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interviewBFMTV· 22 mars 2023 31 min

Le point presse en intégralité de Marine Le Pen en réponse à l'interview d'Emmanuel Macron

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Marine Le Pen

Le format tout d'abord. Maladresse ou choix délibéré, M. Macron a opté pour un horaire de diffusion qui relève d'une volonté ostensible, transgressive et même puérilement provoquante d'ignorer la France qui ne peut pas être devant sa télévision en pleine journée. C'est-à-dire la France des actifs, ces Français qui étaient les plus concernés par la réforme des retraites et qui y sont opposés à près de 90%. Un président de la République aurait dû avoir à cœur de s'adresser d'abord à ceux qu'il avait heurté, blessé ou contraint. Le rôle d'un président est de s'adresser à tous, sans exclusion ni mépris, de trouver les mots pour rassurer et rassembler.

En défiant symboliquement la France qui travaille, M. Macron a conforté le sentiment de mépris pour une partie du peuple. Un mépris qui fut la marque de fabrique de la séquence retraite. La veille, il a cru bon de qualifier de foule, rappelant le terme, souvenez-vous, de foule haineuse, utilisée lors des gilets jaunes. Les personnes qui manifestent en masse comme s'ils se plaisaient à provoquer et entretenir une épreuve de force, un affrontement avec les Français. À la brutalité de son pouvoir, le président ne peut pas ajouter une violence verbale. Pourquoi se complaire dans d'inutiles, de blessantes et dangereuses provocations ?

En agissant ainsi, ils n'usent pas seulement les institutions de notre République. Par des interventions de diversion, ils démonétisent une nouvelle fois la parole publique. Ce midi, nous avons entendu des propos mécaniques et dilatoires d'un homme apparemment de plus en plus seul, qui semble avoir perdu tout sens du réel, tout contact avec le monde extérieur, y compris peut-être avec les siens. Alors qu'il devait parler institution, il s'est égaré dans de la communication. Alors qu'il devait montrer une direction, il a cru pouvoir se contenter de contorsions.

Alors qu'il devait recoudre le tissu national, il continue de vouloir en découdre avec le monde entier, contre les évidences, contre les réalités. Le pays n'a pas besoin de cela. Le pays ne mérite pas cela. Le pays attend une réponse institutionnelle. Il n'a visiblement à offrir qu'un discours vide, que de vagues promesses, de chantiers à ouvrir, sans calendrier, sans véritable direction. Il est persuadé que ce pourrait être une victoire que de faire adopter une réforme comme celle des retraites, qui va prendre deux ans de vie personnelle à chacun des Français, sans un vote sur le texte, contre l'opinion, contre la rue, contre les syndicats, et contre la représentation parlementaire.

Parce que lorsqu'il oppose la foule à la souveraineté du peuple exercée par ses représentants, il oublie tout de même un peu vite qu'il a foulé au pied cette représentation nationale en empêchant le vote. Il est des actions qui, sans être tout à fait illégales, n'en sont pas particulièrement morales. Le Conseil constitutionnel que nous avons saisi jugera au moins de la légalité. Le 49.3 a été utilisé pour faire monter en nombre de voix le seuil de rejet d'un texte injuste et rejeté par tout le monde, pour lequel il n'y avait évidemment pas de majorité parlementaire.

Croire qu'à coller au déni démocratique sur les retraites un usage abusif du 49.3 pourrait ajouter des lauriers à la couronne princière est une erreur. L'action politique dans une démocratie mature ne peut se réduire à des coups, à des ruses, à un numéro d'illusionnistes. Le prestidigitateur n'a plus de lapin à sortir du chapeau. Chaque jour qui passe nous révèle le visage de ce pouvoir qui n'est ni souriant ni bienveillant comme il voulait se présenter à l'origine. Rappelons-nous que longtemps, il fut blasphématoire de suggérer qu'il puisse être brutal et cynique, arrogant et insensible. Il fallait accepter d'aller au vote, accepter d'aller au vote quitte à perdre.

