Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewyoutube.com· 16 juillet 2017 20 min

L'interview d'Anne Hidalgo

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Anne Hidalgo, bonjour.

0:01
Anne Hidalgo

Bonjour.

0:02
Présentateur

Vous êtes à Lausanne pour défendre la candidature de Paris 2024. 2024 ou 2028, est-ce que ça veut dire que vous serez gagnante dans tous les cas ?

0:10
Anne Hidalgo

Ça veut dire qu'on est très concentré pour 2024, puisque notre projet vise vraiment à apporter des jeux écologiques, à transformer aussi le Grand Paris, un impact très fort sur la Seine-Saint-Denis, le nord de Paris.

0:26
Présentateur

2028, ce serait moins bien ?

0:28
Anne Hidalgo

Nous ne sommes pas candidats pour 2028, mais nous accompagnons vraiment le CIO dans le mouvement et la stratégie qui est la sienne. Je pense que d'ailleurs, Thomas Barre a été visionnaire à la fois avec l'agenda 2020, qui a été pour moi un élément clé dans la décision de m'engager dans cette candidature, et puis sur le 2024-2028, je pense qu'aujourd'hui, avec ce travail qui est fait par le CIO, avec aussi la relation d'amitié que nous avons, Eric Garcetti, le maire de Los Angeles, et moi-même, il y a sans doute un chemin.

1:02
Présentateur

Vous êtes là, le président de la République, Emmanuel Macron, est là aussi. Est-ce qu'il n'y a pas le risque d'en faire trop la fameuse arrogance française ?

1:09
Anne Hidalgo

Je pense qu'il faut faire très attention, et on a conscience de cela, et aussi, on a beaucoup tenu à faire l'unité politique autour des sportifs, pour justement ne pas tomber dans une politisation d'une candidature qui n'aurait pas lieu d'être.

1:29
Présentateur

Il y a un mot que vous utilisez beaucoup, c'est « sobre », des jeux sobres.

1:32
Anne Hidalgo

Absolument, des jeux sobres, à la fois sur le plan, bien sûr, économique, parce qu'il ne s'agit pas de faire des dépenses pour rien. Aujourd'hui, l'argent public doit servir. Chaque euro dépensé doit vraiment servir à la population. Et puis, sobre sur le plan environnemental. Et je pense que la sobriété, elle est aussi dans l'attitude qui est la nôtre. Nous sommes très heureux qu'Emmanuel Macron vienne. Il y a une continuité des présidents de la République. Vous savez, on peut même remonter à Jacques Chirac, qui a porté plusieurs candidatures de Paris. Nicolas Sarkozy, qui a beaucoup soutenu, qui soutient cette candidature. François Hollande, qui a été celui qui l'a aussi impulsé.

Et aujourd'hui, Emmanuel Macron. Donc, il y a plutôt une unité du pays sur cette candidature.

2:18
Présentateur

Tony Blair était un modèle de lobbying. Il était allé voir chaque délégué, y compris dans la nuit, tous les membres du CIO. C'est ce qu'il faut faire ?

2:26
Anne Hidalgo

Bien sûr.

2:26
Présentateur

Il faut aller chercher chaque voie, n'est-ce pas ?

2:29
Anne Hidalgo

Ce n'est pas un lobbying qui consiste, bien sûr, à faire des choses qui ne seraient pas autorisées. Je pense que la transparence financière, budgétaire, l'honorabilité d'une candidature, elle doit être portée, bien sûr, par chacun d'entre nous. Mais connaître chacun, établir une relation de confiance. Moi, j'ai compris parce que j'adore le sport depuis longtemps. Mais la famille olympique était pour moi une famille nouvelle que j'ai découverte depuis deux ans. J'apprends vraiment à la connaître. Et je vois bien, il y a aussi quelque chose d'une confiance qu'on veut donner à une ville.

