Budget 2026 : « La France est le pays avec le pire déficit de toute la zone euro », alerte Philippe Dessertine
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- 0:24OuverteRéponse partielle
Est-ce que vous partagez le point de vue de Guillaume Tabard ?
- 4:09FerméeRéponse directe
5,5 milliards d'économie attendue ?
- 4:31RelanceÉludée
On parle de...
- 5:12RelanceRéponse directe
Je vais revenir sur le chiffrage, justement.
- 6:24OuverteRéponse directe
Il y a aussi ce thème des deux jours fériés qui seraient supprimés.
- 6:34OuverteRéponse directe
Rétrospectivement, qu'est-ce que ça avait apporté, cette suppression du lundi de Pentecôte ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:45Invité politiqueFait
« C'est un plan courageux ? »
- 1:54Invité politiqueFait
« Je rappelle que la Cour des comptes, à plusieurs reprises, mais de façon explicite, a dit que la dette est hors de contrôle. »
- 3:25Invité politiqueChiffre
« C'est dans l'hypothèse que nous serons à 5,4% de déficit, c'est-à-dire le pire déficit de toute la zone euro, de très loin, à la fin de l'année. »
- 6:42Invité politiqueFait
« on sait qu'on ne travaille pas suffisamment en France. »
- 7:03Invité politiqueFait
« il est insuffisant par rapport à nos voisins. »
- 8:52Invité politiqueFait
« personne ne veut mettre cette question sur la table. »
- 9:21Invité politiqueFait
« le Premier ministre de l'époque, Alexandre Tsipras, fait un référendum le dimanche, qui dit, nous rejetons massivement, imaginons les deux jours, le lundi de Pâques et le 8 mai, 80% rejettent. »
- 10:45Invité politiqueFait
« moment de vérité, en ce qui concerne la France, on a bien le sentiment qu'on a ce moment-là. »
- 11:40Invité politiqueFait
« beaucoup, mais on suppose évidemment les entreprises qui ne seraient pas de nature stratégique. »
Temps de parole
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Bonjour Philippe de Sertine, vous êtes économiste, ancien membre du Haut Conseil des Finances Publiques. Merci d'être avec nous ce matin sur Radio Classique. Année blanche, suppression de deux jours fériés, une refonte de l'abattement fiscal des retraites. François Bayrou a donc présenté son traitement de choc. Dernière station avant la falaise et l'écrasement par la dette. D'abord Philippe de Sertine, est-ce que vous partagez le point de vue de Guillaume Tabard ?
C'est un plan courageux ? Oui, enfin en tout cas c'est un plan comme on l'évoquait à l'instant. C'est un plan qui très clairement suscite toutes les oppositions et donc c'est probablement par cela qu'il va falloir passer. Car lorsque l'on regarde la situation de la France, quand on évoque la falaise, voyez au fond ça fait peut-être abstrait. C'est quoi ? C'est l'idée que nous allons avoir, si nous continuons de la sorte, on ne sait pas quand, mais on sent bien que ça s'en rapproche, une attaque sur la dette française. C'est ça qui va se passer.
C'est-à-dire que c'est une crise externe qui va faire que ce sont les créanciers de la France qui, à un moment donné, vont siffler la fin de la récréation. Je dirais que ce n'est pas quelque chose d'abstrait, c'est produit en Grande-Bretagne, il y a un peu plus de deux ans, quand le FMI a alerté sur le plan, alors là, qui était l'inverse d'un plan courageux, qui était un plan fou de l'E-Stress, et qui a occasionné sa démission obligée par sa propre majorité. Mais ça s'est passé aussi dans une certaine mesure aux Etats-Unis au mois d'avril, quand, après les annonces de Donald Trump, tout d'un coup, la dette américaine n'a plus été souscrite.
C'est-à-dire, quand on est en train de parler de la falaise, quand on est en train de parler du point qui se rapproche, c'est très concret, et d'autres plus malins que nous s'y sont trouvés confrontés il y a très peu de temps. Donc c'est ça qui peut se produire. Alors, ce plan, est-ce qu'il permet de le faire ? On l'a évoqué, Guillaume Tabard l'a bien cité, en disant que son but, c'est juste empêcher la dette de continuer d'augmenter. Je rappelle que la Cour des comptes, à plusieurs reprises, mais de façon explicite, a dit que la dette est hors de contrôle. Nos dépenses sont hors de contrôle.
