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InterviewC à vous (sur YouTube)· 4 novembre 2019 23 minComplaisantPortrait personnelInstitutions & électionsSolidarités & familleSécuritéJustice

François Baroin s’exprime - C à Vous - 04/11/2019

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 70 %Attaque 10 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:11FerméeRéponse directe

    Vous êtes mis à jour ou pas ?

  • 2:05FerméeRéponse directe

    Vous pouvez intégrer le bureau politique ?

  • 2:59OuverteRéponse partielle

    Et qui pourrait incarner l'alternative au duel Macron-Le Pen ?

  • 3:30OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous voulez bien transformer cette promesse en espoir ?

  • 4:38OuverteRéponse directe

    Ne pas afficher d'ambition présidentielle. Maintenir ce mystère, ça fait de vous un mec un peu bizarre.

  • 5:38OuverteRéponse directe

    Et qu'est-ce qu'on fait ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:31Invité politiqueFait
    « On a perdu. »
  • 1:57Invité politiqueFait
    « On a eu un échec aux Européennes. »
  • 8:14Invité politiqueChiffre
    « On a des statistiques depuis deux ans d'une montée de l'ordre de 8 à 10% chaque année, en plus des attaques contre les maires, les adjoints, les conseillers. »
  • 14:42Invité politiqueFait
    « 2004 est une vraie bascule. Il y a eu un assez large consensus politique en 2014. Je pense que ça a été voté à l'unanimité. »
  • 18:35Invité politiqueFait
    « J'ai été ému, évidemment, par cette ferveur. »
  • 18:43Invité politiqueFait
    « Je dois tout à Jacques Chirac. »

Temps de parole

  • François Baroin58 %
  • Invité13 %
  • Invité 29 %
  • Invité 37 %
  • Invité 43 %
  • Invité 53 %
  • Invité 62 %

5,7 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Invité

Jet de pierre, cocktail, molotov, tir de mortier, de violents incidents ont éclaté samedi soir à Chanteloup-les-Vignes. À Chanteloup-les-Vignes, après une nuit de violence, les policiers ont été d'abord pris à partie par une trentaine de jeunes.

0:12
François Baroin

Un incendie volontaire a touché l'un des principaux lieux culturels de la commune.

0:16
Invité

Feu de poubelle, tir de mortier sur les forces de l'ordre et sur les pompiers et un chapiteau, regardez, municipal incendié. C'est la liberté, c'est la culture qui est attaquée. On n'attaque pas par hasard un lieu de culture. Plus de sécurité, c'est ce que les Français demandent en priorité à leur futur maire. François Barouin, président de l'Association des maires de France, plaide dans Histoire sentimentale, son dernier ouvrage. Pour plus de moyens, il est ce soir notre invité. François Barouin, merci de votre présence. On va revenir dans un instant sur les violences qui ont marqué l'actualité ce week-end à Chanteloup-les-Vignes.

Un mot d'abord sur ce que la presse appelle votre retour, après avoir été en retrait de la politique, en tout cas de la politique partisane depuis les élections législatives de 2017. Retrait au point, selon votre propre aveu, de ne plus savoir qui était qui à l'Assemblée nationale ou même de ne plus savoir qui était membre du bureau politique des Républicains. Vous êtes mis à jour ou pas ?

1:12
François Baroin

Pas encore complètement. Ah oui ? C'est un retour. Je n'ai jamais quitté ma famille. Simplement, après la défaite aux législatives, j'ai conduit... Voilà, j'étais en tandem avec Sarkozy. J'ai été aux côtés de François Fillon, dans la logique de l'accompagnement de notre candidat, jusqu'à la présidentielle dont vous connaissez l'issue. J'ai été le chef de file de la droite et du centre législatif. On a perdu. C'était 25 ans de politique, matin, midi et soir, de quotidien. Je ne veux plus, d'ailleurs vous ne me verrez pas tous les matins non plus, commenter ce qu'a dit un tel ou un dit un tel.

