L'interview de Guillaume Kasbarian, ministre de la Fonction Publique
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
7h41 sur RMC, très bon réveil à toutes et à tous sur RMC et RMC Story avec Guillaume Casbarian, mon invité ce matin, le ministre de la fonction publique. Bonjour. Bonjour.
Merci d'être en direct avec nous. On a beaucoup de choses à voir ensemble. Les syndicats de la fonction publique sont en colère, ils l'ont dit hier.
Mais d'abord une question après cette information de la nuit, ces scènes d'une rare violence hier soir dans les rues d'Amsterdam. Des supporters du club israélien Le Maccabi Tel Aviv pourchassés dans les rues, tabassés, jetés à l'eau même pour certains. Nous en France dans 6 jours, on a le match France-Israël qui sera accueilli au stade de France.
Est-ce qu'on peut le maintenir ? Est-ce qu'on peut continuer d'accueillir du public ? Oui, alors les images qui nous parviennent d'Amsterdam sont choquantes.
Il s'agit d'actes antisémites graves et on doit lutter partout en France, en Europe, contre ces actes antisémites. Et vous l'avez dit, il y aura un match la semaine prochaine. Tout sera mis en œuvre par le ministère de l'Intérieur, par les forces de l'ordre présentes pour assurer la sécurité des spectateurs, la sécurité bien évidemment des joueurs et faire en sorte que l'on puisse avoir ces événements sportifs qui se déroulent, mais dans le calme, dans l'ordre, dans le respect et bien évidemment sans actes antisémites qui sont encore une fois intolérables.
Je poserai la même question à Jonathan Arfi, président du Conseil représentatif des institutions juives de France, après le journal de 8h tout à l'heure. On en vient à votre dossier, votre portefeuille, Guillaume Casbarian. Vous êtes ministre de la fonction publique.
Deux syndicats appellent à la grève, une grève étendue, interprofessionnelle, disent-ils, une évidence même pour la CGT. Et si vous êtes sur RMC ce matin, c'est pour détailler les mesures dont vous leur avez parlé hier. Vous confirmez, et c'est peut-être le premier point qui a crispé les syndicats, trois jours de carence seront imposés aux fonctionnaires en cas d'arrêt maladie ?
Je confirme, ma détermination est celle du gouvernement à mener à bien un plan de lutte contre l'absentéisme qui contient effectivement des mesures de responsabilisation, trois jours de carence dans la fonction publique, dans un rapprochement avec le privé et une baisse de prise en charge de 100% à 90% au-delà de la carence pour limiter en tout cas les phénomènes d'absentéisme qui ont ces dernières années bien augmenté avec des chiffres alarmants sur lesquels ma responsabilité est d'agir plutôt que de mettre le sujet sur le tapis. A des mesures pour répondre à cette inflation d'arrêt maladie pour leurs conditions de travail ? Bien sûr, il y a à l'intérieur, je vous le disais, deux mesures de responsabilisation, carence et baisse de prise en charge.
Il y a aussi des mesures d'amélioration des conditions de travail qui font partie des discussions avec les syndicats. Il y a des mesures de débureaucratisation pour les agents, pour faire en sorte qu'ils aient moins de tâches administratives pénibles dans leur journée de travail. Il y a des mesures de protection fonctionnelle pour éviter que des agents se fassent agresser ou en tout cas pour que l'administration soit vraiment à leur côté, eux et leur famille, quand ils se font agresser.
C'est pour là aussi limiter l'impact d'un arrêt de travail et de difficultés d'absence qu'on peut observer dans certains services. Bref, c'est un plan global de lutte contre, de prévention et de réduction de ces absences que l'on peut observer dans la fonction publique. Et donc ce plan-là, bien évidemment, je suis déterminé à le mener à bien et nous allons le mener à bien.
Ensuite, nous avons d'autres échanges sur plein de sujets avec les syndicats. Je les ai reçus hier dans un esprit de respect, d'écoute, de dialogue et nous avons pu discuter l'ensemble des sujets qui relèvent de la fonction publique. Où nous avons échangé sur nos convictions.
Mais ils abusent sur les arrêts maladies pour en terminer sur cette question-là ? Ils abusent ? Ils sont feignants ?
Je n'emploie jamais ces termes-là parce que je ne stigmatise personne et je ne rentre jamais dans du fonctionnaire bashing. Je regarde les chiffres et il se trouve que oui, les arrêts maladies ont significativement augmenté depuis 10 ans dans la fonction publique. On est à 77 millions de jours d'arrêt par an.