Ça veut dire qu'elle augmente, alors que nous ne le voulons pas, et qu'elle augmente, on va dire, de façon irrationnelle, en tout cas absolument irrationnelle, par rapport à notre capacité de la rembourser. Donc ça signifie que nous sommes dans une situation où nous pouvons avoir très vite une attaque sur la dette. Quand je dis très vite, ça peut être dans trois semaines, ça peut être dans deux ans. Ça arrivera forcément si nous continuons sur ce chemin. Et on va dire que, logiquement, ça aurait dû arriver beaucoup plus tôt si nous n'étions pas dans la zone euro.
C'est-à-dire que la zone euro nous protège, parce que la zone euro, on va dire globalement, nous compris, en tout cas en faisant une moyenne, est vertueuse. Donc, Export, François Béroux, à juste titre, a évoqué le déficit de notre commerce extérieur, qui est aussi grave, peut-être plus grave encore, que le déficit public, parce que c'est à chaque fois que nous faisons des achats de la richesse nationale qui s'en va au profit de nos fournisseurs étrangers. Donc nous avons ce déséquilibre, et nous avons cette dette qui augmente, qui, logiquement, devrait, depuis longtemps, avoir obligé les créanciers, soit augmenté énormément les taux d'intérêt, soit avoir même arrêté de nous prêter.
On sait que ça va arriver, ce plan commence, commence, c'est un début. Et c'est là, évidemment, où il faut sans arrêt faire passer ce message. Les Français...
Et c'est pour l'an prochain, en plus.
Alors, c'est pour l'an prochain. C'est dans l'hypothèse que nous serons à 5,4% de déficit, c'est-à-dire le pire déficit de toute la zone euro, de très loin, à la fin de l'année. Et malheureusement, les chiffres dans lesquels nous sommes, sur cette année, 2025, au moment où les gens qui nous écoutent partent en vacances, ou peut-être y sont, ou en tout cas, auront tendance à penser à autre chose, autour de France ou à la Coupe d'Europe de football féminine. Mais on est effectivement dans une situation où les 5,4% ne sont absolument pas assurés.
On est plutôt dans une logique de glissade provenant du fait, d'abord, que les dépenses publiques ne ralentissent pas, en particulier les dépenses autour, on va dire, de l'ensemble des éléments sociaux, et en particulier de la Sécurité sociale.
5,5 milliards d'économie attendue ?
Espérer. Espérer. Espérer, pardonnez-moi. Parce qu'à chaque fois, quand on est en train de fixer des objectifs, on voit bien que vous avez des hypothèses qui sont faites, et qu'il n'est pas certain du tout que ces hypothèses puissent se vérifier. C'est-à-dire, on n'est pas dans des plans dans lesquels on dit, mais là, à partir de demain, on va avoir cette amélioration.
Justement, on parle de...
Pardonnez-moi, juste, je termine en disant, la croissance ne sera pas au rendez-vous. Parce que sans arrêt, lorsqu'on est en train de parler de la dette sur PIB, les 114%, au fond, souvent, on dit 114%, ça veut dire quoi ? C'est mieux que de dire des milliards, parce que 3 346 milliards, c'est tellement effrayant, qu'au fond, les gens ne comprennent plus. Alors, 114%, je ne suis pas sûr qu'ils comprennent plus, mais en disant, c'est le PIB. C'est à chaque fois le déficit sur PIB.
Or, la croissance risque d'être moins forte que prévue, c'est-à-dire, le PIB, le dénominateur, sera moins bon, ce qui explique d'ailleurs, parfois, pourquoi on essaie, malgré tout, de préserver les entreprises, les entreprises, c'est elles qui font le PIB. Et donc, si vous tapez, en plus, sur les entreprises, en plus, vous n'aurez plus de PIB. Donc, voilà. Enfin, vous voyez le contexte dans lequel nous sommes... Pardonnez-moi, j'ai été un peu long.
Je vais revenir sur le chiffrage, justement. Ce point-là, il est intéressant. Donc, on a 7 milliards d'euros d'économies espérées, donc, sur l'année blanche. 3,4 milliards sur les abattements retraites. Pour prendre ces deux exemples, ça veut dire que ce n'est pas tout à fait certain.
