Jean-Philippe Toussaint, pour son livre "La hantise"
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- 0:29OuverteRéponse directe
Comment en trouve-t-on le bon mot, le bon rythme dans une phrase, un chapitre, un livre ?
- 1:47OuverteRéponse directe
Comment Jean-Philippe Toussaint trouve-t-il ces noms et quel est le déclic pour les garder ?
- 3:33ComplaisanteRéponse partielle
Qui est-ce qui est un fan de Jean-Philippe Toussaint depuis ses premiers livres ?
- 4:24OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui fait de La Hantise le livre le plus romanesque que vous ayez écrit ?
- 5:30OuverteRéponse directe
Est-ce que La Hantise est le livre d'un écrivain inquiet du monde dans lequel on vit ?
- 7:10OuverteRéponse directe
Est-ce que vous avez en partage avec votre père cet idéalisme ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:17PrésentateurFait
« Jean-Philippe Toussaint publie La Hantise aux éditions de Minuit, un roman d'espionnage haletant et drôle, un scandale de corruption au cœur même des institutions européennes à Bruxelles. »
- 3:43InvitéFait
« Les noms propres ont une saveur particulière. Et c'est vrai qu'il y a l'anecdote assez connue de Proust qui disait que dès lors qu'il avait trouvé tel ou tel nom propre dans la recherche du temps perdu, une partie du chemin était faite. »
- 4:57InvitéFait
« En 2013, quelques mois après la mort de mon père, je me suis rendu compte que Bruxelles n'apparaissait jamais dans mes romans. »
- 5:09InvitéFait
« Et j'ai compris qu'en fait c'était parce que c'était le territoire de mon père. »
- 7:46InvitéFait
« J'ai beaucoup réfléchi, je décale, si je puis dire, la mort de mon père, la mort de mon père réelle, c'était en 2013, et après je me suis rendu compte que beaucoup de choses, mon père était un Européen idéaliste, d'une certaine façon, il y avait chez lui quelque chose proche de l'humanisme, du goût, la défense de la démocratie. »
- 8:25InvitéFait
« La mort de Zweig, il meurt à un moment où l'Europe est complètement dans une situation désastreuse à cause du nazisme. »
- 15:55InvitéFait
« Un été, ma sœur m'a dit tu devrais lire Crime et châtiment. J'ai lu Crime et châtiment et deux mois plus tard, je me suis mis à écrire. »
- 16:49InvitéFait
« C'est un étudiant un peu glandeur, ce que j'étais sans doute, et d'un coup, je deviens un assassin. »
- 17:18InvitéFait
« J'ai vécu ça de l'intérieur. Et donc, je me suis dit, la littérature peut devenir quelque chose d'absolument extraordinaire. »
- 22:42InvitéFait
« Qui ressemble aussi au tueur du film Les Trois Jours du Condor. »
- 23:15InvitéFait
« La peinture, les arts plastiques m'ont toujours accompagné. »
- 23:27InvitéFait
« Je comparais la peinture de Mondrian avec l'immobilité, avec l'immobilité qui pouvait être la mort aussi. »
- 27:37InvitéFait
« Tout vient en fait du choix de Bruxelles et en fait je fais du personnage quelqu'un qui travaille à la Commission européenne dans le domaine de la prospective stratégique. »
- 28:12InvitéFait
« On y est presque. Mais je me souviens très précisément que les deux points majeurs sur lesquels ils travaillaient, c'était la blockchain et l'intelligence artificielle. »
- 28:36InvitéFait
« Oui, c'est une façon de sécuriser les données, les transactions et d'avoir une sorte de sécurité absolue sur un certain nombre de transactions. »
- 33:20InvitéFait
« Ensuite il y a eu la révélation, le choc de la découverte de l'œuvre de Beckett. »
- 34:59InvitéFait
« Hitchcock j'ai vraiment démonté, j'ai revu tous les films d'Hitchcock. »
- 35:57InvitéFait
« Mais en même temps je relis en permanence. Chaque phrase publiée a été relue des dizaines de fois. »
- 36:50InvitéFait
« De mettre en ligne de façon légèrement éditée mais à peine les brouillons des quatre livres du cycle de Marie. »
Temps de parole
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Et
dans le Téléphone Sun ce soir, l'art du roman masterclass avec un écrivain formidable, Jean-Philippe Toussaint publie La Hantise aux éditions de Minuit, un roman d'espionnage haletant et drôle, un scandale de corruption au cœur même des institutions européennes à Bruxelles. Alors comment en trouve-t-on le bon mot, le bon rythme dans une phrase, un chapitre, un livre ? Quels sont les secrets de fabrication d'un roman, d'un grand roman ? Et comment tenir le lecteur en haleine jusqu'à la dernière page ?
Toutes les questions que vous vous posez sur la littérature, celles que vous avez envie de poser à Jean-Philippe Toussaint, vos messages via l'application Radio France et le standard au 01 45 24 7000.
Le
Téléphone Sun, 01 45 24 7000.
Bonsoir Jean-Philippe Toussaint. Bonsoir. Et bienvenue, je le disais, La Hantise, c'est ce roman qui vient de paraître aux éditions de Minuit et que je recommande chaleureusement. Et on va ouvrir tout de suite la conversation avec notre premier auditeur qui était également un lecteur. Bonsoir. Bonsoir. Et bienvenue dans Le Téléphone Sun. Merci d'être avec nous et avec Jean-Philippe Toussaint dont vous êtes non seulement un lecteur mais un familier puisque vous-même vous êtes écrivain.