Est-ce qu'on a envie de travailler pendant sept ans, puisque ça dure sept ans, une fois que la décision est prise, la préparation des Jeux ? Est-ce qu'on a envie de travailler avec ces gens-là, avec ces équipes-là, se pose-t-il comme question ? Et c'est normal d'établir aussi une relation qui montre que cette confiance est vraiment possible.

3:28
Présentateur

Vous êtes une socialiste, vous revendiquez, disons, une certaine rigueur. Ce monde du CIO un petit peu plus intrigant, où il faut aller serrer des mains, voir des gens, dîner, etc. Ça ne vous gêne pas ?

3:39
Anne Hidalgo

Non, parce que ça n'a rien d'intrigant, en fait. Vous savez, je pense que d'abord, il y a une charte éthique du CIO que les membres appliquent de façon remarquable. Et nous aussi, les candidatures, on doit l'appliquer de façon extrêmement stricte. Et puis, c'est important que nos interlocuteurs nous connaissent, sachent ce qu'on veut vraiment, ce qu'il y a derrière nos propositions. Je pense que c'est très important d'établir cette confiance. En fait, ce travail de deux ans, il a beaucoup, beaucoup, je crois, servi à établir de la confiance aussi avec des personnes. Parce qu'au-delà des institutions, au-delà d'une campagne, au-delà des slogans, à la fin des fins, on travaille avec des gens.

Et ces gens doivent pouvoir travailler ensemble, se faire confiance. C'est ce qu'on a voulu établir.

4:26
Présentateur

La marque écologique, vous voulez vraiment la souligner, y compris dans les symboles. Il y aura des compétitions dans la Seine, c'est bien juste ? Bien sûr. Donc, les nageurs dans la Seine en 2024 ou en 2028 ?

4:38
Anne Hidalgo

Voilà, moi, en 2024, j'ai vu dans l'opportunité de faire une candidature pour les jeunes. Je me suis posé la question, parce que Paris avait perdu quand même beaucoup, je me suis posé la question, est-ce qu'il faut y retourner ? Et je pense que dans les opportunités que j'ai vues, c'est notamment le fait que les Jeux peuvent être un accélérateur de la transition écologique et énergétique. Par exemple, la Seine, faire en sorte que l'eau de la Seine soit propre et qu'on puisse y nager.

5:08
Présentateur

C'est une vieille promesse, pardon, qui n'a jamais été tenue pour l'instant.

5:10
Anne Hidalgo

C'est une promesse de Jacques Chirac, qui finalement ne l'a pas tenue, mais nous, on est en train de la tenir. Parce que d'abord, la qualité de l'eau de la Seine s'améliore. J'inaugurais Paris-Plage samedi, il y avait des pêcheurs qui m'ont montré tous les poissons qui pêchaient dans la Seine.

5:26
Présentateur

On vous a posé mille fois la question, mais est-ce que vous, vous vous baignerez dans la Seine ?

5:30
Anne Hidalgo

Ah oui, ça je pense quand même.

5:31
Présentateur

Quand ça ?

5:32
Anne Hidalgo

Eh bien, avant 2024, puisque nous accueillerons des championnats du monde, nous accueillerons des compétitions internationales de triathlon avant 2024.

5:43
Invité

Du kayak sur la Seine, pour promouvoir Paris 2024, il fallait y penser. Anne Hidalgo l'a fait. Le 23 juin dernier, elle se jette à l'eau avec Tony Estanguet, le triple champion olympique de la discipline.

5:55
Anne Hidalgo

C'est un moment très important, célébrer l'olympisme et puis montrer que Paris et tous les visiteurs, tous les enfants, les parisiens et bien au-delà vont profiter de cette belle journée. C'est aussi une façon de dire, voilà, comment on a envie de faire la fête avec le monde entier en accueillant les Jeux. On l'espère, voilà. Et puis on a fait un pari depuis longtemps avec Tony de faire du kayak sur la Seine. Donc pour moi, c'est une grande première aujourd'hui.

