Chômage, élections européennes, Russie... Fabien Roussel est l'invité du 02 avril 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute.
Tout de suite la politique. Thomas, vous recevez ce matin dans Les 4V Fabien Roussel, le député du Nord et secrétaire national du Parti communiste.
Bonjour et bienvenue dans Les 4V. Bonjour. Fabien Roussel, on va commencer justement sur ce que disait Axel Detarlet, les restaurateurs qui ne trouvent pas de bras, le chômage qui reste un problème dans notre pays et le gouvernement qui semble vouloir durcir les règles de l'assurance chômage. La semaine dernière, le Premier ministre Gabriel Attal a évoqué l'idée de passer de 18 à 12 mois d'indemnisation et de serrer aussi la vis pour le chômage des seniors. Faut-il tenter cela pour essayer de faire baisser le chômage ?
Je remarque que le gouvernement fait le choix de s'attaquer aux chômeurs plutôt de s'attaquer au chômage. C'est une véritable guerre sociale qu'ils ont décidé de mener. Et d'ailleurs, quand je regarde le reportage d'Axel Detarlet qui a été présenté, 1400 euros net, c'est un SMIC. Ça veut dire qu'on propose un SMIC à des salariés qui ont des horaires décalés, qui doivent trouver le moyen de se loger dans des zones très touristiques où c'est difficile de trouver des logements pas chers. Et vous ajoutez à ça la guerre sociale que mène le gouvernement, la hausse des franchises médicales, les prix de l'alimentation qui continuent d'augmenter.
Là, à partir d'aujourd'hui, les franchises médicales, c'est 850 millions d'euros qu'ils vont prendre aux Français. Le panier de la ménagère, il n'arrête pas d'augmenter. La Voix du Nord hier, l'annoncée, c'est 150 euros brut, 150 euros le panier qui était à 130 euros il y a un an.
Mais quelle réponse à cette guerre sociale que vous dénoncez alors ? Est-ce que vous allez la faire, cette guerre sociale ?
Ce que je veux d'abord, c'est que quelqu'un qui travaille et qui travaille dur soit payé à la hauteur de la sueur qu'il met dans son travail, de l'effort qu'il donne. Or, aujourd'hui, entre les factures d'électricité, le coût de la santé, le coût des transports, le coût du panier pour manger, mais les gens ne s'en sortent plus. C'est là où ils mènent une guerre sociale et c'est là où je crie à l'escroquerie parce qu'ils nous mentent, en fait. Quand ils nous disent « il faut faire des efforts, serrez-vous la ceinture », c'est faux.
De l'autre côté, en même temps, il y a 67 milliards d'euros de dividendes qui ont été versés, encore une fois, au 1% des foyers fiscaux les plus riches de notre pays. On a l'impression d'entendre tout le temps la même musique et que rien ne bouge. Oui, mais justement, ça fait 7 ans que ça dure avec Emmanuel Macron. Ça veut dire qu'on a un gouvernement qui préside en faveur des riches et qui mène une guerre sociale en faveur des travailleurs. Et aujourd'hui, on n'en peut plus et on le paye très très cher. On le paye dans notre pouvoir d'achat, on le paye dans la précarité de l'emploi. Et même les entreprises, quelque part, en souffrent.
Elles en souffrent parce qu'il y a des difficultés de recrutement, parce que les salariés ne veulent plus travailler pour pot de balle. Enfin, vous vous rendez compte, aujourd'hui, travailler dans la restauration pour 1 400 euros net, d'ailleurs, ça ne se pratique plus. Beaucoup d'employeurs décident d'augmenter le salaire.
Est-ce que la réponse à cette guerre sociale peut être un mouvement social ? Est-ce que ce matin, vous dites, attention maintenant, ça suffit, on va descendre dans la rue ?
Ce que je sais, c'est que quand j'avais dit, on n'en peut plus avec les hausses des factures d'électricité qui sont maintenues, il faut envahir les préfectures, j'avais soulevé un tollé général parce que ça ne se fait pas. Ce n'était pas très républicain. Oui, ce n'était pas très républicain. Mais qu'est-ce qu'il faut faire pour se faire entendre ? Je vous pose la question. Qu'est-ce qu'il faut faire pour se faire entendre ? Alors, il y a un moyen. Il y a un moyen, c'est efficace, c'est dans 80 jours, c'est le 9 juin, les élections européennes.