Oui,
effectivement. Alors je ne pensais pas le révéler mais puisque vous le dites, oui.
Alors
vous avez une question pour Jean-Philippe Toussaint
? Oui,
tout à fait. Donc moi je suis un fan de Jean-Philippe Toussaint depuis ses premiers livres et là j'ai particulièrement aimé La Hantise qui est pour moi parmi les tout meilleurs. Et alors il y a quelque chose qui m'a amusé, c'est les noms parce que chez Jean-Philippe Toussaint ça a toujours beaucoup d'importance. Et alors là je vais en citer quelques-uns. Il y a John Stavropoulos,
il
y a Gabin Trinduc, Yolanda Paul, Juan José Obispo. Alors moi je me suis demandé d'abord comment Jean-Philippe Toussaint trouve-t-il ces noms et ensuite quel est le déclic qui fait qu'on se dit je vais le garder, c'est ça, c'est le bon.
Merci Clément pour votre question-réponse, Jean-Philippe Toussaint.
Merci, en fait les écrivains on s'intéresse aux mots
et
en fait évidemment on s'intéresse aux noms communs mais je dirais que les noms propres ont une saveur particulière. Et c'est vrai qu'il y a l'anecdote assez connue de Proust qui disait que dès lors qu'il avait trouvé tel ou tel nom propre dans la recherche du temps perdu, une partie du chemin était faite. Pour ce qui me concerne, il y a des noms propres qui s'imposent, qui me tombent un peu dessus et d'autres que je vais chercher, mais je ne
vais
jamais les chercher dans l'annuaire comme dit-on certains écrivains le font, je vais plutôt les chercher dans des listes de grands maîtres d'échecs parce que c'est ma passion et donc je trouve, je vais chercher parfois tel ou tel personnage. Il y a par exemple dans la hantise un escroc, j'ai été chercher le nom d'un joueur d'échecs et j'ai trouvé Serawan, il s'appelle Serawan. Il
s
'appelle Serawan. Grand maître d'échecs. Il faut dire aussi que les échecs, vous avez traduit les joueurs d'échecs de Stéphane Zweig donc il y a cette dimension qui est présente, il y a plusieurs manières, plusieurs couches de lecture. Vous aviez une autre question Clément ?
Eh
bien écoutez, non, voilà, merci beaucoup Jean-Philippe Toussaint.
Merci infiniment, surtout à vous de nous avoir appelé. Il y a donc ce livre, la hantise Jean-Philippe Toussaint, c'est l'histoire de Jean Détré qui est employé à Bruxelles, qui vient de perdre son père et qui se trouve malgré lui, et on ne
va
pas tout défleurer, en possession de données compromettantes et qui indique qu'il existe un réseau de corruption internationale au détriment de l'Union Européenne et au bénéfice de la Chine. On pense à John le Carré, on pense à Robert Littell, il y a d'ailleurs un disque dur qui est tiqueté La Compagnie, mais la hantise c'est malgré tout une histoire d'hommes ordinaires, de sentiments que l'on peut tous éprouver, la peur, l'angoisse, l'amour aussi.
Oui en fait ce livre, c'est à la fois je pense le livre le plus romanesque que j
'ai
jamais écrit parce qu'il y a vraiment une volonté de raconter une histoire, ce qui n'était pas du tout le cas dans mes premiers livres où je m'intéressais à bien d'autres choses. Et il y a aussi des éléments autobiographiques et même certaines choses assez intimes. C'est des choses notamment liées au père. Le deuil du père. Le deuil du père, je pense que ce livre n'aurait pas existé si mon père n'était pas mort en 2013. En 2013, quelques mois après la mort de mon père, je me suis rendu compte que Bruxelles n'apparaissait jamais dans mes romans.
Oui, alors que vous êtes un écrivain belge, que c'est votre
ville.
C'est la ville de mon enfance, c'est la ville où je vis et Bruxelles n'apparaissait pas. Et j'ai compris qu'en fait c'était parce que c'était le territoire de mon père. Mais dès lors qu'il était mort, d'une façon presque d'un hommage fidèle, je me suis dit je peux entrer dans ce territoire. Et donc Bruxelles,
c
'est à la fois, dans le roman La Hantise, à la fois la ville de mon enfance, une ville que je connais, une ville que je parcours, je ferme les yeux et je peux me promener à l'avenue Louise, à la place du Châtelain.
Vous
nous baladez d'ailleurs dans le roman, dans tous les sens du terme, à la fois avec l'intrigue du roman d'espionnage, et on se promène dans Bruxelles avec vous.
Oui, il y
a
un côté visuel. En effet, j'ai toujours imaginé les lieux très précisément, et ça m'intéresse beaucoup, les itinéraires. Donc on reconnaît ce Bruxelles qui est à la fois le Bruxelles de mon enfance, le Bruxelles où je vis, mais il y a aussi, bien sûr, comme romancier, j'ai ajouté le Bruxelles de la Commission européenne, que je ne connaissais pas spécialement, en fait, au départ.
Alors, qui est un quartier très particulier de Bruxelles, avec un espace complètement froid, qui est fait de verre, de béton. Cet espace, c'est le quartier européen de Bruxelles qui existe, mais que vous décrivez, vous, avec une sorte de froideur, et ça devient le lieu où se noue l'intrigue. Où se noue l'histoire de la corruption, de l'espionnage.
