Kohler ; Dupond-Moretti : face à la justice !
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Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Le Fonds de l'Info, c'est l'occasion de balayer l'actualité de la journée. Une journée marquée à la fois par le lancement par Emmanuel Macron via une vidéo YouTube du Conseil National de Refondation qui ressemble fort à un énième grand débat, saupoudré de poudre de perlimpinpin. Puis par deux grosses nouvelles sur le front judiciaire qui éclaboussent l'exécutif. L'annonce d'un procès d'Éric Dupond-Moretti, le ministre de la Justice, devant la Cour de Justice de la République. Et l'annonce de la mise en examen d'Alexis Collaire, le secrétaire général de la Présidence, pour prise illégale d'intérêt.
Pour évoquer ces deux actualités, je vais recevoir mes confrères Théophile Cuomo du Média et Jean-Baptiste Rivoire d'Off-Investigation, Média indépendant qui a réalisé une série documentaire sur Emmanuel Macron dans lequel un épisode est consacré à l'affaire Collaire. On commence tout de suite par le lancement du Conseil National de la Refondation sur YouTube. On regarde un extrait dans l'intervention vidéo du chef de l'État.
Il y a une volonté d'être associé, mais pas simplement au moment des élections, pas simplement dans des temps de délibération, mais de participer à la prise de décision, d'être vous-même des acteurs de ce qu'est l'action publique et de dire que le citoyen n'est pas quelqu'un à qui on va imposer des décisions, à qui on va même proposer des solutions sans être pleinement associé à la réponse. Cette méthode différente, c'est celle que j'ai voulu porter en campagne avec ce fameux « avec vous ». C'est celle que j'ai voulu installer dès les premiers jours de ce mandat et qui est au cœur du Conseil National de la Refondation.
Ce Conseil National de la Refondation, au niveau national, c'est ce que j'ai lancé il y a quelques semaines à Marcoussi avec la Première ministre et plusieurs ministres, réunit le gouvernement, les forces syndicales, patronales, les forces politiques, évidemment l'ensemble des représentants de nos territoires et donc les associations d'élus, mais également les forces vives de la société et donc toutes celles et ceux qui représentent le monde associatif, nos ONG et les différentes causes qu'ils portent. En plus, évidemment, des présidentes et présidents des chambres qui sont prévues par la Constitution.
— Mon rejoint en plateau, respectivement, Théophile Cuomo du Média. — Salut, J'Émile. — Salut, Théophile. Et JB, Jean-Baptiste Rivoire, d'Off-Investigation. — Bonsoir, J'Émile. — Ça va bien ? — Ça va. — Je vois que vous n'avez pas mis votre col roulé. — Ah non, c'est très mal. — Vous n'êtes pas assez écoleur. Du coup, Théophile, tu as pris le temps de regarder cette vidéo avec attention tout à l'heure. Est-ce que tu peux la résumer pour ceux qui n'ont pas regardé et nous expliquer ce que tu n'as pas pensé, finalement ?
— Bah oui, je me suis tapé les 13 minutes de cette allocution. Alors on va commencer par les aspects formels. Le fameux col roulé dont tu as parlé. Alors on ne sait pas si Emmanuel Macron a emprunté celui de Bruno Le Maire pour diminuer son empreinte écologique ou alors s'il en a acheté et à combien. Bref, on ne sait pas. — On ne sait pas. C'est pas l'info. — On ne va pas forcément faire une enquête là-dessus. — Ben disons, au-delà de cet aspect formel, de ce gadget col roulé, il y a le choix, le choix de YouTube, en fait, pour communiquer.
Alors ce n'est pas un choix qui relève la sobriété écologique puisqu'on sait que les plateformes numériques sur lesquelles, d'ailleurs, nous diffusons, en fait, elles ne sont pas si écologiques que cela. Elles ont une forte empreinte écologique. Alors s'il utilise YouTube, c'est parce qu'il veut marquer une forme de désintermédiation puisque les médias, c'est-à-dire aller sur TF1, sur France 2 ou sur Le Média pour parler, c'est déjà une forme de compromis avec un corps intermédiaire. Là, en fait, Macron, sur YouTube, c'est direct. C'est quelque part l'ubérisation de la politique.
