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InterviewFrance Inter (sur YouTube)· 1 juillet 2025 7 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsEurope & internationalSolidarités & famille

Benjamin Morel : "Les motions de censure deviennent intéressantes parce qu'elles peuvent passer"

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 20 %Défensif 50 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:18OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'on doit s'habituer au fait que la vie politique sera désormais rythmée par des motions de censure ?

  • 0:59OuverteRéponse directe

    Et le fait que nos institutions seraient dépassées ?

  • 1:36OuverteRéponse directe

    Et quel est l'intérêt pour le Rassemblement National de ne pas voter la censure ?

  • 2:58ComplaisanteRéponse directe

    C'est ce que j'allais dire, attendre l'automne et le vote du budget.

  • 3:26OuverteRéponse directe

    Est-ce que la promesse d'un projet de loi instaurant la proportionnelle pèse aussi dans la balance ?

  • 3:52RelanceRéponse directe

    Ce n'est pas plutôt du chantage ? Ce n'est pas François Bayrou qui dit au RN, si vous votez mon budget, vous aurez la proportionnelle ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:29InvitéFait
    « Souvenez-vous, on n'en avait pas une adoptée depuis 1962. »
  • 0:33InvitéFait
    « Et maintenant que Michel Barnier est tombé, on en compte deux adoptées sous la Vème République. »
  • 2:01InvitéFait
    « Il est en phase de normalisation, de notabilisation. »
  • 2:21InvitéFait
    « Et donc, dans ce cadre-là, si le RN devait s'y rallier, ça apparaîtrait comme une victoire de la gauche. »
  • 3:33InvitéFait
    « C'est une carotte de François Bayrou au RN. C'est quelque chose qui était dans les exigences du RN depuis le début du mandat de François Bayrou et même de Michel Barnier. »
  • 4:09InvitéFait
    « Aujourd'hui, avec le mode de scrutin majoritaire à deux tours, il n'y a qu'une seule formation qui peut, à sociologie électorale constante, espérer obtenir une majorité absolue, c'est le RN. »
  • 5:11InvitéFait
    « Alors, c'est une proportionnelle par département. Ça ne marche pas. »
  • 5:22InvitéFait
    « Le problème majeur de notre vie politique, c'est qu'on a une tripolarisation. »

Temps de parole

  • Invité82 %
  • Présentateur18 %

7,3 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Il est 6h21, 6 mois à Matignon et déjà une huitième motion de censure pour François Bayrou. Motion portée par le parti socialiste et soutenue par l'ensemble de la gauche. Elle va être soumise au vote cet après-midi. Bonjour Benjamin Morel. Bonjour. Vous êtes constitutionnaliste, maître de conférences à l'université Paris-Panthéon-Assas. C'est presque devenu une routine finalement. Est-ce qu'on doit s'habituer au fait que la vie politique sera désormais rythmée par des motions de censure ?

0:22
Invité

Alors il y a toujours eu beaucoup de motions de censure. Mais les motions de censure, on n'en parlait pas parce qu'en règle générale, elles n'avaient aucune chance d'être adoptées. Souvenez-vous, on n'en avait pas une adoptée depuis 1962. Et maintenant que Michel Barnier est tombé, on en compte deux adoptées sous la Vème République. Là, évidemment, les motions de censure deviennent un peu plus intéressantes parce qu'elles peuvent passer. Et là en l'occurrence, même si les chances sont très limitées, on voit malgré tout des mouvements stratégiques. Ce n'est pas la première fois que le PS dépose une motion de censure depuis le mois de janvier. Mais ça marque évidemment une motion de rupture.

0:53
Présentateur

Donc ce n'est pas un changement de notre vie politique. Et le fait que nos institutions seraient dépassées.

