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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 23 avril 2021 23 min

Jack Lang appelle Emmanuel Macron à "imaginer un New Deal dans le domaine culturel"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Une révolution culturelle ce matin dans le grand entretien de la matinale. Une histoire de la politique culturelle française qui a donné le jour entre autres au Grand Louvre, à l'Opéra Bastille, la BNF et à mille et un autre projets. Le 1% culturel, le prix unique du livre, la fête de la musique et j'en passe, la liste est tellement longue. Une révolution culturelle, c'est le titre d'un livre de 1300 pages qui vient de paraître aux éditions bouquins. Une somme qui réunit des archives, des documents bruts dont de nombreuses notes confidentielles de Jack Lang, alors ministre de la culture à François Mitterrand.

Une édition établie et présentée par l'écrivain universitaire et essayiste Frédéric Martel. Pour intervenir et dialoguer avec eux, le 01 45 24 7000 est l'application mobile de France Inter. L'ancien ministre de la culture et de l'éducation et président de l'institut du monde arabe, Jack Lang. Et le camarade de France Culture, Frédéric Martel, sont les invités d'Inter. Bonjour messieurs. Bonjour. Bonjour. Et bienvenue. 1300 pages, comment est né ce projet ? Pourquoi ce livre qui n'est pas une manière de raconter une histoire, mais qui permet d'avoir accès à des notes, à des documents qui étaient souvent confidentiels ? Pourquoi avoir voulu ouvrir vos archives, Jack Lang ?

1:24
Jack M.E. Lang

Je n'ai rien voulu. C'est Frédéric Martel, la collection bouquins, qui sont venus me trouver en me faisant cette proposition. Donc j'aurais dit, oui, mes archives vous sont ouvertes. Une seule condition, c'est vous qui choisissez.

1:36
Présentateur

Frédéric Martel.

1:37
Invité

L'idée, c'était ni un livre d'éloge, ni un livre à charge, mais tout simplement un livre de chercheurs, d'aller voir comment les choses se sont passées. Moi, personnellement, comme vous, Ali, c'est une époque que je n'ai pas vécue. J'étais beaucoup trop jeune en mai 81, je n'ai pas connu le festival de Nancy, je n'étais même pas né. Donc ça fait partie, je dirais, de l'ADN de nos politiques culturelles depuis 40 ans. On va fêter les 40 ans de mai 81 dans quelques jours, et je me suis dit qu'il fallait regarder ce qui s'était passé. Et comment, au fond, note après note, page après page, une politique culturelle se crée, se construit, se dessine.

Comment elle réussit, comment elle échoue, avec ses erreurs, avec ses défauts. Et il m'a semblé que l'œuvre écrite de Jack Lang, c'était ses notes, parfois jusqu'à deux, trois notes par jour. À François Mitterrand, on a affaire littéralement à un fou furieux qui écrivait tous les jours...

2:29
Présentateur

Le fou furieux, c'est Jacques Lang, vous écriviez tous les jours au président de la République.

2:33
Jack M.E. Lang

Le fou furieux, c'est moi, et le président patient et, je dirais, affectueux à mon endroit, c'est François Mitterrand, qui accepte d'être harcelé jour après jour. Vous n'étiez pas d'accord sur tout ? On n'était pas d'accord sur tout, bien sûr, c'est normal. Nous formions un duo, un tandem, si je peux parler ainsi. Bon, il était le président de la République, j'avais pour lui à la fois respect et affection. Mais en même temps, j'avais pour mandat de concevoir une politique qui casse la baraque, qui dépasse les lignes, qui déplace les frontières. Et donc François Mitterrand comprenait parfaitement que je le harcèle, parfois deux, trois fois par jour, c'est vrai.

3:12
Présentateur

Quel est le fil rouge, Frédéric Martel, de cette somme, je le disais, 1300 pages, on a le sentiment, à parcourir le livre, que ça dessine quelque chose comme un esprit, un esprit de la politique culturelle.

3:26
Invité

Moi, j'ai grandi dans l'idée que la politique culturelle était nécessité d'un volontarisme politique. Et c'est le volontarisme politique mis au service de l'art. Et c'est ce qu'on peut d'ailleurs appeler le languisme. Le languisme ! Oui, c'est-à-dire une révolution culturelle qui place l'artiste au centre du jeu, premièrement. Deuxièmement, on inverse le rapport de force entre l'art et le marché. Les artistes ne doivent pas subir l'art, mais on leur donne des armes pour être presque d'égal à égal. Et puis, c'est aussi l'idée que la culture doit être partout.

Ce qui frappe dans les notes que j'ai trouvées, c'est que Jack Lang, il est non seulement ministre de la Culture, mais aussi ministre de la Culture au ministère de la Poste, au ministère des Transports, au ministère de la Mer. Comment ça ? C'est-à-dire qu'il écrit au ministre et il leur dit, voilà, qu'est-ce que vous allez faire pour la culture ? Il fait des conférences de presse avec le ministre de la Mer, avec le ministre des Hôpitaux, pour mettre la culture dans l'hôpital, avec les prisons, avec les seniors dans les retraites.

Donc, il y a une idée comme ça, c'est presque une sorte de guévarisme culturel, un petit peu, pour changer la vie, au sens du slogan rimbaldien pris par François Mitterrand au début des années 70, mais repris autour des années langues. Et donc, on a ce qui est d'abord, finalement, une énergie.

4:38
Présentateur

Une énergie, le languisme, vous vous y reconnaissez, Jack Lang ?

4:40
Jack M.E. Lang

Je ne m'attribue absolument pas cette formule qui est propre à...

4:43
Présentateur

Un Che Guevara de la culture ?

4:45
Jack M.E. Lang

Un Che Guevara de la culture, ça c'est assez intéressant, oui. C'est intéressant, même s'il n'a pas exercé le pouvoir longtemps, mais... On a transformé le pays sur le plan culturel. Non, ce que je voudrais dire, c'est que les choses ne se... Il faut le dire, ça ne se ramène pas à une personne, le ministre de la Culture. Tout à l'heure, je vous le disais, d'abord, il y avait un président de la République. Oui. Il y avait auprès de lui des conseillers exceptionnels, qui étaient habités par la même idée de la culture. Jacques Attal, les écrivains, Paul Guimard, Régis Dovray, Laura Adler, Eric Orsena. Tous les membres du gouvernement étaient militants de la culture.

Et autour de moi, une équipe d'enfer sans laquelle jamais je n'aurais pu accomplir ce que vous appelez, Frédéric Martel, une révolution. Mais de quoi êtes-vous le plus fier, Jacques Lang ?

5:34
Présentateur

Quand vous regardez ces 1300 pages et toutes ces notes qui démarrent bien avant 1981, puisque ça remonte à vos premiers engagements, votre dialogue avec Frédéric Martel qui ouvre le livre, montre que dès que vous avez été en âge d'être, même pas majeur, à 20 ans, vous écriviez à Guy Mollet pour le critiquer sur sa politique algérienne. Il y a 15 ans après la France. Mais qu'est-ce que vous retenez ? Quelle est votre fierté de ce long parcours de politique culturelle ? C'est la loi sur le prix unique du livre, par exemple. On va bientôt en fêter l'anniversaire.

6:08
Jack M.E. Lang

Fierté, je ne sais pas, mais mon bonheur, je le rencontre chaque jour, parfois en rencontrant des gens. C'est que dans ce pays, l'idée même de culture fait pleinement partie, disons, de la vie quotidienne. Et d'où, je dirais, la popularité de la politique qui a été menée en ce temps-là. Ce n'est pas telle ou telle chose. Il faut comprendre qu'avec François Mitterrand, notre ambition n'était pas seulement l'art. L'art, d'abord, partout, bien sûr. C'était un projet de civilisation. C'était que notre volonté... Rien de moins. Pardon ? Rien de moins. Rien de moins, effectivement.

Parce qu'en plus, s'y ajoutait la politique de la recherche scientifique, de la science, la politique de l'architecture. Bref, nous considérions que, et je le pense toujours aujourd'hui, que l'art, la culture, l'éducation, la science doivent occuper non pas le deuxième, non pas le troisième rang, mais le premier rang. Puisque vous avez parlé de révolution culturelle, Frédéric Martel, je pense qu'aujourd'hui, le moment est venu d'une nouvelle révolution qui, à nouveau, renverse la table.

7:13
Présentateur

On va y venir, justement. C'était une parenthèse, cette époque glorieuse des deux septennats de François Mitterrand à vous lire, Frédéric Martel.

7:21
Invité

Pour le chercheur que je suis, d'abord, ce qui est très frappant, c'est qu'en mai 81, en très peu de jours, de semaines, beaucoup va être fait. D'abord, la loi sur le prix unique du livre, le doublement du budget, où Jack Lang constamment attaque ceux qui lui reprochent de dépenser l'argent en disant, un kilomètre d'autoroute, ça permet de faire tant de musées, tant de librairies, tant de lieux d'art. Ensuite, le Grand Louvre est lancé, tout de suite. Et puis, les mille et un autre projet qui vont mener à la fête de la musique, dont on fêtera aussi les 40 ans, l'Opéra Bastille, vous l'avez dit, les Zéniths, un beaubourg pour la musique, il y a une note dès l'été 81.

Faisons un beaubourg pour la musique, et ça va devenir la cité de la musique et tout ce qui s'est fait à la Villette. Et puis, la ruée vers l'art, la fureur de lire, les journées du patrimoine, la nuit des musées, on vit depuis 40 ans sur cet ADN culturel. Et c'est ce qu'au fond, j'ai essayé de comprendre. Et alors, quand j'ai commencé, au fond, l'image que j'avais, n'étant pas longuien, le connaissant assez peu, c'était l'image, au fond, flamboyante, mais un peu glamour, parfois un peu paillette. Or, je trouve... Celle de Philippe Muray ? Oui, la fête, etc. De l'homo festivus, la fête. Moi, ce que je trouve, c'est du sérieux, une obsession de la technicité.

On le dit, dit l'étante mandarin, ce que je vois dans ces notes, dans ce travail, c'est d'abord un ascétique qui ne fait, au fond, que travailler. Et que la politique, c'est violent, que ce sont des batailles, qu'il faut sans cesse se battre pour son budget. Vous gagnez 100 000 euros, on vous renlève, on vous reprend 100 000 euros, il faut à nouveau se battre, écrire au ministre du budget, écrire au Premier ministre.

8:51
Présentateur

Cette bataille pour le 1% culturel, 1% du budget alloué à la culture, c'était un objectif, ça a été réalisé pendant les deux septennats. On vous voit vous affronter aussi avec celui qui deviendra président de la République après François Mitterrand, avec Jacques Chirac. Et c'est vrai, ce que disait Frédéric Martel, dans cet ensemble de notes, il y a aussi une forme de, pas de violence, mais de tension politique, de combat politique. Est-ce que la politique, elle est de gauche ou de droite, la politique culturelle, de gauche ou de droite ?

9:23
Jack M.E. Lang

À coup sûr, oui, je le crois profondément. Je reste un homme de gauche, ouvert, mais combatif. Et en effet, ces notes racontent les bagarres, disons, les affrontements, que nous ne souhaitions pas, mais qui étaient liés à la situation politique. Les affrontements avec Jacques Chirac quand il était maire de Paris, ou quand il devient Premier ministre en 1986. Il avait décidé, en arrivant à Matignon, d'arrêter le projet d'Opéra Bastille, d'arrêter le projet des colonnes de Buren, d'arrêter la Cité de la Musique à la Villette, d'arrêter tout ce que nous avions entrepris.

Et puis nous avons, grâce surtout à François Mitterrand et à nos combats, jour après jour, réussi à le convaincre de ne pas détruire ce que nous avions engagé.

10:07
Présentateur

C'est un personnage historique, Jack Long, Frédéric Martel ?

10:10
Invité

Oui, c'est ce qui m'a intéressé, y compris dans ces bagarres. Par exemple, je trouve les notes avec Michel Charas, ministre du Budget, ils se battent tout le temps, c'est très violent. Et puis finalement, Mitterrand donne raison à Jack Long. Et j'ai ce mot de Michel Charas que je cite, il lui adresse un petit mot manuscrit, il lui dit, j'ai vu ta joie, la perspective de pouvoir à nouveau dépenser sans compter. « Tu es vraiment impayable », lui écrit Michel Charas.

10:34
Jack M.E. Lang

C'est une forme de quoi qu'il en coûte culturel. C'est quoi qu'il en coûte culturel, si vous voulez, mais moi, en même temps, j'ai toujours eu, j'ai toujours la passion de la rigueur, je n'aime pas les gâchis, je n'aime pas, mais l'art, les artistes, le pays, les citoyens ont besoin que fleurissent à travers le pays, des centres d'art, des lieux de culture, des lieux d'échange. Et je trouve un peu triste lorsque les choses s'appauvrissent et se recroquevillent.

11:00
Présentateur

On va bientôt retrouver les auditeurs d'Inter, mais puisque nous sommes à un moment très particulier de la vie de la culture dans notre pays et ailleurs, est-ce que vous arrivez à imaginer de faire revivre, comment faire revivre la vie culturelle après le Covid, Jacques Lang ? Quel conseil vous donneriez à Roselyne Bachelot ?

11:20
Jack M.E. Lang

Ce n'est pas seulement à Roselyne Bachelot, c'est aussi à l'ensemble des présidents de la République aussi. D'ailleurs, je lui ai écrit, nous nous sommes vus. Non, je pense qu'il faudrait qu'il saisisse par les cheveux deux situations historiques. L'une, c'est le Covid, qui ne pourra pas être sans conséquences. Et l'autre, c'est la présidence par la France de l'Union Européenne en janvier prochain. Et ce peut être vraiment une occasion historique pour lui et pour nous tous de rebattre les cartes et d'imaginer un New Deal à la Roosevelt dans le domaine culturel.

Et Roosevelt n'avait pas seulement envisagé des mesures économiques, mais des mesures culturelles qui ont complètement changé la vie culturelle américaine. Et je crois qu'il faudrait profiter de cette période pour reconstruire, refonder, réimaginer, réinventer pleinement la politique des arts, de la culture et de la science.

12:20
Présentateur

Bonjour Marc et bienvenue sur France Inter. Vous êtes juriste, juriste comme Jacques Langue.

12:26
Invité

Bonjour, oui, oui, oui, effectivement. Mais également passionné de culture. Bonjour Monsieur le Ministre. Bonjour. En 1992, vous étiez ministre de l'Éducation nationale et vous parliez d'un grand ministère de l'Intelligence et faisiez de beaux projets sur l'éducation artistique. Et puis il y a eu François Dizenne et Jean-Michel Blanquer qui projetaient un parcours d'éducation artistique. Or à ce jour, les chiffres sont là. Par exemple, un jeune de moins de 25 ans ne va quasiment plus au concert classique. Bref, l'éducation artistique n'est-elle pas un serpent de mer ? N'est-ce pas là la vraie révolution culturelle à entreprendre ?

13:02
Présentateur

Merci pour votre question Marc, Jacques Langue.

13:04
Jack M.E. Lang

Mais Marc, vous avez entièrement raison. Simplement, je vais compléter votre information. Il se fait qu'en 2002, lorsque je suis revenu à l'éducation nationale, nous avons conçu avec Catherine Tasca, que je salue, un plan pour les arts à l'école qui, de la maternelle à l'université, prévoyait que partout, dans toutes les écoles, dans tous les collèges, dans tous les lycées de France, les arts redeviennent un véritable fondamental, comme on dit aujourd'hui. Et cela s'est traduit réellement dans les faits, dans les horaires, dans les programmes, dans la formation des maîtres. Et je le crois aujourd'hui plus essentiel que jamais, à un moment où il faudrait redonner sens à la société.

Parce que la culture, ce n'est pas seulement tel ou tel art. C'est aussi un grand dessin, je le répète, un grand dessin de civilisation. Et ça commence, en effet, vous avez raison, à l'école. L'école, c'est un lieu d'éclosion culturelle, d'éclosion de sensibilité. Et de ce point de vue, là aussi, il faudrait une véritable révolution de l'éducation.

14:09
Présentateur

C'est ce que dit Françoise sur l'application France Inter. Elle vous remercie, Jacques Langue, d'avoir permis aux professeurs d'éducation musicale et d'art plastique d'effectuer le même service que les professeurs des autres matières. Je suis enseignante en éducation musicale, dit Françoise, et j'y pense très souvent. Laurent, en revanche, vous demande s'il n'y a pas un paradoxe, un paradoxe languien, celui d'avoir créé un art officiel.

14:35
Jack M.E. Lang

Quel art officiel ? Un art officiel, c'est un art qui, en même temps, célébrerait, je ne sais quel César, je ne sais quel personnage. Non, nous avons, au contraire, essayé, peut-être pas toujours à la perfection, il y a des erreurs, comme l'a dit Frédéric Martel, nous avons essayé de faire éclore, partout, à travers le pays, les initiatives, les créations. Et aujourd'hui, ce pays recèle des trésors d'imagination. Et j'ai une pensée, évidemment, comme vous, vers tous ces artistes et créateurs qui sont bloqués, empêchés, verrouillés, claquemurés par ce Covid. Et le plus vite possible, ils pourront retrouver leur métier. Mieux, ce sera pour eux et pour nous.

15:19
Présentateur

Vous pouvez imaginer le retour de la fête de la musique, c'est dans quelques semaines maintenant, c'est le 21 juin, une fête de la musique XXL. Frédéric Martel, à quoi ça ressemblerait ?

15:29
Invité

Oui, Jacques Lang a cité le modèle rooseveltien des grandes agences, comme la WPA, Federal One, dans les années qui ont suivi une grande crise. Et chaque grande crise permet, sans doute, un renouveau artistique, permet de retrouver ses fondamentaux. Et je crois qu'on peut imaginer une fête de la musique en plein air, puisque le plein air est possible. Je crois qu'on peut mettre ça en avant. Il y a le projet des ZUT, qui est porté par tout un tas de directeurs de théâtre. Ce sont les zones urgentes de la TEUF. Il y a une espèce de... Zone urgente de la TEUF ? Exactement. C'est un projet, notamment à la Villette, mais qui va se répandre un peu partout dans le pays.

Et au fond, la ministre de la Culture devrait dire, bon, on est encore en confinement, mais préparez-vous les artistes. Préparez, au fond, le retour des années folles, comme dans les années 20. Faites-nous danser, faites-nous chanter, faites-nous rêver. Et ce projet, avec des guinguettes, avec des bateaux-fêtes, avec des, comment dire, un renouveau et une créativité artistique, c'est ce qu'on attend.

16:23
Présentateur

C'est ce que vous attendez aussi, Jacques Lang ? Non, mais au-delà de cela... Ce retour des années folles, ce que propose Frédéric Martel, la culture en plein air, les fêtes, les guinguettes ?

16:31
Jack M.E. Lang

Pourquoi pas ? Au-delà, je pense que nous devons, dans les prochains temps, je le répète, révolutionner profondément notre système d'éducation, tout court, d'éducation artistique, de culture, de recherche scientifique. Et j'appelle donc les pouvoirs publics à renouer avec les années Roosevelt, en France aussi. Et j'ai envie de dire, Biden, soyez aussi parmi nous, parce que vous êtes certainement l'un des plus jeunes dirigeants du monde, par la rapidité avec laquelle vous êtes...

17:02
Présentateur

Vous vous adressez à Joe Biden ? Pardon ? Joe Biden, vous vous adressez à lui, au président américain ? C'est un modèle ? Oui, je me sens un peu Joe Biden. Vous vous sentez un peu Joe Biden ? Si vous voulez.

17:11
Invité

Il vient d'annoncer sa candidature à la présidentielle. Exactement.

17:14
Jack M.E. Lang

Jacques Lang est candidat à l'élection présidentielle de 2022. Non, parce que ce qui me plaît avec... Vous êtes de la même génération. Pardon ?

17:21
Présentateur

Vous êtes de la même génération, vous vous reconnaissez en lui.

17:23
Jack M.E. Lang

Exactement, mais en même temps, comme nous, en 1981, il agit vite et fort et direct, comme nous l'avions fait pour inverser la hiérarchie des valeurs. Tout à l'heure, Frédéric l'a rappelé. Il fallait agir tout de suite, changer, transformer, métamorphoser. Et Joe Biden nous offre un exemple extraordinaire de jeunesse d'esprit, d'audace d'imagination. Vive Biden ! Vous êtes nostalgique au fond, Jacques Lang,

17:47
Présentateur

de cette période-là, de 1980-2021 ?

17:50
Jack M.E. Lang

On a l'impression que c'était mieux avant. Au fond, vous êtes réac ? Pas du tout, j'adore le moment où nous vivons. Pas le Covid, évidemment. Non, je suis prospectif, au contraire, puisque j'appelle à une nouvelle révolution.

18:04
Présentateur

Bonjour Romain, et bienvenue sur France Inter. Romain, vous avez 16 ans, et vous avez une question à poser à Jacques Lang.

18:11
Auditeur

Oui, c'est cela, bonjour. Bonjour M. Martel, bonjour M. Lang. Je voulais, du temps, vous poser une question, parce qu'aujourd'hui, j'ai 16 ans. Grâce à vous, je connais la culture, grâce à la fête de la musique, grâce aux travaux à Paris en 1989. J'ai de la chance de pouvoir mâcher des livres à l'au-musée, mais je connais certaines personnes qui, par manque de moyens, malheureusement ne peuvent pas. Et qu'est-ce qu'on pourra faire justement pour pallier à ce problème aujourd'hui ?

18:41
Présentateur

Merci Romain, pour cette intervention, Jacques Lang.

18:44
Jack M.E. Lang

Oui, vous évoquez évidemment, un sujet tout est lié, effectivement. Vous évoquez la situation sociale en général, et on le sait, cet abominable virus a creusé un peu plus les inégalités, et a rendu un peu plus difficile la vie de beaucoup de gens. C'est pourquoi la révolution culturelle et scientifique et éducative, que j'appelle de mes voeux, doit s'accompagner aussi d'un vrai changement social, sans lequel rien ne bougera.

19:12
Présentateur

Est-ce qu'Emmanuel Macron a un bon bilan en termes de politique culturelle ?

19:16
Jack M.E. Lang

C'est difficile de parler de ces choses en quelques mots. Disons que, au moins est-il déjà un président éclairé et cultivé. Par ailleurs, bon, il a ouvert quelques pistes sur un certain nombre de sujets. Mais je répète... Oui, bilan mitigé à vous écouter. Non, je pense que... Je reviens, je pense qu'il est homme à pouvoir, s'il le veut, prendre une initiative puissante et forte dans les prochaines semaines pour refonder pleinement la politique des arts. Il le doit et je le souhaite.

19:52
Invité

Frédéric Martel. Sous François Mitterrand, il y a un ministre de la Culture et un dialogue, comme c'était le cas entre Malraux et De Gaulle. Donc là, c'est Jack Lang et Mitterrand. Sous Emmanuel Macron, il y a déjà eu trois ministres de la Culture. Donc, indépendamment de chacun d'eux, qui a chacun ses qualités, ces trois grands ministres de la Culture, malgré tout, pour être un grand ministre, il faut la durée, il faut la continuité, il faut aussi la confiance du président. Et Jack Lang, on le disait tout à l'heure, en mai 1981. C'est un moment particulier, un esprit de l'époque, mais c'est aussi un ministre et un président, un binôme tout à fait singulier.

20:22
Présentateur

Vous aussi, Frédéric Martel, vous vous dites, c'était mieux avant, vous regrettez cette époque glorieuse que vous n'avez pas connue, mais celle qui a démarré en 1981 ?

20:30
Invité

Oui, c'est vrai qu'Edgar Morin a dit, ce sont les dix glorieuses de la Culture, les années 80. Bon, voilà, les choses se sont passées, sans doute, elles ne se renferont pas de la même manière. En même temps, aujourd'hui, le rapport au numérique, le rapport à Netflix ou à l'audiovisuel, la difficulté de réguler les GAFA, tout ça, c'est des questions très différentes de ce qui se passait au début des années 80. Et donc, c'est pourquoi il faut réinventer une politique culturelle qui est un peu, en effet, essoufflée.

20:56
Présentateur

Dans ce livre, Jacques Lang, il y a une personne, évidemment, qui est présente, c'est François Mitterrand, que vous avez toujours défendu. Pendant, après son septennat, après son décès, la commission Duclair a rendu un rapport sévère sur le rôle de la France au moment du génocide des Tutsis au Rwanda, et un rapport très dur sur l'entêtement de François Mitterrand à soutenir le régime rwandais de l'époque. Quelle a été votre réaction quand ce rapport a été rendu public ?

21:19
Jack M.E. Lang

D'abord, je veux féliciter le président Macron d'avoir ouvert les archives. La France est le seul pays qui a ouvert les archives sur ce monstrueux génocide. Ni la Grande-Bretagne, ni les Etats-Unis, ni l'Ouganda, ni le FPR, ni le Rwanda n'ont ouvert leurs archives. Donc, il faut d'abord féliciter la France. Il y a des personnes plus qualifiées que moi pour répondre et que vous devriez inviter à France Inter. Nous l'avons fait. Non, non, non. Moi, j'attends, comme citoyen amoureux de France Inter que j'écoute chaque matin, j'attends les voix d'Alain Juppé ou de Bernard Cazeneuve qui fut le rapporteur général de la commission d'enquête ou d'Hubert Védrine. D'un mot. Pardon ?

D'un mot, puisque... D'un mot, c'est pas facile de répondre d'un mot à un sujet complexe. Évidemment, c'est complexe. Mais écoutez, France Inter... Écoutez, d'un mot, la France est le seul pays du monde qui a tenté d'arrêter l'engrenage. Et la France a dû s'écarter des lieux à la demande du FPR, c'est-à-dire des Tutsis, qui n'acceptaient l'accord de paix que si la France se retirait, ce qui s'est produit. Et donc, je remercie la commission d'avoir au moins reconnu, c'est le minimum minimum, que la France n'est pour rien dans ce génocide.

22:35
Présentateur

Ce n'a pas de sens de vous demander de lire la lettre de Barbara que vous avez apportée avec vous, Jacques Lang, puisque la tonalité n'est pas celle-là et que l'entretien est malheureusement terminé. Mais je vous remercie, Jacques Lang et Frédéric Martel, d'être venus ce matin dans le 7-9 d'Inter. Une révolution culturelle, c'est une édition établie et présentée par Frédéric Martel. C'est publié aux éditions Bouquin. Merci, messieurs. Et vive la culture ! Merci.