Mais le Berlaymont est un bâtiment très impressionnant. En effet, il est en vert. La nuit, il a une sorte, c
'est
comme un paquebot qui aurait échoué là. C'est très beau, et j'avais envie, finalement, de parler de ces lieux, le Parlement européen, de le Berlaymont, qui sont assez anti-romanesques. Mais ça m'intéressait d'en faire quelque chose de romanesque.
C'est aux antipodes du romanesque, c'est ce que j'allais vous dire. C'est-à-dire qu'il y a une froideur dans ces quartiers, dans ces bureaux, qui fournit un cadre dans lequel vous installez votre monde et votre intrigue. Est-ce qu'on peut dire que la hantise, c'est le livre d'un écrivain qui est inquiet du monde dans lequel on vit, de la montée de l'euroscepticisme ? Ça se passe en 2016, et c'est extrêmement ancré dans l'histoire, puisqu'on est en plein Brexit, Trump arrive au pouvoir, il vient d'être investi pour son premier mandat.
2016, c'est curieux, parce que c'est une date qui ne fait pas date, mais que vous, vous installez comme un moment de rupture, de rupture dans notre histoire collective.
Exactement, j'ai beaucoup réfléchi, je décale, si je puis dire, la mort de mon père, la mort de mon père réelle, c'était en 2013, et après je me suis rendu compte que beaucoup de choses, mon père était un Européen idéaliste, d'une certaine façon, il y avait chez lui quelque chose proche de l'humanisme, du goût, la défense de la démocratie, et j'ai pensé en fait que dès trois ans après sa mort, dès 2016, déjà beaucoup de choses s'écroulaient. La première catastrophe, le Brexit, la deuxième catastrophe,
l
'élection de Trump, et puis j'ai pensé aussi, parce que vous l'avez rappelé, j'ai traduit le jour d'échec de Stéphane Zweig, finalement, la mort de mon père en 2013 n'est pas très loin de la mort de Zweig. La mort de Zweig, il meurt à un moment où l'Europe est complètement
dans
une situation désastreuse à cause du nazisme.
Évidemment, mais il meurt en exil, et il meurt en pleine guerre, et il ne verra pas la victoire. Il meurt au moment où la guerre bascule, Stéphane Zweig.
Voilà, l'horizon était en train de changer. Il aurait vécu un an de plus, ça commençait, les alliés reprenaient le dessus.
Et est-ce que vous, vous avez, en partage avec votre père, cet idéalisme ? Dans le livre, il y a le conflit, le conflit entre l'idéalisme d'un lanceur d'alerte qui aimerait porter à la connaissance du grand monde une histoire de corruption et de l'autre, l'idée que ça risquerait de nourrir le populisme. Il y a un conflit moral qui tient le lecteur en haleine. Vous, vous le vivez aussi, cette contradiction-là ? Vous la vivez, cette contradiction-là ?
Oui, alors dans le roman, il y a un clair conflit entre ce que j'appelle entre l'amour et le devoir.
L'amour et le devoir.
C'est
vraiment génial.
Ça, c'est central parce qu'en effet, s'il suit la pente
qu
'il attire vers une femme, il risque de compromettre son devoir, son éthique. Et tout ça vient un peu du père qui rôde en une sorte de surmoi au-dessus de toutes les actions du fils. Et le fils, d'une certaine façon, voudrait être à la hauteur du père. Il n
'est
pas exclu que moi aussi. Non ? Peut-être que moi aussi.
Peut-être.
Vous seul avez la réponse. Voilà, mais je pose la question. Je remarque que depuis que mon père est mort, je lui consacre beaucoup de livres. Alors, parfois de façon assez directe, comme dans L'échiquier, qui est un livre plus autobiographique. Parfois de façon indirecte avec la fiction.
Est
-ce que c'est vrai que vous n'avez pas de téléphone portable
?
On pourrait presque le dire. C'est presque vrai. J'en ai un, mais je ne m'en sers pas.
Mais l'émission s'appelle Le Téléphone Sonne. Et pourtant, ce qui est important dans votre livre, c'est aussi la technologie. Il est souvent question de téléphone portable, d'ordinateur, d'iPhone, d'ailleurs, de la manière dont on le tient, dont on l'utilise pour espionner. C'est vrai que c'est un instrument dont vous vous méfiez
?
Personnellement,
j'ai toujours eu une sorte de hantise, si je puis dire, du téléphone. Le
hantise ? Oui, et
je m'en suis, en fait, jamais servi ou quasiment jamais servi. Et je n
'ai
acheté ce petit objet, le téléphone portable, que parce qu'il y avait Internet et d'autres applications. Mais le fait de téléphoner, ce n
'est
pas ce qui m'intéresse le plus avec cet objet qu'on appelle Ator, me semble-t-il, pour ce qui me concerne, un téléphone.
Le téléphone sonne pourtant sur France Inter. Et on attend vos appels, amis auditeurs, au 01 45 24 7000 pour converser avec Jean-Philippe Toussaint et ce livre, La hantise, absolument passionnant et qui vient de paraître aux éditions de minuit. Tout de suite, un peu de musique avec Chili Gonzales qui a collaboré avec deux artistes, Dime et Jungle Jack, qui partagent ce titre formidable, Pacino, Pacino.
De
Genève à Cologne et de Cologne à Genève en passant par Paris, évidemment, on peut se croiser comme des ligaments,
on
peut se croiser au Maroc dans des bolides allemands. Marrakech, cabaret ambiance au Pérachide, chanteuse en robe rouge comme la goutte en Roger Rabbit.
Hey,
Jessica, elle avait la même voix qu'Erika.
