Marlène Schiappa dans playboy : camouflage d'un scandale d'État
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Questions et réponses
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Marion, depuis quelques jours, la presse évoque l'interview de Marlène Schiappa dans Playboy. Pourquoi ce sujet détourne-t-il de ce qui pourrait être un scandale d'État ?
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Et c'est quoi les fonds Marianne, justement ?
- 6:16OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qu'on peut finalement tirer de ces révélations faites par les journalistes de Marianne et de France 2 ?
- 8:17RelanceRéponse partielle
On peut dire que c'est un mépris assez manifeste de refuser de répondre à des questions des journalistes avec des faits aussi fortement étayés.
- 9:44ComplaisanteRéponse partielle
Ce n'est pas n'importe quel poste.
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Justement, Off Investigation a publié récemment la traduction d'un article extrêmement important qui revient sur les liens de MSC avec le milieu du trafic de drogue.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Emmanuel Macron en 2017, il avait promis la République exemplaire »
- 2:29InvitéChiffre
« un appel à projet de 2,5 millions d'euros, de la part qui est lancé par le Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation »
- 5:01InvitéChiffre
« En quelques semaines, 17 dossiers ont été retenus pour un montant global de 2,17 millions 600 euros »
- 5:30InvitéChiffre
« Quatre associations se partagent près d'un million trois cent mille euros »
- 5:40InvitéChiffre
« l'Union des sociétés d'éducation physique et de préparation aux services militaires. 355 000 euros de dotation »
- 10:03InvitéFait
« il a des liens avec un armateur, donc MSC, Méditerranéenne Shipping Company, qui est dirigé par un des cousins de sa mère »
- 10:11InvitéFait
« il est soupçonné de trafic d'influence et de prise illégale d'intérêt par le parquet national financier »
Temps de parole
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Je rappelle Emmanuel Macron en 2017, il avait promis la République exemplaire et depuis le début de son premier mandat, les scandales s'enchaînent dans une indifférence plus ou moins forte, mais en tout cas on a l'impression que rien ne change et que toujours autant de membres du gouvernement, de députés sont impliqués dans des affaires qui sont bel et bien pour certains des scandales d'État.
Alors Marion, depuis quelques jours, la presse et les commentateurs évoquent l'interview et les photographies faites par Marlène Schiappa dans Playboy, ce sujet ne devrait pas nous intéresser un seul instant puisqu'il nous détourne de ce qui pourrait être un scandale d'État dans le contexte déjà tendu de la mobilisation contre la réforme des retraites.
Oui, tout à fait, la vraie affaire par rapport à Marlène Schiappa, ce n'est pas ce sujet dont beaucoup de gens semblent parler depuis quelques jours et ce qu'on voit qui semble notamment plus intéresser la presse, c'est donc le sujet dont on va parler après. Là, tout à l'heure, avant de venir, j'ai regardé sur Google, j'ai cherché Marlène Schiappa et je me suis dit qu'est-ce qu'on va voir principalement ? Est-ce qu'on va voir la question de cette une ou cette interview dans Playboy ou les révélations qui ont été faites par Marianne et une journaliste de France 2 ? Eh bien, ça n'a pas manqué.
En fait, ce qu'on voit principalement, c'est des résultats qui évoquent cette interview dans Playboy, donc contrefeu parfait pour éviter de parler de ce qui pourrait être un scandale d'État. Et donc là, si les images de Google sont passées, ce qu'on voit, c'est que seule Ouest France, dans les derniers résultats que j'ai obtenus, accordait un article sur les fonds Marianne.
Et c'est quoi les fonds Marianne, justement ?
Alors, pour comprendre ce que c'est que les fonds Marianne, on va faire un petit retour en arrière, donc on va revenir deux ans en arrière. Au début de l'année 2021, donc Marlène Schiappa, qui est donc maintenant secrétaire d'État chargée de l'économie sociale et solidaire, ainsi que de la vie associative, ce qui reste important pour comprendre ce qui se passe aujourd'hui. À l'époque, en 2021, elle était ministre déléguée à la citoyenneté auprès du ministre de l'Intérieur. À un moment, elle lance les fonds Marianne, donc au moment où Samuel Paty, qui était professeur d'histoire-géographie à Conflans-Saint-Honorin, était assassiné par un terroriste islamiste.
Donc suite à ça, on a des mesures qui sont prises, et notamment la création de ce fonds, puisque à ce moment-là, le gouvernement veut défendre les valeurs de la République en ligne et lutter contre le cyber-djihadisme. Et il lance un appel à projet de 2,5 millions d'euros, de la part qui est lancé par le Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation. Donc j'ai parlé du cyber-djihadisme. L'objectif à l'époque, c'est de faire face à la propagande séparatiste et défendre les valeurs républicaines. Donc Marianne, on reviendra après sur le fonds de l'article, déjà note qu'ils ont eu du mal à accéder à ces 17 candidatures.
Là, tu parles du journal Marianne.
Oui, pardon, je parle du journal Marianne et pas du fonds Marianne. Donc le journal Marianne a noté qu'ils ont eu du mal à accéder à ces 17 candidatures, que par ailleurs, les journalistes étaient très étonnés effectivement de quelque chose. Donc quand on lance un appel à projet, on se dit, on va voir le temps que l'information circule, que les associations découvrent qu'il y a un appel à projet, qu'elles montent le projet, qu'elles définissent une équipe, etc. C'est un processus qui va mettre du temps. Et les journalistes se sont étonnés du fait qu'en fait, le processus a été très rapide puisqu'il ne s'est étendu que sur trois semaines.
Alors ils ont fini par obtenir la liste des associations lauréates. Et ce qu'ils notent, donc là je les cite, c'est que trois structures se partagent à elles seules un million d'euros, donc soit à peu près la moitié du fonds. Et notamment, il y a deux personnes qui, donc pas des associations, des lauréats, mais deux personnes qui sont administrateurs d'associations, d'une association notamment qui s'appelle Mohamed Sifawi et Cyril Karungaran, qui ont obtenu donc 120 000 euros pour se rémunérer. On verra après que ce n'est pas du tout l'objet du fonds.
Mais donc voilà, l'article de Marianne et les travaux d'une journaliste de France 2 qui s'appelle Sophie Broyer, donc lance un petit peu l'alerte. Et ce n'est pas quelque chose de récent puisque déjà en fait, il y a quelques mois, donc Marianne avait commencé, le journal avait commencé à essayer de s'informer. En novembre 2022, Sophia Chikirou aussi a posé une question écrite, Voilà, le député FI Nupes a posé une question écrite qui était restée sans réponse concernant la grande opacité dans la démarche d'attribution de ces fonds. Elle a réitéré sa question le 21 mars 2023. Il n'y a toujours aucune réponse qui n'a été donnée concernant les modalités d'attribution.
Et on va voir un extrait du reportage de France 2 pour voir un peu ce qui a été découvert. Il y a deux ans, le ministère de l'Intérieur lance un appel à projet pour soutenir des actions en ligne à portée nationale, destinées aux jeunes de 12 à 25 ans exposés aux idéologies séparatistes. Le calendrier est serré. En quelques semaines, 17 dossiers ont été retenus pour un montant global de 2,17 millions 600 euros. Après quatre mois d'enquête, nous nous sommes procurés la liste des 17 structures qui ont reçu des subventions. associations sportives, productions audiovisuelles, éditeurs de bandes dessinées, des contenus sont mis en ligne.
Au total, quelques dizaines de milliers d'euros de subventions pour certaines, plusieurs centaines de milliers d'euros pour d'autres. Quatre associations se partagent près d'un million trois cent mille euros. Parmi elles, l'Union des sociétés d'éducation physique et de préparation aux services militaires. 355 000 euros de dotation. Avec pour objectif, selon la Convention d'attribution, déployer un contenu multimédia et un message positif de réenchantement des valeurs de la République. Une association présidée à l'époque par Cyril Karounagaran, au sein de laquelle on trouve également Mohamed Sifawi, un expert reconnu des questions de radicalisation.
Parmi les productions de l'association, notamment, 13 vidéos sur YouTube, dont la majorité ne dépasse pas les 50 vues, un compte Instagram, avec seulement 138 abonnés.
Qu'est-ce qu'on peut finalement tirer de ces révélations faites par les journalistes de Marianne et de France 2 ?
Déjà, les journalistes, on a Sophie Broyer d'une part, et Gérald Andrieux et Gabriel Libert d'autre part. Et ce qui semble se dessiner, c'est qu'il est possible que ce fonds ait servi à rémunérer des intérêts plutôt personnels que des associations. Donc, on le voit dans le reportage, en tout cas, des projets sérieux. Les vidéos, quand on regarde, elles sont présentées dans le reportage. En fait, il n'y a quasiment aucun visionnage. Dans les choses qui ont été créées, par exemple, il y a un compte Facebook qui n'a que cinq amis et, globalement, aucune publication à son actif. Donc, en fait, c'est quasiment, disons, du travail fantôme avec des personnes.
