Haute-Savoie : Entretien avec Laurent Wauquiez
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Entretien avec Laurent Wauquiez, un marathon aujourd'hui en Haute-Savoie, Laurent.
Oui, je ne quitte pas l'Arc-Alpin.
Depuis ce matin, vous êtes allé du côté de Saint-Lange pour redécouvrir le chantier du centre aquatique. Vous avez aussi rendu hommage aux soignants en annonçant de bonnes nouvelles pour l'ensemble des hôpitaux en Auvergne-Région-Rhône-Alpes. Et puis là, vous vous êtes attardé sur l'enjeu de Rush Expo qui doit évoluer, surtout après cette crise sanitaire où l'événementiel a été particulièrement affecté.
Oui, en fait, bon, vous l'avez compris, le sujet, ce n'est pas seulement de se bouger quand on est dans la crise. Il faut qu'on soit sur le pont après parce qu'on a des grandes menaces qui sont sur l'emploi. Ici, on est au cœur d'un territoire qui est un territoire industriel extrêmement important, qui est une des vitrines de notre région, qui est la Vallée de l'Arve, dans laquelle on a des PME, des entrepreneurs très dynamiques. Quand on a une crise dans notre région, il faut qu'on la prenne de façon offensive et pas défensive. Ici, cette grande halle d'exposition qui a un peu vieilli, l'objectif, c'est de sortir un grand chantier à 20 millions d'euros pour la refaire entièrement.
Ça nous permettra de donner du travail aux entreprises locales, notamment du BTP. Moi, à chaque fois, je demande préférence locale, préférence régionale. On fait travailler les nôtres. Et dernière, d'avoir une vitrine pour nos entreprises du décolletage.
À ce l'encheu matin, vous êtes arrêté au centre aquatique qui va avoir le jour dans quelques mois. Un très beau chantier dans l'envergure de celui de Chambéry.
Oui, parce que notre région a des réserves. On avait bien géré, donc nous, on a des réserves qui nous permettent d'agir. Là où d'autres régions sont obligées d'arrêter tous les chantiers, moi, je dis au contraire, non, c'est le moment d'accélérer les chantiers. Parce que les carnets de commandes, si on ne les remplit pas, notre région va perdre de l'emploi. Si à l'inverse, on sort ici le chantier, si on sort le projet sur sa lanche, si on va de l'avant, alors on va donner de l'activité à nos entreprises locales. Mais j'ai une seule chose que je demande à chaque fois. Il faut jouer le jeu du local. Il faut jouer le jeu de nos entreprises.
Il ne faut pas aller chercher le moins cher et aller récupérer une entreprise polonaise qui va venir le temps du chantier repartir. Il faut qu'on favorise dans cette période plus que jamais nos entreprises. Et ça, c'est ma seule obsession. À sa lanche, je suis allé vérifier que c'était des entreprises de chez nous. Roux, Rioux, deux entreprises du secteur de la vallée et qui sont sur le chantier. Ici, sur le projet qui est derrière nous, on va avoir, ils l'ont découpé en lot. Et donc, ça va permettre à des PME de répondre et je l'espère d'emporter les marchés.
Laurent Wauquiez, ce matin, quelle a été votre démarche auprès des hôpitaux Pays du Mont-Blanc ?
En fait, mais vous le savez, le risque dans notre société, c'est qu'au moment où il y a la crise, tout le monde y est et puis après, on oublie. Il fallait remercier les soignants pendant la crise. Mais il faut aussi penser à eux après la crise. Et donc, ce que je voulais, c'était qu'on puisse accompagner un certain nombre de nos hôpitaux qui ne sont pas peut-être les plus gros hôpitaux. On ne parle pas du CHU de Grenoble qui a été admirable dans cette période, mais aussi nos centres hospitaliers au cœur de nos territoires où il y a eu des soignants qui ont été incroyables. Là, j'étais tout à l'heure avec un docteur qui est du centre hospitalier de Salange. Lui-même a attrapé le virus.
C'était un jeune papa. Il avait peur, dernière, de ramener le virus dans sa famille. Il a été sous assistance respiratoire. Eh bien, dès qu'il a été soigné, hop, il est reparti à l'hôpital et à nouveau, il était sur le pont pour aider. C'est des gens qui forcent le respect. Et donc, ce qu'on a décidé dans la région, c'est qu'on finance un certain nombre de projets. Samedi, je serai à Obona où il y a un autre centre hospitalier. Et on va financer un certain nombre de projets pour aider à juste reconnaître leur travail. C'est parfois des choses toutes bêtes. A Salange, c'est refaire le self et mettre une salle de détente.
A Chamonix, c'est positionner un poste de consultation avancée parce que c'est un projet qu'ils ont et sur lequel je veux que leur travail soit reconnu. A Obona, c'est une réflexion sur toute une partie de la structure de soins. Voilà, mais ce que je veux, c'est qu'on leur dise merci pendant, mais aussi merci après. Et ma meilleure façon à moi de les reconnaître, c'est de faire en sorte qu'ils aient des outils de travail dans lesquels ils puissent travailler correctement.
En parlant d'hôpitaux, on peut évoquer les masques. Vous avez été dans un véritable marathon pour les distribuer à travers toute la région. Et aujourd'hui, on les voit par terre. Ça doit vous faire quelque chose quand même.