J'ai voulu me réinventer, avancer au compteur de la vie suffisamment important, mais pas encore en train de compter mes points retraites. J'ai voulu aussi me remettre en question, voir d'autres choses, d'autres intelligences, d'autres modes de fonctionnement, comme avocat ou autre. Maintenant, il s'est passé des choses. On a eu un échec aux Européennes. Christian Jacob, que j'aime beaucoup, qui est un ami, en qui j'ai confiance,

2:01
Invité

qui est dans notre rassemblement, est devenu le président.

2:04
François Baroin

Il m'a demandé de l'accompagner.

2:05
Invité

Vous pouvez intégrer le bureau politique ?

2:07
François Baroin

Le bureau politique, le comité stratégique, et je le fais d'abord parce que j'ai confiance en Christian, dans sa capacité de rassembler la famille. Ensuite, on a une relève à droite, dans cette famille gaulliste qui a dirigé le pays, qui a beaucoup apporté au pays et qui a beaucoup subi, qui a aussi une grande part de responsabilité dans ses échecs. Donc, cette remise en question et cette relève, elle existe et elle existera aux municipales. Il faut l'aider, la mettre en lumière. Je trouve que c'est un peu notre rôle de le faire. Et puis, enfin, je n'aime pas cette dualité démocratique qui s'installe entre Le Pen et Macron, entre En Marche et le Rassemblement national.

Parce qu'accepter, sans rien dire, cette dualité, c'est accepter un jour l'alternance.

2:40
Invité

Accepter que l'extrême droite arrive au pouvoir.

2:41
François Baroin

Alors, en tout cas, c'est un risque. Et c'est un risque par un silence ou par ne rien faire. En tout cas, ne pas permettre à cette famille importante, qui est un parti de gouvernement, les Républicains, de se donner les moyens d'incarner un espoir. Est-ce que ça prend deux ans ? Est-ce que ça prend plus de temps ? Je ne sais rien. C'est l'histoire qui le dira. Mais en tout cas, c'est un peu le sens de l'accompagnement de la nouvelle équipe, de cette jeune relève.

2:59
Invité

Et qui pourrait incarner l'alternative au duel Macron-Le Pen ? Peut-être François Baroin, puisque vous apparaissez à peine revenu, comme le recours de la droite pour 2022, « La promesse de l'aube », comme le dit Brice Hortefeux. François Baroin, je reprendrai le titre d'un roman autobiographique de Romain Garry, « La promesse de l'aube ». Vous savez qu'il est élu à Troyes. Et François Baroin, il lui appartient, s'il le souhaite, de transformer cette promesse en espoir. Est-ce que vous voulez bien transformer cette promesse en espoir ? Il reste à avoir l'envie d'avoir envie, précise Brice Hortefeux, qui, après avoir cité Romain Garry, cite Johnny.

À défaut d'être à ce jour candidat, est-ce que vous en avez l'envie ?

3:42
François Baroin

Ça, c'est une question essentielle. Mais on comprendrait aisément que je n'apporte pas une réponse définitive aujourd'hui sur ce sujet. Je ne suis pas revenu pour être candidat à l'action présidentielle. Je suis revenu pour aider une famille. Je suis revenu pour mettre en lumière une nouvelle génération d'élus pour les municipales. Et puis d'apporter par une réflexion, un regard, un livre, un témoignage, des histoires qui font réfléchir sur l'avenir du pays. J'apporterai ma contribution. Je ne veux pas m'élever au-dessus d'une condition qui n'est pas la mienne, d'ailleurs, parce que Brice Hortefeux est très gentil.

Mais enfin, La Promesse de l'Aube est probablement l'un des plus beaux livres de la littérature contemporaine, d'une histoire racontée, d'un homme, de sa relation à sa mère, de sa trajectoire fulgurante, de la diplomatie. Enfin, voilà, il faut rester humble, modeste et à sa juste place.

4:23
Invité

Vous avez gagné les 11 élections auxquelles vous avez concurrées.