0:59
Invité

Non, en règle générale, on dépose des motions de censure. Ce qui est normal dans un régime parlementaire, c'est le fondement d'un régime parlementaire, que le gouvernement puisse tomber quand le Parlement n'en veut plus. Eh bien, on en dépose quand vous avez une crise politique, quand vous avez une période de particulière tension, quand l'opposition veut montrer qu'elle existe et qu'elle est en désaccord. Ce n'est pas encore une fois la première fois que le PS le fait depuis ces derniers mois. Souvenez-vous quand François Bayrou parle de submersion migratoire chez vos confrères. Le PS dépose à ce moment-là une motion de censure. On est après le vote du budget.

Cette motion de censure n'a aucune chance d'être adoptée. C'est une façon de marquer que le PS est dans l'opposition. On est dans le symbole. On est dans le positionnement.

1:36
Présentateur

Et quel est l'intérêt pour le Rassemblement National de ne pas voter la censure, ce qu'ils ont annoncé ? On verra bien ce qui se passe cet après-midi. Mais pour le moment, normalement, ils ne devraient pas la voter.

1:43
Invité

La question est plutôt inverse. C'est-à-dire, quel intérêt aurait le RN à voter une censure ? En pleine crise internationale, même si elle s'est un peu calmée, voter la censure, c'est déstabiliser le gouvernement dans une période de tension. Le RN n'a pas forcément intérêt. Il est en phase de normalisation, de notabilisation. Deuxième élément surtout, souvenez-vous la censure qui est passée sur Michel Barnier. Qu'a fait le RN ? Il a fait monter les enchères. Il a dit, écoutez, moi je ne voterai pas la censure. Si, si, si, je pose mes conditions. Et in fine, quand ces conditions ont été jugées non satisfaites, le RN a fait tomber. Qu'est-ce qu'on a retenu ?

Le RN est le parti qui fait tomber le gouvernement et pose ses conditions. Là, cette motion de censure, elle vient du PS, sur un sujet qui a été porté par la gauche, les retraites. Et donc, dans ce cadre-là, si le RN devait s'y rallier, ça apparaîtrait comme une victoire de la gauche. Comme hier, la motion de rejet préalable sur l'audiovisuel public votée par le RN apparaît comme étant une victoire de l'opposition de gauche. Donc, c'est faire le cadeau à votre adversaire. Le principal adversaire politique aujourd'hui du RN, ce n'est pas tant la majorité. C'est surtout la gauche parce qu'il s'agit d'incarner pour les prochaines échéances l'opposition, la vraie et donc l'alternance.

Donc, on ne fait pas de cadeau à la gauche au RN. On préfère monter sa propre histoire, monter son propre narratif, par exemple sur le budget.

2:58
Présentateur

C'est ce que j'allais dire, attendre l'automne et le vote du budget.

3:00
Invité

C'est ça. L'idée, c'est de rééditer ce qui s'est passé au mois de décembre dernier, c'est-à-dire de poser des conditions, ces conditions à terme, de faire qu'elles soient inacceptables pour François Bayrou, de le faire tomber en expliquant qu'on est le vrai censeur du gouvernement, l'arbitre des élégances et que le pouvoir d'achat des Français, c'est le RN qui l'a protégé, qui l'a défendu et qui a même été jusqu'à faire tomber le gouvernement dessus. Cette histoire-là, le RN tentera de la raconter, mais il a prévu de la raconter dans quelques mois.

3:26
Présentateur

Est-ce que la promesse d'un projet de loi instaurant la proportionnelle pèse aussi dans la balance ? Est-ce que c'est une carotte de François Bayrou au RN ?

3:33
Invité

C'est une carotte de François Bayrou au RN. C'est quelque chose qui était dans les exigences du RN depuis le début du mandat de François Bayrou et même de Michel Barnier. Toutefois, il faut quelque peu nuancer. Le fait de renvoyer ce projet après le projet de loi budgétaire donne quand même le sentiment d'un peu l'enterrer. Pourquoi ?

3:52
Présentateur

Ce n'est pas plutôt du chantage ? Ce n'est pas François Bayrou qui dit au RN, si vous votez mon budget, vous aurez la proportionnelle, si vous ne le votez pas, vous n'aurez pas la proportionnelle ?

4:01
Invité

Il y a un peu de ça.

4:01
Présentateur

En le mettant derrière, en le mettant après.

4:03
Invité

Il y a un peu de ça, mais le RN n'est peut-être pas aujourd'hui le parti politique qui a le plus intérêt à la proportionnelle. Aujourd'hui, avec le mode de scrutin majoritaire à deux tours, il n'y a qu'une seule formation qui peut, à sociologie électorale constante, espérer obtenir une majorité absolue, c'est le RN. La géographie électorale du RN est idéale pour espérer demain avoir une majorité absolue. Et donc, dans ce cadre-là, est-ce que le RN aurait intérêt à la proportionnelle ? Pas à toutes les formes de proportionnelle.

4:28
Présentateur

Donc, c'était avant que le RN soit si puissant qu'il réclamait qu'il avait besoin de la proportionnelle.

4:33
Invité

Il avait besoin de la proportionnelle. Aujourd'hui, c'est beaucoup moins évident pour lui. Alors, par cohérence et parce que c'est sa position historique, il demeure favorable à la proportionnelle, mais à des modalités de proportionnelle très particulières qui lui permettraient de maintenir une majorité absolue. Aujourd'hui, le statu quo n'est peut-être pas ce qui lui nuit le plus.

4:50
Présentateur

Parce qu'il y a plusieurs formes de proportionnelle aussi ?

4:52
Invité

Alors, selon la définition qu'on retient de la proportionnelle, on en a entre 50 et 80 formes. Ah oui ! Donc, vous voyez qu'on peut faire beaucoup de choses avec la proportionnelle et que si on rentre dans le débat sur la proportionnelle lors de l'hiver, l'une des questions qui va se poser, c'est quelle forme de proportionnelle ?

5:08
Présentateur

Celle qu'on a connue au législatif de 1986, c'était quoi, par exemple ?

5:11
Invité

Alors, c'est une proportionnelle par département. Ça ne marche pas. C'est-à-dire que cette forme de proportionnelle, elle est critiquée depuis Léon Blum, ça ne marche pas pour plusieurs raisons. Aujourd'hui, quel est le problème majeur de notre vie politique ? Le problème majeur de notre vie politique, c'est qu'on a une tripolarisation. Et cette tripolarisation induit une impossibilité de disposer de majorité. Pourquoi ? Parce que quand vous avez été député, quand vous êtes député socialiste par exemple, vous avez été élu sur une configuration d'alliance de premier tour, Union de la gauche.

Si vous quittez cette Union de la gauche, la prochaine fois, vous avez face à vous, par exemple, un candidat insoumis. Pour les deux tiers du groupe socialiste, ça signifie la mort. Et donc, dans ce cadre-là, rentrer dans une alliance post-électorale, une alliance qui n'est pas celle qui vous a fait élire, est létale pour vous. Ça vous fait disparaître et donc vous ne le faites pas. La proportionnelle par département produit exactement la même chose. Dans un département où vous élisez un, deux, trois députés, si la gauche part des unis, elle est morte. Et de même pour le socle commun.

Et donc, dans ce cadre-là, le fait de faire passer une proportionnelle par département, ou que c'est la proportionnelle la plus favorable également au Rassemblement national, on y revient, c'est une proportionnelle qui ne fluidifie pas la vie politique, qui ne permet pas de mieux faire des majorités. Or, aujourd'hui, c'est ce dont on a besoin parce que le mode de scrutin majoritaire à deux tours ne produit pas nécessairement des majorités. C'est le mode de scrutin de la France, sous toute la Troisième République quasiment, et il n'en produit pas avant 1962.

Il ne produit des majorités que quand vous avez une bipolarisation de la vie politique, une bipolarisation qui, ça ne nous a pas échappé, à aujourd'hui un peu vécu.

6:41
Présentateur

Voilà, merci beaucoup, Benjamin Morel, maître de conférence à l'Université Paris-Panthéon-Assas. Vous étiez l'invité du 5-7. Merci.

Benjamin Morel : "Les motions de censure deviennent intéressantes parce qu'elles peuvent passer" · Pourquijevote