David Feutry : "Il n'y a pas de frustration au quotidien avec les élèves, mais des questionnements"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Défensif 70 %
Questions et réponses
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Qu'est-ce qu'il faudrait ? Manque de moyens, manque de reconnaissance, vous attendez quoi exactement ?
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Et justement, sur ces sujets-là, est-ce qu'il y a des choses qui ont été faites depuis trois ans ?
- 3:23OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il vous est déjà arrivé de vous censurer, de ne pas parler d'un sujet à vos élèves ?
- 3:52OuverteRéponse directe
Est-ce que votre regard sur le métier a changé ?
- 4:20OuverteRéponse directe
Et vos élèves, ils vous posent beaucoup de questions ?
- 4:38OuverteRéponse directe
Vous parliez tout à l'heure de reconnaissance, ce besoin de reconnaissance de la part de la classe politique ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Le manque de reconnaissance, c'est un travail de fond qui doit être fait par les politiques. »
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« Le manque de moyens, il est au quotidien et on parle souvent aussi du nombre d'enseignants. »
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« Paradoxalement, pas vraiment, puisque les heures d'enseignement moral et civique ont diminué »
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« Certes, il y a la question du conflit israélo-palestinien, mais on enseigne aussi, par exemple, en seconde, les croisades où on va parler du djihad »
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« Ce sont des lieux communs, du professeur toujours en vacances, qui ne fait pas grand-chose. »
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« quand on demande aux Français, ou en général, un métier où ils voient de la reconnaissance, c'est souvent le métier de professeur. »
Temps de parole
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France Inter, 5-7.
Il est 6h21, enseigné oui, mais comment ? Cette question, vous n'allez cesser de l'entendre aujourd'hui sur France Inter. Nous donnons la parole aux professeurs pour leur permettre d'exprimer leurs difficultés, leurs craintes, leurs attentes alors que le terrorisme a encore frappé l'école avec la mort de Dominique Bernard à Arras, trois ans après l'assassinat de Samuel Paty. Vous êtes le premier invité de cette journée spéciale, David Feutry, bonjour. Bonjour. Je suis président de l'association des professeurs d'histoire et de géographie dans la région Centre. Vous enseignez dans un lycée à Dreux, dans l'Eure-et-Loire.
Je vous propose pour commencer d'écouter les témoignages de plusieurs de vos collègues. Je ne suis pas sûre que ce qui me fatigue, ce soit les assassinats ou ces questions-là. Ça, ça m'horrifie, mais au quotidien, ça fait bien longtemps que moi et je pense mes collègues, on est fatigué du manque de moyens. Et est-ce que j'ai encore la foi de faire mon travail ? Oui, parce que je me dis qu'il y a encore moyen parfois de faire des choses bien, mais le plus souvent, c'est beaucoup de frustration. Clairement, je songe très fortement à me reconvertir pour aller dans l'enseignement supérieur. Je pense que le public est différent, plus mature, et puis on risque moins d'agression.
Mais le lycée, je n'ai plus du tout envie maintenant. Je dirais que ces événements-là, en fait, me font prendre conscience aussi des fondamentaux pour lesquels j'ai choisi ce métier. Moi, en tant que prof d'histoire, je n'ai pas l'impression d'être extrêmement subversif, vous voyez. « En fait, si, ce qu'on fait, c'est utile vu que ça dérange. » Pendant une année, on fait un chemin ensemble et je me dis que la manière dont je suis avec eux, ce que je leur dis, va peut-être les faire réfléchir, va peut-être les amener à se construire une pensée. La flamme, je l'ai, mais bon, voilà, il y a aussi des freins qui nous compliquent la tâche.
Des témoignages recueillis par Aurélie Carive et Noé Miller. David Feutry, cette flamme, est-ce que vous l'avez encore, vous ?