Moi, j'invite les Français à utiliser leur bulletin de vote, déjà pour sanctionner le gouvernement, pour dire cette politique en faveur des plus riches, du capital, on n'en veut plus. On veut, nous, une politique qui serve les travailleurs, qui nous permet de vivre de notre travail. Oui, mais les élections européennes, elles touchent à notre quotidien, à la facture d'électricité. C'est typiquement une question européenne. Il faut sortir du marché européen de l'électricité et reprendre notre souveraineté en matière énergétique.
Nous sommes les seuls à gauche, nous sommes les seuls, nous, à gauche, avec Léon Desfontaines, à dire cela et à dire qu'il faut investir dans le nucléaire et dans le renouvelable.
Vous êtes très seuls, les sondages vous donnent à moins de 5% dans les sondages, et à moins de 5%, on n'a pas d'élu au Parlement européen. Eh bien, vous ne pouvez pas savoir... C'était déjà le cas il y a 5 ans. Tout à fait. Est-ce que vous irez au bout ?
Eh bien, vous ne pouvez pas savoir, M. Thomas Soto, comment nous sommes plein d'espoir et plein de conviction et d'énergie. Léon Desfontaines... Est-ce que vous irez au bout ? Est-ce que ce n'est pas un moment où il faut se dire qu'il y a trop de listes à gauche, peut-être qu'il faut s'allier pour essayer de faire un résultat ? Mais qui va défendre ce que nous, nous défendons ? Cette gauche qui se bat pour une énergie nucléaire et une renouvelable... Vous alliez à l'Assemblée, peut-être ? Cette gauche... Les écologistes, Raphaël Glucksmann... Mais non, mais ils ne défendent pas nos projets. Nous sommes les seuls à défendre une écologie efficace et sincère.
Nous sommes les seuls à défendre les grands projets qui seront utiles à notre pays, tels que le Lyon-Turin. Nous sommes les seuls... Ou le canal Seine-Nord, par exemple. Ils sont opposés à tout ça, les autres forces de gauche. Nous, nous combattons ces traités, comme nous avons combattu le référendum de 2005. Et en même temps, nous croyons dans des jours heureux. Nous voulons rendre du pouvoir d'achat, de la dignité au monde du travail. C'est la plus grande richesse que notre pays a aujourd'hui.
En attendant, c'est le Rassemblement National qui caracole dans les sondages. Et si le RN arrivait au pouvoir ? Interrogé sur la question il y a quelques jours, l'humoriste Mahoud Rama a répondu concrètement. Qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce que nous aussi, on a des factions armées ? Bref, elle se demande s'il ne faudrait pas prendre les armes. Qu'est-ce que vous répondez à cela ?
Prendre les armes, non. Parce que la seule, la plus belle réponse que nous pouvons avoir, c'est d'abord d'utiliser son bulletin de vote pour ne pas le donner au Rassemblement National. Oui, mais elle se mettait en situation d'arrivée de Marine Le Pen à l'analyse. Et donc, il faut expliquer aux salariés, aux ouvriers que dans l'extrême droite, il y a droite. Et que quand l'extrême droite arrive au pouvoir, il mène des politiques libérales. Par exemple, eux, quand ils... Pardon, pardon, non. Mais non, mais je donne un exemple.
Non, mais ce n'est pas ma question. Est-ce que ça vous choque ? Est-ce que c'est un appel à la haine ? Aurore Berger a dit hier, quand on est une femme qui a accès à la parole publique, on n'incite ni à la violence ni à la haine. Est-ce que ces propos vous choquent ?
