Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewFrançois Ruffin (sur YouTube)· 21 juillet 2024 5 minAutoproduit

« Dégoûtée », Nathalie a déchiré sa carte d'électrice...

Source d'origine 1 locuteur

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Ça, tu sais ce que c'est ? C'est une carte électorale qui m'a été envoyée, déchirée, par Nathalie, avec un petit mot qui me dit « J'ai 56 ans, 30 ans de vote socialiste, le reste LFI, je suis écoeuré, je ne voterai plus jamais ». Je comprenais grosso modo l'idée, mais je lui ai dit « Est-ce que tu peux préciser ? » Elle m'a renvoyé un autre message, elle me dit « Bonjour monsieur, écoeuré parce que la gauche est arrivée en tête et à cause des magouilles de Macron et les batailles d'égo à gauche, on se retrouve avec Attal et Bron Pivet. Le soir du résultat des élections, chez moi, on a tous pleuré de joie.

J'ai cru naïvement que ma fille qui a 30 ans, saisonnière depuis 10 ans, au SMIC, serait augmentée, que mon salaire qui n'a pas augmenté depuis 8 ans serait indexé sur l'inflation et que je ne travaillerai pas 2 ans de plus. J'aurais pu bascaler au RN, mais mon cœur était à gauche, donc je voterai plus. Marre d'avoir espoir d'une vie meilleure et de se faire avoir, Nathalie l'a dégoûtée. » On sort des élections européennes, les macronistes sont perdus, on a quand même Von der Leyen à la tête de la Commission. On sort des législatives, les macronistes ont perdu, et on a quand même Bron Pivet au perchoir. Maintenant, c'est vrai que la gauche, quelle nullité, quoi. Ça recommence.

Ça recommence parce que, je le dis, ils ont été nuls pendant 2 ans, ils ont été nuls pendant les 6 mois de campagne européenne, où on avait une gauche en miettes avec le moral dans les chaussettes, le 9 juin, parce qu'ils y étaient allés chacun dans leur couloir, Parti communiste, Parti socialiste, France insoumise, les écologistes. Vous leur avez mis leur pression ? C'est grâce à vous qu'ils se sont rassemblés. Front populaire, et derrière, vous avez repris la balle au bon, 400 000 signatures sur un site, des manifestations pour leur dire « Soyez unis, arrêtez vos conneries ». Mais là, ça recommence. Ça recommence. Ça fait 2 semaines, on n'est pas foutu de donner un nom pour Matignon.

Je me dis même maintenant, mais ils aiment perdre, quoi. C'est le choix de la défaite. Ils ne veulent pas gagner, ils ne veulent pas gouverner. Gagner, gagner, gagner, gagner, ça devrait être le verbe qu'on apprend à conjuguer à gauche. Je gagne, tu gagnes, il gagne, nous gagnons, vous gagnez, il gagne. Quand on travaille pour Nathalie et sa fille, quand on représente le peuple, tout ce qu'on peut prendre, on le prend. On le prend tout de suite, on le prend pleinement, on prend ce qu'on peut prendre. Si c'est un chariot rempli, un caddie, on le prend. Si c'est ça qu'on peut gagner pour les gens, on le prend.

Et là, on le voit qu'ils ne prennent pas, tu vois, il y a la possibilité, peut-être au moins, d'essayer de prendre le pouvoir. Peut-être pas tout le pouvoir, mais des bouts du pouvoir. Pour en faire quelque chose, pour les salaires, pour les frigidaires, pour les découvertes des gens, pour leurs horaires. Mais là, ça surnifle. S'il faut travailler, que ça soit parfait, que ça soit l'harmonie, on y va à telle et telle condition. Ah, stop ! Arrêtez le cinéma. Vous ne voulez pas y aller, vous ne voulez pas y aller, mais dites-le que vous ne voulez pas y aller.

Si Nathalie, si les gens, ils sortent de là avec l'abrogation de la retraite à 64 ans, mais déjà, ça sera formidable, parce que pour eux, ça sera une inversion du cours de l'histoire. Il peut y avoir des trucs positifs qui sortent du pouvoir, ceux à quoi ils ne croient plus. Donc, minime, si c'était que ça, je prendrais. Mais si on a 5% en plus sur les salaires, au moins le rattrapage de ce qui a été bouffé ces dernières années par l'inflation pour les salariés du privé, je prends. Si jamais on a le référendum d'initiative citoyenne pour la démocratie, je prends, même si ce n'est pas l'idéal de la 6e République. Enfin, on prend, on prend, on prend, on prend ce qu'on peut prendre.

Et Nathalie, déjà, ça lui fera un choc qu'il y ait du positif, du mieux, un peu dans sa vie. Donc, qu'est-ce qu'on fait ? On laisse faire. On laisse Nathalie et sa fille qui désespèrent. On se dit, bon sang, il faut essayer quelque chose. Tu sais, c'est la phrase de Roosevelt quand il arrive au pouvoir après la crise de 29 et qu'il dit, il faut essayer quelque chose. Le pays ne nous en voudra pas d'avoir échoué, mais il nous en voudra de ne pas avoir essayé. Et là, on n'essaye rien. On n'essaye même pas, tu vois. Alors là, bon, c'est l'été, les plus chanceux vont sur les plages, c'est les Jeux Olympiques à Paris, c'est le bazar.

C'est dur de se dire que c'est dans ce temps-là qu'on va aller secouer Macron, qu'on va aller secouer les partis. Par contre, il faut s'y remettre à la rentrée. Et donc, on va essayer quelque chose. Gagner. Gagner. Gagner. Que ça redevienne un verbe qu'on conjugue à gauche. Gagner. Donc, rendez-vous pour gagner le 31 août à fixe-cours. C'est un point de départ de l'histoire, ce n'est pas le point d'arrivée. Mais voir ce qu'on fait de la rentrée, voir ce qu'on fait des mois qui suivent. Et que même si ce n'est pas nous à Matignon, qu'on les gratte quand même les hausses de salaire, qu'on obtienne l'abrogation de la retraite à 64 ans, qu'on gagne ça pour Nathalie et sa fille.

Voilà ce qu'on doit se fixer comme objectif dès cette rentrée. On a le droit à la joie, malgré tout, je vais essayer de ternouiner avec le sourire, même si je suis fâché. On a le droit à la joie et c'est pour ça que quand même, à fixe-cours, le 31 août, il y aura des châteaux complables, il y aura un concours de pétanque, il y aura de la pêche aux canards pour les gamins, il y aura un karaoké, il y aura tout ça. Mais il y aura aussi gagner, gagner, gagner. On veut gagner et à la fin, c'est nous qu'on va gagner.

« Dégoûtée », Nathalie a déchiré sa carte d'électrice... · Pourquijevote