6:22
Présentateur

Pour moi aussi, en fait.

6:23
Anne Hidalgo

Je vais essayer d'être à la hauteur.

6:28
Invité

À la hauteur, Anne Hidalgo l'a été depuis le lancement officiel de la candidature en février. 11 pays visités et plus de 100 000 kilomètres parcourus pour convaincre face à Los Angeles. Alors pour celle que l'on surnomme la globe-trotteuse, le sprint de 100 mètres sur la Seine, c'est presque une formalité. En fait, c'est vachement facile pour tout vous dire.

6:48
Anne Hidalgo

Mais bon, sûrement parce que j'avais un super pagailleur derrière moi. Mais non, il y a un tout petit peu de courant, pas beaucoup. Et puis c'est un geste qui est très naturel. J'ai trouvé, je repartirais bien comme ça, voilà.

7:00
Invité

La Seine, le symbole de CGO. C'est ici que se dérouleront le triathlon et le marathon en eau libre. Ce jour-là, une piste d'athlétisme a même été installée sur le fleuve. De quoi donner des ailes aux nombreux champions olympiques venus soutenir la candidature. De mon côté, je pense que j'aurais pu en garder un petit peu plus sous le pied. Mais finalement, ça a été une superbe course. Dans la rigolade, dans la bonne humeur, l'esprit sportif. Voilà, on était tous très contents, en fin de compte, de courir sur l'eau, sur la Seine. C'était extraordinaire, en tout cas, voilà. Super moment. On sent déjà cette ambiance des Jeux olympiques à Paris.

Un avant-goût pour la capitale française, qui est désormais assurée de recevoir les JO. En 2024 ou en 2028, la réponse sera donnée au plus tard le 13 septembre prochain à Lima. Pour Anne Hidalgo, le pari est presque réussi.

7:58
Présentateur

L'écologie, avec Trump un peu comme adversaire de la décision sur le climat, est-ce que Trump est un handicap pour Los Angeles ?

8:07
Anne Hidalgo

Moi, je ne pense pas qu'il faille politiser les Jeux. Il ne s'agit pas... Vous savez, le CIO, ce n'est pas l'ONU. Et en même temps, c'est vrai qu'il joue un rôle majeur dans les relations internationales.

8:19
Présentateur

Quand même, pardon, Trump, si peu écologique, Macron, le contraire. Ça va jouer pour vous ?

8:24
Anne Hidalgo

J'espère que chez certains membres, cet élément-là entrera en ligne de compte. Mais dans la façon dont travaillent les membres du CIO, il y a quelque chose d'autre que cela. Il y a regarder le sérieux des candidatures, le sérieux de ceux qui les portent. Il y a les projets qui sont portés. Le fait que le CIO, dans son propre agenda 2020, ait fixé un cap en matière écologique. J'avais invité Thomas Barre en décembre 2015. On l'a accueilli à l'époque avec François Hollande. C'était juste au démarrage de la COP21. Et j'avais réuni 1 000 maires à l'hôtel de ville de Paris sur la question pour peser dans les négociations sur le climat. Thomas Barre était venu.

Donc on a une histoire déjà qui s'écrit entre l'agenda du CIO et l'agenda de Paris. Je pense que ça joue. Mais je pense qu'on aurait tort de politiser l'enjeu.

9:25
Présentateur

Est-ce qu'il y a un facteur Macron, président, qui se veut renouvellement, optimisme ? Est-ce que ça va jouer ?

9:32
Anne Hidalgo

Je pense que ça joue, le fait qu'il y ait une équipe qui a quand même travaillé depuis 2 ans avec Tony Estanguet.

9:42
Présentateur

Mais la personnalité de Macron, son image, ça peut changer.

