l'extrême droite. Les insoumis ont fait marche arrière face aux critiques. Le groupe LFI a annoncé ce mercredi matin retirer la proposition de loi de Fiat. Ce texte ne sera donc pas intégré à la niche RN.
On en discute avec Olivier Servat, député Liberté indépendant entre mer et territoire de la première circonscription de Guadeloupe. Bonsoir Olivier Servat.
Bonsoir.
Merci d'avoir accepté notre invitation. Alors avant de discuter de cette proposition de loi qui vise à réintégrer le personnel soignant non vacciné sous réserve de la présentation quotidienne d'un test de dépistage du Covid-19 négatif en cours de validité. C'est une proposition que vous défendiez et que vous défendez toujours. J'aimerais qu'on revienne très rapidement sur vos propos qui ont provoqué la suspension de séances. Alors vous ne les regrettez pas. C'est ce que vous avez dit au micro d'un confrère avant d'ajouter, je cite, qu'il traduise la souffrance d'un peuple. La Guadeloupe, la Martinique, la Guyane. De quelle souffrance parlez-vous ?
Voilà. Merci de votre invitation. Je vous en prie. En réalité, on nous dit qu'il y a 0,5, 2% de personnel soignant suspendu et que ce pourcentage étant très faible, ça n'a aucune incidence. Mais ils ne se rendent pas compte de deux choses. En Outre-mer, Atlantique, Guadeloupe, Martinique, Guyane, ce sont des hommes et des femmes. 1500 pères et mères de famille, frères et sœurs qui ont des familles, qui ont des enfants. Je les rencontre pour passer chez moi. Je passe devant le bic de grève. Et ces personnes-là, depuis plus d'un an, n'ont pas de salaire. C'est-à-dire n'ont pas de revenu. Elles ont un métier, elles ont un travail.
Elles ont été applaudies à 20 heures et pendant des mois, elles ont œuvré sans masque, sans gants, sans tests, sans vaccins. La France, aujourd'hui, est isolée au niveau européen. Il n'y a guère qu'elle et un autre pays européen qui persiste dans cette voie. Tous les autres pays ont réintégré leurs soignants suspendus. Tous, sauf la France. En réalité, ce sont des hommes et des femmes qui ont un travail, un métier, et qui doivent nourrir leur famille aujourd'hui, qui sont démunis. Donc je ne peux pas supporter qu'on puisse dire que c'est un faible pourcentage.
J'ai l'impression que ces gens-là sont devenus inhumains, qu'ils ont fait de la politique pour traiter de la cité et des hommes et des femmes, qui ont le droit de traiter de leurs souffrances. Et quand, aujourd'hui, ils ont un métier, ils veulent travailler, ils ne demandent qu'à travailler, qu'en dehors de la France, ça s'est réglé, je souhaite que ça puisse être réalisé. D'autant plus qu'en Guadeloupe, Martinique, Guyane, nous avons ce qu'on appelle des déserts médicaux. On manque de bras, de mains, de soignants aux cheveux du malade. On en manque. Par exemple, je vais vous prendre un exemple très concret.
Nous avons un maître au CHU de la Guadeloupe, cardiologue, Mme Monnet-Edreville, qui est suspendue. Aujourd'hui, pour prendre un rendez-vous chez un cardiologue, c'est dix mois. Alors, j'ai, dans ma circonscription, une grand-mère qui est décédée il y a quelques semaines parce qu'elle devait se faire poser un pacemaker et qu'elle n'a pas pu se le faire poser. Voilà la réalité des choses. Et donc, tous et toutes celles qui disent que ça n'a pas d'incidence sont, un, dans l'erreur, deux, inhumains, et trois, ne font plus de la politique de façon sensée. On traite de l'humain, on ne traite pas des chiffres et des statistiques.
Donc voilà, c'était un cri, un réflexe verbal qui traduisait la souffrance d'une population d'un peuple.
Un peuple qui, on se souvient, il y a un an, manifestait en particulier en Guadeloupe et en Martinique. Il répondait à un appel à la grève pour protester contre l'obligation vaccinale des soignants et le pass sanitaire. Et le 9 avril dernier, un jour de l'élection présidentielle, il y avait également des manifestations en Guadeloupe pour exiger la réintégration des soignants suspendus. On a vraiment l'impression que c'est une revendication plus spécifique au territoire ultramarin ?