4:28
François Baroin

Oui.

4:28
Invité

Jamais 11, 112.

4:30
François Baroin

Alors là, je n'ai pas encore annoncé aux Troyens ma décision. Il y a assez peu de surprises, mais vous me permettrez de leur écrire personnellement le moment venu pour leur dire mes intentions.

4:38
Invité

Juste une dernière question. Ne pas afficher d'ambition présidentielle. Maintenir ce mystère, ça fait de vous un mec un peu bizarre, pour reprendre votre expression.

4:46
François Baroin

J'ai dit ça ? Oui. C'est possible, alors je dois le penser.

4:49
Invité

Vous êtes vraiment un mec bizarre, alors.

4:50
François Baroin

En tout cas, moi, je ne suis pas né en me disant je serai président de la République. Je suis né, enfin, je suis né en me disant il faut que je marche et puis ensuite...

4:56
Invité

Je serai vétérinaire, peut-être ?

4:57
François Baroin

Je voulais être vétérinaire, voilà. Mais je n'étais pas assez doué en sciences naturelles, en physique, en mathématiques pour... Voilà, mais mon rêve était d'être vétérinaire.

5:05
Invité

Et aujourd'hui, à 54 ans ?

5:06
François Baroin

C'est un échec. Voilà. Et après, je suis devenu journaliste.

5:09
Invité

Mais pas d'envie encore.

5:09
François Baroin

Et ensuite, j'ai mal tourné.

5:11
Invité

Et ensuite, j'ai mal tourné. De devenir président. Les maires, à chaque événement tragique, c'est la présence et la parole du maire qui sont attendus en priorité, pas seulement par les médias, évidemment, par les habitants, comme à Chanteloup-les-Vignes, dans les Yvelines. Samedi soir, un guet-apens tendu contre les policiers et les pompiers, un chapiteau incendié. Il accueillait un centre culturel et éducatif qui faisait la fierté de la ville et de la cité. Edouard Philippe, bien de fustiger, on l'a entendu, une petite bande d'imbéciles et d'irresponsables. Et qu'est-ce qu'on fait ?

5:39
François Baroin

D'abord, je voudrais saluer Mme Arnoux, qui est une femme remarquable que je connais. Son équipe est remarquable. Ce qu'elle a fait à Chanteloup, qui est une ville difficile, avec un taux de logements sociaux qui est bien plus élevé que la moyenne. Une ville comme Troyes, par exemple, c'est 42% de logements sociaux. Je n'ai plus le chiffre en tête pour Chanteloup, mais c'est considérable. Ça veut dire que c'est une ville qui porte beaucoup de difficultés, beaucoup de politiques publiques, de proximité pour tenir. Tenir, c'est-à-dire les gens qui sortent de chez eux, qui vont au travail ou qui accompagnent leurs enfants et qui se disent « on peut respirer, on peut vivre ».

Elle a fait un cirque, qui est un lieu de vie, que les gens se sont appropriés. De ce que je comprends, en tout cas ma compréhension de la situation que l'on a dans toutes les villes de France, c'est que souvent, lorsqu'il y a un nouvel établissement public, il est testé. Il est testé parce qu'il y a une confrontation de gens qui ne respectent pas la loi, qui font du trafic, qui peuvent basculer dans une violence et qui veulent s'approprier ce territoire. Donc la réponse, elle ne peut être que de la fermeté. D'abord, la reconstruction le plus vite possible. Il faudra que l'État aide cette commune à reconstruire à l'identique cet établissement public.

Ensuite, donner des garanties pour mieux assurer la sécurité et enfin faire corps, comme les maires font corps avec le président de la République lorsqu'il est en difficulté, exemple les Gilets jaunes, l'État doit faire corps avec la maire de Chanteloup et les maires en général qui sont confrontés à ce type de difficultés pour répondre le plus rapidement possible. Et puis ensuite, il y a la justice. Il faudra que la justice, grâce à la police, mène l'enquête, trouve et apporte la juste réponse au nom de la société pour que ça fasse réfléchir tout le monde.