9:45
Anne Hidalgo

La personnalité... Changer, je ne sais pas. Mais en tous les cas, accompagner un mouvement qu'on sent déjà et aider, bien sûr. Mais vous savez, il faut être honnête. Il y a eu quand même un engagement très fort de François Hollande et un engagement très fort de Nicolas Sarkozy aussi depuis 2 ans. Et c'est vraiment bien. Et c'est très important que le président de la République porte avec autant d'énergie, aujourd'hui, Emmanuel Macron, cette candidature. Mais imaginer qu'on n'ait rien fait pendant 2 ans, je pense que ça ne serait pas suffisant.

10:22
Présentateur

Vous êtes ici avec Emmanuel Macron. Vous faites tandem. Bien sûr. Vous aviez eu des mots très durs sur lui. Si vous vous souvenez, vous disiez qu'il incarnait la reproduction des élites.

10:32
Anne Hidalgo

Il y a même son Premier ministre et beaucoup de membres de son gouvernement qui ont eu des propos sans doute encore plus durs que les miens.

10:37
Présentateur

Vous avez changé d'avis ?

10:39
Anne Hidalgo

Je suis très respectueuse du président de la République et de nos institutions.

10:43
Présentateur

En dehors, pardon, des institutions. Disons, est-ce que vous avez été bluffée comme d'autres par son début ?

10:48
Anne Hidalgo

D'abord, il a eu une très belle victoire et ça, je ne peux que la saluer. Et maintenant, on est ensemble sur beaucoup de projets. Vous savez... Il a bien débuté, pardon.

10:58
Présentateur

Il a débuté de manière exceptionnelle ou non, d'après vous ?

11:01
Anne Hidalgo

Il a débuté comme un président doit débuter, c'est-à-dire en prenant vraiment à cœur ses projets.

11:06
Présentateur

On vous sent économe de compliments ?

11:08
Anne Hidalgo

Non, je ne suis pas économe de compliments, je suis quelqu'un de lucide et rationnel. Et entre le maire de Paris et le président de la République, il doit y avoir une alliance, très clairement. Et cette alliance, elle est là. Parce que, vous savez, sur beaucoup de sujets, je pense au climat, je pense à la question des réfugiés, Paris est à l'avant-garde sur l'innovation technologique. Ça fait dix ans que Paris est un écosystème en matière de nouvelles technologies. Paris est à l'avant-garde et quand Paris gagne, c'est la France qui gagne. Et donc, aujourd'hui, moi, je me réjouis d'une chose, c'est qu'avec Emmanuel Macron, on travaille ensemble.

On est vraiment décidé de travailler ensemble pour faire gagner la France en utilisant tous les atouts.

11:49
Présentateur

Ça vous rapproche ?

11:50
Anne Hidalgo

Oui, bien sûr.

11:50
Présentateur

Mais humainement aussi, ça vous rapproche ?

11:52
Anne Hidalgo

Bien sûr, mais vous savez, moi, je suis quelqu'un de rationnel. La presse a tendance à expliquer et à faire de chaque petite phrase des éléments de conflit qui, souvent, ne sont pas de cette nature-là. Et puis, comme je vous le dis, il y a beaucoup de gens qui, aujourd'hui, sont dans son gouvernement et qui, pourtant, l'ont combattu bien plus violemment que je n'ai pu le faire.

12:13
Présentateur

Quand vous étiez candidate à la mairie de Paris, vous aviez des hésitations sur la candidature au JO. Vous disiez, attention, les coûts, etc. Beaucoup de villes ont même renoncé à l'idée. Est-ce que ce n'est pas quand même le signe qu'il y a un danger financier ?

12:26
Anne Hidalgo

D'abord, ce qu'on prend à risque, bien sûr. Moi, j'avais dit aux sportifs qui étaient venus me voir et aux présidents de la République, je leur avais dit, ne faites pas de ce sujet un sujet de campagne électorale des municipales parce qu'on y perdra tous. Moi, j'adore les Jeux. Si on peut y aller, on ira. Mais encore, faut-il être convaincu. Ce qui m'a vraiment convaincue, c'est quand même l'agenda 2020 du CIO. C'est-à-dire là, j'ai vu l'opportunité de construire quelque chose qui pouvait effectivement correspondre aussi au plan que j'ai pour ma ville et pour le Grand Paris. Donc, bien sûr que le maire prend un risque énorme, un risque politique à s'engager dans une candidature.