En démocratie comme en sport, il est des défaites moins déshonorantes que des résultats mal acquis. Le constat de l'absence de majorité par le gouvernement lui-même ruinait d'ailleurs le seul argument de la réforme qu'il abrandit tout au long des débats, celui de son caractère vital. L'abus du 49.3, c'est là le raisonnement à courte vue d'un joueur de poker, d'un trader, mais pas celui d'un responsable politique et encore moins d'un homme d'État. Les politiques savent qu'il est des victoires de le coup et si lourd qu'elles s'apparentent à des défaites. Les historiens nous rappellent la victoire d'Héraclé qui fit dire à Pyrrhus « Encore une victoire comme celle-là et nous serons défaits ».

Ces victoires illusoires et souvent autoproclamées compromettent généralement de manière définitive la suite. Le gouvernement a gagné, pardon, n'a pas perdu, de neuf voix. Mais Mme Borne sort pulvérisée de cette séquence. Le vote de confiance ne peut s'interpréter que comme une manifestation de défiance, bien sûr, du gouvernement, mais disons-le aussi du président, qui dans les coulisses élyséennes tirait les ficelles, les grosses ficelles de ce tour de magie raté.

Dès le début de son second mandat, avec la désignation d'une technocrate, Emmanuel Macron a fait le choix délibéré de rester institutionnellement en première ligne comme l'instigateur et donc le responsable politique de l'action gouvernementale, même si ces derniers jours, lui d'habitude si présent, il avait courageusement fait le choix de la discrétion et avait opportunément disparu. Un président de la cinquième est normalement protégé par son premier ministre, mais quand le chef de l'État cumule de manière évidente et a fortiori revendiquée les fonctions présidentielles et gouvernementales, il ne peut s'exonérer.

Cette cécité s'explique par l'incapacité à percevoir la révolution pacifique et démocratique qui s'est déroulée par le vote des Français. En juin dernier, les Français ont, dans une volonté collective qui a pu dépasser les consciences individuelles de chaque électeur, changé la nature du régime. D'un régime présidentiel, nous sommes passés à un régime sinon parlementaire, du moins parlementarisé. Le corps électoral a voulu réévaluer le rôle du Parlement et contrebalancer l'omni-pouvoir présidentiel. Ce soir, du 19 juin à 20 heures, le président de la République aurait dû le comprendre et aurait dû l'admettre.

Par inculture politique, par prédisposition personnelle, par vanité et peut-être il en a été incapable. Et pire, pire, à 13 heures, il verse dans l'anti-parlementarisme en assumant le souhait de contourner la représentation nationale dès qu'il le pourra, répétant plusieurs fois que les réformes ne passeraient pas obligatoirement par la loi. Allant même jusqu'à cette déclaration incroyablement inquiétante, on passe trop par la loi dans notre République. Et pardon de rappeler au président de la République qui en est le garant, que c'est la Constitution qui détermine ce qui relève de la loi, par le fait du prince.

La crédibilité et la puissance des institutions tiennent bien sûr et c'est heureux à leur autorité légale, à leur valeur morale, mais elles procèdent aussi de leur logique, de leur implacable logique qui enserce celui qui veut les déjouer, les contourner, les abuser. M. Macron ne devrait pas perdre de vue cette loi des reins. Et parce que nos institutions, notamment constitutionnelles, sont notre loi commune, c'est à elles qu'il faut en revenir. Bien sûr, la rue exprime son mécontentement et les manifestations pacifiques comme les grèves sont légales, constitutionnelles, et je le dis avec résolution aujourd'hui légitime.

Elle constitue une forme de résistance démocratique et pacifique à une arrogance et une violence gouvernementale que rien ne justifie avant ou après le 49-3. Je condamne en revanche les blocages qui pénalisent les simples citoyens et les violences, bien sûr, qui voient s'affronter des Français entre eux. Ces pratiques livrent le mouvement de contestation à des milices violentes d'extrême-gauche avec lesquelles le pouvoir joue depuis trop longtemps pour le discréditer et en éloigner la majorité des citoyens attachés à la paix civile et aux institutions. Si la Première ministre avait un peu de sens politique, elle partirait d'elle-même.

Mme Borne peut évidemment ne pas démissionner, mais son autorité est ruinée et donc son action future est illusoire. Parce que la constitution que nous a donnée le général de Gaulle est bien faite, notamment dans les circonstances où la situation échappe au pouvoir, nos institutions nous renvoient au peuple par la voie d'un référendum qui engage un texte, mais aussi, en toute logique, le maintien du président, M. Macron, qui a engagé bravache la responsabilité de son gouvernement, serait-il seulement capable d'engager la sienne sur un référendum ? Par une dissolution qui rebattrait les cartes politiques, trancherait la question de la réforme comme celle de la poursuite de l'action politique.