7:03
Invité

Il y a eu des interpellations mais on ne sait pas encore quel est le niveau de soupçon qui s'exerce contre les individus arrêtés. La violence s'exerce aussi, vous le savez, contre les maires eux-mêmes. Petit florilège de ces derniers mois. J'ai malheureusement eu droit au cassage de ma voiture sur une vitre comme ça. On savait précisément que c'était la voiture du maire. C'est là que j'ai vu une jeune fille sortie du cimetière, suivie par sa maman qui tenait un grand couteau dans la main. J'ai pu ouvrir la portière et maîtriser la dame grâce à ça et j'ai tenu les deux mains. Il m'a insulté à nouveau, menacé de mort. Donc je suis sorti de la voiture.

Il y avait deux dents, il y a le nez, vous voyez, il y a la joue gauche. Il faut du courage, pas seulement du dévouement, il faut du courage aujourd'hui pour être maire.

7:57
François Baroin

Il faut probablement plus de courage par le passé. La société est plus violente, accepte moins l'autorité. Les réseaux sociaux ont une chance formidable de partage de communautés, de communautés d'accès à l'information, mais c'est aussi un moyen de libération de parole. Donc les insultes sont plus nombreuses, les violences verbales sont plus importantes. On a des statistiques depuis deux ans d'une montée de l'ordre de 8 à 10% chaque année, en plus des attaques contre les maires, les adjoints, les conseillers. Le maire de Signe, dont vous n'avez pas parlé, mais que j'imagine vous vouliez évoquer, et auquel je rends hommage pour partie dans ce livre, dans le dernier chapitre.

Qui a laissé sa vie,

8:30
Invité

on le rappelle.

8:30
François Baroin

Un homme de 74 ans, il avait une gueule magnifique, il était passionné de rugby, il était élu depuis 1983, il avait une équipe municipale extraordinaire, il voulait assurer la relève. Il voit quelque chose qui n'est pas normal, un acte illégal, une décharge sauvage. Il y va, il est courageux, il y va en voiture avec ses élus, il est en face, il leur dit vous restez, c'est son devoir. Il est officier de police judiciaire, il doit demander aux gens de rester pour attendre la gendarmerie, les circonstances diront de quelle manière il est mort. Mais à la fin, il est mort.

Donc ça, c'est vraiment un fait qui, je l'ai dit dans une interview, c'est-à-dire s'attaquer aux élus, c'est s'attaquer à la République et haïr les élus par la représentation de l'autorité qu'ils portent. Surtout un maire qui est le garant de l'essentiel de l'unité territoriale, au fond c'est la petite patrie, donc au fond c'est le chef du petit village, le maire, et il est là pour garantir la paix. C'est vraiment haïr la République. Donc c'est un message très fort et c'est une source d'interrogation pour nous tous.

9:18
Invité

Les maires parfois confrontés à des revendications de type communautaire sur le voile islamique, la laïcité, on sort de trois semaines de controverses qui ne vont déboucher sur rien, sinon davantage sans doute de crispations dans la société. Est-ce que vous trouvez que c'est un débat inutile, un débat toxique ou un débat qu'il faut avoir à nouveau sur la place de l'islam

9:40
François Baroin

ou sur la question du port du voile ? Alors il n'y a pas la question qui est posée pour un maire, c'est la question de la neutralité du service public. Il y a la séparation des églises et de l'État, c'est 1905, et il y a la neutralité de l'espace public, c'est applicable pour les fonctionnaires comme c'est applicable aussi pour un certain nombre d'usagers. Peut-être que dans ce cadre-là, la réflexion, elle mérite d'être posée. Alors pas de cette manière, certainement pas par la mise en scène de l'élu du Front National qui attaque, qui parle mal devant tout le monde. Mettons ça de côté, c'est effectivement très mauvais comme type d'approche.