Il y a le fournisseur d'idées politiques et le récepteur d'idées politiques, en fait, qui se retrouvent rapidement sans intermédiaires. Alors, dans le fond, Emmanuel Macron, donc, il a évoqué le fameux Conseil national à refondation, son nouveau gadget, un outil qu'il présente comme la continuation d'un choix qu'il aurait commencé lors de son précédent mandat, c'est celui de la démocratie participative. Alors, on va dire que Macron a réécrit un peu l'histoire du grand débat et de la Convention citoyenne pour le climat parce qu'il explique à quel point ces rendez-vous, ils ont modifié sa manière de faire la politique, ils ont une importance clé dans ses choix politiques.
S'il y a eu des changements dans la manière de calculer les impôts sur les revenus, je ne sais pas quel changement exactement, c'est grâce au grand débat. S'il y a eu des sous-préfectures sur les territoires nationaux, merci le grand débat. S'il y a eu une réouverture des petites lignes ferroviaires, c'est parce qu'on l'a demandé lors du grand débat. Mais il y a quand même un problème. Le problème, c'est que les cahiers des doléances déposés dans les mairies, dans le cadre de ce grand débat, n'ont jamais été rendus publics, ils n'ont jamais été numérisés, ils n'ont jamais été archivés. Donc on ne sait pas en réalité quelles étaient les revendications les plus populaires de ce grand débat.
Mais t'as vu que la question du retour de l'ISF avait été beaucoup évoquée lors de ce débat qui prenait la suite du mouvement des Gilets jaunes. Mais en réalité, Emmanuel Macron n'aurait jamais imaginé dans ses cauchemars les plus horribles de remettre l'ISF sur la liste des impôts. Alors, la Convention citoyenne pour le climat, il en parle comme quelque chose qui a vraiment changé le cours des choses en France. Mais en réalité, elle a été sabotée. Mais récemment, Olivier Véran, il avait expliqué que 85% des propositions de la Convention citoyenne pour le climat avaient été appliquées.
C'était une énorme fake news parce qu'en réalité, et qui avait fait bondir les observateurs, parce que d'après reporter, seuls 10% des résolutions de la Convention citoyenne pour le climat avaient été reprises dans le fameux projet de loi climat de début 2021. Le monde considère qu'il y a environ 12% de ces résolutions qui ont été prises en corde, mais pas plus. On voit bien qu'à l'époque, Macron a utilisé ces outils à la carte. Il a picoré dedans ce qui l'intéressait et seulement ce qui l'intéressait. Et on peut penser qu'avec le CNR, ce sera la même chose. En fait, il va choisir ce qu'il voudra.
Il va légitimer ses choix via une sorte de consultation informelle, puisque le CNR sera une structure floue, un meuble manipulable, qui mêlera élu, pas élu, responsable de corps intermédiaire, choisi selon les critères syndicaux, patronaux, et puis personne trié sur le volet. Bref, ce sera un grand fourre-tout. Alors, il va créer sur Internet une grande plateforme numérique, thématique par thématique, enjeux locaux et nationaux mélangés. Ce sera une sorte de Facebook.cituanité. Et on va même parler des établissements scolaires. Bref, ce sera un énorme machin et une sorte de grosse machine à part l'autre.
Alors, moi, ce qui m'inquiète, c'est qu'il a évoqué beaucoup les questions d'éducation et de santé. Alors, dans ces secteurs en crise, dans ces secteurs qui ne sont pas financés assez bien, on va finalement vous dire qu'il n'y aura pas plus d'argent, mais vos idées sont bienvenues. Alors, ce sera vraiment le festival des bonnes petites idées qui, finalement, va pallier les manquements de fonds des administrations et de l'État. La démocratie participative, ce n'est pas vraiment la démocratie directe, parce que, finalement, Macron n'annonce pas de simplification pour engager des référendums nationaux locaux, des votations comme en Suisse.