Et on l'a vu, vous l'avez dit, beaucoup de villes en Europe, mais Boston aussi, ont renoncé suite à des référendums qui ont donné justement une victoire. Au nom. Donc, tout ça, je l'ai mesuré. Je suis quelqu'un de plutôt audacieuse. Je n'ai pas peur de foncer. Des fois, on me reproche de trop foncer. Mais je pense qu'il était raisonnable et rationnel. Et d'ailleurs, quand j'en discute avec les membres du CIO, ils me disent que cette position qui a été la mienne a plutôt été aussi un facteur confortant le CIO dans sa nouvelle stratégie.

13:46
Invité

Thomas Bach, le président du CIO, vient de le confirmer. Los Angeles et Paris auront leur jeu, c'est sûr. C'est un jour merveilleux pour les Jeux Olympiques, pour le mouvement olympique. Et c'est aussi un grand jour pour ces deux merveilleuses villes. Los Angeles et Paris. Deux villes, deux délégations, deux styles, deux philosophies pour 2024. Los Angeles et ses Jeux entièrement financés par des privés. Dans la ville la plus en forme des Etats-Unis, ce sont les propres mots du maire tout sourire de la Cité des Anges. Eric Garcetti, venu à Lausanne avec le sprinter Michael Johnson, quadruple champion olympique, pour faire passer son message. Nous, on est là pour 2024.

On n'est pas concernés à ce stade par 2028. 2024, c'est aussi une date chère à Paris. Le centenaire des premiers Jeux organisés dans la capitale française en 1924. Paris, porté par une forte délégation politique. Le président Emmanuel Macron en tête, qui promet un projet social et écologique. 6 milliards d'euros de budget, 1 milliard assuré par l'Etat. Qu'il s'appuie sur ce qui existe. 95% des structures sont des structures existantes ou temporaires, qui ne font pas qu'on va construire des éléphants blancs avec ce projet. Paris et Los Angeles ont eu 45 minutes pour convaincre le CIO. Un grand oral sous haute protection.

700 personnes mobilisées durant trois jours, pour garantir la sécurité mais aussi la tranquillité des délégations. De quoi ravir la première dame de France. Je n'ai pas du tout envie de rentrer à Paris cet après-midi, parce qu'une certaine idée du paradis est ici. Désormais, les négociations vont débuter entre le CIO et les deux villes candidates pour déterminer qui décrochera 2024 et qui aura ses Jeux en 2028, en attendant un accord final à Lima, au Pérou, le 13 septembre.

15:51
Présentateur

Vous faites partie de la carte de visite de la candidature femme maire d'une très grande ville historique. Ça commence à venir, les femmes maires en Europe. Qu'est-ce que ça représente pour vous ?

16:02
Anne Hidalgo

C'est très très important. Vous savez, dans le réseau du C40, les 91 plus grandes métropoles mondiales, nous sommes 14 femmes maires des plus grandes métropoles mondiales.

16:11
Présentateur

Qu'est-ce que ça change, pardon ? Une femme maire, qu'est-ce que ça change ?

16:14
Anne Hidalgo

Écoutez, je pense qu'on a des expériences différentes, expériences politiques très différentes, parce qu'aujourd'hui encore, et ce n'est pas faux non plus dans le monde du sport, la misogynie est quand même extrêmement présente. La représentation des femmes comme étant en capacité de porter une charge comme celle que nous portons, autant les citoyens sont complètement, je crois, convertis, autant il y a encore dans la représentation médiatique, dans la représentation politique, des freins et un plafond de verre que nous sommes en train de faire, j'allais dire exploser, de lever gentiment, mais avec détermination.