Non, bien sûr. Et ce n'est pas forcément bien chiffré. Ce sont à chaque fois des hypothèses... Alors non, ce n'est pas mal chiffré, parce que ce sont les chiffrages qu'on fait avec les modèles dont on dispose, notamment à Bercy, qui sont des modèles théoriques et vérifiés par les statistiques anciennes. C'est-à-dire, c'est comme quand on enlève un jour de travail. Et on dit, alors, ça nous permet d'économiser. Ça va permettre d'avoir en PIB, en plus, 2,3, 2,3, 3 milliards, parfois 4. On dit, mais au fond, en réalité, c'est après coup qu'on se rend compte véritablement si ça a été au rendez-vous.
Et quand ça ne l'est pas, d'ailleurs, on dira, ah oui, mais il y a eu plein d'autres facteurs qui ont fait qu'on n'a pas eu les milliards attendus. C'est-à-dire, à chaque fois, quand on est en train de proposer des mesures de ce type, on pense qu'on évalue que, mais la plupart du temps, on évalue toutes choses égales par ailleurs. C'est-à-dire, nos modèles fonctionnent quand, en réalité, à postériori, on regarde ce qui s'est passé. Mais la plupart du temps, quand vous projetez dans le futur, vous aurez des surprises. Et soyons très clairs en matière de finances publiques, c'est très rare que les surprises soient bonnes.
Il y a aussi ce thème des deux jours fériés qui seraient supprimés. On en a déjà parlé de ces jours fériés. Il y a eu le lundi de Pentecôte, il y a 20 ans. Rétrospectivement, qu'est-ce que ça avait apporté, ce débat, cette suppression du lundi de Pentecôte, cette idée-là ?
Je rebondis aussi sur ce que disait Guillaume Tabard tout à l'heure. C'est-à-dire, on sait qu'on ne travaille pas suffisamment en France. Alors, quand je dis ça, vous avez probablement certains de vos auditeurs qui doivent immédiatement dire « Mais que dit-il ? On sait que ? Pourquoi ? On sait que ? Non, on ne sait pas. D'ailleurs, on travaille bien, etc. » C'est-à-dire que quand on compare, et on a eu encore des études très récentes de l'OCDE sur le temps de travail en France, il est insuffisant par rapport à nos voisins. Alors, vous allez dire, pourquoi insuffisant ? Insuffisant parce que notre système ne marche pas.
Parce qu'il nous met en déséquilibre, en déséquilibre, répétons-le, qui normalement est intenable, du commerce extérieur et des dépenses publiques. Alors, soit vous revisez vos dépenses publiques en disant « On ne va plus dépenser du tout, et donc comme ça, notre système tient », mais on voit bien évidemment que ça n'est pas du tout la finalité et l'approche française. Donc, notre système ne fonctionne pas et suppose que l'on ait une création de richesse supplémentaire qui n'est apportée que par les actifs. Donc, quand vous avez besoin de plus de création de richesse, par exemple, vous repoussez l'âge de la retraite, ça permet d'avoir plus d'actifs et moins d'inactifs.
Je dirais, ça semble dès la palissade, mais bien sûr, c'est la richesse que créent les personnes qui ne sont pas encore à la retraite et qui ne ponctionnent pas en tant que retraités, ou alors, au cours de l'année, on doit travailler plus tous les jours, ou si on n'augmente pas le temps de travail quotidien, on augmente le nombre de jours au travail, et la suppression des jours fériés va dans ce sens. C'est-à-dire, en réalité, on a le problème sur la table et on regarde comment on peut faire. On regarde comment c'est acceptable, et on voit que cette question immédiatement suscite, on va dire, un refus massif, quasiment, de tout le monde.
Et quand vous allez avoir même, peut-être, des camps du plus de travail qui vont s'exprimer, ils vont sans doute dire que ce n'est pas la bonne solution. Parce qu'en réalité, personne ne veut mettre cette question sur la table. Il faut rappeler que la droite, par exemple, a sans arrêt critiqué les 35 heures, mais ne les a jamais supprimés quand ils étaient au pouvoir. Parce qu'on sait bien que...
C'est sensible.
Oui, c'est-à-dire... Non, mais vous voyez, ce qui est sensible, ça veut dire que ce qui est de bon sens, en réalité, en fait, le politique ne l'assume pas. En disant, je sais très bien que si je fais ça, je ne vais pas continuer ma carrière politique. Donc, je ne le fais pas. Je crois que vraiment, on est avec cette question que d'ailleurs a évoquée François Bayrou, au départ de son discours hier, quand il parle de l'exemple de la Grèce. Alors souvent, on dit, mais alors, est-ce qu'on peut... Mais on n'est pas la Grèce, quand même, etc. Non, excusez-moi, la Grèce n'était pas non plus un pays complètement sauvage, etc.