Il faudra toujours 10% des électeurs pour enclencher le fameux référendum d'initiative, partager ce qui est quasiment hors d'atteinte. Enfin, ce qui est hors d'atteinte, d'ailleurs. Même les remontées des sondages, ils s'en foutent, puisque, aujourd'hui, on sait qu'une majorité de Français, mais une majorité très nette de Français, ne veut pas de la réforme des retraites, de l'allongement de l'âge du départ à la retraite. Mais Macron va le faire, parce que, finalement, il n'y a que ce qui l'intéresse dans la parole citoyenne qui l'intéresse, qui l'intéresse, qui l'intéresse.
Alors, les néolibéraux accusent tout le monde de populisme, mais on peut voir dans cette initiative une forme de populisme, et même de démocratie populaire, comme dans les régimes à partie unique, où, finalement, le grand timonier mobilise toute une armée de citoyens qui viennent dire à peu près ce qu'ils ont envie d'entendre et ce qu'ils enterrinent dans des résolutions du parti qui avaient été écrites avant les grandes agapes populaires.
— Bien. Est-ce que toi, JB, tu partages ta vie sur cette question ? Est-ce que, pour toi, ces annonces, aujourd'hui, font écho aux annonces précédentes et que c'est tout ça un peu un simulacre de démocratie ? Ou alors pas du tout ? C'est quand même des avancées. On peut saluer les propositions ?
— Je sais pas très bien concrètement qu'est-ce qu'il a annoncé vraiment. Enfin, à part un effet d'annonce, et moi, je ferais plus court que Théo, mais je suis assez d'accord. Je pense que si Emmanuel Macron était favorable à l'approfondissement de la démocratie en France, on s'en serait aperçus depuis longtemps.
— Tout simplement. Alors on peut dire quand même que cette opération, comme en est une, est plutôt réussie, puisqu'il est sur YouTube, effectivement, sans intermédiaire, mais a été noyée par deux autres infos qui ressemblent à deux bombes jetées sous les pieds de Macron et de la Macronie en général. L'annonce, d'abord, comme je disais tout à l'heure, du renvoi en procès du ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, qui sera jugée par la Cour de justice de la République, une première, il faut le souligner aussi, et celle de la mise en examen d'Alexis Collaire, donc le secrétaire général de l'Élysée, souvent écrit comme le vice-président.
Les deux hommes sont soupçonnés du même délit, c'est-à-dire prise illégale d'intérêt. Alors on commence par Éric Dupond-Moretti. Pour savoir ce qui lui est reproché, on va regarder un extrait tout de suite d'un entretien que nous avait accordé l'ancienne présidente du syndicat de la magistrature, Katia Dubreuil, en février 2021. Elle a été interviewée par notre confrère, Filippo Ortona. On regarde.
La Cour de justice de la République va ouvrir une enquête contre Éric Dupond-Moretti. Alors c'est une plainte pour prise illégale d'intérêt qui a été déposée par les deux principaux syndicats de magistrats. Ils accusent le garde des Sceaux d'utiliser sa fonction pour se venger de plusieurs magistrats, et en particulier de ceux qui ont épluché ces fadettes, ces relevés téléphoniques, en marge de l'affaire Paul Wismuth. Le parquet national financier cherchait alors à identifier la taupe qui a prévenu Nicolas Sarkozy et son avocat Thierry Herzog qu'ils étaient sur écoute. Celui qui était à l'époque un ténor du barreau hurle au scandale.
parle de méthode de barbouze et porte plainte contre le PNF. Ils ont constaté qu'il y avait maître Dupond-Moretti dans les contacts de maître Herzog. Et quand cette affaire a été révélée, maître Dupond-Moretti, avocat à l'époque, s'était insurgé en disant que ce n'était pas normal qu'on a regardé dans ces relevés téléphoniques, que c'était une barbouserie. Il avait eu des mots très très violents à l'encontre du parquet national financier. Il faut savoir qu'en France, on a le droit de demander pour le moment l'État du droit, les relevés téléphoniques des avocats. Il n'y a pas de règles particulières par rapport à ça.