Il se trouve, et vous le savez, on en avait parlé à l'époque, mais ça nous remonte à un certain nombre d'années, que je suis l'auteur du rapport demandé par Jacques Chirac et Jean-Pierre Raffarin sur cette problématique à l'époque dans le sanctaire républicain pour l'interdiction de tout signe ostentatoire ou ostensible de nature religieuse. Mais ce n'est pas que religieux, la neutralité. Pour l'école, on l'avait traité autour de la protection des consciences en formation, en faisant la différence entre la sphère publique et la sphère privée. La religion relève de l'intime et d'une certaine manière, on parle trop de religion dans le débat public.

C'est l'un des handicaps, mais ça s'impose à nous, donc on ne peut pas l'écarté narvaire de la main. C'est difficile de dire que ce n'est pas mon affaire, c'est l'affaire de tous, y compris du président de la République. En revanche, pour aboutir à une loi, on était parvenu à un cadre spécifique. C'est tout aussi choquant d'avoir un t-shirt à l'effigie d'un homme politique, c'est tout aussi interrogatif d'avoir éventuellement un banana syndicaliste, c'est tout aussi non conforme à l'idée qu'on se fait de la neutralité du service public que d'avoir un signe ostentatoire. C'était vrai pour l'école.

Maintenant, les questions qui se posent, ça peut être les sorties scolaires, ça peut être les mairies, les mairies annexes, les médiathèques, ça peut être les cossèques, les complexes sportifs, ça peut être les piscines, c'est toute cette question. J'ai formulé une proposition qui est de reprendre une idée qui n'est pas très neuve, mais que Jacques Chirac avait, je crois, permis à la société française d'adopter, qui était une commission avec quelqu'un d'incontestable qui, pendant plusieurs semaines, organise des auditions à ciel ouvert, à la télévision, posant toutes les problématiques et aboutissant à une ligne de partage, une piste d'atterrissage acceptable par beaucoup.

Les maires sont demandeurs, ils ne sont pas tous la même philosophie ou la même vision, mais ils sont demandeurs d'une clarification pour une raison, c'est difficile de laisser les directeurs d'établissement seuls face à ces problématiques qui s'imposent à nous tous.

12:01
Invité

Le débat sur le voile et la laïcité qui fracture aussi la gauche avec un événement ce week-end. Oui, l'événement, c'est la signature de Jean-Luc Mélenchon à un appel à manifester dimanche pour dire stop à l'islamophobie, un terme que le chef des Insoumis avait toujours récusé au nom du droit légitime à critiquer les religions. Le texte dit stop à la discrimination des musulmans, des femmes voilées, stop aux lois liberticides. Ça n'est pas précisé dans le texte, mais il s'agit sans doute des lois de 2004 contre les signes religieux à l'école et de 2010 contre le voile intégral que les initiateurs de ce texte ont toujours dénoncé comme des lois racistes ou anti-musulmanes.

Et c'est un événement parce que Mélenchon change de camp. Il a été pendant 40 ans le défenseur d'une laïcité intransigeante, considérant que notre République est fondée sur la laïcité et qu'elle ne doit accepter aucun accommodement avec les religieux. Écoutez avec quelle ardeur il défendait la loi de 2004 pour l'interdiction des signes religieux à l'école. Le signal que nous venons de donner est clair, très clair, non seulement pour nos jeunes concitoyennes de confession musulmane, mais pour tout le Maghreb. On ne cédera pas. Si on accepte que les gens se voilent, alors celles qui ne sont pas voilées ne mènent pas une vie correcte.

Donc, leur mari et leur frère sont des hommes incorrects, des mécréants et des bons. C'est comme ça la mécanique. Si vous voulez, ce n'est pas quelque chose d'abstrait, c'est quelque chose de très concret. Si vous acceptez de mettre le bout du doigt dans ce rouage, tout y passe. Et bien maintenant, voilà un message clair. Nous ne céderons pas. Nous ne céderons pas. Mélenchon dénonce alors le voile comme une régression, un signe de soumission patriarcale. Et quand on lui parle de stigmatisation, il répond que le voile est un stigmate et qu'en choisissant de le porter, les femmes voilées se stigmatisent elles-mêmes. Interview à Marianne en 2010. C'est du blanquer au carré, si vous voulez.