Voilà, il y a un petit coup de colère que je voudrais poser quand même. Ces masques, on s'est battu pour les avoir. Ce n'était pas facile. Et c'est un outil de protection. Et on a tout fait à l'époque. Que maintenant, quand je suis à Lyon, je trouve dans les trottoirs des masques qui ont été jetés par terre, je me dis, mais au secours, quoi. Ce n'est pas possible. Notre société, il faut aussi quand même qu'on soit tous un peu responsables. On a investi de l'argent dessus. C'est un outil de protection. Il y a des moments où il y a des soignants qui n'en avaient pas. Donc les masques, on en prend soin, on ne les jette pas, ça pollue.
C'est pour ça aussi que nous, on a privilégié des masques qui sont lavables, réutilisables, que les gens peuvent réutiliser, pas des masques jetables. Et donc, voilà, soyons tous responsables. C'est notre région, on en prend soin. C'est chez nous.
Petite parenthèse, hier, vous étiez dans l'Ain pour soutenir les centres équestres et annoncer de bonnes nouvelles.
En fait, on n'en a pas tous conscience. Mais y compris sur toute notre arc, au Savoyard, Savoie, Isère, les centres équestres jouent un rôle très important dans l'emploi. On est la première région du tourisme équestre de France. Et dernière, c'est des centaines d'emplois un peu partout sur nos territoires. Eux, ils ont été fermés, un peu comme les hôtels-restaurants, avec derrière des conséquences en termes de trésorerie. Et au niveau national, il n'y a pas vraiment de plan qui a été mis en place pour eux.
Donc on a décidé de faire un accompagnement exceptionnel, permettant de les redoter en trésorerie, de la même manière qu'on le fait pour nos hôtels, pour nos restaurants, pour les taxis aussi, qui ont été durement touchés. Et ce qu'on essaye, c'est vraiment de se dire, en fait, je vais le résumer très simplement, moi, je préfère aider les gens, des gens qui travaillent, qui prennent des risques, plutôt qu'on les retrouve au chômage dans deux mois. Et cet argent, je préfère qu'on le mette maintenant, pour qu'ils gardent l'emploi, l'entreprise, plutôt qu'après, ils se retrouvent licenciés.
Un mot sur votre présence ce matin au lycée Sainte-Famille.
Oui, d'abord, un, c'est des chantiers aussi. Pareil, même logique, c'est ce que j'ai appelé le bonus relance. Tous les chantiers qui peuvent sortir maintenant, la région finance pour redonner de l'activité. Et puis, accessoirement, c'est nos établissements. C'est un établissement remarquable, très important dans la vallée. Mes prédécesseurs n'avaient jamais voulu les aider. Je n'ai pas compris pourquoi. Nous, on accompagne leur projet. Ils ont ici un très beau projet à proximité, de formation professionnelle. Ils se sont impliqués aussi pour développer une nouvelle classe de secondes, dans un secteur où la démographie pousse. C'est normal qu'on les aide.
Ce qui n'était pas normal, c'était l'inverse.
On sent dans votre démarche le souhait d'une reprise. Et demain, vous allez aussi vous intéresser au réseau ferroviaire en faisant quelques annonces. Est-ce que vous pouvez nous en parler avant l'heure de la conférence de presse ?
Pour qu'on puisse aussi avoir cette tonalité de développement durable, il faut qu'on puisse reprendre les TER. Et donc, vous le savez, j'ai refusé qu'on augmente les tarifs des TER dans notre région. Et demain, on va annoncer un grand plan de promotion pour inciter les gens à reprendre le train. Et donc, des tarifs attractifs qu'on présentera demain.
Toujours dans les initiatives des pays de Savoie, à Chambéry, à Grand-Chambéry, vous souhaitez donner un coup de pouce à ceux qui vont acquérir des vélos électriques. Est-ce qu'on peut en savoir plus ?
Alors ça, c'est une mesure que je viendrai moi-même annoncer à Chambéry. C'est un beau projet qu'ils ont. Et en fait, pour faciliter les déplacements à l'intérieur du Grand-Chambéry, ils veulent effectivement qu'on puisse aider à l'acquisition de vélos. Et on va le faire moitié-moitié, moitié de financement région, moitié de financement Grand-Chambéry. Je veux vraiment le dire de façon un peu solennelle, la crise sanitaire, on l'a surmontée. Et parce qu'on a tous été ensemble, notre région l'a mieux surmontée que d'autres. Maintenant, on a l'enjeu de l'emploi. Il faut qu'on soit tous soudés. Et ne perdons pas cet état d'esprit. Je vais vous dire, ça dépend de chacun d'entre nous.
Ça dépend de vous, ça dépend de moi, ça dépend de ceux qui nous écoutent. Si dans notre comportement, on repart au travail, si dans notre achat de consommateurs, on privilégie l'achat local, si quand on est amené à faire des commandes, on privilégie nos entreprises, alors on s'en sortira. Si on reprend les réflexes d'avant, qu'on achète des produits chinois, qu'on achète des produits qui viennent d'Espagne, qu'on ne donne pas la prime aux entreprises de chez nous, alors ça pourra faire très mal. Il y a une formule qui m'a beaucoup marqué dans ma matinée ce matin, c'était la chef des urgences du pôle de Salanches, Pays de Mont-Blanc.
Et elle m'a dit, cette formule que j'ai beaucoup aimée, elle m'a dit, on a réussi parce que la vallée a fait corps. Et bien si on veut réussir, il faut que la région fasse corps. Et il faut qu'on soit tous soudés. Et on peut y arriver.
Laurent Wauquiez, je vous remercie. A bientôt sur Savoy News. Sous-titrage Société Radio-Canada
Laurent Wauquiez