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Podcast / conversationFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 4 juillet 2016 10 minComplaisantPortrait personnelInstitutions & électionsSolidarités & familleTravail & emploiÉconomie & entreprises

Michel Rocard, « le primat de la vérité sur les vérités à soi »

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 85 %Attaque 5 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 80 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:38OuverteRéponse directe

    Quelles sont les victoires intellectuelles de Michel Rocard ?

  • 1:40RelanceRéponse partielle

    Rocard a-t-il vraiment imposé l'idée de démocratie sociale ?

  • 3:37OuverteRéponse directe

    Quelles idées de Rocard voyez-vous triompher aujourd'hui ?

  • 6:13OuverteRéponse directe

    Pourquoi les quatre hommes cités ont-ils échoué à devenir président ?

  • 8:30OuverteRéponse partielle

    Le concept de démocratie sociale est-il rocardien ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:46InvitéFait
    « D'abord la victoire de l'idée que la politique ça se tisse entre le réel et l'ambition. »
  • 1:14InvitéFait
    « C'est quoi l'avenir du travail ? C'est quoi l'avenir de la croissance ? C'est quoi les mutations de ce capitalisme ? »
  • 1:57InvitéFait
    « Il a imposé aux partis socialistes et à une grande partie de la gauche française un volte-face par rapport à ces illusions révolutionnaires d'antan. »
  • 3:57InvitéFait
    « Ce préalable, c'est le statut de la morale en politique. »
  • 4:57InvitéFait
    « La deuxième gauche a été fondée là-dessus. »
  • 9:10InvitéFait
    « Oui, c'est bien. Pour moi, effectivement, c'est rocardien. »

Temps de parole

  • Invité39 %
  • Invité 235 %
  • Présentateur26 %

3,9 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Bonjour Thierry Pech, directeur général de la fondation Terra Nova, dont Michel Rocard fut le premier président du conseil scientifique. Nous sommes aussi en ligne avec un journaliste et essayiste, historien de la gauche, des gauches. Bonjour Jacques Julliard, vous êtes dans les studios de France Bleu Avignon. On se penche ce matin sur l'héritage, le leg intellectuel et politique de Rocard parce que c'est l'essentiel. Dites-vous Thierry Pech dans votre édito en ligne sur le site Terra Nova, il y a de nombreux politiques qui ont eu des bilans électoraux glorieux et des bilans idéologiques très minces.

Michel Rocard, c'est le contraire, des échecs politiques en série et de nombreuses victoires intellectuelles. Écrivez-vous, lesquelles victoires ?

0:46
Invité

D'abord la victoire de l'idée que la politique ça se tisse entre le réel et l'ambition. Pas du côté du réel seulement ou du côté de l'ambition seulement, ça se tisse dans cette volonté de concilier la glaise du réel, la prose du monde, du quotidien. La politique des cages d'escalier, avait-il dit, ça avait fait sourire à l'époque.

1:03
Présentateur

C'était son discours de politique générale.

1:05
Invité

Mais c'était un réel souci chez lui. Et puis de l'autre côté, l'ambition, c'est un homme qui a continué toute sa vie durant à se poser les grandes questions du lointain. C'est quoi l'avenir du travail ? C'est quoi l'avenir de la croissance ? C'est quoi les mutations de ce capitalisme ? Et qu'est-ce que c'est qu'être socialiste dans un monde qui vit ces mutations ? Et bien c'est avoir en permanence au cœur et à l'esprit la recherche de justice, la recherche d'équité et de justice sociale. Donc la première victoire intellectuelle du recordisme, c'est d'avoir imposé cette idée qu'on pouvait être à la fois dans le réel et au rendez-vous de ses ambitions.

1:40
Présentateur

Est-ce qu'il l'a vraiment imposé ? On a l'impression aujourd'hui, à regarder la société d'aujourd'hui, le débat politique et ses affrontements, qu'on est assez loin de la démocratie sociale dont rêvait, dont a longtemps rêvé Michel Rocard, Thierry Pêche.