Et ce qui est intéressant aussi, donc les personnes que j'ai citées plus tôt et qui sont citées dans le reportage, qui ont empoché 120 000 euros de salaire, alors que les statuts de leur association interdisaient aux administrateurs de toucher une quelconque rémunération. Et ce n'était pas non plus l'objectif de ces fonds Marianne. Ce que les journalistes notent, c'est que certains mois, ils se sont rémunérés à deux ou trois reprises. Et ce ne sont sans doute pas les dix salariés de cette mission-là qui ont été rémunérés, mais seulement eux. Et ce qui leur permet d'affirmer ça, c'est qu'ils ont pu consulter les relevés bancaires de l'association.
Donc, ils montrent qu'il y a eu assez peu de mouvements d'argent et vers un nombre très restreint de personnes. Voilà. Peut-être quand même noté, là, je voyais ça tout à l'heure, que certaines personnes évoquées dans l'affaire ont commencé à répondre. Et surtout que le secrétariat d'État à la Citoyenneté, qui est dirigé par Sonia Bacchès, qui est aussi rattachée au ministère de l'Intérieur, a annoncé qu'ils allaient dirigeanter une enquête et rendre des conclusions fin mai 2023. Pour autant, même en attendant, quand même, il y a quand même beaucoup de choses, disons, qui restent très, très douteuses. Et par exemple, Marlène Schiappa, globalement, refuse de répondre.
Donc, c'est important que ces révélations qui ont été faites par des journalistes ne retombent pas en attendant la fin du mois de mai.
On peut dire que c'est quand même un mépris assez manifeste de refuser de répondre à des questions des journalistes avec des faits aussi fortement étayés. Quand même, a priori, quand on est au service de l'État, on a un devoir de répondre quand on nous pose des questions, quand des journalistes, en plus des journalistes du service public, pour le coup, nous posent des questions. On voit bien que derrière l'affaire Playboy, il y a quelque chose de beaucoup moins anecdotique. On peut parler de scandale. Et ces révélations s'ajoutent, en réalité, c'était une longue liste de scandales que connaît l'entourage du président Emmanuel Macron.
Oui, tout à fait. Pour rappel, Emmanuel Macron, en 2017, il avait promis la République exemplaire. Et depuis le début de son premier mandat, en fait, les scandales s'enchaînent dans une indifférence plus ou moins forte. Mais en tout cas, on a l'impression que rien ne change et que toujours autant de membres du gouvernement, de députés, sont impliqués dans des affaires qui sont bel et bien, pour certains, des scandales d'État.
Alors, avant de venir, j'ai regardé, donc déjà, bon, c'était Alexandre Benalla, il y a Éric Dupont-Moretti, quelqu'un qui était un peu passé sous les radars, qui n'est plus ministre délégué aujourd'hui, mais qui était Alain Griset lors de la précédente mandature, qui avait été condamné à six mois de prison avec sursis et trois ans d'inéligibilité avec sursis pour déclaration incomplète de son patrimoine. Une autre affaire, et quelqu'un qui, pour le coup, reste en place, c'est Alexis Collère, qui est secrétaire général de l'Élysée depuis 2017.
Ce n'est pas n'importe quel poste.
C'est ça, et très régulièrement, c'est un poste moins, disons, médiatique, mais cette personne, très régulièrement, son nom revient dans la presse par rapport à l'affaire MSC, dont je vais parler très rapidement après, et il reste en place. Ça fait maintenant plus de six ans qu'il est secrétaire général de l'Élysée. Et pourtant, en fait, il a des liens avec un armateur, donc MSC, Méditerranéenne Shipping Company, qui est dirigé par un des cousins de sa mère, et il est soupçonné de trafic d'influence et de prise illégale d'intérêt par le parquet national financier, ce qui n'est pas rien.
Et surtout, c'est des suspicions le concernant qui sont encore une fois très étayées et qui remontent à avant 2022. Pourtant, il est resté en poste. On a tout un tas, encore une fois, de reportages assez solides de journalistes. Je pense par exemple aux journalistes de Off Investigation qui étayent encore un peu plus les soupçons du parquet national financier. Et cet homme reste à sa place, il ne bouge pas.
Justement, Off Investigation, nos confrères de l'Off Investigation ont publié récemment la traduction d'un article extrêmement important qui revient sur les liens, non pas d'Alexis Collère, mais de MSC, avec le milieu du trafic de drogue. Ce sont des révélations qui sont troublantes et qui sont même effrayantes quand on sait, notamment, que l'État français appuie MSC, notamment en Afrique, dans la conquête des ports africains et dans le fameux grand remplacement africain de Vincent Bolloré. De toute façon, cela ne nous regarde pas, c'est une affaire entre milliardaires. Merci Marion pour cette chronique. Merci.
Merci. Merci.