Autre exemple du Mélenchon d'avant. Les sénateurs de gauche ont adopté un projet de loi pour interdire aux nounous, je dis comme ça, c'est les assistantes maternelles, musulmanes, qui portent le voile de garder des enfants. Est-ce que vous êtes pour ou contre cette interdiction qui serait faite aux femmes voilées de garder des enfants ? Dès lors qu'il s'agit d'un service public qui est rendu même à domicile, la loi est la même pour tous. Ça doit être une stricte observation de l'esprit de la liberté des jeunes gens. Et donc, on ne doit pas paraître en tenue religieuse.

Interview de 2010 et voilà pourquoi de nombreux militants laïcs ce week-end sur les réseaux sociaux ont accusé Jean-Luc Mélenchon de trahison, en tout cas, d'avoir renié 40 ans de combat en défilant dimanche prochain aux côtés des défenseurs du voile. La gauche laïque aujourd'hui se réduit à peu de choses. Quelques voix au PS, lutte ouvrière, quelques intellectuels, Charlie Hebdo. Jacques Julliard, ce matin dans le Figaro, écrit que la laïcité est désormais reniée par la gauche, défendue par la droite. Il a raison ?

14:37
François Baroin

Il y a eu en tout cas une évolution. 2004 est une vraie bascule. Il y a eu un assez large consensus politique en 2014. Je pense que ça a été voté à l'unanimité. De mémoire, c'est un texte, en tout cas, une très très large majorité.

14:49
Invité

Très large majorité.

14:50
François Baroin

Très large majorité. La laïcité ne fait pas culturellement, depuis 1905, partie de ce qu'on appelle le bloc de droite ou du centre. C'est plutôt une valeur de gauche. D'ailleurs, les grands orateurs de 1905 étaient dans le bloc de gauche. La gauche laïque,

15:04
Invité

c'était un pléonasme, en quelque sorte.

15:05
François Baroin

La gauche laïque, c'était un pléonasme, même si les gaullistes ont toujours épousé les contours naturellement d'une république laïque. Mais il y a eu une bascule en 2004. C'est vrai que la droite, sous Jacques Chirac, s'est appropriée une vertu qui, à l'époque, était à la fois une valeur, une règle, mais un peu poussiéreuse. Au fond, la question de laïcité, jusqu'à 1989, le début des problématiques du voile au collège de Creil ou à l'école de Creil, collège, ne se posait pas de la même nature. Donc, il y a eu une évolution.

La gauche, au fond, laissait glisser cette valeur qui était un mur porteur au fond de la construction de la gauche, sous Mitterrand, sous la 4ème République et même sous Mélenchon qui, avant d'être le leader de la France assoumise, a été, de mémoire, secrétaire nationale du Parti Socialiste, a même été au gouvernement de Mitterrand et de Lionel Jospin. C'était vraiment l'incarnation, pour moi, de l'extérieur, du camp de la droite, de cette gauche républicaine laïque. Je ne sais pas, je pense que c'est plus confus la manifestation.

En tout cas, ce que je sais, c'est que si on est confus dans les idées et qu'on s'éloigne des principes, on risque une aventure et on risque un glissement de terrain. Donc, quand on a la confrontation, ce qui est le cas de deux libertés dans un pays qui a donné la déclaration des droits de l'homme au monde entier et qui est vue encore aujourd'hui comme tel, il n'est pas concevable que l'État imagine faire un dress code pour tout le monde dans la rue. On ne va pas dire vous devez vous habiller comme ci ou comme ça. En revanche, on doit dire voilà quel est l'espace du service public. Et là, il y a encore du travail à faire.