C'est à peu près l'équivalent de 350 000 équivalents temps plein. C'est plus que les effectifs de la Poste ou plus que les effectifs de la SNCF. Et il se trouve que ce taux, le nombre de jours d'absence chez les fonctionnaires est plus élevé.
En tout cas, c'est encore plus vrai dans la territoriale et dans l'hospitalier. Mais ce chiffre-là est plus élevé que dans le privé. Et donc, plutôt que de dire je laisse filer, je ne m'en occupe pas, ma responsabilité c'est de dire la vérité et d'agir dans un contexte budgétaire qui est très difficile avec un plan qui permet effectivement de réaliser 1,2 milliard d'euros d'économies.
Parce qu'on cherche aussi effectivement des économies, c'est aussi l'enjeu national. Le SMIC a été augmenté le 1er novembre dernier. Est-ce que le gouvernement va revaloriser le point d'indice ?
Alors, je l'ai dit aussi avec un discours de vérité au syndicat. Le contexte budgétaire ne nous permet pas cette année d'augmenter le point d'indice. Il ne nous permet pas non plus d'augmenter et de verser la prime JIPA qui est une prime de valorisation qu'une partie des fonctionnaires pouvaient toucher, notamment des catégories A et des fonctionnaires en fin de carrière ou en fin de griller.
Bref, le contexte budgétaire...
Simplement, elle ne sera pas versée cette prime, il y a un peu de suspense là-dessus, elle ne sera pas versée en 2025. Monsieur Béliard, ma responsabilité de ministre face à la situation dans laquelle on est, y compris au niveau budgétaire, me pousse à être responsable franc et direct avec les uns et les autres. Nous n'augmentons pas le point d'indice et nous ne verserons pas la JIPA cette année.
En revanche, il y a d'autres sujets que je souhaite aborder avec les syndicats et je leur ai proposé hier de les aborder, notamment une révision de la grille, une valorisation des métiers, une amélioration des conditions de travail. Tous ces travaux que l'on veut mener sur l'attractivité de la fonction publique, le logement aussi des fonctionnaires, ça fait partie des sujets qui sont sur la table, tous ces travaux-là, nous allons les mener. Nous le ferons encore une fois dans l'écoute et dans le dialogue et sans promettre la lune ou sans promettre n'importe quoi.
Ce sera l'objet de négociation. Parce que ça ne serait pas responsable, exactement, mais ça ne serait pas responsable de dire tout pour faire plaisir, mais en réalité sans avoir les moyens de le faire. Ce sera l'objet de discussions avec les syndicats pour ces derniers éléments, là où pour le coup c'est ferme, pas d'augmentation du point d'indice et pas de versement de la prime pouvoir d'achat.
Ferme d'un côté et ouvert au dialogue sur des éléments concrets de rémunération de pouvoir d'achat et de conditions de travail sur lesquelles nous pouvons réellement agir. Fermeté sur la situation budgétaire et en même temps dialogue sur des éléments qui sont ouverts à la discussion et à la négociation. Autre sujet qui fâche, quid du projet qui était porté par votre prédécesseur Stanislas Guérini, comportait plusieurs points, on va les évoquer.
Est-ce que vous allez pousser vers plus de rémunération au mérite ? Alors, il y a beaucoup de chantiers qui avaient été lancés par mon prédécesseur et qui sont intéressants et que je souhaite continuer à discuter avec les organisations syndicales. Il y en a un où j'ai été à l'écoute des organisations syndicales, qui était celui de la fusion des catégories ABC.
Dans les cartons, il y avait ce projet-là de se dire on arrête avec les catégories ABC, on ne fait plus qu'une seule catégorie, il n'y a plus de catégories, etc. J'ai entendu l'argument à la fois des syndicats et des agents qui me disent que pour eux, ces catégories-là sont des repères historiques, traditionnels, qui sont importants pour eux et que la fusion comporterait des complexités, des réticences et des choses qui sont compliquées à mettre en œuvre. Donc moi j'entends ces arguments-là et c'est pour ça qu'hier, en responsabilité, je leur ai dit que je les avais entendus et que ce projet-là, en tout cas cette fusion des catégories ABC, était mis de côté, que nous ne ferions pas prospérer ces éléments-là.
Vous voyez que l'écoute c'est également cela, c'est-à-dire être ferme sur des positions et être en mesure d'écouter des arguments quand ils sont bons et justifiés. C'est le cas sur la question des catégories, sur laquelle j'ai décidé de ne pas faire prospérer la fusion des catégories ABC. Je préfère me concentrer sur d'autres sujets.
La rémunération mérite ? Alors ces sujets-là sont sur la table. La question de valoriser l'engagement, de valoriser la prise d'initiative, de valoriser ceux qui travaillent et qui se donnent et qui s'engagent, y compris de façon collective dans un service, ce sont de beaux sujets qui permettent, à mon avis, d'améliorer la rémunération et que je souhaite pouvoir discuter et concerter avec les syndicats.
Je n'ai pas de cible en tête préconçue, et c'est ça le sens du dialogue et de l'échange, mais ce sont des sujets qui restent sur la table. Vous avez évoqué une réforme du statut, avec notamment la question de ce qu'on appelle un peu abusivement l'emploi à vie, la possibilité de licencier pour insuffisance professionnelle. Est-ce que vous allez avancer sur ce terrain-là, qui est un sujet brûlant pour eux ?
Sur le sujet, en tout cas, de la gestion de carrière, du moment où on accède à la fonction publique jusqu'au moment où éventuellement on en sort, et éventuellement on en sort parfois même pour des questions d'insuffisance, c'est là aussi des sujets que le ministère a depuis longtemps travaillé, sur lesquels il faut pouvoir échanger, pour répondre à des besoins concrets de managers, de chefs d'administration et de services, sur lesquels vous pouvez avoir des personnes qui n'ont peut-être pas vocation à rester dans un service, parce qu'il y a une insuffisance, parce qu'il y a de la toxicité managériale, et sur lesquels ce ne serait pas responsable de dire là aussi, écoutez, on fait semblant de ne pas voir ce problème-là, et on continue comme si de rien n'était. Ma responsabilité aussi, c'est d'avancer sur ce sujet, dans le dialogue et dans la concertation. Mais ces sujets-là feront l'objet de concertation avec les syndicats, bien évidemment.
Vous allez réformer le statut de la fonction publique ? Sur le statut, il y a plusieurs choses qui changent en permanence sur la question du statut. Le statut n'est pas quelque chose de figé, c'est quelque chose qui évolue avec le temps.
En tout cas, la question de pouvoir, en cas d'insuffisance professionnelle, se séparer d'un élément qui est toxique et qui nuit au service, et plutôt que de le muter ou de le garder dans les murs alors qu'il y a un problème, c'est des questions qui existent et qui se posent aujourd'hui. Il y a des outils déjà pour agir aujourd'hui. On peut déjà, mais vous le facilitez, quoi.
La question, c'est est-ce que dans les cas où on n'y arrive pas, est-ce qu'il y a une question de méthode ? Ce n'est pas forcément une modification législative d'ailleurs à faire, ça peut être des modifications réglementaires, mais je souhaite pouvoir en discuter pour ne pas laisser des services entiers minés par éventuellement l'insuffisance d'un élément qui pose problème. Ma responsabilité, encore une fois, ce n'est pas de mettre le problème sous le tapis.
Ces annonces, les jours de carence, les 90% de rémunération en cas d'arrêt maladie, pas d'augmentation du point d'indice, pas de versement de la prime pouvoir d'achat, on retire la fusion des catégories abaissées. Voilà ce que vous leur avez annoncé hier. Ils sont sortis en menaçant d'une grève d'un mot.
On aura des trains, Noël ? Écoutez, moi je ferai en tout cas tout pour garder un dialogue constructif, ouvert et sérieux. Je ne suis ni dogmatique, ni un idéaliste qui va promettre tout et n'importe quoi.
Et je serai ferme sur mes positions, tout en étant ouvert à la discussion. Donc voilà, moi je ferai mon rôle de ministre, c'est-à-dire de servir l'intérêt général, de servir les Français, charge au syndicat aussi de représenter l'intérêt général, et je suis sûr qu'ils le feront, et donc d'être responsable dans les dialogues qui s'annoncent dans les semaines qui viennent. Merci Guillaume Casbarriand, ministre de la fonction publique, de la simplification et de la transformation de l'action publique, en direct sur RMC ce matin, d'avoir fait ces annonces auprès de nous.
Sous 7h51.
Guillaume Kasbarian