Des
lumières tamisées, des cocktails fumants, on fugue sur le doigt de l'hôtel, il y a même des plaides pour nous protéger du vent. La vue est féerique, l'air est si pur, le ciel c'est Star Wars, le générique mais sans les écritures. La vie d'artiste comme Neil Patrick Harris, la tease m'anesthésie et la musique me cicatrise. Le week-end en Italie, c'est un petit caprice, faut juste que je me revitalise, j'ai même pas pris de valise.
Jusqu
'à la fin de mes jours, c'est cette vie-là que je veux vivre. Grosement en train de fumer de la weed dans un village fleuri.
La
vie est
pianissimo,
le weed est fortissimo, le blazer de Mexico, le cardigan massimo.
On
clashe comme Quasito, les hops sont finitos. No Pacino, la vie est pianissimo, le weed est fortissimo, le blazer de Mexico, le cardigan massimo.
On
clashe comme Quasito, les hops sont finitos. Ma maman me dit, d'étonner la lumière, c'est pas le château de Versailles. Ma vie est chic, c'est à moi un sachet mitorat, un festin, même si je reste d'un blédard comme Borat. Et on passe vite, genre Jimmy et Chili, avec Franck Sier, Franck Sinatra.
On se la perd, moi je perds
une chanson. Vie est pianissimo, le weed est fortissimo, le blazer de Mexico, le cardigan massimo. Les hops sont finitos. Le weed est fortissimo,
le
blazer de Mexico, le cardigan massimo.
Chili
Gonzales qui sera en concert le 16 octobre à Aix-en-Provence, le 21 à Nantes et le 24 à Bordeaux.
Le
18-20, 01-45-24-7000.
Et l'invité du téléphone sonne ce soir et l'écrivain Jean-Philippe Toussaint qui vient de publier ce magnifique roman, La Hantise, aux éditions de Minuit. Un mot pour que vous nous parliez de votre art de romancier, Jean-Philippe Toussaint. Vous écrivez des romans depuis 40 ans. Vous avez publié votre premier roman à 26 ans en l'écrivant d'une traite. Et ça peut paraître assez étrange, mais grâce à Dostoyevski. Expliquez-nous ça. Pourquoi Dostoyevski
? Alors
Dostoyevski,
ça
a été le déclic. Un été, ma sœur m'a dit tu devrais lire Crime et châtiment. J'ai lu Crime et châtiment et deux mois plus tard, je me suis mis à écrire.
Et
donc c'est vrai que ce qui s'est passé, c'est que la lecture de Crime et châtiment m'a fait prendre conscience de la puissance que pouvait avoir la littérature.
La force de la littérature ? Exactement. Et laquelle est-elle justement, cette force ?
Une force que je ne soupçonnais pas, qui va bien au-delà des sentiments qu'on peut éprouver, quelque chose qui nous... Kafka dit, un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous. Si un livre est la hache qui brise la mer gelée en nous, il y a quelque chose qui se passe de totalement inattendu. Et je pense que la lecture de Crime et châtiment, de m'associer, de finalement, de m'identifier à ce personnage de criminel.
De Raskolnikov ? De
Raskolnikov. Je ne m'y attendais pas. C'est un étudiant un peu glandeur, ce que j'étais sans doute. et d'un coup, je deviens un assassin. Mais
un
assassin pour une bonne cause. Ça, c'est vous qui le
dites.
Ça,
c'est l'histoire de Crime et châtiment. Oui, il
tue l'usurière. La vieille usurière qui ne fait que le mal pour lui prendre son argent et essayer de faire le bien.
Voilà. Moi, en tout cas, ça m'a foutu un choc et j'ai subi, en fait, tout le châtiment et la peur d'être surpris. J'ai vécu ça de l'intérieur. Et donc, je me suis dit, la littérature peut devenir quelque chose d'absolument extraordinaire. Alors que j'étais plus intéressé par le cinéma, que j'écrivais plutôt des scénarios. Oui,
vous
avez été scénariste également. Voilà, par la suite, j'ai fait des films. Mais à ce moment-là, de ma vie, je vais avoir 22, 23 ans, il y a quelque chose qui s'est passé et je me suis mis à écrire tout de suite et j'ai fini. J'ai fini ce premier roman et après, je me suis rendu compte qu'il ne suffisait pas de finir le premier roman. Il fallait lire, il fallait s'interroger sur la littérature,
il
fallait... Il
faut lire
quand on est écrivain ?
Bien sûr. Bien sûr. Bien sûr. Évidemment. Et moi, au début, je le confesse, je n'étais pas un grand lecteur. Mais dès que j'ai commencé à écrire, j'ai compris qu'il faut lire. Bien sûr, il faut lire. Si on écrit, c'est inimaginable de ne pas lire. Et je dirais, pour ma part, que ça a été là aussi une découverte et qu'à mesure que la vie se poursuit, je prends de plus en plus de plaisir à la lecture.