M. Macron a indiqué un autre cap qui est une impasse pour sa majorité minoritaire, ce qui, en soi, est sans importance, mais surtout une voie au mieux paralysante, au pire dangereuse pour le pays, réformée par voie réglementaire. C'est-à-dire écarter le Parlement du processus des réformes. C'est aller vers un renforcement d'un pouvoir personnel, d'un pouvoir technocratique. Et s'agissant du régime dérivant d'Emmanuel Macron vers la prise en main du pays par des féodalités oligarchiques ou les cabinets de conseil américains. Refuser de réhabiliter le Parlement dans son rôle institutionnel, c'est persister dans l'ignorance de ce qu'a voulu le peuple le 19 juin.

C'est méconnaître le rejet d'un pouvoir vertical et solitaire qui n'est plus concevable dans la France du XXIe siècle. C'est ignorer qu'on ne réforme un pays que par un projet partagé, par un élan volontaire auquel le peuple adhère, par une volonté de fédérer les énergies, par une méthode fondée légitimement sur la résolution politique, mais aussi sur la capacité d'écoute et la recherche des compromis nécessaires. Pour ce qui nous concerne, nous sommes pour le pays prêts à toutes les hypothèses, avec pour boussole politique l'intérêt de la France, le bonheur des Français et donc vers le projet refondateur de rendre le pouvoir au peuple.

Voilà, mesdames et messieurs, je suis bien sûr à votre disposition pour répondre à vos questions sur ce sujet ou sur d'autres.

11:13
Invité

– La méthode qui a évoqué le président de la République, notamment sur les prochains textes à venir, il a expliqué qu'il comptait en gros découper en rondelles certains textes et voter avec différentes majorités. Pourquoi est-ce que ça ne marcherait pas finalement, puisqu'hier soir, vous avez voté, en tout cas votre groupe a voté un texte sur le nucléaire qui était proposé par le gouvernement ?

11:36
Marine Le Pen

– Un texte, une logique, une cohérence, une vision, une projection. Qu'est-ce que c'est que cette idée d'aller découper un texte en petits morceaux pour essayer de faire voter un petit morceau avec une partie de l'hémicycle, un petit morceau avec l'autre ? Mais c'est encore une fois une perte totale de cohérence politique. Et puis c'est surtout un terrible aveu d'échec.

Non, on construit une majorité sur, encore une fois, un texte, une vision, une volonté, pas en découpant des moitiés de phrases, en se disant, tiens, cette moitié de phrases, je vais peut-être réussir à la faire voter par le PS, et puis cette autre moitié de phrases, je vais essayer de la faire voter par ce qui reste de LR, c'est-à-dire pas grand-chose. Non mais je ne sais pas à quoi il fait référence. Écoutez, moi, ce que j'ai entendu, c'est qu'il a comparé la foule, c'est-à-dire les manifestants, dans leur ensemble, à ce qui s'est déroulé au Capitole, à ce qui s'est déroulé au Brésil, c'est-à-dire qu'en réalité, il a un propos extrêmement contradictoire.

Il dit qu'il respecte, mais il insulte. Et il insulte tous les Français, globalement, tous ceux qui, pourtant en vertu du respect de la Constitution, manifestent, y compris, évidemment, ceux qui manifestent pacifiquement, ou ceux qui, respectant ainsi la Constitution, sont en grève.

On voit qu'en réalité, il exprime, et il a en lui une colère qu'il n'arrive pas à maîtriser à l'égard de ceux qui sont en désaccord avec lui, à l'égard de ceux qui en appellent à la démocratie, à l'égard de ceux qui considèrent comme anormal que nous ayons été privés de la capacité de débattre de ce texte en raison du véhicule législatif choisi par le gouvernement, de ceux qui considèrent que nous avons été, de fait, privés de vote sur les articles peut-être les plus essentiels de cette réforme des retraites, et notamment l'article 7, mais pourquoi pas également l'article 12, de ceux qui considèrent qu'il est honteux qu'il y ait eu un vote bloqué au Sénat, de ceux qui considèrent qu'on ne peut pas changer les règles du jeu lorsque vous allez échouer, lorsque le texte que vous avez présenté, expliqué maintes fois avec les mêmes éléments de langage, d'ailleurs, qu'on retrouve dans la bouche de M.

Dussopt, de la Première ministre ou du Président de la République, vous avez échoué à convaincre, et que donc l'Assemblée nationale s'apprêtant à s'opposer à ce texte, ce qui est la règle du jeu en démocratie. Eh bien, vous rompez d'un coup avec cette règle du jeu, vous violez le processus démocratique en imposant ce texte par l'intermédiaire du 49-3. Donc tous ceux qui sont opposés à cette manière de faire sont rejetés en quelque sorte dans le camp des factieux ou des factions. Mais dites-moi, ça fait du monde quand même. Ça fait 90% des actifs. Ça fait 70% du peuple français. Et ça fait une majorité des députés à l'Assemblée nationale.

14:53
Invité

... ... Eh bien, s'il fait l'objet d'une enquête par l'IGPN, c'est qu'il mérite, à l'évidence, de faire l'objet d'une enquête par l'IGPN. Eh bien, s'il fait l'objet d'une enquête par l'IGPN,

15:22
Marine Le Pen

c'est qu'il mérite, à l'évidence, de faire l'objet d'une enquête par l'IGPN. Voilà, moi, je n'ai jamais considéré qu'il ne pouvait pas y avoir d'actes qui soient condamnables de la part d'un tel ou d'un tel. Mais ils sont, en règle générale, poursuivis et condamnés. Je crois que c'est d'ailleurs le corps de fonctionnaire qui est le plus contrôlé et qui fait l'objet du plus d'enquêtes ouvertes. Bon, donc il faut se réjouir que la justice fasse son travail. Quant aux manifestations, enfin pardon, autorisées, non autorisées, on est là quand même dans un niveau qui n'est pas celui du débat qui se pose au pays aujourd'hui.

Le débat qui se pose aujourd'hui au pays, c'est que nous avons un président de la République qui, plutôt que de venir expliquer qu'il avait compris que cette réforme était une réforme qui allait toucher chacun des Français, qu'il entendait que la majorité des Français y était opposée et que l'ensemble de l'Assemblée nationale, que la majorité de l'Assemblée nationale y était opposée, eh bien ils ne pouvaient pas maintenir cette réforme en l'État, qu'il fallait faire autre chose. Et autre chose, encore une fois, il n'y avait pas 50 possibilités, c'est le référendum, la dissolution.

Et moi je suis frappé de voir, je vous le dis franchement, un certain nombre de journalistes avoir repris sans aucun recul les arguments du gouvernement consistant à dire « Ah oui, mais alors vous comprenez, ils votent une motion de censure, mais ils ne peuvent pas faire de gouvernement commun. » Mais ça n'est pas du tout le sens de nos institutions. Ça n'est pas du tout le sens de la motion de censure. Enfin, je rappelle que le sens du vote d'une motion de censure, c'est d'exprimer la censure du gouvernement. Dans ces conditions, la Première Ministre est contrainte de déposer sa démission.

Et le Président de la République a le choix, soit de nommer à nouveau Premier Ministre, soit même, éventuellement, de renommer le Premier Ministre qui a démissionné. Voilà, c'est ça. Personne, personne d'autre que le peuple français ne décide quelle majorité va sortir des urnes. Personne. La motion de censure n'a pas été adoptée. Non mais je suis d'accord. Mais je veux dire, l'argument qui a été utilisé par le gouvernement et repris par des journalistes, c'est de dire « Ah mais de toute façon, même si la motion avait été votée, ils n'ont pas de majorité. Ensemble, c'est la carpe et le lapin. » Mais ça n'est pas du tout le sens de nos institutions.

Enfin, pardon, on ne peut pas rajouter à nos institutions ou inventer des institutions qui n'existent pas.

17:52
Invité

Vous avez déclaré il y a un respect que vous ne participeriez pas à éteindre le seau. Qu'est-ce que ça veut dire exactement ?

