Le choix d'Apolline : Thomas Gomart - 21/01
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 20 %Défensif 50 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:27OuverteRéponse partielle
Qui contrôle qui ? On est à nouveau dans un rapport de force.
- 1:05RelanceRéponse directe
Y a-t-il un chemin de crête pour ne pas rompre totalement ces relations ?
- 1:18FerméeRéponse directe
Est-ce qu'on en est là ? Acter d'une séparation ?
- 2:46OuverteRéponse directe
A-t-on pris vraiment la mesure de la situation ?
- 2:55FerméeRéponse directe
Est-ce qu'on a raison de jouer ce bras de fer-là ?
- 3:47OuverteRéponse directe
Quel est l'intérêt pour Donald Trump d'affaiblir l'Europe ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:36Invité politiqueFait
« On a l'impression que Donald Trump contrôle beaucoup de choses. »
- 1:30Invité politiqueFait
« Les Européens ont besoin des Américains pour l'Ukraine. »
- 3:10Invité politiqueFait
« C'est évidemment lié à la situation au Groenland. »
- 4:10Invité politiqueFait
« C'est plus facile d'affaiblir l'Europe dans le monde d'aujourd'hui que la Chine ou la Russie. »
- 4:20Invité politiqueFait
« C'est une manière pour le président Trump de montrer qu'il est le parrain du système occidental. »
- 5:18Invité politiqueFait
« Les Etats-Unis assurent la protection de l'Europe pour la plupart des pays européens. »
- 5:40Invité politiqueFait
« Donald Trump leur dit « vous voulez de la sécurité, il va falloir accepter davantage de conditions ». »
Temps de parole
- Invité politique53 %
- Présentateur47 %
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Vous écoutez RMC. Une Europe vulnérable face à un Donald Trump tout puissant. Le président américain qui est attendu dans les toutes prochaines heures à Davos. Il est en route en ce moment même vers l'Europe. Bonjour Thomas Gomart. Vous êtes le directeur de l'IFRI, c'est l'Institut français des relations internationales. Vous publiez demain cet ouvrage « Qui contrôle qui ? » Les nouveaux rapports de forces mondiaux. C'est aux éditions Taillandier. J'ai envie de vous poser directement la question « Qui contrôle qui ? » On est à nouveau dans un rapport de force. C'est presque le retour de la loi du plus fort.
On a l'impression que Donald Trump contrôle beaucoup de choses. Après, il faut voir sur la durée si c'est vraiment le cas. C'est difficile de répondre à la question de manière univoque. Pour une raison assez simple, c'est qu'on est dans un système ultra interdépendant. Et que donc l'impression que quelqu'un domine et a à la fois les clés pour décider et mettre en œuvre est une idée à mon avis assez fausse. Ce qu'il faut voir, en revanche, c'est l'importance de la relation transatlantique et le fait qu'elle connaît une mutation très profonde, à la fois sur le plan de la sécurité et sur le plan commercial.
Mais vous dites qu'elle est importante. Et c'est tout l'enjeu. Y a-t-il un chemin de crête pour à la fois ne pas rompre totalement ces relations ? Le journal Le Monde, par exemple, hier titrait sur le divorce entre l'Europe et les États-Unis. Est-ce qu'on en est là ? Est-ce qu'il faut divorcer ? Acter d'une séparation ? Ou est-ce que l'on peut trouver un chemin d'équilibre entre le fait de rester allié mais ne pas se laisser piétiner ?
L'expression du chemin de crête est la bonne parce qu'en fait les Européens ont besoin des Américains pour l'Ukraine. Fondamentalement, ça explique beaucoup de leurs décisions, notamment en matière commerciale avec l'accord commercial du mois de juillet. Et ils veulent tenir les Américains à distance du Groenland. Et donc c'est cet équilibre qu'il faut trouver, d'autant que la relation transatlantique, elle est évidemment saturée par le personnage de Donald Trump dont on parle tous les jours, chaque jour un peu plus.
Il sature l'espace médiatique et il passe le mur du son tous les jours.
Avec un talent, évidemment, sans comparaison. Mais la relation bilatérale, c'est aussi beaucoup d'échanges économiques, financiers, culturels, humains. C'est un axe de rotation de la mondialisation. Et donc ça, ça ne se remet pas en cause, même si le président des États-Unis a les foucades à répétitions que l'on sait.