Dans
votre livre, on suit donc des personnages auxquels on pourrait s'identifier. Mais qu'est-ce qui se passe dans notre cerveau quand on lit Jean-Philippe Toussaint ? Vous êtes aussi plasticien et il y a quelques années, vous aviez investi le musée du Louvre avec une installation Livre Louvre. C'est une exposition dans laquelle vous interrogiez la vie du livre, la vie propre du livre, de cet objet et de l'effet qu'il a sur nous et vous aviez exploré à travers l'imagerie cérébrale l'effet de la lecture sur notre cerveau. Qu'est-ce qui se passe quand on lit
? En fait,
c
'est une oeuvre de fiction mais j'ai quand même été rencontrer un grand professeur qui s'appelle Stephen Lorreis à Liège et je lui ai demandé s'il était possible d'avoir des images de mon cerveau de préférence en train de lire. Il m'a dit écoutez, commençons par le commencement des images de votre cerveau, oui, mais en fait, on ne
fait
pas ça pour le plaisir mais par contre, j'ai une idée, dit-il, on cherche des volontaires pour un protocole, une expérience et si vous y allez comme sujet sain, vous aurez toutes les images que vous voulez de votre cerveau. Comme un cobaye. Voilà. Et j'ai fait ça et j'ai eu un certain nombre d'images et d'ailleurs, l'affiche qui a servi pour cette exposition au Louvre, c'est un autoportrait en lecteur où il y a une photo de moi qui a fait ma fille de profil où je suis en train de lire. J'ai pris juste le négatif et après,
j
'ai collé mon vrai cerveau que j'avais eu grâce à l'image magnétique, les résonances magnétiques ou une image tout à fait incroyable de mon vrai cerveau. Et donc, ce que j'ai proposé au Louvre, c'était de faire des vidéos où je reliais avec un casque à électrode ce casque à électrode à un écran et on voyait, soi-disant, parce que ça, c'était faux, c'était de la fiction. C'était de la
fiction. C'était
de la fiction. Mais moi,
j
'ai inventé toute une... Enfin, j'ai créé un film qui, soi-disant, montrait ce que le lecteur avait dans la tête pendant qu'il lisait.
Avec des participants qui devaient lire un livre tout en portant ce casque d'électrode qui mesurait leur activité cérébrale. Alors, je ne sais même pas comment prononcer ce mot d'électro-encéphalographie. Donc, c'était une fiction. Mais est-ce que ça n'est qu'une histoire neuronale ? Évidemment pas. Il y a une sorte de mystère, de magie, de mystique. Vous mesurez cette dimension de la littérature ou pas ?
Bien sûr, il y avait cette fascination. Que se passe-t-il dans notre esprit quand on lit ? Comme écrivain, je me suis toujours dit que finalement la lecture s'apparentait à un monologue intérieur visuel. Et finalement, ce n'était pas très loin de ce qui nous arrive quand on rêve la nuit.
Un monologue intérieur visuel ?
Oui, la nuit, on rêve. Et qu'est-ce qui se passe ? C'est un monologue intérieur, c'est nos propres sensations, c'est nos propres souvenirs, c'est nos propres émotions qui défilent devant nous. Et je trouvais ça une très belle métaphore avec ce que j'essaye de faire comme écrivain. c'est proposer
au
lecteur finalement un monologue intérieur visuel, c'est-à
-dire
qu'il va suivre en apportant lui-même ses propres images, ses propres souvenirs, et finalement, il va compléter le livre. Et c'est ça qui est très important. Oui, bien sûr, on complète le livre. Exactement. Forcément. On
n'est jamais passif en
lecteur. Alors, il y a des livres où tout est mâché. Mais
moi,
j'aime beaucoup laisser beaucoup de... des incertitudes, voire des manques, une place que le lecteur imagine. Je ne fais jamais de description, par exemple, du physique, je ne
dis
pas si les cheveux sont bruns, blonds, très peu. Je laisse, en fait, chaque lecteur compléter avec sa propre sensibilité et c'est ce mélange qui me semble intéressant pour la lecture.
Alors, vous le faites assez peu, pourtant, vous avez un choix de mots extrêmement précis. On sent qu'il y a chaque virgule qui est pesée au trébuchet. Mais quand vous faites une comparaison, c'est, par exemple, dans une histoire d'amour, après l'amour, tiens, d'ailleurs, quand une femme dit au héros « En fait, toi, Jean, tu es très beau, mais ça ne se voit pas.
»
C'est assez formidable, en fait, comme manière de décrire. Un peu plus loin, vous avez la comparaison d'un homme avec un tableau de Velázquez. Il est question de Philippe IV. Donc, si on va sur Internet, on trouve très facilement l'image de ce tableau et c'est un tableau qui est assez ridicule.
Oui,
avec ses petites moustaches retroussées. Ses
petites moustaches
retroussées, sa
petite tête.
Sa
petite tête. Et après, je me suis aperçu, et je le dis dans le livre, qui ressemble aussi au tueur
du
film Les Trois Jours du Condor. Et ça, quand je l
'ai
découvert,
je
me suis dit, tiens, c'est bizarre que le tueur du film Les Trois Jours du Condor ressemble autant à Philippe IV dans le tableau de Velázquez.
Il
y a plusieurs références à l'art dans ce roman, comme dans la plupart de vos livres. Vous avez d'ailleurs consacré un texte à Monet. Dans la Hantise, on croise Jérôme Bosch, on croise donc Velázquez. La peinture, elle vous inspire pour écrire ou elle vous est nécessaire dans votre vie ?
Oui, elle m'a toujours accompagné. Et je dirais même, vous aviez parlé de La Salle de bain, mon premier roman, j'hésitais à commenter la littérature.
Par
contre, je me disais, mais je peux commenter la peinture. Il y avait notamment une grande réflexion sur la peinture de Mondrian. Et justement, je me souviens, je disais, je comparais la peinture de Mondrian avec l'immobilité, avec l'immobilité qui pouvait être la mort aussi. Il y avait toute une réflexion et c'est vrai que la peinture, les arts plastiques m'ont toujours accompagné.
Marie, qui nous écrit sur l'application Radio France, elle dit la chose suivante, je suis en train de lire La Hantise et je trouve votre roman plein d'humour. J'ai l'impression d'un regard doux sur vos personnages. Est-ce que vous les jugez
?
Oui, alors c'est une question, je différencierais le narrateur des autres personnages. Le narrateur, je le ressens intuitivement. D'une certaine façon, même quand j'ai, dans La Hantise, il y a quelques scènes d'amour que j'écrivais et j
'ai
l'impression que c'est le même narrateur, qui est pourtant quelqu'un de très différent, qui était le narrateur des livres du cycle de Marie,
«
Faire l'amour, fuir la vérité sur Marie ». Et en fait, j'ai l'impression que je sais naturellement, intuitivement, comment le personnage se comporte. Par contre, les autres personnages, par exemple, un journaliste d'investigation, par exemple, tel ou tel personnage qui passe, là, j'ai l'impression de les construire davantage. je leur trouve quelques caractéristiques particulières, j'essaye de choisir quelques détails. Par exemple, le journaliste d'investigation, il arrive au rendez-vous sur cette monoroue, giroroue, et ça, je trouve que c'est quelque chose de très contemporain, un peu bizarre, un peu saugrenu.
Et comme le rendez-vous a lieu au dernier étage d'un grand hôtel, il la prend dans l'ascenseur et pendant le rendez-vous, il recharge la batterie. Et donc, il
y a
la batterie sur le bar de l'hôtel, panoramique. C'est ce genre de détails saugrenus qui me plaît.
Mais il vous arrive que vos personnages vous surprennent ?
Pas
vraiment, parce qu'ils sont faits de mots, de mémos, donc je ne leur prête pas une vie bien au-delà des mots sur le papier.
Mais je reviens sur ce que disait Marie, parce qu'elle dit que c'est un roman plein d'humour et il y a beaucoup d'humour, un humour qui est très humain et qui assez paradoxalement réussit à s'installer même dans des scènes où on a honte, où on est gêné. Votre personnage, ça se passe au début donc je peux le dire, Jean Détré, il se fait voler son sac dans les toilettes et c'est un passage génial, je vais vous citer.
Il est impossible de dire la honte que j'ai éprouvée alors, l'immense honte, l'indicible gêne, l'absolue confusion que j'ai ressenti de m'être fait voler mon ordinateur dans les toilettes de l'hôtel ou pour le dire encore plus crûment, de m'être fait voler mon ordinateur dans le cul nu. Mais il y a cet humour qui ne juge pas d'ailleurs, qui n
'est
pas un humour moqueur.
Non mais il y a quelque chose d'assez effrayant dans cette scène en même temps de voir une main surgir sous l'interstice de la porte et c'est vrai que c'est... Alors là c'est une image qui m'est arrivée un jour, l'épisode heureusement ne m'est pas arrivé à moi-même, mais j'ai vécu quand même quelque chose de... les circonstances d'être obligé de descendre de ma chambre parce qu'il y avait du réseau internet uniquement au rez-de-chaussée de l'hôtel où se trouvaient des toilettes dans lesquelles j'avais pu faire un tour éventuellement. Et donc là, peut-être que là, l'idée a surgi parce qu'en fait je suis toujours à l'écoute ou en attente d'une idée qui surgirait.
Il
y a l'humour, il y a l'amour, l'amour, le cycle de Marie, c'est un cycle de quatre romans pour lequel vous avez obtenu plusieurs prix autour de la figure d'une femme, donc Marie et de l'amour. Qu'est-ce qui vous a fait bifurquer vers le genre du roman d'espionnage avec la hantise ? Qu'est-ce que vous avez voulu aller explorer, rechercher de diverses différentes de ce que vous avez pu explorer jusqu'à présent en parlant de lanceurs d'alerte dans les institutions européennes, du logiciel d'espionnage Pegasus qui a fait régulièrement la une de l'actualité ces dernières années
?
Oui, alors tout vient en fait du choix de Bruxelles et en fait je fais du personnage quelqu'un qui travaille à la Commission européenne dans le domaine de la prospective stratégique, c'est-à-dire en fait qu
'il
s'intéresse au futur, à l'avenir. Alors il ne prédit pas l'avenir mais avec en élaborant des scénarios, il se demande ce qui peut arriver dans les 15-20 prochaines années. Et je me souviens avoir fait des entretiens préparatoires avec des prospectivistes, avec des gens qui travaillaient à la Commission et oui, tout à fait sérieusement et ils travaillaient en 2016 16 ou 17 quand je faisaient ces entretiens à l'horizon 2030. On y est presque. Mais je me souviens très précisément que les deux points majeurs sur lesquels ils travaillaient, c'était la blockchain et l'intelligence artificielle.
Alors justement, je voulais vous en parler parce qu'on est en 2016, il y a une clé USB, il y a de la crypto-monnaie, il y a la blockchain. Vous nous rappelez ce qu'est la blockchain ? On en parlait beaucoup au moment du lancement des crypto-monnaies mais une piqûre de rappel ne fait jamais de mal.
Oui, c'est une façon de sécuriser les données, les transactions et d'avoir une sorte de sécurité absolue sur un certain nombre de transactions.