16:53
Présentateur

Dans toute l'Europe, on vous connaît comme une femme qui assume un grand côté social, pousser les logements sociaux jusque dans les beaux quartiers. Bien sûr. Il y a un petit côté couteau entre les dents qui fait peur aux bourgeois. Pas du tout, non. C'est l'image que vous avez. Non. Vous ne l'assumez pas celle-là ?

17:06
Anne Hidalgo

Non, non, pas du tout, parce que je suis quelqu'un de très consensuel et quelqu'un qui cherche toujours à avancer. Mais je sais aussi que le politique, s'il y a une crise du politique, c'est souvent parce qu'entre ce qu'il dit et ce qu'il fait, il y a une trop grande différence. Moi, j'ai été élue sur un programme qui est un programme qui rassemble vraiment les Parisiens. Vous savez, je vais vous donner un exemple. Sur les réfugiés, la semaine dernière au Conseil de Paris, tout le Conseil de Paris, gauche, droite confondue, ont voté ensemble sur la stratégie à avoir vis-à-vis des réfugiés.

17:37
Présentateur

C'est une femme binationale, n'est-ce pas ? Oui. Vous l'êtes, origine espagnole. Ça aurait paru étrange il y a quelque temps. C'est devenu normal ?

17:46
Anne Hidalgo

C'est devenu, je pense, quelque chose qui ouvre des portes à toutes celles et ceux qui sont nés ailleurs, qui aiment la France, qui croient dans les valeurs de la République, qui veulent les porter, qui veulent donner la chance qu'ils ont eue. Ça ouvre des portes. En tous les cas, c'est une façon aussi de changer la politique.

18:09
Présentateur

Les origines modestes, ouvrières ?

18:12
Anne Hidalgo

Bien sûr, oui, ouvrières. Vous savez, le chemin est plus difficile quand vous êtes femme, d'un milieu ouvrier, étranger, pour arriver, ne serait-ce qu'à faire des études. Dans ma génération, il y avait à peine 3% d'enfants d'ouvriers à l'université. J'ai eu la chance de faire partie de ces 3% parce que mes parents m'ont poussé et que j'avais envie de le faire et que j'avais des capacités. Donc, bien sûr, ce chemin-là est beaucoup plus difficile, mais en même temps, il apprend tellement plus que quand ça vous tombe tout cuit dans le bec.

18:43
Présentateur

Qu'est-ce que vous avez appris en l'occurrence ?

18:45
Anne Hidalgo

Tout, j'ai appris justement à négocier, à faire adhérer plutôt que de passer en force. À se battre aussi. À se battre, à être combative, mais en même temps, à ne pas avoir d'esprit de revanche.

18:57
Présentateur

Anne Hidalgo, vous êtes à Lausanne. Vous avez travaillé en Suisse, je crois, à Genève.

19:00
Anne Hidalgo

Oui, j'ai travaillé à Genève.

19:01
Présentateur

Souvenir de la Suisse ?

19:02
Anne Hidalgo

Voilà, en 1995, j'ai fait une mission pour le Bureau international du travail. J'ai adoré, j'ai vraiment adoré. J'ai failli y rester. Et puis, bon, quand même, Paris... Vous savez, je ne serais pas maire de Paris si j'étais restée au BIT. Quel souvenir de la Suisse ? Très beau souvenir. C'est un très beau pays. C'est un pays doux, pacifié. J'ai beaucoup de relations avec les maires suisses, que ce soit ici à Lausanne ou, bien sûr, à Genève. C'est un pays inspirant, qui est doux, qui nous apprend aussi à être un peu moins... Voilà, un peu moins... Un peu moins parisien. Un peu moins dans le combat.

19:35
Présentateur

Merci, Annie Dago.

19:37
Anne Hidalgo

Merci à vous.

L'interview d'Anne Hidalgo — Anne Hidalgo · Pourquijevote