Ils ont pensé, à un moment donné, que leur système était tenable, parce qu'ils étaient dans l'Europe, enfin, pour tout un tas de raisons qui sont les mêmes que celles que nous pensons aujourd'hui, que nous ne sommes pas sanctionnés. Mais l'exemple qu'il prend était intéressant, en disant, le Premier ministre de l'époque, Alexandre Tsipras, fait un référendum le dimanche, qui dit, nous rejetons massivement, imaginons les deux jours, le lundi de Pâques et le 8 mai, 80% rejettent, et le jeudi suivant, le FMI, c'est-à-dire quatre jours après, et la BCE dit techniquement, excusez-moi, vous n'avez pas le choix. Et là, les gens, ils ont fait quoi ?
Ils ont accepté, c'est-à-dire que vous êtes obligés, vous n'avez pas le choix. C'est-à-dire qu'on est bien dans la voie du bon sens, de la sagesse qu'il va falloir faire, parce que la falaise va nous tomber dessus, ce n'est pas une hypothèse, c'est une certitude. Et ensuite, quand il s'agit de le faire, et bien effectivement, un, personne n'est pour, et deux, aucun politique ne l'assume. Je vous rappelle que ça se termine comment ?
Par exemple, en Italie, où vous n'avez pas eu le FMI, ça se termine pendant des mois, des années, les politiques qui redonnent la patate chaude à des techniciens, en disant, débrouillez-vous, faites-les avant, moi je ne peux pas, de toute façon, je ne serai plus élu, et donc j'ai envie de continuer à être plus élu, donc faites-le. Et après cette période, eh bien, on redonne le pouvoir aux politiques, voire même, en ce qui concerne Mme Mélodie, on lui fait faire un stage, c'est ce qui s'est passé avec M. Draghi, en disant, on va vous expliquer vraiment ce que vous pouvez faire et pas faire.
Donc, on a un peu ce moment-là, quand on parle du moment de vérité, en ce qui concerne la France, on a bien le sentiment qu'on a ce moment-là, je rappelle, 1958, De Gaulle qui arrive, et qui a des finances publiques exsangues, un déficit du commerce extérieur épouvantable, qui revient parce qu'il y a la guerre, c'est la seule raison pour laquelle on le rappelle, et qui, pendant deux ans, va dire, on remet tout à plat. Pendant deux ans, on souffre, mais quand tout est remis à plat, le pays repart, parce que le pays, la France, c'est un pays qui a des capacités de rebond, c'est un pays qui a des capacités de créer de la valeur.
Nous en sommes là aujourd'hui, moment de vérité, mais il n'est pas certain du tout que le début 1958 ait vraiment commencé.
Une rapide question, et une rapide réponse, il nous reste une minute, Philippe de Certine. La question est peu évoquée ce matin dans la presse, mais François Bayrou annonce une révision de la participation de l'État dans les grandes entreprises. Certains parlent d'une agitation du spectre, de privatisation, la précision sera importée à l'automne prochain. Quelles entreprises pourraient-être concernées, finalement ?
Alors, beaucoup, mais on suppose évidemment les entreprises qui ne seraient pas de nature stratégique, c'est-à-dire celles dans lesquelles l'État a encore des participations. À Safran ou Thalès, par exemple ? À Safran ou Thalès, c'est stratégique. C'est-à-dire, là, on va rechercher les entreprises non sensibles dans lesquelles on pourra espérer récupérer un tout petit peu d'argent. Quand vous vendez les bijoux de famille, en général, ça rapporte moins de prévus, et c'est qu'une fois. Donc, effectivement, on peut avoir quelques centaines de millions, milliards, mais pas plus, sûrement pas à l'échelle du problème qui est à traiter.
Merci beaucoup, Philippe Dessertine, économiste, ancien membre de l'Institut des Hautes Finances. Je rappelle le titre de votre dernier ouvrage, L'Horizon des Possibles. C'est aux éditions Robert Laffont. Bonne journée à vous. Merci. 8h27 sur Radio Classique. Dans un instant, Esprit Libre. Avec nous ce matin, la rédactrice en chef du magazine Le Point, Géraldine Vossner, et l'éditorialiste Christophe Barbier. Ce sera juste après le rappel des titres et la revue de presse.
Deuxièmement. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci.