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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 26 avril 2022 26 min

"La priorité est d'avoir une Première ministre", plaide l'eurodéputé macroniste Pascal Canfin

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour Pascal Canfin, Emmanuel Macron a promis que son deuxième quinquennat sera, je cite, écologique ou ne sera pas. Est-ce que vous le croyez ?

0:07
Pascal Canfin

Oui je le crois, je le crois parce qu'il y a des actes qui ont été posés pendant cette campagne. Le fait que le futur Premier ministre aura directement en charge le changement climatique et la lutte contre le changement climatique, c'est un changement institutionnel majeur, absolument majeur, parce qu'aujourd'hui, et c'est hérité de l'histoire politique, ce n'est pas un héritage d'Emmanuel Macron, le ministère de l'écologie est un peu isolé face aux autres. Or, on le sait, on ne gagnera cette bataille du climat et de la transition écologique et de la planification écologique que si on le met au cœur des politiques publiques. Et qui est au cœur des politiques publiques ? Le Premier ministre.

0:45
Présentateur

C'est quoi la planification écologique ? C'est un mot qui a surgi dans la campagne, qui fait partie du programme de certains des candidats qu'Emmanuel Macron a repris à son compte. Qu'est-ce qu'on planifie ? C'est quoi ? C'est juste un agenda ?

0:54
Pascal Canfin

Non, pas du tout. On planifie les transitions. C'est-à-dire qu'on organise avec les secteurs économiques concernés, l'énergie, les voitures, les camions, l'isolation des bâtiments, etc. On planifie le passage à une économie zéro carbone. Ce que nous avons décidé au niveau européen, et ça c'est un combat qui a été gagné par la France lors du précédent quinquennat, c'est l'objectif de neutralité climat. C'est quoi la neutralité climat pour que chacun comprenne ? C'est passer à un monde, en 2050, où nous ne mettrons plus de gaz à effet de serre. C'est une révolution industrielle. C'est une révolution des transports. C'est une révolution de la façon dont on se chauffe, dont on produit l'énergie.

Beaucoup, beaucoup de secteurs économiques sont concernés. C'est radical. Quand j'entends parfois qu'on manque un peu d'ambition, on sera un peu mou du genou sur le climat, la radicalité, c'est le changement profond, total de notre système économique en 28 ans. 28 ans, 2022-2050, c'est une génération. Nous avons une génération pour changer en profondeur notre modèle économique. C'est ça la planification écologique.

2:02
Invité

Mais alors comment on y arrive ? Est-ce qu'il faut par exemple instaurer des objectifs aux entreprises privées ?

2:06
Pascal Canfin

Alors il y a plus que des objectifs qui sont instaurés. Notre action, elle est française et européenne. Vous le savez, je préside la commission environnement qui est en charge de toute cette transformation écologique au niveau du continent européen. Par exemple, pour prendre quelque chose qui parle à tout le monde, les voitures, nous sommes en train de négocier la fin de la voiture thermique pour passer à la voiture zéro émission, qu'elle soit électrique ou hydrogène, en 2035. Ça veut dire que l'industrie automobile européenne, qui est la plus grande industrie en termes d'emploi en Europe, a 13 ans, 2022-2035, pour se transformer totalement.

2:41
Invité

Mais si elle n'y arrive pas ? Comment vous arrivez à les contraintes ?

2:43
Pascal Canfin

Mais elle va y arriver. C'est la règle. Elle va y arriver. Elle va y arriver. D'ailleurs, tous les constructeurs automobiles ont pris ce chemin. Des dizaines de milliards d'euros sont investis en ce moment pour aller vers la voiture zéro émission. Et dans le programme d'Emmanuel Macron, il y avait une mesure très importante qu'il a répétée à multiples reprises. C'est le leasing pour la voiture électrique. Je me permets de détailler cette mesure parce qu'elle explique, elle incarne, elle illustre le changement de méthode que nous voulons faire en France. La voiture électrique, elle est zéro émission. Mais elle est, malgré tous les bonus, plus chère aujourd'hui.

Et donc, si on laisse faire le marché et les politiques publiques actuelles, vous allez avoir deux Frances. Une France qui a accès à la voiture zéro émission, qui ne polluera plus, qui sera indépendante du prix des énergies fossiles, puisque ça sera l'électricité, et une France qui sera toujours avec la vieille essence ou le vieux diesel. Le principe du leasing, c'est que je rembourse 100 euros par mois et en échange une voiture électrique. Ça, fondamentalement, c'est que je fracture la société en deux. Il y a ceux qui font la transition et les autres qui la suivisent.

3:46
Invité

Alors comment on fait pour aider tout le monde ?

3:47
Pascal Canfin

Eh bien, on fait l'inverse. C'est-à-dire qu'on donne à ceux qui n'ont pas la possibilité d'aller sur le marché du neuf, qui achètent des voitures sur le marché, non pas de la première occasion, mais de la deuxième occasion, à 2 000, 3 000 euros au maximum. Eh bien, on leur donne la possibilité, grâce à du leasing, c'est-à-dire pour 100 euros par mois, sans valeur d'achat de quelques milliers d'euros, bien évidemment, tout de suite 100 euros par mois, eh bien, d'avoir accès à une voiture électrique et la borne associée, évidemment, neuve.

4:13
Présentateur

L'idée, c'est que ce soit rentable dès le premier mois.

4:15
Pascal Canfin

Exactement. Comme vous faites un plein, aujourd'hui, malheureusement, c'est 100 à peu près, enfin, c'est une centaine d'euros, ça dépend du véhicule, bien évidemment, c'est une centaine d'euros par mois. Si vous faites deux pleins, deux pleins par mois, eh bien, immédiatement, dès le premier mois, vous avez un gain de pouvoir d'achat. Et puis ensuite, évidemment, c'est le vrai dans la durée. Ça concerne quelle proportion de la population, aujourd'hui, avec ces critères-là ? C'est extrêmement concret et c'est l'inverse de la logique qui a mené aux gilets jaunes.

La fameuse taxe carbone, ça a mené aux gilets jaunes parce que l'idée qui était derrière, que je n'ai, moi, pas personnellement soutenu, mais l'idée qui était derrière, c'était de dire, en augmentant le prix, ça fait bouger les comportements. Sauf que la réalité, quand vous devez aller conduire votre enfant à l'école et qu'ensuite vous allez à la zone commerciale ou à la zone industrielle pour aller travailler ou que vous travaillez avec des horaires décalés, qu'il n'y a aucune alternative en transport en commun, le prix de l'essence, ce n'est pas ça qui va vous faire changer. Simplement, c'est de la perte de pouvoir d'achat.

Et donc, on inverse, là, on inverse, c'est fondamental, on inverse.

5:09
Présentateur

Aujourd'hui, il n'y a que les plus riches qui peuvent s'acheter une voiture électrique ou les classes moyennes au prix d'une voiture électrique. Si, aujourd'hui, très nettement, enfin, c'est les foyers les plus aisés. Entre les foyers les plus aisés et ceux que vous décrivez là, deuxième ou troisième main sur le marché de l'occasion, comment on fait pour s'attaquer à tous les autres ?

5:27
Pascal Canfin

Là, pour le coup, le cœur, pour éviter la fracture de la société que j'évoquais tout à l'heure, et nous, ce qu'on veut, c'est la méthode fondamentale, c'est transformer, on en a besoin, le GIEC le rappelle, on est dans une urgence climatique absolue, donc on doit transformer, mais on doit transformer sans fracturer. C'est ça le mot d'ordre absolu de la transition écologique. Ça veut dire quoi ? C'est fini l'écologie punitive ? Je ne sais pas ce que ça veut dire l'écologie punitive. Les impôts, c'est punitif, les normes, c'est punitif, ça ne veut rien dire. C'est du slogan de Ségolène Royal, ça ne veut rien dire.

La réalité, c'est qu'il faut des normes, parce que si vous ne mettez pas de normes, vous ne faites pas bouger les entreprises et les industriels. Et les industriels sont les premiers, je le vis, puisque c'est nous qui les édictons en Europe, à demander des normes pour avoir de la prévisibilité, pour savoir dans quoi ils doivent investir. Mais si vous ne mettez les normes sans avoir les politiques d'accompagnement social intelligente, eh bien vous allez dans le mur. Mais si vous ne mettez pas les normes, il ne se passe rien. Et c'est ça, c'est les deux jambes. Et donc c'est ce qu'on va faire avec le leasing des voitures électriques.

Et évidemment, cette méthode-là, on peut absolument l'appliquer à plein d'autres choses. Les artisans, toujours pour rester sur les voitures et des choses qui parlent à tout le monde. Les artisans, ils sont généralement des vieilles, ce qu'on appelle des véhicules utilitaires légers, des Citroën, des Fiat, des Renault, etc. Souvent diesel, 95% diesel. Et il y a aujourd'hui, maintenant, une offre électrique. Sauf qu'un artisan, ça va garder son vieux diesel le plus longtemps possible pour l'amortir le plus longtemps possible. Et le problème, c'est qu'on a maintenant les zones de faible émission, qui sont des règles qui ne font plus les bienvenues, justement. Exactement.

Eh bien ça, je vous le dis très sincèrement, pour moi, ce n'est pas la bonne méthode. Ah bon ? Ce n'est pas la bonne méthode. Pourquoi ? Parce que qu'est-ce que vous allez faire avec l'artisan ? Vous allez lui dire « Désolé, mais ça ne marche pas ? Tu ne viens plus dans le centre-ville ? » Vous allez lui dire ça, vraiment ? Vous dites ça, par exemple, la maire de Paris ?

7:14
Présentateur

Vous dites que ce n'est pas la bonne méthode. Elles sont déjà en place, parfois, depuis des années. Non, elles ne sont pas...

7:17
Pascal Canfin

Non, non, non, c'est tout nouveau. Non, c'est tout nouveau, là, maintenant.

7:20
Présentateur

Ah bah si, si, on réduit le nombre de vignettes critères qui ont droit d'y rentrer.

7:23
Pascal Canfin

Absolument. Et là, on rentre dans le dur. On rentre dans le dur. Et là, vous allez avoir beaucoup de ménages, beaucoup d'artisans, beaucoup de professionnels, qui ne sont pas équipés pour pouvoir rentrer demain dans les centres-villes. Et c'est un futur problème majeur.

7:35
Invité

Mais vous dites quoi aux autorités, aux maires, par exemple, qui instaurent ces zones ?

7:38
Pascal Canfin

Les maires sont les premiers à dire « On a un problème. On a un problème. » Et donc, ce qu'il faut faire, ce n'est pas renoncer à la zone à faible émission, parce que ça, ce serait reculer. Et qui souffre de la pollution de l'air ? Les enfants et les personnes âgées. Donc, pour nos plus vulnérables, de nos familles, on doit avoir ces zones à faible émission. On doit lutter contre la pollution de l'air. Je rappelle, 40 000 morts par an. 40 000 morts par an, prématurés. Mais on doit le faire en rendant possible la solution. Parce que sinon, vous créez une situation de blocage et d'impasse.

Et donc, la nouvelle méthode, ce n'est pas juste de dire « On met une zone à faible émission et puis advienne qu'on pourra, on verra bien ce qui se passe. » Non, on met la zone à faible émission. Et en même temps, c'est du bon en même temps, en même temps, on crée l'outil qui donne accès aux véhicules utilitaires légers pour l'artisan. Et on met autour de la table, et ça, c'est le cœur de la planification écologique, on met autour de la table ce qu'on n'a pas fait jusqu'à présent. Les constructeurs automobiles, la fédération des artisans, les élus locaux concernés, notamment des grandes villes, les banquiers...

Si je vous écoute bien le deuxième quinquennat, on va faire la même chose, mais à l'envers que dans le premier. On va accélérer, ce n'est pas à l'envers. Sur la méthode, c'est vraiment... Sur la méthode, demain on va faire les aides en même temps. Si vous voulez, regardons les faits objectivement sur le climat. Les émissions de gaz à effet de serre baissaient de 1% par an en 2017. Elles baissent de 2% par an aujourd'hui. Il faut passer à 4% par an pour atteindre les objectifs de l'accord de Paris. Donc il faut effectivement changer de méthode. C'est tout à fait naturel et c'est ça qu'on va faire. Je vous interromps le temps du fil Info à 8h42 avec Solène Cressan.

9:04
Invité

A la SNCF, tout le monde savait, personne n'a rien fait regrette sur France Info. Un avocat de victime de la catastrophe ferroviaire de Bretigny-sur-Orge. 7 morts, plus de 400 blessés il y a 9 ans. La SNCF et un cheminot comparaissent depuis hier. Mais selon l'entreprise, il n'y a eu aucun défaut de maintenance. Emmanuel Macron, de retour à l'Elysée, consulte pour son futur gouvernement après sa réélection. Jean Castex doit rester Premier ministre au moins jusqu'en début de semaine prochaine. Le Conseil des ministres est reporté de demain à jeudi selon les informations de France Info. 40 pays réunis pour l'Ukraine.

L'Allemagne accueille une réunion organisée par les Etats-Unis pour renforcer les capacités militaires de l'Ukraine. France, Royaume-Uni mais aussi Australie ou Japon y participent. Moscou met en garde contre le danger réel d'une 3ème guerre mondiale. Et puis le retour du Toulouse Football Club après 2 saisons. Il est de retour en Ligue 1, 2 saisons passées en Ligue 2. Le TFC retrouve l'élite grâce à sa victoire 2-0 hier face à New York. France Info

10:06
Présentateur

Le 8.30 France Info Salia Brakia, Marc Fauvel Toujours avec Pascal Canfin, eurodéputé En Marche, président de la Commission de l'Environnement, de la Santé publique et de la sécurité alimentaire au Parlement européen, Marine Le Pen avait une autre solution pour respecter les accords de Paris. Le localisme, c'est-à-dire le fait de privilégier les achats près du lieu de production. Est-ce que, en dépit, même si ça vient d'elle, est-ce que vous considérez que c'est l'une des pistes aujourd'hui pour y arriver ?

10:32
Pascal Canfin

Développer les circuits courts, on n'a pas attendu Marine Le Pen pour le faire. Tout le monde le fait. Tous les élus locaux le fassent.

10:39
Présentateur

Elle voulait le faire à une plus grande échelle en disant notamment le libre-échange, la mondialisation sont des obstacles.

10:45
Pascal Canfin

Pour suivre mon raisonnement, absolument. Il y a une partie dans le concept de localisme, il y a une partie qui est du bon sens et qui est d'ailleurs partagée par tout le monde, à gauche comme à droite. Demandez aux élus LR ou aux élus LFI, aux élus écologistes, s'ils développent les circuits courts, ils vont tous vous dire oui. Sur la mondialisation. Donc ça, c'est la partie de bon sens que tout le monde partage. Puis ensuite, il y a la partie qui, pour le coup, ne fonctionne pas. C'est d'en faire l'idéologie ultime, la solution ultime à tout.

Or, si vous voulez changer à l'échelle d'un continent comme l'Europe ou si vous voulez changer à l'échelle mondiale, ce qui est évidemment l'enjeu climatique, ce n'est pas en faisant juste des solutions ultra locales que vous allez emmener le continent européen et emmener les autres pays, les Chinois, les Indiens, les Américains en premier chef, dans un accord mondial sur le climat. Donc il faut les deux jambes. Il faut la jambe locale parce qu'il y a énormément d'initiatives, de circuits courts, d'innovations, etc., qui sont absolument une richesse décisive pour la lutte contre le dérèglement climatique.

Il faut sans doute encore aller plus loin dans la capacité à déployer ces innovations, évidemment. Mais il faut des grandes politiques européennes, des grandes politiques et des accords internationaux comme l'accord de Paris, qui est exactement l'inverse du localisme. Maintenant, sur le libre-échange. Qui a dit non au Mercosur ? La France. Qui a dit non à un accord avec Donald Trump, à l'époque où c'était Donald Trump qui était à la Maison Blanche, à un accord commercial ? La France. Emmanuel Macron a même été le seul, le seul chef d'État européen à dire « Jamais il n'y aura un accord commercial avec Donald Trump » parce que le multilatéralisme, ce n'est pas à la carte.

Il faut limiter les importations. Est-ce que vous dites ça ? Maintenant, on a posé des actes. Mercosur, non. Accord avec Donald Trump à l'époque, non. Résultat des courses, c'est maintenant la nouvelle doctrine européenne. Nous avons convaincu tous les autres pays européens, y compris l'Allemagne, avec maintenant le nouveau gouvernement allemand, qu'il ne peut pas y avoir de nouveaux accords commerciaux signés en Europe si ceux-ci ne sont pas compatibles et alignés avec l'accord de Paris. C'est la nouvelle doctrine.

12:47
Présentateur

Est-ce qu'il faudra revenir sur certains accords et limiter les importations ?

12:50
Pascal Canfin

C'est-à-dire qu'on les renégocie progressivement. C'est des accords commerciaux, ça a une durée de vie limitée. Ou alors, à chaque fois qu'on sera amené à les renégocier, une des clauses dites essentielles d'un point de vue juridique, c'est-à-dire une clause qui peut faire tomber l'accord, s'il n'est pas respecté, c'est vraiment le cœur du réacteur, eh bien, ce sera le respect de l'accord de Paris. On a changé le logiciel, et on est en train, c'est un combat de longue haleine, mais on est en train de changer le logiciel de la mondialisation. Et ça, c'est infiniment plus puissant, je peux vous le dire, que le localisme de Marine Le Pen.

13:17
Invité

Pascal Canfin, vous êtes élu du Parlement européen. Est-ce qu'il faut un embargo sur le pétrole et le gaz russe ?

13:22
Pascal Canfin

Alors, c'est une question qu'il ne faut pas prendre à la légère, parce qu'on doit vraiment répondre avec les deux jambes. La première jambe, c'est la jambe énergétique. La deuxième jambe, c'est la jambe économique et sociale. Oui, il faut sans doute continuer à priver le régime de Vladimir Poutine de recettes supplémentaires. Je rappelle qu'aujourd'hui, nous achetons pour 1 milliard d'euros par jour de gaz à la Russie. Donc, de facto, nous finançons l'effort de guerre russe, ce qui est évidemment l'exact contraire de ce que nous voulons faire.

Mais en même temps, chacun comprend bien que si demain matin, on fait un embargo sur le charbon, ce qui nous concerne peu en France, mais ce qui concerne beaucoup d'autres pays européens, le gaz et le pétrole, je pense qu'on a un petit problème immédiat, si vous voulez, non seulement de prix, mais de volume, c'est-à-dire qu'il y aura de la rareté. C'est-à-dire qu'on n'a pas le plan B pour l'instant. Donc, ce qu'on fait, exactement, donc ça, je pose l'équation, ce qui fait que depuis le début de la guerre, depuis le 24 février, ce que fait l'Europe et ce qu'on fait avec l'ensemble des chefs d'État et au Parlement européen, c'est de préparer exactement ce que vous venez de dire, le plan B.

Il y a quoi dans le plan B aujourd'hui ? Le plan B, c'est se rendre possible le fait de couper l'importation de pétrole et de gaz russe, sachant que pour le charbon, on l'a décidé. Qu'est-ce qu'il faut pour cela ? Est-ce que dans le cocktail, il faut mettre des gaz de schiste américains ? Il faut diversifier. Oui. Je vais vous dire, malheureusement, et c'est avec un très grand... C'est dur à dire pour vous. Malheureusement, oui. Parce que vous ne pouvez pas diversifier vos contrats gaziers. D'accord ?

C'est-à-dire que vous passez du gaz russe et allez voir d'autres fournisseurs, l'Algérie, le Qatar, les États-Unis, ce sont les trois qui sont sur le marché, sans passer par la case gaz de schiste américain. Donc, c'est pour ça que ça n'est pas l'alpha et l'oméga. C'est nécessaire, j'aimerais vous dire le contraire, mais malheureusement, c'est nécessaire à court terme. On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. Mais ça n'est en aucun cas la fin de l'histoire. Il faut accélérer massivement les renouvelables.

Et c'est pour ça que nous sommes en train, en ce moment même, de négocier en Europe des nouvelles règles du jeu pour le déploiement des énergies renouvelables, de façon à aller beaucoup plus vite. Vous savez qu'aujourd'hui, on met entre 5 ans et 7 ans entre le moment où on commence à concevoir un projet pour un parc éolien offshore et le moment où ça se fait vraiment. Il faut aller beaucoup plus vite si on veut être sérieux avec le fait de ne plus être dépendant du gaz russe. Et le deuxième jambe, je termine là-dessus, c'est être capable de gérer ensemble les conséquences économiques et sociales. Parce qu'il ne faut pas se voiler la face.

Si nous allons plus loin dans les sanctions énergétiques, si nous renonçons nous-mêmes à acheter du pétrole et du gaz russe, qu'est-ce qui va se passer ? Il ne faut pas se casser derrière son petit doigt. Les prix vont augmenter. Et si les prix augmentent, il faut être capable de gérer de manière solidaire en Europe les conséquences. Et le pays, et c'est un peu l'ironie de l'histoire, quel est le pays qui sera le plus touché ? L'Allemagne. Les sanctions. C'est l'Allemagne. C'est pour ça qu'elle ne veut pas. Et c'est pour ça que l'Allemagne est réticente.

16:12
Invité

Mais dans ces cas-là, nous, on ne peut pas le faire seul ?

16:14
Pascal Canfin

On ne peut pas le faire seul, puisque les réseaux sont interconnectés. Les gazoducs viennent de Russie, ils passent par là-bas. On ne peut pas le faire seul. Ça n'a aucun sens, ni politique, ni technique. Ça nous ferait très très mal à nous pour un impact sur Poutine qui serait nul. Donc vraiment, ça n'a aucun intérêt. Mais pourquoi l'Allemagne ? Pourquoi l'Allemagne est en difficulté aujourd'hui ? En difficulté, parce qu'elle dépend beaucoup du gaz russe. Et vous savez, ça fait 30 ans qu'on est au moment de la crise grecque.

On a beaucoup, nous, responsables politiques français, à juste titre, de gauche comme de droite, on a reproché aux Allemands leur manque de solidarité à l'époque, à l'époque de la crise grecque. Aujourd'hui, moi, je vais dire, il faut être solidaires avec les Allemands. Parce qu'on ne peut pas demander aux Allemands d'être solidaires quand c'est nous qui avons un problème, mais quand c'est eux qui ont un problème, de leur dire, les amis, c'est bien fait pour vous. Donc il faut mettre sur la table un paquet de solidarité avec l'Allemagne pour rendre possible la bonne gestion solidaire.

17:05
Présentateur

C'est-à-dire qu'il faut que l'Europe aide financièrement l'Allemagne à couper le gaz.

17:07
Pascal Canfin

Il faut qu'on soit capable de gérer ensemble les conséquences éventuelles économiques. Mais ça veut dire de l'argent ? Bien sûr. Et on l'a fait. L'Allemagne ne peut pas s'en sortir toute seule. Si, l'Allemagne peut s'en sortir toute seule, mais pas l'Italie. Et pas la République Tchèque. Et pas la Slovénie. Et pas la Pologne. Et donc c'est quoi ? Il faut un plan de relance ? Donc c'est ce qu'on dit depuis le début. Le jour où nous serons amenés à prendre une décision qui risque d'être dure pour nous aussi. Et là, c'est une décision politiquement extrêmement difficile à prendre. Mais il faut assumer cette complexité.

17:36
Invité

Parce que si on écoute par exemple le ministre des Affaires étrangères russe, il dit qu'il met sur la table le risque d'une troisième guerre mondiale. Vous y allez ou pas ? C'est ça la question.

17:48
Pascal Canfin

C'est pour ça que nous pesons le pour et le contre depuis le 25 février, madame. C'est pour ça que ce n'est pas une décision qu'on prend en claquant du doigt. J'ai vu une tribune à l'époque de François Hollande disant qu'il faut le faire demain matin. Non, non. Par contre, dire on ne le fera jamais, rassurez-vous, on ne le fera jamais, non plus. Et donc ce qu'on essaye de construire, c'est cet équilibre-là. Je peux vous dire que ce n'est pas facile. Parce qu'il ne faut pas se tromper. Mais ce qui est certain, c'est que si on n'est pas prêt, en européen, à avoir la même réponse qu'on a eue avec le Covid. Parce qu'on a réussi avec le Covid. Rappelez-vous, au début, on n'a rien.

Ensuite, on est les premiers au monde sur le vaccin. On a un plan de relance à 750 milliards d'euros. On a réussi la réponse au Covid. D'ailleurs, plus personne n'en parle. On a réussi la réponse au Covid. Il faut qu'on réussisse en européen la réponse à la crise russe.

18:28
Présentateur

Pascal Canfin, invité de France Info jusqu'à 9h. Il est 8h51. Le fil Info avec Solène Cresson.

18:34
Invité

Yannick Jadot, favorable à une coalition de la gauche pour les élections législatives. Mais le candidat Europe Écologie-Les Verts estime ce matin que ça ne marchera pas si elle se fait derrière Jean-Luc Mélenchon. Ils font, selon lui, respecter les identités. La France Insoumise et le Parti Socialiste se réunissent demain en vue de ces législatives. L'enquête se poursuit après la mort de deux hommes sur le Pont Neuf à Paris. Dimanche soir, un policier soupçonné d'avoir tiré sur leur voiture. Et toujours en garde à vue, l'enquête doit dire si c'était de la légitime défense. Pékin sous la menace d'un confinement.

La campagne de dépistage au Covid s'étend dès aujourd'hui à la quasi-totalité des 22 millions d'habitants de la capitale chinoise. Les cas de Covid se multiplient, mais moins qu'à Shanghai qui vit un confinement dur depuis près d'un mois. La saison de Julian Alaphilippe est en suspens. Le champion du monde de cyclisme est toujours hospitalisé. Il se remet de sa lourde chute sur la course Liège-Bastogne-Liège. Son cousin et entraîneur ne préfère pas se prononcer sur sa présence ou non sur le Tour de France.

19:35
Présentateur

France Info. L'info juste. Le 8.30 France Info. Salia Braquia. Marc Fauvel.

19:42
Invité

On a toujours avec Pascal Canfin, président de la commission de l'environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire du Parlement européen. Justement, la sécurité alimentaire, les chocolats Kinder, les pizzas Buittoni. Depuis quelques semaines, on assiste à des scandales sanitaires dans l'alimentation. C'est la faute à pas de chance ou à la négligence ?

19:59
Pascal Canfin

Dans un scandale, il y a toujours de la négligence. C'est pour ça qu'on se bat au niveau européen et on est en train de le mettre en place pour changer les règles du jeu, pour durcir les contrôles. Et ça passe par la création d'une force sanitaire européenne capable d'aller détecter de manière préventive, mais aussi de sanctionner lorsque le scandale arrive, les producteurs qui n'ont pas joué le jeu des contrôles sanitaires.

20:23
Invité

Parce que si on écoute les entreprises, si on écoute les ONG, en matière de contrôle sanitaire, la réglementation est forte. En revanche, c'est l'application qui ne l'est pas du tout.

20:30
Pascal Canfin

C'est exactement ce que je vous dis.

20:31
Invité

Il manque des contrôles, il manque des contrôleurs.

20:32
Pascal Canfin

C'est exactement pour ça que je vous dis qu'il faut une force de contrôle sanitaire. Je ne vous ai pas dit qu'il fallait changer les règles parce que les règles existent. Mais il faut créer des postes. Il faut créer... C'est toujours le problème au niveau européen, c'est-à-dire que ça ne marche. L'administration française, l'administration pour la sécurité alimentaire française, n'a aucun pouvoir pour aller contrôler ce qui se passe dans un autre pays européen. Je ne vais pas donner de nom qui a le pouvoir d'aller tout autant en Pologne qu'en France et en Grèce ou en Irlande, c'est de créer une force de contrôle sanitaire européenne. C'est une des batailles que nous menons en Europe.

C'est en train de se mettre en place dans le cadre du Green Deal européen. C'est-à-dire la grande transition que nous menons à la fois sur le plan de l'environnement et sur le plan de la santé. Vous avez peut-être vu qu'hier, la Commission européenne a proposé l'interdiction progressive, bien évidemment, encore une fois en 24 heures, de dizaines et de dizaines de produits toxiques qui sont dans notre quotidien, et qui sont dans nos urines, qui sont dans notre sang et dont on doit absolument se débarrasser pour vivre mieux.

21:31
Présentateur

Pascal Canfas, vous avez été pendant des années membre d'Europe Écologie Les Verts. Quand vous avez vu le score de Yannick Jadot à l'élection présidentielle, moins de 5%, vous vous êtes dit quoi ?

21:40
Pascal Canfin

Je me suis dit que ça a confirmé l'intuition que j'ai depuis maintenant des années et des années. À savoir que l'écologie n'appartient à personne. Ça vous appartient ? Que personne n'a le monopole de l'écologie et que penser que quelqu'un, un parti en l'occurrence, a le monopole de l'écologie, c'est la recette de l'échec. Je vais vous faire un parallèle historique. Qui a fait la sécurité sociale ? La sécurité sociale, l'État-providence, qui est le bien commun, le plus précieux que nous avons avec la démocratie ? De Gaulle dans un gouvernement d'union nationale. Voilà, vous avez la réponse. Là, aujourd'hui, il n'y a pas de gouvernement d'union nationale.

C'est les communistes, c'est les gaullistes, c'est les sociodémocrates, c'est les chrétiens démocrates. Vous voulez qu'Emmanuel Macron appelle Fabien Roussel ? Je faisais un parallèle historique pour vous dire que personne n'a le monopole de l'écologie et que continuer de penser cela est la recette de l'échec écologique. Non pas simplement l'échec du parti écologique. La rigueur, on s'en moque un peu. C'est l'échec des politiques écologiques, de la réponse écologique. Et ça, ça m'importe et ça importe à nos enfants. Donc, c'est pour ça que moi, je défends l'écologie partout. Est-ce que vous trouvez, vous dites qu'il faut que l'écologie a plus ?

Dans la majorité présidentielle puisque nous sommes en train de changer de braquet. Nous avons commencé cette émission par ça.

22:54
Présentateur

Je vous pose la question différemment. Est-ce que vous trouvez qu'un Jean-Luc Mélenchon, par exemple, a fait avancer la cause écologiste dans la campagne ? Bien sûr. Oui.

23:01
Pascal Canfin

Bien sûr, ce serait totalement sectaire de ma part de dire le contraire, évidemment. De la même manière que Jean-Louis Borloo, à l'époque, au moment du Grenelle, sous Sarkozy, avait considérablement fait avancer la cause écologiste. Et donc, il faut une alliance et un travail, non pas une alliance partidaire, mais une alliance de coopération entre tous ceux qui veulent transformer sans fracturer.

23:21
Présentateur

Il ferait un bon Premier ministre chargé de la planification, par exemple, puisque c'est l'idée forte de son programme,

23:27
Pascal Canfin

Jean-Luc Mélenchon. Là, vous allez un peu loin parce que nous avons un point d'accord. Nous avons un point d'accord avec Jean-Luc Mélenchon sur la planification écologique.

23:35
Présentateur

Vous lui avez piqué son idée. En revanche.

23:37
Pascal Canfin

Et moi, j'aime beaucoup aussi l'expression qu'il emploie, qu'il a reprise à des intellectuels, de bifurcation écologique. Je pense que c'est un terme que moi j'apprécie parce qu'effectivement, nous sommes à un embranchement. Soit on continue comme hier et on sait qu'on va dans le mur. C'est prouvé de centaines de fois par tous les scientifiques du monde entier. Soit on bifurque. C'est ma responsabilité et moi je le fais en Europe. 450 millions d'Européens sont concernés par le Green Deal européen Maintenant, Jean-Luc Mélenchon, on a des accords absolus sur l'Europe. Parce que son projet est absolument anti-européen. Alors je sais qu'ils disent, ils font une pirouette.

Ils font une pirouette en disant j'ai un plan A.

24:16
Invité

Il ne faut pas respecter les traités. J'ai un plan B. Et j'ai un plan B,

24:18
Pascal Canfin

c'est de faire la résistance aux traités. Mais c'est quoi la résistance concrètement ? C'est un mot chargé de valeur. C'est très bien la résistance, évidemment. Mais concrètement, dans la vraie vie, ça veut dire quoi ? C'est la résistance face à la zone euro ? C'est sortir de l'euro ? C'est sortir de Schengen ? C'est le projet de Mme Le Pen. Sortir de Schengen ? C'est aussi dans le projet de LFI ? C'est sortir de la charte des droits fondamentaux ? Parce que le mot magique qui est dit par le programme de LFI, c'est opt-out. Opt-out en français, c'est-à-dire je sors. Donc il faut qu'ils assument.

Et la campagne législative, elle sera là aussi pour marquer le fait que comme on l'a fait entre les deux tours, pour débusquer le fait que derrière le projet un peu maman et chat de Mme Le Pen au premier tour, en fait c'était de la violence, du racisme et de la sortie de l'Europe. Eh bien, il y aura, non pas sur le racisme bien évidemment, mais sur la sortie de l'Europe, il y aura aussi des choses à faire sortir du programme de LFI. Parce qu'enfin,

25:06
Invité

le casse-tête d'Emmanuel Macron en ce moment, c'est de trouver le bon premier ministre qui puisse incarner cette politique. Vous, vous avez dit il y a quelques mois, j'ai plus de pouvoir là où je suis qu'un ministre ou qu'un premier ministre. Donc vous le dites toujours ça ? Vous le pensez toujours ?

25:18
Pascal Canfin

Je pense que ça fait 30 ans qu'on n'a pas eu de premier ministre femme. Donc je pense que la priorité est d'avoir une première ministre.

25:26
Invité

Et si Emmanuel Macron vous propose d'intégrer le gouvernement, vous lui dites quoi ?

25:30
Pascal Canfin

Je vous redis, je pense que la priorité est d'avoir une première ministre. Qui ? Ah non, ça pour le coup c'est la responsabilité du président. Mais vous voyez qui aujourd'hui qui répond ? Je ne vais pas donner des noms, c'est ridicule, ce n'est pas mon rôle et ce serait absurde. Par contre, je pense que si on regarde l'histoire, ça fait 30 ans qu'on n'a pas eu de femme à Matignon, 30 ans. Il faut mettre fin à cette anomalie.

25:46
Présentateur

Bon, on a compris clairement que vous n'étiez donc pas candidat au poste de premier ministre. Si Emmanuel Macron vous appelle, vous lui direz la même chose. Je suis plus utile.

25:53
Pascal Canfin

Alors là, je lui fais la même réponse que ce que j'ai fait il y a plusieurs mois. C'est-à-dire que moi, je m'occupe aujourd'hui du Green Deal, de la transition écologique pour 450 millions d'Européens. L'immense majorité des solutions à la lutte contre le dérèglement climatique passe par l'Europe. Je pense que je suis servi aujourd'hui et j'ai beaucoup, beaucoup de choses à faire. Je pense que j'ai un impact qui est très significatif.

26:10
Présentateur

Merci Pascal.

26:11
Pascal Canfin

Modestement.

26:11
Présentateur

Merci, bonne journée à vous.

"La priorité est d'avoir une Première ministre", plaide l'eurodéputé macroniste Pascal Canfin — Pascal Canfin · Pourquijevote