On n'incite pas à la violence ni à la haine. Donc, oui, ça me choque. Oui, il ne faut pas appeler à prendre les armes. Mais je dis aussi Aurore Berger, qui m'agace profondément. Comment on fait pour se faire entendre ? Comment on fait pour se faire entendre quand 80% des Français sont contre la réforme des retraites à 64 ans et qu'elle nous est imposée au 49-3 ? Quand toutes les hausses d'impôts, franchise médicale, électricité, taxes foncières, le gouvernement nous fait tout passer au 49-3 ? Comment on fait pour se faire entendre ? Eh bien oui, on vote là pour des élections européennes. Et vous me dites, ce n'est pas la politique française, ce sont les élections européennes.
Et donc, nous avons le moyen de nous faire entendre. C'est d'abord les urnes, c'est aussi les mobilisations. Et là, aujourd'hui, il y a une mobilisation des enseignants que je soutiens, avec qui je serai ce midi, parce qu'ils demandent des profs, ils demandent des moyens pour pouvoir s'occuper des enfants. Ils ne demandent pas des groupes de niveau, ils ne demandent pas des uniformes, ils demandent à ce que l'école de la République soit au cœur des priorités du pays.
– J'ai encore deux questions rapidement. La première concerne toujours Mahoud Rama, qui intervient régulièrement sur France Inter. Aujourd'hui, France Inter est-elle, comme le répète en boucle, ses détracteurs devenues une radio militante ? Est-ce qu'il y a un problème avec France Inter aujourd'hui en France ?
– Non, je ne pense pas. Je pense qu'à mon avis, c'est que les journalistes, les rédactions ont des lignes éditoriales. Ce ne sont pas des hommes et des femmes neutres. Ils ont une ligne éditoriale. Ils défendent des convictions et des idées aussi dans leur rédaction. Et ils sont au service de cette ligne éditoriale. Après, ils la partagent ou ils ne la partagent pas. Mais il y a des lignes éditoriales dans chaque rédaction. – Plutôt à gauche sur Inter, plutôt à droite sur Seigneault, c'est ça ? – C'est ce que je pense en tant qu'ancien journaliste. On participe toujours dans une rédaction à une ligne éditoriale qui est défendue par la rédaction en chef.
C'est à la rédaction en chef d'assumer ou pas des propos qui sont tenus sur son antenne. Mais les critiques qui sont faites parfois aux humoristes, bon là, ce n'est pas le cas. Mais sur les humoristes, il faut laisser la liberté d'expression aussi aux humoristes qui s'expriment dans ces stations. Mais les appels à la haine n'ont rien à faire, que ce soit sur CNews ou sur France Inter. On doit faire attention à ce qu'on dit effectivement quand on a une parole publique.
– Et on précise que les propos dont on évoquait d'ailleurs n'ont pas été tenus à l'antenne de France Inter, mais lors d'un colloque organisé par Mediapart. Dernière question, rapidement, Anne Hidalgo était en Ukraine en fin de semaine dernière. Elle a dit que les athlètes russes et biélorusses ne sont pas les bienvenus au JO. Réponse de la Russie, elle menace un boycott des produits français. Qui a raison dans cette affaire ? Est-ce que les athlètes russes seront les bienvenus pour vous ?
– Je considère qu'on ne punit pas des athlètes, même des artistes, à cause de leurs origines et de la politique menée par leur pays. – Donc c'est une ânerie de dire ça ? – Oui, il ne faut pas le dire. Ce n'est pas la conception que nous avons du sport, de la culture, du sport en l'occurrence. Les JO doivent être un grand moment de réunion, de fraternité humaine, de paix. Ça doit être l'occasion de lancer une grande trêve sur tous les terrains de guerre aujourd'hui dans le monde pour qu'il y ait un moment de paix, de fraternité humaine à travers tous ces athlètes de toutes les nationalités.
Sinon, demain, on peut demander aussi aux athlètes israéliens de ne pas venir à cause de ce qui se passe en ce moment à Gaza. On peut demander aux athlètes azerbaïdjanais de ne pas venir parce qu'ils font aux Arméniens. Enfin, on n'en finit pas. Le sport doit être un moment de paix et de fraternité.
– Merci Fabien Rousset, dans les Calvés. Bonne journée.
– Merci à tous les deux. Merci également à Isabelle Lombard pour la traduction en langue des signes.
– C'était Les 4 V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv. – Sous-titrage ST' 501
Fabien Roussel