Voilà quel est le cadre de ce que l'on appelle la définition de la neutralité. Voilà comment pour les plus jeunes en dessous de la majorité, on doit les protéger, ce que nous avons fait avec la loi à l'école. Et voilà comment les problèmes éventuellement se posent aujourd'hui. Et il y a un mode opératoire qui doit nous permettre de vivre ensemble. La question du voile, c'est une question, une fois encore, de l'intime. Là-dessus, vous avez tout. Vous avez le CFCM qui nous dit c'est une prescription mais si vous ne portez pas le voile, vous n'êtes pas apostat. En quelque sorte, vous pouvez quand même être une bonne musulmane.

Et vous avez le président du Congrès des Mosquées qui lui nous dit c'est peut-être une pratique, ça n'est pas une prescription et donc là aussi n'allons pas sur ce terrain-là, nous responsables publics. Ce n'est pas nous de l'interpréter. Nous, on est là juste pour dire la République, c'est ça. C'est un modèle original. Il est difficilement compréhensif par les anglo-saxons parce qu'ils n'ont pas le même modèle parce que leur loi qui définit l'intérêt général, c'est l'addition des intérêts particuliers, y compris sur le plan religieux. Le modèle français, c'est l'expression de la volonté générale, c'est-à-dire l'expression d'une majorité qui se dessine. La minorité peut s'exprimer.

Les oppositions doivent aussi développer leurs arguments. Mais c'est la majorité qui l'emporte.

17:33
Invité

Alors ce livre, votre livre, vous le dédiez à Jacques Chirac, « On sait les liens qui vous unissez ». C'est à lui que vous devez votre entrée en politique, vous l'avez évoqué tout à l'heure, car avant cela, vous étiez journaliste. On va vous montrer des images. Vous avez, si mon calcul est exact, à peu près 27 ans. Vous suivez pour le compte d'Europe 1 Bernadette Chirac en campagne pour le renouvellement de son siège de conseiller régional en Corrèze. On est en 1992. Petit problème de son. On va relancer parce que là, on n'avait pas le son à plateau. Voilà. Paul Sucke a un excellent candidat et je souhaite qu'il gagne.

Ça doit être plus difficile que de soutenir un candidat, n'importe quel candidat. Non, quand un candidat est bon et qu'il fait bien son travail, le soutien est toujours facile.

18:22
François Baroin

Voilà.

18:22
Invité

Notre ex, c'est Bernard Chirac qui est en campagne, mais c'est Jacques Chirac qui parle. Est-ce que vous avez été ému, surpris par la ferveur qui a suivi la mort de Jacques Chirac ?

18:35
François Baroin

J'ai été ému, évidemment, par cette ferveur. J'étais dans un grand chagrin comme tous ses proches qui lui doivent tout. Et moi, je dois tout à Jacques Chirac. Je ne dois pas que ma carrière politique, au fond, qu'une étape professionnelle. Je lui dois d'avoir confiance en moi, d'avoir compris qu'au fond, c'est un pays magnifique qui vous apporte dans une construction pendant laquelle vous ne vous apercevez pas toujours qu'il vous apporte et qu'il faut lui rendre et que la politique était le meilleur moyen.

Et puis, je lui dois un regard bienveillant sur le monde qui vous entoure, une forme de compréhension, une humanité, un humanisme qui n'était pas très compliqué puisque c'était un atavisme familial. Mais mes relations avec Jacques Chirac étaient d'abord personnelles avant d'être politique. Mon père était à Sciences Po avec lui, c'était des copains de toujours, il appelait le dimanche soir à la maison. C'est lui qui m'a appris, je l'ai dit dans le texte en lui rendant hommage la mort de mon père quand il était Premier ministre.

Donc, ça a été bouleversant et voir l'émotion qu'il y a eu dans le pays qui est une émotion sincère, c'est aussi l'émotion de la trajectoire d'un homme qui a su, au fur et à mesure de sa construction mais surtout à la fin, donner un peu de son jardin secret même si je pense qu'il en aura emporté avec lui quelques-uns qui lui appartiennent et qu'il convient de respecter.