Oui, ce que le gouvernement n'a pas compris pour les Outre-mer, ou fin de ne pas comprendre. Il se trouve qu'en Outre-mer Atlantique, ce n'est pas le cas trop à la Réunion ou dans le Pacifique, c'est un autre sujet. Mais Guadeloupe, Martinique, Guyane, grosso modo, un million de personnes. Vous n'avez que 40% de la population qui est vaccinée. Et quand, en juillet 2021, le président de la République dit « Je demande le pass sanitaire », je leur dis à ce moment-là, j'étais encore à la République en marche, que ce n'est pas possible dans notre Outre-mer, nous ne sommes qu'à 20% de vaccinés. Donc ça ne peut pas fonctionner alors que nous avions 55% de vaccinés en France à ce moment-là.
Il faut comme s'ils ne comprennent pas. Je leur dis attention, il y aura des tensions. Nous sommes en juillet 2021. Résultat des courses, vous l'avez cité vous-même, en novembre-décembre 2021, la Guadeloupe, la Martinique sont à feu et à sang. Encore de la souffrance, encore de la douleur, encore du mépris d'une population. Pourquoi ces personnes-là ne sont-elles pas vaccinées ? On pourrait disserter pendant des heures, on ne tomberait pas d'accord. Le fait est que ce sont des Français qui ne sont pas vaccinés et qu'on ne peut pas traiter cette situation en Outre-mer Atlantique comme dans l'Hexagone.
Et donc, il eut fallu trouver des solutions intelligentes, adaptées, tout en protégeant la sécurité. Vous venez de citer la loi réintégration des soignants. Nos adversaires politiques de la minorité, parce qu'ils sont minoritaires, disent « Ah oui, mais ces gens-là sont contre le vaccin ». C'est faux, c'est de la mauvaise foi et ils sont hors sujet. On n'a jamais remis en cause le vaccin de Pasteur. On n'a jamais mis en cause les bienfaits de la vaccination. Il ne s'agit pas de ça. Il s'agit de réintégrer des hommes et des femmes avec, article 2, un protocole sanitaire strict, test PCR ou antigénique toutes les 24 heures. Et donc, moi, je pose la question à qui veut l'entendre.
Préférez-vous, vous qui allez à l'hôpital, être soigné par un vacciné qui n'est pas testé, donc qui est peut-être porteur du Covid, ou un non-vacciné qui est testé et vous êtes sûr qu'il n'a pas le Covid ? La réponse sanitaire est évidente. Il vaut mieux avoir quelqu'un qui est testé négatif. Et donc, aujourd'hui, il feigne de se cacher mesquinement derrière la Haute Autorité de Santé, alors même que la Haute Autorité de Santé a dit que ce protocole sanitaire visait à sécuriser les personnes et que ce n'est pas la Haute Autorité de Santé. Donc, ce n'est pas une décision médicale, la suspension des soignants. C'est une décision politique. Donc, la réintégration doit être politique.
Et donc, on ne peut pas accepter ce déni de démocratie.
Est-ce que vous regrettez que les Insoumis aient fait marche arrière et retiré la proposition de loi qui aurait pu être de nouveau examinée dans le cadre de la niche parlementaire de RN ? Est-ce que vous pensez qu'il fallait reculer ?
Pour ma part, je regrette ce recul. Je vous le dis très simplement. Bien évidemment, et je le dis aussi avec une grosse force, je combattrai de façon brutale toute ma vie les idées racistes et xénophobes que pourrait véhiculer un parti, y compris le Rassemblement National. Ça, c'est très clair. D'ailleurs, j'incarne, je crois, cette lutte, quand vous me regardez. Simplement, il ne s'agit pas de confondre les combats et de mélanger les combats. Il se trouve que ces personnes, députés, ont été élues par une population. On ne peut pas la mépriser. En Guadeloupe, c'est 70% au deuxième tour. Sûrement un vote de rejet, mais bref, il y a des gens qui ont voté.