1:57
Invité

Je pense qu'il a imposé aux partis socialistes et à une grande partie de la gauche française un volte-face par rapport à ces illusions révolutionnaires d'antan. C'est-à-dire que l'exceptionnalité française qui est consistée quand même dans la présence de l'espérance révolutionnaire, de l'horizon révolutionnaire, de l'imaginaire de la rupture, cet exceptionnalisme s'est rompu et je pense que le rocardisme y a joué un grand rôle. Donc là pour le coup, cette victoire intellectuelle, elle est complète. Est-ce qu'on entend aujourd'hui aussi bien l'ambition ? C'est moins sûr, en effet. Et d'ailleurs, dans ses dernières interventions, il n'a cessé de le rappeler.

Il disait, moi je suis socialiste, l'êtes-vous encore, vous qui aujourd'hui occupez la scène en s'adressant à certains d'entre eux. Mais vous posez une autre question, qui est la question de la démocratie sociale, de la place de la société. Ça, je pense que c'est très important dans l'histoire de la deuxième gauche qu'il a incarnée. Jacques Julliard en parlera sans doute, il connaît cette histoire beaucoup mieux que moi. C'est l'idée que la société est un acteur du débat politique. Ce n'est pas une cire molle dans laquelle, finalement, la politique va venir imprimer sa marque. Ça, c'est, je dirais, l'imaginaire technocratique, si vous voulez.

C'est la république des ingénieurs et des technocrates qui pensent que la vérité révélée va descendre du ciel de la politique et s'imprimer dans la cire de la société. Mais ce n'est pas du tout ça l'idée que la deuxième gauche avait de la société et Michel Neurocard. La société, c'est un acteur politique. C'est un lieu où le pouvoir se construit partout, où des femmes et des hommes décident de s'organiser et de prendre des initiatives, de prendre leur destin en main. J'ai utilisé cette expression, mais je crois qu'elle résume bien les choses.

C'est la préférence pour le gouvernement des hommes plutôt que l'administration des choses, pour reprendre les mots qui étaient ceux de Saint-Simon et que Michel Neurocard, homme de culture, connaissait bien.

3:37
Présentateur

Jacques Julliard, que retenez-vous, vous, des idées politiques de Michel Neurocard ? Lesquelles voyez-vous triompher aujourd'hui, si c'est le cas, pour reprendre l'expression de Thierry Pêche à l'instant ?

3:51
Invité

Sans reprendre tout ce que vient de dire Thierry Pêche, je dirais qu'il y a un préalable. Ce préalable, c'est le statut de la morale en politique. Or, il est, Michel Neurocard, un des rares, sous la cinquième, depuis la quatrième république, à avoir mis cet impératif de morale, c'est-à-dire de courage politique, au premier plan. Moi, je vois à droite De Gaulle et Raymond Barr, et à gauche Pierre Mendès France et Michel Neurocard. C'est le quatuor qui a, d'une certaine manière, sauvé l'honneur de la politique française. Il faut dire, d'ailleurs, que l'eurocardisme n'est pas né, ou n'est pas né exclusivement, d'une sorte de pression sociale.

Il est né dans un contexte de crise qui était celui de la guerre d'Algérie. Quand j'ai appris la mort de Michel Neurocard, je n'ai pas pensé au premier ministre de Matignon, j'ai pensé à l'auteur du rapport sur les camps d'internement d'Algérie. Donc, la deuxième gauche, encore que l'expression ait été fondée pour désigner la CFDT, et ce n'est que par la suite qu'on l'a étendue à Michel Neurocard et au Neurocardisme, la deuxième gauche a été fondée là-dessus. Ça, c'est la première chose. La seconde, et là, je rejoins tout à fait Thierry Pêche, c'est que Neurocard et ses amis ne se sont pas contentés de décoloniser les colonies françaises, l'Empire colonial français.

Ils ont décolonisé aussi la province, c'est le titre d'un célèbre rapport de Neurocard, qui portait d'ailleurs un pseudonyme, et il a décolonisé la société elle-même, il l'a désenclavée, et il en a fait, en effet, un acteur politique. Et aujourd'hui, nous voyons très bien que si on fait l'impasse sur cet acteur politique, eh bien, la société apparaît, pardon, la politique apparaît comme un jeu complètement vain, et sans prise sur les citoyens et sur le devenir de la société elle-même.