J'allais quand même préciser qu'effectivement, en faisant le choix de venir en personne à Davos tout à l'heure, au fond, il montre que les Européens comptent pour lui, puisqu'il vient en personne. L'an dernier, il avait envoyé son vice-président, Jay Devance, qui d'ailleurs avait fait un discours extrêmement dur vis-à-vis des Européens dans ce même espace de Davos. Les Européens en étaient sortis sans voix. Il leur avait dit qu'il y avait une dégradation, une décadence de l'Europe, y compris sur le plan des valeurs, à ses yeux. Tout cela avait saisi des froids à les Européens. A-t-on pris vraiment la mesure ? Vous évoquiez à l'instant l'accord commercial de juillet.
C'est bien celui qui, hier, a été mis sur pause par les Européens. Est-ce qu'on a raison de jouer ce bras de fer-là ?
Alors d'abord, tout le monde est suspendu à Davos. Il se trouve que j'y étais hier. Et tout le monde attend la déclaration de Donald Trump. C'est-à-dire que le système médiatique et politique fonctionne en fonction de ce qu'il va dire, des anticipations qu'on peut avoir. Sur le fait d'avoir suspendu cet accord, c'est évidemment lié à la situation au Groenland, puisque le Groenland est une partie du royaume du Danemark. Et c'est probablement le point, je dirais, de rupture, en réalité. C'est-à-dire que le discours de Donald Trump d'aujourd'hui va être très important parce qu'on va voir s'il surenchère, s'il fait une surenchère en termes commerciaux comme il l'a annoncé avant.
Et ensuite, comme toujours avec lui, est-ce que le discours est suivi d'actes ? C'est-à-dire que vous pouvez avoir des annonces tonitruantes et puis une mise en œuvre qui ne vient pas. Et pour les Européens, c'est effectivement une des réactions, je dirais, inévitables compte tenu de la pression que l'administration de Donald Trump impose.
Il y a un point que je ne comprends pas et pour lequel j'ai toujours une question. Le Groenland, je comprends, mais affaiblir l'Europe, tel qu'Emmanuel Macron l'a d'ailleurs dit hier, il a exprimé le fait que les États-Unis souhaitaient, semble-t-il, affaiblir l'Europe. Quel est l'intérêt pour Donald Trump d'affaiblir l'Europe ? N'a-t-il pas intérêt à avoir tout de même un allié ?
C'est plus facile d'affaiblir l'Europe dans le monde d'aujourd'hui que la Chine ou la Russie.
Mais pourquoi vouloir affaiblir ?
Parce que c'est une manière de dominer et de contrôler, pour reprendre la question de mon livre. C'est-à-dire que c'est une manière pour le président Trump de montrer qu'il est le parrain du système occidental et de vouloir imposer aux Européens ses vues. Et donc c'est plus facile, encore une fois, de s'en prendre à l'Union Européenne, compte tenu de sa plasticité, de sa construction, que d'expliquer au président Xi qu'il doit réduire ses droits de douane ou au président Poutine qu'il doit trouver un cessez-le-pondit.
Un système mafieux, comme vous dites, c'est-à-dire qu'au fond, il veut désormais être dans la place du parrain. Le parrain qui d'ailleurs est à la fois craint, forcément on vient baiser sa bague. Est-ce qu'il a aussi le comportement du parrain qui à un moment décide finalement d'éliminer certains de ceux qui étaient ses alliés de la veille ?
De manière structurelle, c'est quoi les Etats-Unis et l'Europe ? C'est que les Etats-Unis assurent la protection de l'Europe pour la plupart des pays européens, à l'exception peut-être de la France et de la Turquie. Les autres pays européens ont, d'une certaine manière, donné leur sécurité et leur défense aux Américains dans le cadre de l'OTAN. Et donc ça, ça dure depuis 1945, sauf que la rupture avec Donald Trump, c'est qu'il dit « vous allez payer comptant pour cette protection ».
Donc cette image du parrain, si vous voulez, il faut la manier avec précaution, parce qu'évidemment on est dans un système politique avec des élections, des contre-pouvoirs, mais elle repose sur l'idée que les Etats-Unis apportent la sécurité aux Européens. Et c'est ça qui est en train de changer, c'est-à-dire que Donald Trump leur dit « vous voulez de la sécurité, il va falloir accepter davantage de conditions qu'avec les administrations précédentes ».
Merci beaucoup Thomas Gomart, directeur de l'IFRI, l'Institut français des relations internationales, auteur de « Qui contrôle qui ? » Les nouveaux rapports de force mondiaux, ça sort demain aux éditions Taillandier. Notez qu'à 8h30, mon invité, ce sera l'ancien commissaire européen, ancien ministre de l'économie Thierry Breton, lui-même bête noire de l'administration Trump, et interdit d'ailleurs de séjour sur le territoire américain. Rendez-vous donc à 8h30.