19:46
Invité

Vous avez eu la chance de grandir auprès de parents aimants heureusement comme beaucoup de monde mais aussi auprès d'un père vous venez de l'évoquer qui par sa philosophie, sa vision de la société et sa carrière a été extrêmement nourrissant et inspirant. Effectivement, Michel Baroin est mort jeune, il n'a pas 60 ans lorsqu'il disparaît dans un accident d'avion au-dessus de l'Afrique pour le développement de laquelle il travaillait beaucoup.

Il était grand maître du Grand Orient de France et au moment de sa mort, en février 87, il est en charge de la mission des cérémonies du bicentenaire de la Révolution et de la déclaration des droits de l'homme et sur le plan économique, il dirige la Mutuelle des fonctionnaires, la GMF et plus tard, il dirigera la FNAC. Un mois après sa mort, François Baroin, vous êtes sur le plateau d'apostrophe pour évoquer le livre posthume de votre frère, de votre père. Quand on vit avec un homme de cette qualité et de cette influence, de ce rayonnement, est-ce que ça n'est pas difficile finalement pour les enfants ?

20:41
Présentateur

C'est tout à fait fantastique parce que ça fixe un objectif et puis, je crois que c'est surtout une de ses premières qualités, c'était surtout la confiance qu'il donnait aux gens et donc moi, en tant que son fils, il m'accordait une grande confiance, j'en étais très fier et je ne voulais surtout pas le décevoir. Je voulais qu'il soit fier de moi, je voulais que ce soit effectivement une communion entre nous deux.

20:59
Invité

Est-ce qu'il y était ? Un mois après, sur le plateau, ça devait être fort ça aussi ?

21:04
François Baroin

Oui, c'était très fort parce que d'abord, il y avait une charge émotionnelle énorme. En fait, il a... Enfin, l'histoire familiale est connue mais il se trouve qu'on avait perdu ma sœur dans un accident de voiture enversé pas très loin d'ici d'ailleurs et donc ça a été bouleversant pour lui, pour mes parents, pour ma mère, bien sûr, pour moi aussi. Il a commencé à rédiger ce livre après la mort de ma sœur qu'il a terminé pendant l'été, son dernier été. Il m'avait fait lire son manuscrit. Il m'avait demandé mon avis. Peut-être l'une des premières fois. J'étais très jeune. D'ailleurs, ça se voit.

Donc, on commence à prendre un peu son effet et donc, lorsque Pivot a appelé l'éditeur qui était Odile Jacob, il a dit mais qui peut venir défendre au fond ce témoignage d'un homme engagé qui était un homme important des 70 et 80 de notre pays et Odile Jacob, que je n'avais rencontré que deux fois, a dit il faut y aller. En fait, elle m'a dit est-ce que vous vous sentez capable ? Je lui ai dit mais pour défendre l'héritage intellectuel de mon père, j'irais sur le plus haut des cimes de la plus haute des montagnes et je me suis forcé de faire ce que je pouvais.

22:01
Invité

Moi, j'ai juste un autre souvenir. En fait, c'est aujourd'hui le 35e anniversaire de Canal et en tant que patron de la GMF, la Mutuelle des fonctionnaires, il a été l'un des premiers actionnaires. Votre père a été du premier tour de table. En 85, Canal, six mois après sa naissance, était en mauvaise position et je me souviens des prises de position extrêmement constructives de votre père lors des conféries d'administration.

22:21
François Baroin

Je me souviens de vous et je me souviens de ces débats et André Rousselet a été admirable parce qu'il a pesé de tout son poids pour modifier le cadre général et offrir à la plus grande réussite de la télé le cadre de liberté et puis au fond de responsabilité économique puisque c'était un grand succès.

22:37
Invité

Bon anniversaire, Pierre. Merci beaucoup, François Barron. Une histoire sentimentale, c'est à lire chez Albin Michel. Ça sort mercredi seulement. Vous restez avec nous ?

22:47
François Baroin

Avec soi.