Oui, il n'y a aucun souci, il n'y a pas de question à se poser sur la flamme de l'enseignement. Il n'y a aucun problème, c'est vrai qu'on a des élèves au quotidien et comme vos reportages l'indiquent bien, on est là pour leur apprendre beaucoup de choses, leur apprendre aussi l'esprit critique, ce qui semble effectivement déranger. Il n'y a pas de frustration au quotidien avec les élèves. Mais comme le reportage l'indique bien, il y a des questionnements que l'on s'oppose sur le manque de moyens, sur le manque de reconnaissance et sur l'image parfois que l'on transmet du professeur.
Qu'est-ce qu'il faudrait ? Manque de moyens, manque de reconnaissance, vous attendez quoi exactement ?
Alors, le manque de reconnaissance, c'est un travail de fond qui doit être fait par les politiques. Le manque de moyens, il est au quotidien et on parle souvent aussi du nombre d'enseignants. C'est aussi un problème qui montre finalement le désamour de ce métier. La vraie question qu'il faut se poser, c'est finalement dans les programmes, comment effectuer un travail de fond sur la question et de la laïcité et de l'enseignement moral et civique et surtout, j'insiste véritablement beaucoup, sur l'éducation aux médias et à l'information.
Et justement, sur ces sujets-là, est-ce qu'il y a des choses qui ont été faites depuis trois ans, depuis l'assassinat de Samuel Paty ?
Paradoxalement, pas vraiment, puisque les heures d'enseignement moral et civique ont diminué et surtout, il faudrait réfléchir sur un programme ou sur un nouvel enseignement d'enseignement aux médias et à l'information.
Est-ce qu'il vous est déjà arrivé de vous censurer, de ne pas parler d'un sujet à vos élèves ?
Non, pas du tout, parce qu'en réalité, tout peut être prétexte à censure. Certes, il y a la question du conflit israélo-palestinien, mais on enseigne aussi, par exemple, en seconde, les croisades où on va parler du djihad, on enseigne aussi les différentes guerres, on va enseigner la question du génocide arménien. Donc, en réalité, en histoire géo, on peut être exposé tous les jours. Donc, il n'y a pas véritablement de question de censure.
Est-ce que votre regard sur le métier a changé ?
Pas vraiment. On a toujours eu ces questions de remise en question, des relations avec les élèves qui peuvent être parfois compliquées. Mais dans la mesure où on est là pour donner de l'enseignement, donner des connaissances et avoir aussi une part dans la diffusion de l'esprit critique pour les élèves, non, non, je n'ai jamais eu de remise en question.
Et vos élèves, ils vous posent beaucoup de questions ?
Oui, les élèves sont très demandeurs. Autant la semaine dernière, dans la question du conflit israélo-palestinien, qu'avec les événements horribles qui se sont passés vendredi, lundi et mardi, les élèves avaient beaucoup de questions et voulaient beaucoup discuter sur ces événements.
Vous parliez tout à l'heure de reconnaissance, ce besoin de reconnaissance de la part de la classe politique, de la part des Français aussi ?
Oui, il y a toujours, évidemment, une image qui a été un peu instillée de ce professeur qui est... Ce sont des lieux communs, du professeur toujours en vacances, qui ne fait pas grand-chose. Et c'est une image qui est paradoxale, puisque quand on demande aux Français, ou en général, un métier où ils voient de la reconnaissance, c'est souvent le métier de professeur. Ils ont toujours à l'esprit le nom de professeur qui les ont vraiment aidés à avancer dans leur vie.
Oui, on a tous, effectivement, un nom de professeur qui nous a marqués. Merci beaucoup, David Feutry. Je rappelle que vous êtes président de l'association des professeurs d'histoire et de géographie dans la région Centre. Vous étiez le premier invité de cette journée spéciale. Il y en aura beaucoup d'autres. Par exemple, à 8h20 dans le Grand Entretien, mais aussi dans le 13-14, l'émission Grand Bien Vous Fasse, la bande originale, et jusqu'ici tout va bien. Et puis ce soir, un téléphone sonne XXL avec Fabienne Sintès entre 19h et 21h. Bonne journée à vous, David Feutry.