Donc, ce sont des citoyens qui ont voté. On a un combat aujourd'hui sur la réintégration des soignants. Sans eux, sans tous les députés, Rassemblement National, Républicain, Liottes, Libertaires, Dépendants, Trouméens, Territoires, et la France Insoumise, on ne peut pas faire passer ce texte. Donc, on ne peut pas faire comme si on n'a pas besoin du vote de ces députés et se passer le nez quand il s'agit de défendre quelque chose qui est au-delà, au-delà des guerres de partis politiques. Donc, je le regrette très clairement.
Alors, les troupes de Jean-Luc Mélenchon à l'Assemblée Nationale estiment que les soignants suspendus n'ont pas vocation à servir les coups de communication du Rassemblement National. Ils ont annoncé une nouvelle proposition de loi co-signée avec les députés ultramarins de tous les groupes politiques qui le souhaitent. Est-ce qu'il n'est pas mieux finalement d'attendre qu'une nouvelle proposition de loi soit déposée au lieu de s'associer peut-être à des députés du RN et risquer les critiques qui existent aujourd'hui ?
Pour ma part, je le répète. Attendre, je suis en train de penser à quand je vais rentrer chez moi, de mon bureau à chez moi, je vais croiser les soignants suspendus. Et je vais leur dire donc, on va attendre quand il y aura une niche, par exemple, l'IOT en juin, ça fait six mois de plus, ces gens-là ne se rendent pas compte que chaque jour, il faut qu'ils puissent manger et s'en toucher. Et je vais vous dire, le fond de ma pensée, je trouve que les gens de la NUPES se font un petit peu enfumés par le gouvernement.
Quand le gouvernement dit, vous voyez, vous vous associez au voie du RN, ils tombent dans le panneau gros comme le monde en disant, vous voyez, vous vous associez au voie du RN, donc ils tombent dans le panneau, ils reculent pour ne pas finalement mettre en difficulté cette majorité minoritaire qui est Renaissance, qu'on aurait pu mettre à mal lorsqu'on aurait pu présenter ce texte en janvier. Donc, je ne peux pas entendre qu'il faille attendre, parce que derrière, je le répète, il y a de la souffrance d'hommes et de femmes. Et ça, c'est au-dessus de querelles politiciennes.
Alors, ils estiment qu'ils reculent pour ne pas compromettre leur valeur. Alors, est-ce que c'est quelque chose qu'on peut entendre par rapport au principe que Défense est la NUPES, le fait de pouvoir s'associer à l'extrême droite ? Ça serait dans le cadre, je ne sais pas moi, de discussions d'autres lois, ça pourrait leur préjudicier. Est-ce que c'est un argument qui est valable, même si on comprend bien la souffrance de ces soignants qui ne sont pas réintégrés ?
J'entends leur problématique, je ne la partage vraiment pas, très sincèrement, parce que chaque combat suffit à sa peine. Aujourd'hui, il ne s'agit pas de dire qu'on va, je dirais, transiger avec les thèses racistes et xénophobes du RN. Il ne s'agit pas de ça. On les combattra si d'aventure, elles arrivent au goût du jour. Il s'agit de savoir si on est d'accord sur la réintégration des soignants avec le test PCR tous les jours. C'est ça, la question. Et d'ailleurs, je rappelle qu'on ne peut pas vouloir les votes de personne et en même temps, en disant qu'on ne veut pas s'associer. C'est un petit peu, comment dirais-je, ça manque de clarté.
Est-ce qu'on vous reproche d'être la caution des antivax ? Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui vont faire cette critique ?
Je leur dis qu'ils sont hors sujet, que je suis moi-même vacciné et que je n'ai jamais remis en cause de vaccin et que c'est mesquin, je le répète, c'est l'argument principal des gens de Renaissance. Ah, mais vous êtes antivax, vous vous remettez en cause de vaccin. Mais on ne parle pas de vaccination. On parle de réintégration de soignants et on parle de tests PCR tous les jours. Donc, on n'est pas contre le vaccin. Il ne s'agit pas de cette question-là. Et le vaccin a fait des bienfaits. Et d'ailleurs, c'est l'occasion pour moi de saluer tous les personnels soignants vaccinés qui tiennent à bout de bras le système de santé, y compris en Guadeloupe, en Martinique, en Guyane, en Hexagone.
Ils font le job et il faut leur rendre gré de ça. Mais n'empêche qu'ils ont des collègues qui sont suspendus. La suspension, ça n'est pas un État de fonctionnaire. Je veux dire, suspendu, ça n'a pas vocation à perdurer. Donc, réintégrons-le, faisons preuve d'humanité, faisons preuve de pragmatisme, faisons preuve aussi, abaissons l'orgueil, là, les gens de Renaissance ou du gouvernement qui en font une question de principe et qui ont oublié pourquoi ils font de la politique.
D'ailleurs, ils collaborent eux-mêmes avec des députés du RN quand il s'agit d'enjeux qui les préoccupent. Alors, il y a une date très importante que vous connaissez, M. le député. C'était le 17 janvier 2022. Oni, Lilo, Zébriste, Bébé, Buana, Samuel et Didier avaient été arrêtés par le RAID et le GIGN parce que c'est bon de rappeler que la réponse de Gérald Darmanin lors de ses manifestations en Guadeloupe, en Martinique, en novembre et décembre dernier, se sont soldés par l'envoi de police d'élite pour faire reculer ces manifestations.
Alors, ces grands frères, comme on les appelle, ont été arrêtés suite à des exactions et des violences commises durant cette période en marge des manifestations sociales anti-obligations vaccinales dont nous avons longuement parlé ici aux médias. Alors, ces sept hommes sont aujourd'hui encore en détention provisoire. Ils ont été mis en examen pour association de malfaiteurs en vue de commettre crimes et délits en bandes organisées et extorsions de fonds à l'encontre d'élus locaux et de responsables ou propriétaires de grandes enseignes commerciales. D'autres, d'ailleurs, aussi ont été incarcérés depuis.
Et Karine Duménil, qui est la sœur de Buana, nous l'avions reçue ici à une question pour vous, monsieur le député.
Bonjour, monsieur le député Servin. J'ai une question pour vous concernant la situation des grands frères en Guadeloupe. J'aimerais savoir si, en tant que député, vous pensez qu'il y a une justice à débuter, est-ce que les lois sont appliquées différemment en Outre-mer, qu'il y a un traitement de faveur, un traitement différencié par nous au sein de la République ? Il y a la question qu'on se pose concernant la justice, parce que d'un côté, on a le clore des cônes où rien n'a avancé, on va vers un milieu. De l'autre côté, on a maintenant plus d'une dizaine de personnes inculpées dans l'affaire des grands frères, et pourtant, eux ont été incarcérés après les 96 heures de garde à vue.
On n'a pas l'impression de vivre dans la même République. Donc, est-ce qu'on vit en Outre-mer dans une République bananière ou dans une République démocratique ? Est-ce que pour vous, en tant que député, c'est facile de gérer ces distorsions juridiques et démocratiques, pour le coup ? Merci.
Je salue le courage de ces familles. La famille de Bois-Nord, on pourrait penser à la famille de Nile aussi, Jessica, Bébé, qui est quelqu'un que je connais très bien, je veux dire un ami, Lilo, Zébriste et tous les autres que je pourrais connaître. Je vais dire plusieurs choses sur ça. Premièrement, je condamne fermement toute violence qui vise à atteindre les biens des personnes. Et donc, si quelqu'un s'est rendu coupable de ce type de violence, il doit être condamné. Ça, c'est très clair. Deuxième chose, je suis député. Il y a une séparation stricte entre les pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires. Donc, je n'ai pas à me mêler d'affaires judiciaires.
Par contre, ce que je dis aussi, c'est que ces personnes dites grands frères qui sont aujourd'hui incarcérés et mis en examen, nous, responsables politiques, lorsque nous étions en fin novembre, début décembre, dans le chaud, dans le dur, où on s'est rendu compte d'une chose, qu'il y avait des républiques, des barrages sur les différents ronds-points, en Guadeloupe, à Perrin, à Bouliqui, à Sainte-Rose, à Petit-Bourg, notamment, à Bastère. On s'est rendu compte que les syndicats n'avaient plus la main. En général, les interlocuteurs sur des barrages, c'est des personnes qui font des barrages, on discute avec elles pour voir comment on peut lever.
Nous avions compris qu'à ce moment-là, en dehors des syndicats, il y avait des jeunes qui revendiquaient des choses spécifiques. Et nous avons essayé, y compris moi, avec le président Chalus notamment, tenter de rencontrer, nous avons rencontré ces jeunes. J'ai eu à appeler, par exemple, Bébé, O'Neill, Zébriste, Lilo, etc., pour leur dire, bon, écoutez, visiblement, vous êtes des leaders, vous connaissez les jeunes, essayons de réfléchir ensemble à comment on peut trouver des solutions pour apaiser, et que demandez-vous ? D'ailleurs, on a fait plusieurs réunions, notamment une avec le président Chalus, où on a rencontré tous ces jeunes, et nous ont donné des idées intéressantes.
Par exemple, je vous en donne une, des ambassadeurs de rue. Ils nous disent qu'il y a pléthore de dispositifs à l'attention des jeunes, mais en fait, les jeunes ne s'en rendent pas compte, ils ne sont pas au courant, parce qu'ils sont désœuvrés, parce qu'ils sont découragés, donc il faudrait avoir des gens qui aillent vers ces personnes-là, sur les blocs, dans les quartiers, pour leur expliquer des dispositifs. Et d'ailleurs, ça a été mis en œuvre, et ça a été d'ailleurs envoyé au président de la République, parce que nous, élus, nous travaillions sur ça.
Donc, ce que je réponds à la sœur de Boana, Karine, c'est déjà courage en tant que famille, et que j'espère que la justice de mon pays est une justice impartiale, et qu'elle fera le tri entre le bon grain et l'ivraie, et que ces personnes, dans la mesure où elles n'ont rien fait, seront une en santé libérée, parce que ça fait longtemps maintenant que celles-ci sont éloignées de leur famille, éloignées de leur travail, éloignées de leur liberté, et ça, ça fait mal.
Alors, Olivier Servard, on va parler maintenant d'un autre sujet très sensible, c'est le scandale sanitaire de la chlordécone, qui est un pesticide ultra-toxique, utilisé massivement dans les bananeraies en Guadeloupe et en Martinique, pendant plus de 20 ans, à partir de 1972, pour lutter contre la charançon de la banane, un insecte qui détruisait des cultures. Alors, la France a fini par l'interdire en 1990, le chlordécone a toutefois été autorisé aux Antilles jusqu'en 1993 par deux dérogations successives, signées par les ministres de l'Agriculture de l'époque, au sujet duquel le président de la République, Emmanuel Macron, rejette toute responsabilité.
C'était en 2019, lors d'un débat avec des élus des territoires ultramarins. C'est la première fois qu'on prend de face le sujet du chlordécone. C'est la première fois. Je le fais sans démagogie. C'est-à-dire en regardant les choses telles qu'elles sont établies. Si je dis, je prends la probabilité et je prends tout, enfin, c'est complètement irresponsable. Ça veut dire qu'on ramasse tout. Donc moi, je veux bien qu'ayant considéré pendant des décennies sans doute, comme responsable local puis comme ministre, que ça n'était pas un sujet et que ça en devient depuis mai 2017, il faudrait d'un seul coup faire davantage que davantage, mais faisons déjà ce qui est établi scientifiquement.
Non, non, mais pardon, Président, mais c'est vrai. Donc là-dessus, il y a une procédure rigoureuse qui est mise sur la table. Rigoureuse. Non, mais à la fin, moi, je ne dis pas qu'il n'y a pas de lien. Je dis personne ne m'a établi un lien direct. Si on m'avait établi un lien direct, j'aurais pris les responsabilités qui vont avec. Parce que c'est mon tempérament et je n'ai jamais rien caché sous le tapis. Et je ne crois pas qu'on ait découvert en mai 2017 qu'il pouvait y avoir un lien ou que c'était un problème de santé publique.
Et pourtant, un an plus tôt, alors que le chef de l'État était en déplacement en Martinique, c'était en 2018, il déclarait que l'État doit prendre sa part de responsabilité dans la pollution au chlordécone et avancer sur le chemin de la réparation de ses ravages tout en infirmant dans le même temps que l'État des connaissances scientifiques ne permet pas de certifier la dangerosité de la molécule pour la santé humaine. Et pourtant, tout le monde savait. C'est et savait que le chlordécone était un poison pour la population, la faune et la flore. Tout le monde le savait puisque les États-Unis l'avaient interdit dès 1976 du fait de sa dangerosité.
Pourtant, ce cancérogène, perturbateur endocrinien, neurotoxique, spermatologique, a été utilisé en métropole jusqu'en 1990 et dans les Antilles jusqu'à 1993 au nom de l'intérêt économique des producteurs de bananes. Alors c'est également ce que soutient Elie Domota, porte-parole du LKP, qui a déclaré « Tout le monde savait pour la dangerosité du produit. » Depuis 68, les gens qui ont dit que l'eau était polluée ont leur fait fermer leur gueule. Alors, monsieur député, si tout le monde savait, pourquoi la France a-t-elle tardé à interdire ce pesticide aux Antilles ?
Bon, c'est un sujet sur lequel j'ai beaucoup travaillé. Tout d'abord, l'honnêteté intellectuelle me pousse à dire qu'Emmanuel Macron est le premier président français à avoir reconnu la responsabilité de l'État. Aucun autre président, ni Chirac, ni Sarkozy, ni Hollande, ne l'avait fait. L'honnêteté intellectuelle me pousse encore à dire que les moyens mis dans la lutte contre ces conséquences ont été triplés ou quadruplés sous le mandat d'Emmanuel Macron. Une fois que j'ai dit ça, l'honnêteté intellectuelle me pousse à dire qu'attention à ne pas faire semblant avec nous. Je vais vous dire pourquoi.
Premièrement, la ministre Buzyn, j'étais président de la délégation d'Outre-mer, je l'interview en délégation avec les autres députés, et elle nous dit qu'elle va lancer, en fait, un appel à projet pour pouvoir démontrer le lien clair entre cancer et chlordécone. Nous attendons toujours cet appel à projet. Parce qu'effectivement, c'est ce que le chef de l'État dit, il n'y a rien de scientifiquement prouvé, même s'il est évident que c'est un perturbateur endocrinien.
92% de la population, c'est ça, de Martinique et Guadeloupe, sont...
92% en Guadeloupe et 95% en Martinique. Alors, je vais revenir à ça, à ce taux d'imprégnation. Mais, tout d'abord, il y a cette réalité liée au fait qu'ils doivent lancer un appel à projet qu'ils n'ont pas lancé depuis 2018. Ils s'étaient engagés à le lancer. Donc, ça, c'est une première demande qui n'est pas satisfaite. Deuxième demande non satisfaite. Les terres sont polluées aujourd'hui en Guadeloupe et en Martinique et les eaux aussi. Il y a un croissant qui est pollué. On connaît des solutions de dépollution, mais elles ne sont pas mises en oeuvre parce qu'elles coûtent apparemment trop cher.
Eh bien, écoutez, quand l'État reconnaît sa responsabilité, elle doit mettre en place les vrais moyens et ne pas faire semblant avec quelques menus-mesures dont je vais vous parler tout à l'heure. Ensuite, l'indemnisation des victimes. Pas d'hypocrisie. Récemment, j'ai eu à le dire aux ministres des Outre-mer et à d'autres ministres dans une réunion importante, d'ailleurs. Ils disaient, oui, mais on ne comprend pas. Effectivement, j'ai fait passer un amendement pour indemniser les personnes qui travaillaient sur les bananeraies. Hommes. Oui, mais sauf que ces personnes. Vous avez dit les chiffres à vous-même. C'est 92. Nous sommes en 2022. Elles sont pour la plupart déjà décédées.
Et pire, beaucoup de celles qui travaillaient sur les bananeraies étaient non déclarées. Travailleurs clandestins, souvent étrangers. Donc, ils n'existaient pas. Donc, quand ils disent, ah, mais je ne comprends pas, on n'a pas beaucoup de dossiers de demande d'indemnisation, ils font semblant avec nous. Troisième remarque. Nous demandons aujourd'hui à ce qu'il y ait plus de personnes qui soient testées selon leur taux de chlordécone dans le sang. Je fais passer un amendement pour que chacun soit testé selon son taux de chlordécone dans le sang pour savoir qui est imprégné ou pas.
Ont été priorisés les femmes ancêtres et les personnes fragiles, mais je demande à ce que toute la population puisse être testée si elle le souhaite et gratuitement, non pas d'avance de fond. Et ensuite, nous demandons que ce qui est circuit de distribution, on me parle de jardin créole, mais vous avez des réciprocités d'accords internationaux qui font que, par exemple, un igname de Costa Rica arrive en Guadeloupe, je ne sais pas ce qu'il y a dedans, alors même que celui de Guadeloupe, il est parfois interdit à la production lorsqu'il est sur une taux de chlordécone.
Donc, ce que nous demandons très clairement, c'est un, que pas que ceux qui ont travaillé sur les bananes restroites indemnisées, tous ceux qui ont développé des cancers de la prostate. Nous sommes en Guadeloupe, je suis en Guadeloupe, avec d'autres hommes exposés, dix fois plus qu'une hexagonale. J'ai le taux d'exposition au cancer de la prostate le plus élevé au monde, comme la Martinique. On ne peut pas dire qu'il n'y a pas de lien. Donc, je demande à ce que nous puissions être indemnisés de cette imprégnation.
Et puis, là encore, dans une réunion, il y a eu une maladresse, je ne dirai même pas trop de qui, de certains ministres qui disaient, oui, mais on sait maintenant comment guérir du chlordécone. Non, attention. En fait, vous savez, le taux d'imprégnation du chlordécone, si vous n'êtes pas exposé à la molécule, lorsque vous n'ingérez pas des aliments contenant du chlordécone, au bout de deux, trois, quatre, six mois, vous n'avez plus de taux de chlordécone dans le sang. Mais pendant le temps que vous l'avez eu dans le sang, on ne sait pas quelles sont les conséquences. C'est ce fameux appel à projet dont je parle et qui doit être relancé.
Donc, en clair, des efforts sont faits, mais c'est largement aujourd'hui insuffisant par rapport à la catastrophe sanitaire, économique et sociale qui a eu lieu dans ce domaine.
Alors, les efforts sont faits, mais en même temps, le procureur de la République de Paris a demandé un non-lieu dans son réquisitoire définitif rendu public vendredi 25 novembre par le journal France Antille et l'AFP dans cette affaire du scandale de chlordécone. 16 ans après les premières plaintes et 8 mois après la fin de l'enquête. Alors, les différents motifs sont invoqués. Prescription, manque de preuves, infraction non caractérisée, absence de causalité scientifique, certaines entre exposition au chlordécone et une pathologie donnée. Est-ce que vous êtes toujours aussi confiant pour que ce dossier avance et que la justice soit faite, M. le député ?
Moralement, cette décision de justice est insoutenable. Bon, juridiquement, j'imagine qu'il se bat sur des textes existants aujourd'hui de prescriptions, etc. Ce combat, visiblement, est compliqué de point de vue judiciaire. Mais comme l'État s'est reconnu responsable, il doit assumer ses responsabilités et il doit décliner des plans chlordécone. Alors, il nous a présenté la dernière fois le plan chlordécone 4. Il a nommé une responsable de chlordécone. Tout ça va dans le bon sens mais c'est, je l'ai dit la dernière fois, largement suffisant en nous demandant deux choses très clairement, dépollution des terres et indemnisation de toutes les victimes.
Très clairement, voilà ce que nous demandons. Et pour l'instant, le compte n'y est pas du tout.
Oui, mais de toute façon, c'est bon de le rappeler aussi, le réquisitoire du procureur de la République ne lit pas les juges d'instruction qui sont chargés d'enquêter sur des soupçons de tromperie, empoisonnement, administration et substances nuisibles mises en danger de la vie d'autrui. Ce sont des magistrats indépendants qui décideront si un procès du chlordécone aura lieu ou non. Alors, il y a un des avocats de plusieurs parties civiles et de trois associations de défense dans l'environnement. C'est Maître Le Guevac que vous connaissez sûrement.
Il a déclaré, il faut appeler un chat un chat, c'est un crime colonial qu'on essaie de dissimuler en effaçant les traces et en affirmant que le temps a passé. Est-ce que vous partagez son avis ?