Alors, et l'intelligence artificielle aujourd'hui, si vous deviez donc écrire ce roman et le situer dix ans après, donc en 2026, c'est la question du moment. Qu'est-ce qu'elle vous inspire
? Qu'est
-ce qu'elle pourrait vous inspirer comme
écrivain ? C'est un vertige. Pour l'instant, j'observe simplement, j'en suis moi vraiment aux prémices, je m'en sers comme une sorte de Google amélioré, c'est-à-dire qu'avant je cherchais un mot, je tapais dans la fenêtre et maintenant je pose une question. Vous
n'en
avez pas encore fait un ami ni
quelqu'un avec
qui vous avez une conversation ?
Pas vraiment, pas du tout, aucune conversation mais un outil pas inintéressant mais dont je ne me sers pas beaucoup. Par contre, la réflexion, il faudrait que je la mène et pour l'instant, justement, il n
'y
a pas encore un vrai dialogue mais je pense que c'est un sujet auquel on ne pourra pas échapper.
Avant de retourner au standard, Jean-Philippe Toussaint, il est temps d'écouter le Buena Vista Social Club et ce classique, ce magnifique Chan Chan.
de
la
Magdalena.
Chan Chan du Buena Vista Social Club qui fête ses 30 ans d'existence cette année et que vous écoutez en boucle Jean-Philippe Toussaint me disiez-vous ?
Je viens de vous le dire hors antenne, en effet oui je suis tout à fait fan du Buena Vista Social Club
Eh bien nous le sommes tous et peut-être aussi Jean-Marie qui est au standard du téléphone sonne Bonsoir Jean-Marie Bonsoir Et bienvenue sur France Inter, vous aviez une question pour notre invité Jean-Philippe Toussaint
Oui
j'étais curieux de savoir quelles étaient ses influences, ses influences en général
Et
puis puisque c'est un roman d'espionnage, est-ce qu'il y avait des influences de ce côté-là, d'écrivains d'espionnage ? Et puis aussi j'avais une question sur le fait d'écrire un roman d'espionnage, il doit y avoir des règles à suivre, un suspense etc, je ne sais pas exactement Est-ce qu'il pourrait peut-être nous expliquer ça ?
C'est une très bonne question Jean-Marie, il va nous expliquer ça Jean-Philippe Toussaint ?
Bien sûr, alors sur les influences, on a parlé de Dostoyevski qui était le point de départ Ensuite il y
a
eu la révélation, le choc de la découverte de l'œuvre de Beckett Il y a eu, je vais très vite, Proust, Kafka, etc. Faulkner, le coitur d'Alexandrie, de Laurence Durel, enfin bon je ne
vais
pas en citer 200 J'en viens à l'espionnage, je ne
suis
pas du tout, je n
'ai
jamais été un grand lecteur de romans d'espionnage Et même pas spécialement de romans policiers Non ? Je dirais même, mon père était un grand amateur de John le Carré Et moi j'ai mis du temps en fait, je n'étais pas convaincu immédiatement Mais j'ai persévéré, j'ai fini par trouver ça vraiment extrêmement intéressant Et pour ce roman-là, je pense qu'il reste quand même quelque chose d'une influence de John le Carré Mais
qu'est
-ce qui vous résistait chez John le Carré ? Qu'est-ce qui vous résistait dans des livres qui sont autant de chefs-d'œuvre comme La taupe par exemple ?
Oui alors je n'avais peut-être pas commencé par La taupe, je ne sais plus par lequel j'avais commencé Je n'étais pas entré dedans Et puis c'est vrai qu'il y a toujours...
La
Constance du jardinier qui est un livre formidable Pour les avoir quasiment tous lus
C'est vrai que je
me demande en fait ce qui peut rebuter la découverte de Le Carré
Oui,
je ne sais pas, il devait y
avoir
un conflit entre une sorte d'idée Je lisais aussi à la même époque Faulkner Des livres très exigeants comme Absalon, Absalon Et puis je lisais John le Carré Si on n'entre pas immédiatement dedans, ça ne
va
pas Et je dirais, j'ai forcé un peu Parce que je savais que c'était un des romanciers préférés de mon père Et j'ai fini finalement par voir l'intérêt L'autre grande influence c'est Hitchcock Hitchcock j'ai vraiment démonté, j'ai revu tous les films d'Hitchcock Et j'ai vraiment... Vous
avez revu
tout Hitchcock ? Oui, et j'ai vraiment avec des lunettes d'horloger J'ai vraiment démonté, j'ai regardé les ressorts, comment ça marchait Télégui, comment il fait Et puis il
y
a ce livre magnifique des entretiens entre Truffaut et Hitchcock C'est ça qu'il faut lire et relire Parce que c'est formidable comment Hitchcock explique en fait Que c'est un très très grand artisan en même temps qu'un grand artiste Et ça, ça m'a énormément intéressé
Mais Alfred Hitchcock justement dans ce livre d'entretien Il dit que ce qui est passionnant dans le cinéma c'est le montage C'est pas forcément filmer, c'est monter Est-ce que c'est la même chose pour répondre à Jean-Marie quand on est écrivain ? Est-ce que l'écriture c'est finalement un art du montage Pour créer le suspense, pour fabriquer les rouages d'un roman d'espionnage par exemple ?
Bien sûr, évidemment Et en fait je dirais même que j'écris Mais en même temps je relis en permanence Chaque phrase publiée a été relue
des
dizaines de fois Et cette relecture en fait est vraiment le chiffre de l'écriture littéraire C'est parce qu'on relit qu'on arrive finalement à quelque chose me semble-t-il La relecture c'est vraiment le secret
La relecture c'est le secret et pourtant vous n'êtes pas si secret que ça Parce que vous avez un site internet jptoussin.com Où on peut trouver d'ailleurs des brouillons de vos romans Oui alors j'ai fait cette expérience Pourquoi faire cette expérience-là ?