18:02
Marine Le Pen

Et au moment des Gilets jaunes, en décembre, nos institutions ont été en danger. Nos institutions ont été en danger. Oui, oui. Il y a un soir de décembre où le président de la République a craint, je crois que chacun l'a exprimé d'ailleurs à ce moment-là, que des manifestants ne s'en prennent à nos institutions et notamment en cherchant à forcer les portes de l'Élysée. J'ai fait un courrier ce soir-là et j'ai exprimé à tous ceux qui ont envie de m'écouter qu'il m'apparaissait essentiel de préserver les institutions. Je crois avoir de ce fait probablement, peut-être contribué, à faire baisser le niveau de tension qui existait.

Je suis allé en septembre voir Elisabeth Borne et je lui ai dit compte tenu de la situation, la situation d'inflation, la situation auxquelles sont confrontés les Français, le prix du carburant, les TPE-PME qui vont fermer à cause du prix du carburant, la guerre en Ukraine et les conséquences sur les difficultés d'approvisionnement. Eh bien, si vous mettez en œuvre cette réforme de retraite comme vous entendez le faire, alors je considérerai que vous êtes l'unique et seul responsable du feu que vous mettrez dans le pays et vous en assumerez les conséquences. Je ne jouerai plus aux pompiers. Voilà. C'est très simple. Vous voyez, moi, j'ai encore une fois une qualité.

Je dis ce que je fais et je fais ce que je dis.

19:40
Invité

– Mme Le Pen, Samy Sfaxi pour BFM TV à nouveau. Quand le président dit « je ne cherche pas à être élu, je ne peux pas constitutionnellement, je cherche l'intérêt supérieur du pays, je suis prêt à endosser l'impopularité », comment est-ce que vous, vous avez perçu ce passage-là ?

19:54
Marine Le Pen

– Oui, mais que peut-il dire d'autre ? C'est l'argument, comment dire, l'argument ultime consistant à dire « tout le monde est en désaccord, c'est parce que ce que je fais est courageux ». Non, tout le monde est en désaccord parce que ce que vous faites est inutile, brutal, inefficace et injustifié. – Non, non, non, d'ailleurs, je voudrais peut-être ici briser la légende qui est répétée ad nauseum, là encore, par un certain nombre de journalistes ou d'éditorialistes consistant à dire « ah, ce président, il prend son risque ». Ah bon, mais quand il a pris son risque ? Quand s'est-il une seule fois mis en danger ? Quand a-t-il pris une seule fois le moindre risque ? Jamais, zéro. Voilà, zéro.

C'est la raison pour laquelle, d'ailleurs, tout en espérant la dissolution, parce que je pensais que le moment nécessitait revenir au peuple, je savais pertinemment qu'il ne le ferait pas. Parce que s'il avait choisi la dissolution, il en serait sorti probablement lui aussi étrier. Et qu'il n'a jamais, vous m'entendez, jamais pris aucun risque. Et contrairement à ce qu'il dit, il a toujours pensé à son confort personnel, au renforcement de son pouvoir personnel. et jamais, au grand jamais, à l'intérêt supérieur du peuple.

21:21
Auditeur

Bonjour, El Interdium pour RMC. On ne vous voit pas dans les manifestations depuis le début de la contestation. Est-ce que vous espérez que demain, tout de même, la manifestation soit la plus massive possible dans la rue ?

21:35
Marine Le Pen

Alors, je peux venir chaque semaine vous dire exactement la même chose. Ça ne me dérange pas. Il paraît que la politique, c'est l'art de la répétition. Donc, vous voyez, je peux le faire. Je soutiens, bien entendu, les Français qui expriment dans la rue leur opposition, sans violence, de manière pacifique, à cette réforme des retraites. Voilà, je ne peux pas vous dire mieux. J'ai expliqué cent fois pourquoi je ne manifestais pas. Parce que je crois que notre rôle à nous, députés, c'est d'être ici, c'est de mener le combat ici. Je vous rappelle qu'au début du texte, on nous avait expliqué que le texte passerait, qu'il n'y avait aucun problème.

Et je vous avais dit non, nous avons un travail à faire pour convaincre, chaque jour qui passe, chaque argument, chaque plateau de télévision, mais aussi peut-être chaque conversation que nous avons avec nos collègues, est un moyen de pouvoir convaincre et trouver une majorité pour s'opposer à ce texte. Je crois qu'on a plutôt bien travaillé, puisqu'il y avait une majorité, à l'issue de cette seconde lecture, pour voter contre ce texte.

Vous voyez, donc, c'est la conjonction de ces forces, si je puis me permettre, les syndicats dans leur rôle, le peuple qui exprime son mécontentement, comme la Constitution lui permet de le faire, et les députés qui font le travail pour lequel ils sont élus, qui auraient dû entraîner l'échec de ce texte, si encore une fois, le président de la République n'avait pas foulé au pied, et l'esprit des institutions, et surtout, les fondements de la démocratie.

23:05
Invité

– Léonard Atta, de la FNCI, à nouveau, le président l'a dit, et certains Français, c'est vrai, sont inquiets par les blocages, notamment dans les raffineries. Il lui dit qu'il veut un retour à la vie normale et la fin des blocages. Est-ce que ce n'est pas aussi ce que vous, vous souhaitez à terme ?

23:18
Marine Le Pen

– Oui, alors, vous arriverez toujours, sur une toute petite chose, à trouver un positionnement commun. Mais c'est le positionnement de tous les Français, ça. La réalité, c'est que tous les Français souhaitent qu'il y ait des manifestations pacifiques, mais qu'il y a très peu de Français qui soutiennent la violence, à part quelques représentants d'extrême-gauche. Il y a très peu de Français qui souhaitent paralyser l'économie du pays. Il y a très peu de Français qui souhaitent être les victimes, en réalité expiatoires, de l'entêtement du gouvernement, de vouloir maintenir cette réforme des retraites. Vous voyez ? Donc, la loi, toute la loi, pour le coup.

– Est-ce que vous souhaitiez les réponses par exemple ? – Mais lorsque les blocages ont une conséquence importante sur l'activité économique du pays, ou lorsqu'elles entraînent un problème sanitaire pour les Français, oui, je pense qu'il faut ne pas mettre nos compatriotes inutilement, ou notre économie inutilement en danger.

24:19
Invité

– Expliquez-vous que votre motion de censure n'est pas au qualité de 100 voix ?

24:28
Marine Le Pen

– Bon, parce que nous sommes confrontés à quelques groupes politiques qui sont d'un sectarisme inouï et qui pensent à leur intérêt personnel plutôt qu'à l'intérêt supérieur du pays. Mais vous savez, pour vous faire une confidence, nous avions déposé cette motion de censure comme un petit peu ceinture et bretelles, voilà, parce que nous savions que la motion de censure de Lyot allait être celle qui allait réunir le plus de voix, ce dont nous nous réjouissions d'ailleurs. Mais on ne pouvait pas imaginer qu'il n'y ait pas une motion de censure de sécurité. Car si Lyot, je n'en sais rien, avait décidé à un moment donné de retirer sa motion, ce serait retrouvé sans plus aucune motion de censure.

Donc ça ne nous pose aucune difficulté.

25:10
Invité

– Vous ne croyez pas à la démocratie ?

25:14
Marine Le Pen

– Je pense que le signal serait quand même assez contraire à l'esprit de la démocratie. Vous voyez ce que je veux dire ? C'est-à-dire que moi, si je me lançais, je vous dirais bien ce que je pense qu'il va advenir. Oui, mais bon, j'enfile ma tenue de Mme Yarmar.

Mais il y a quand même de grandes chances, je vais rester quand même prudente, mais il y a de grandes chances que le président de la République procède à une dissolution d'ici quelques semaines, c'est-à-dire après des semaines de blocage, après des semaines de violence, et que du coup, il donne crédit à ces blocages et à ces violences, alors qu'il aurait dû tirer la majorité de l'Assemblée nationale qui souhaitait le rejet du texte et de la motion de censure, votée et à qui il manquait de neuf voix, pour dire qu'en tenu de la situation, je procède à un remaniement. Eh bien, il attendra qu'il y ait des violences, qu'il y ait des blocages pour procéder au remaniement.

Et il se passera ce qui se passe depuis des années, c'est-à-dire qu'une partie des Français diront, ben donc, on n'obtient rien par la démocratie et on n'obtient par l'expression de la violence dans les rues. Ça n'est pas, non seulement ça n'est pas un bon signal, mais ça n'est pas une bonne manière de gouverner. Remaniement ou dissolution ? Remaniement, pardon, je ne suis pas trompé, pardon. Remaniement, excusez-moi. Non, dissolution, il ne fera pas. C'est un remaniement sur le dissolution. Oui, je pense que d'ici quelques semaines, il fera un remaniement. Et ce sera entendu comme étant la conséquence des violences.

27:00
Invité

Il a évoqué une loi de travail à venir. Qu'est-ce qu'il pourrait y avoir ?

27:07
Marine Le Pen

Anne Massorane.

27:09
Invité

Qu'est-ce qu'il devrait alors y avoir dans une loi de travail pour redonner espoir aux Français aujourd'hui ?

27:16
Marine Le Pen

Dans une loi de travail, il faudrait qu'il y ait la proposition que nous avons développée pendant la campagne présidentielle, à savoir la mise en œuvre de ce donnant-donnant avec les entreprises, qui consiste à dire aux entreprises, écoutez, si vous augmentez de 10% tous les salaires jusqu'à 3 fois et demi le SMIC, eh bien, nous n'augmenterons pas les cotisations patronales, qui sont liées à cette augmentation. Parce qu'il faut, évidemment, au moment où nous nous parlons, une augmentation des salaires, elle est nécessaire. Mais pas seulement une augmentation du SMIC, qui au passage n'est pas une augmentation, c'est juste le rattrapage de l'inflation.

Bon, il s'est quand même accordé beaucoup de qualités, mais la réalité, c'est que ça n'est que l'inflation. Mais aussi, tous les salaires de la classe moyenne, qui sont aujourd'hui, qui est aujourd'hui la grande sacrifiée, en réalité, de cette politique économique. Il faudrait mettre en place une politique économique qui permette, et une politique du travail qui permette le retour de la productivité du travail. C'est-à-dire, en réalité, des emplois à haute valeur ajoutée. Et arrêter l'ubérisation de la société.

Ça veut dire qu'il faut réindustrialiser, mais quand je l'entends parler de réindustrialisation, permettez-moi tout de même de vous rappeler que quand on réindustrialise, il faut augmenter de manière relativement massive les capacités énergétiques, et notamment les capacités électriques. Or, dans les projections et les ambitions qui ont été données à RTE d'ici 2050, c'est encéphalogramme plat en termes de production d'électricité. Ça veut dire qu'en réalité, le président de la République parle de réindustrialisation, mais il sait qu'il ne le fera pas.

Et on sait qu'il ne le fera pas, d'ailleurs, quand on voit le montant absolument minime qui avait été accordé aux réindustrialisations dans le plan de relance. Il me semble que c'était à peine un milliard. Il faut évidemment mettre en place des mesures pour contrer la concurrence internationale déloyale, parce que c'est aussi une manière de protéger la production. Puis il faudrait peut-être une grande conférence sociale, c'est ce que j'avais réclamé lors de la campagne présidentielle, que l'un des premiers actes soit précisément une grande conférence sociale. Or, c'est exactement l'inverse qui a été choisi, c'est le mépris des syndicats, c'est le refus de discuter avec eux, et j'en passe.

Il y a beaucoup de choses à faire, mais il ne fera rien de tout cela. Il fera, il continuera à être dans cette folie de la flexibilité, du travail partiel, de la précarité, parce qu'en fait, la précarité, c'est paradoxal, mais ça fait baisser artificiellement les chiffres du chômage. Je suis travaillé deux heures par jour et vous sortez des chiffres du chômage. Et ça avantage M. le maire et M. Macron qui peuvent cléronner que le chômage a baissé, alors qu'il reste 5,3 millions de personnes qui sont inscrites à Pôle emploi. Et donc personne ne se pose la question de savoir pourquoi elles y sont inscrites, si vraiment il n'y a pas de problème et qu'elles ont un travail.

30:18
Invité

M. le maire avait évolué dans le beau lieu d'une mosquée financée par la Turquie. Est-ce que vous étiez au courant ? Qu'est-ce que vous en pensez ?

30:29
Marine Le Pen

Alors je n'étais pas du tout au courant. C'est une initiative personnelle de ce député que je désapprouve très clairement. Nous verrons, nous en discuterons avec nous. Vous savez, c'est un peu comme avec le fisc. Il y a le droit à l'erreur. Mais c'est une fois. Si vous voulez, s'il s'en est séparé, il n'a réparé l'erreur. Merci beaucoup. Merci.