Oui. Qu'est-ce qui s'est passé ? Finalement, il s'agissait de défendre une production d'exportation, la banane, qui est essentiellement liée à une économie de comptoirs. Bon, qui fait vivre des hommes et des femmes en Guadeloupe, en Martinique et qui fait la joie des consommateurs européens et français dont acte. On constate qu'il y a eu quand même des pressions économiques pour écouler le stock de chlordécone pendant deux ans alors même que ce stock, enfin que ce produit était interdit en France. Je peux rappeler quand même que la France a tardé en 1990 à interdire ce produit.
Aux Etats-Unis, d'où il venait, dans les années 70, il y a une usine qui explose et là, tous les habitants autour, on constate qu'ils développent des maladies et là, depuis les années 70, les Etats-Unis interdisent ce produit. La France a attendu 20 ans après. Donc déjà, elle avait du retard par rapport à la connaissance étatsunienne. Oui, c'est un crime colonial puisqu'il s'agissait d'une ancienne colonie pour une culture d'exportation et pour défendre les intérêts économiques de certains, je dirais, d'une certaine caste.
Et alors, je me permets une question un peu plus personnelle, monsieur le député, est-ce que c'est à cause de scandales sanitaires comme le chlordécone ou encore de ce refus de réintégrer les soignants que vous avez quittés, la majorité, pour ensuite rejoindre ce parti liberté indépendant entre mer et territoire ?
Oui, pour notamment la gestion sanitaire. J'ai regretté beaucoup. Vous savez, nous, en Outre-mer, on représente 3,5% de la population française. Et j'imagine que les décideurs ont travaillé sur la majorité. Il y avait une élection présidentielle à venir, d'ailleurs, qui a été gagnée. Donc, j'imagine que politiquement, ils ont eu raison, mais humainement, ils ont laissé tomber. C'est ce que je n'ai pas accepté. Ils ont laissé tomber des hommes et des femmes qui avaient une approche de la vaccination différente de la majorité des Français. C'est vrai qu'en Guadeloupe, on représente 0,5% des voix. C'est vrai que Martinique et Guadeloupe, ça fait 1%.
C'est-à-dire, pour eux, j'imagine rien quand on est une sorte de robot derrière un logiciel et des tableaux Excel. Mais chez moi, c'est 100% de ma population, de mon peuple. Et donc, oui, j'ai tenté de leur dire, faites une différenciation sur l'approche vaccinale en Guadeloupe, Martinique et pour l'Hexagone. Ils n'ont rien entendu. Je leur ai dit qu'il y aura des violences. Il y a eu des violences. Il y a eu des douleurs. Et après ce pass sanitaire, il y a eu le pass vaccinal qui n'a jamais été appliqué, d'ailleurs, ni en Guadeloupe, ni en Martinique, ni le pass sanitaire non plus.
Donc, en fait, c'était des positions de principe comme celles qu'ils ont aujourd'hui sur la non-intégration des soignants. Ça manque de cœur. Ça manque d'intelligence. Ça manque de France. Et c'est pour cela qu'effectivement, je suis aujourd'hui dans ce groupe LIOT, Liberté indépendant Autre-mer, Territoire, un groupe de 20 députés où nous sommes heureux. Petit groupe de députés expérimentés. Nous avons les trois députés corse, nous avons cinq députés ultramarins, nous avons les deux députés les plus expérimentés de l'Assemblée nationale, notamment Charles de Courson, extraordinaire député qui travaille bien. On apprend au quotidien à ses côtés. On a une belle liberté de vote.
On a aussi une capacité à s'exprimer sur des textes. Et nous sommes dans l'opposition, construction, d'ailleurs, comme je suis un homme de résultats, 60% depuis juin des amendements pour les Autre-mer sont passés par notre groupe. Pourquoi ? Parce que la majorité peut écouter ce que nous disons parce que nous ne sommes pas dans la confrontation brutale. Et les oppositions telles que l'UPS ou bien le Rassemblement national ou bien les Républicains peuvent aussi nous écouter parce que nous sommes dans l'opposition. Donc on travaille de façon efficace dans l'intérêt du pays et c'est ce qui m'anime.
Merci beaucoup, M. Olivier Servin, député liotte de la première circonscription de Guadeloupe.
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Olivier Serva