6:13
Présentateur

Je relève, Jacques Julliard, que dans le quatuor que vous avez cité tout à l'heure, les quatre qui, dites-vous, ont sauvé l'honneur de la politique, ces quatre-là ont échoué de façon différente, certes, pour chacun, à devenir président de la République et à accéder aux plus hautes fonctions en France. Je rappelle, donc, les quatre que vous avez cités, Mendes France, Rocard, à gauche, et puis Barre, et...

6:36
Invité

Si vous permettez un mot là-dessus...

6:38
Présentateur

Il y avait De Gaulle, pardon, le premier à droite, c'était De Gaulle, pardon. Alors, il y en avait trois sur quatre, excusez-moi.

6:43
Invité

De Gaulle, on va le laisser de côté...

6:44
Présentateur

Je pensais à un autre, oui, oui.

6:46
Invité

C'est toujours un cas exceptionnel, De Gaulle. Mais, je voudrais simplement rappeler que les hommes qui, à nos yeux, ont fait la République, sont des hommes qui ont très, très peu gouverné. Gambetta, savez-vous combien de jours Gambetta a gouverné la France ? 73. 73 jours. Son grand ministère a été parti dans un écladrin, et pourtant, il a marqué toute la période. Jaurès n'a jamais gouverné. Pierre Mendes France a gouverné sept mois. Vous oubliez Clémenceau, Jacques, je crois. Clémenceau n'a pas tout à fait le même statut que ces hommes-là. Il a été président du Conseil.

Et je remarque aussi qu'il n'a pas réussi, en dépit d'avoir été le glorieux vainqueur de la guerre de 1914-18, à devenir président de la République. Donc, il y a toujours une espèce d'acrimonie de la classe politique tout entière à l'égard de ces hommes qui ne lui appartiennent pas tout à fait. C'est évidemment le cas de De Gaulle, mais c'est aussi le cas de Michel Rocard. Michel Rocard était perçu par ses pairs, il était perçu même par l'opinion, pas tout à fait comme un homme politique comme les autres.

Il avait un statut d'extraterritorialité politique qui faisait qu'il avait, à la fin de sa vie notamment, je pense encore à sa dernière interview du Point, qui est tout à fait remarquable, et bien un statut de moraliste au sens le plus haut de la politique.

8:24
Présentateur

Jacques Julliard, avant d'écouter Hélène Jouan pour la revue de presse, je voudrais revenir juste un instant avec Thierry Pêche sur le concept de démocratie sociale, l'importance donnée au contrat revendiqué par Michel Rocard tout au long de sa vie politique, de sa vie publique, pour aborder simplement une question qui fâche, une question d'actualité, l'article 2 de la loi travail, la faculté pour un accord d'entreprise de déroger aux accords de branche sur le temps de travail et son organisation. C'est rocardien ça, ces deuxièmes gauches ? A vos yeux Thierry Pêche ?

9:03
Invité

C'est difficile dans le temps du deuil de commencer à politiser, à faire parler les morts. Je vous donne mon opinion, pas la sienne. Oui, c'est bien. Pour moi, effectivement, c'est rocardien, mais il faut dire dans quelle mesure, si vous voulez. Personnellement, je crois à la victoire du contrat sur la loi dans beaucoup de situations. Je pense que la loi a déterminé les principes généraux de la vie ensemble, mais pas les détails de la vie collective.

Et je pense qu'en effet, dans les entreprises, comme ce fut le cas au moment de la décentralisation dans les régions, dans les collectivités territoriales, on est en mesure de compter sur des gens qui ne sont pas des enfants, mais des adultes qui sont capables d'écrire leur histoire commune, de dire oui, de dire non. Si plus de 50% des salariés d'une entreprise refusent des accords dérogatoires aux droits du travail, eh bien ces accords n'auront pas lieu. C'est ça que porte la loi El Khomri. Et ça, ça me semble rocardien. Mais encore une fois, je le dis avec beaucoup de... Je ne sais pas ce qu'il aurait dit là-dessus. Et donc, ce n'est que moi qui parle.

10:08
Présentateur

Et on sera en ligne tout à l'heure avec un ancien numéro 2 de la CFDT et ancien ministre de Michel Rocard, Jacques Chérec, le père de François Chérec. Évidemment. et moi...