Parce que je voulais faire un site internet de création Où il y avait des propositions Il y a des appels à contribution Je propose aux internautes d'écrire une nouvelle Qui peuvent être accueillies sur le site Et il y a aussi cette expérience de mettre en ligne De façon légèrement éditée mais à peine Les brouillons des quatre livres du cycle de Marie Alors c'est limité à quatre livres Mais je pense que c'est une expérience tout à fait intéressante Pour ceux que ça intéresse évidemment Et on peut aller voir comment le livre évolue Alors il y a à la fois différents états du manuscrit Mais il
y a
aussi des idées, des dessins, des brouillons Enfin quelque chose Et en fait j'ai toujours aimé les coulisses Et j'invite, moi je suis passionné des coulisses des autres écrivains Et donc j'ouvre ou j'entre-ouvre la porte de mon bureau Et je laisse les internautes jeter un oeil derrière mon épaule
Mais alors qu'est-ce qui fait une phrase en chantier pour vous ? Est-ce que vous savez à quel moment elle se termine ? Et quel est encore l'état de brouillon ? Pour reprendre le mot que vous employez
Il y
a
une chose que j'avais remarqué C'est que j'écris une phrase Et puis après je la complexifie Je rajoute éventuellement une relative Je rajoute un détail Je rajoute quelque chose Et puis la phrase devient de plus en plus complexe Et à partir d'un moment je relis cette phrase assez complexe Et je me dis mais en fait qu'est-ce que tu as voulu dire
?
Alors je me dis ce que j'ai voulu dire Et je l'écris Et c'est par exemple j'ouvre la porte
Vous
vous interrogez vous-même ? Voilà c'est ça Oui en effet il y a un dialogue constant en fait Il y a aussi des consignes que je me donne En écrivant Exemple ? Et bien accélérer Ou ralentir Des choses comme ça Ce chapitre là C'est pas la peine de s'attarder sur ce chapitre là Aller à l'essentiel Ce type de consigne est toujours présent Alors je le formalise pas à chaque fois Il m'arrive d'écrire sur des brouillons Aller de l'avant Au gros feutre Aller de l'avant Ça veut dire ne pas justement Tergiverser Procrastiner Et reprendre toujours Et ça dans la même chose Je dis Va de l'avant Tu auras le temps après de relire Il faut au moins que j'ai quelques pages Avant de commencer à les relire
Et vous avez une vraie discipline Comme écrivain ? Oui bien sûr Oui en effet Il est impensable Lorsque vous êtes en pleine écriture d'un roman De vous arrêter par exemple Quelques jours De le laisser reposer De le reprendre
Voilà
en fait J'ai fini par travailler Exactement comme un cinéaste C'est des sessions Donc il y a par exemple Comme pour un cinéaste Qui a 9 semaines de tournage Moi je ménage dans mon emploi du temps 9 semaines Où je peux me consacrer Uniquement à l'écriture Et je ne fais rien d'autre Je ne vois personne en gros Je m'isole Et je ne fais que ça Je me couche tôt Je me lève tôt Je travaille Je ne bois pas Je ne regarde pas la télévision Je lis un tout petit peu Et je relis Je relis mes propres livres
Et vous êtes aussi cinéaste Qu'est-ce qui fait qu'une histoire Va aller vers l'image filmée Et vous vers le roman
Alors
ça m'est arrivé une fois Très nettement
Jean-Philippe
Toussaint Au tout début Du roman Faire l'amour J'avais une image Très visuelle Que je voyais D'un couple Qui se déchirait Devant une baie vitrée A Tokyo Il y avait la vue de Shinjuku Et je me suis dit Il y
a
de quoi faire un film Et puis finalement J'ai eu envie D'utiliser des mots Pour décrire Cette vue Shinjuku La nuit Les néons Ce couple qui se déchire Ce quartier de Tokyo Et finalement ça a été le point de départ D'un cycle romanesque Qui m'a accompagné
Pendant
12 ans
Et
d'ailleurs même Quand on est à Bruxelles Avec vous Qui êtes un écrivain belge Il y a Shinjuku Qui revient Dans ce livre-là Tokyo est aussi présent Dans la hantise Il est présent Cette ville Qu'est-ce qu'elle représente Pour vous d'un mot
? Oh
ben ça a été Une expérience formidable De ma vie J'ai passé 4 mois à Kyoto La ville à Kujoyama Mais Tokyo J'ai dû faire une quinzaine De voyages au Japon Tous mes livres Ont été jusqu'à un moment Tous traduits en japonais J'ai beaucoup été invité Dans les universités japonaises Et il y
a
eu Une véritable révélation Des liens très étroits Avec mon traducteur japonais Et le Japon Est évidemment Très présent Dans mes livres
Écoutez Merci infiniment Jean-Philippe Toussaint D'avoir été l'invité Du téléphone La hantise C'est donc ce magnifique roman Que vous publiez Aux éditions de Minuit C'est l'un des livres Importants De cette rentrée littéraire Et c'est un bonheur De vous lire
Merci beaucoup
Merci infiniment Il est bientôt temps De retrouver L'information Mais d'abord Les petits bateaux Et cette question du soir
Bonjour
Je m'appelle Arnaud J'ai 9 ans Et je voudrais savoir Pourquoi est-ce qu'il n'y a pas D'oeuvre d'enfants Dans les musées Alors qu'il existe Des adultes Qui peignent comme des enfants Et leurs oeuvres Font exposées