Il a déposé plainte pour violation de sa vie privée contre le parquet national financier. Une semaine plus tard, après avoir déposé cette plainte, il devient ministre de la justice. Nous allons le voir en lui disant que nous allons travailler avec lui, mais qu'il faut qu'il clarifie son positionnement parce que maintenant qu'il est ministre, il a un certain nombre de pouvoirs, notamment de déclencher des enquêtes disciplinaires contre les magistrats. Et qu'effectivement, il y avait une inspection qui avait été lancée par Mme Belloubet pour aller voir comment fonctionnait le service du PNF dans cette affaire. L'inspection devait être rendue bientôt.
On lui a dit que vous ne pourrez pas prendre de décision dans cette affaire-là alors que vous-même, vous aviez déposé plainte contre le parquet national financier. Vous seriez en conflit d'intérêts. Mais quand le rapport de l'inspection a été rendu, il a quand même pris une décision. Il a décidé d'aller plus loin et là, de lancer une enquête prédisciplinaire contre trois magistrats du parquet national financier. Donc finalement, il a utilisé ses prérogatives de ministre qui lui permettent de lancer des enquêtes contre les magistrats dans une affaire dans laquelle il était directement concerné.
Donc c'est là, si vous voulez, le problème, c'est qu'un ministre ne peut pas utiliser ses pouvoirs de ministre pour régler ses comptes.
Alors quand on écoute ça, on pourrait quand même se demander assez facilement comment est-il possible que Macron ait choisi Dupond-Morité alors qu'on connaissait cette affaire, ces problèmes-là, ce conflit d'intérêts ?
C'est la grosse question, c'est l'énorme question qu'on peut se poser. J'ai mis parce que, oui, voilà, Emmanuel Macron, le gouvernement, les services de l'Élysée savaient à peu près qui était Dupond-Morité et quel problème il pouvait avoir avec l'appareil judiciaire. Donc c'était déjà une manière de se défier de l'appareil judiciaire que de nommer une personne qui a quand même été très dure et régulièrement à propos des juges qui a eu des propos excessifs vis-à-vis de la magistrature. Ce n'était pas la meilleure idée si l'idée était de créer une bonne ambiance au sein de l'appareil judiciaire. Mais il y a forcément quelque chose qui plane dans tout cela, c'est l'ombre de Nicolas Sarkozy.
Parce qu'il y a eu une thèse qui considère qu'Emmanuel Macron, quelque part, est liée à Nicolas Sarkozy par une sorte de pacte et d'alliance. Et quelque part, nommer Éric Dupond-Moretti, qui était proche de la Sarkozy via l'avocat Thierry Herzog, c'est lui donner la possibilité de combattre ceux qui veulent faire tomber entre guillemets Nicolas Sarkozy, ceux qui veulent juger Nicolas Sarkozy, ceux qui veulent que Nicolas Sarkozy paye pour les différents délits qu'on a pu lui reprocher. C'est vraiment une manière, je ne vois pas d'autres explications politiques en dehors de cette volonté de rendre service à la Sarkozy et sur d'autres dossiers, on a vu ça.
N'oubliez pas qu'il y a un autre ministre très important qui est un féodé à Sarkozy, c'est Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur, de la police. Donc chez Macron, la police et la justice sont tenues par deux Sarkozistes, effectivement. Et on voit que Nicolas Sarkozy a beaucoup aidé Emmanuel Macron lors de la présidentielle de 2022, en savonnant la planche à la candidate de son propre camp, Valérie Pécresse, en faisant fuiter dans le canard enchaîné dans d'autres médias à quel point il a trouvé nul, et en gros en conduisant quelque part l'électorat naturel de LR vers Nicolas Sarkozy.
Un candidat de LR à 12, 13 ou 14 %, et peut-être qu'Emmanuel Macron ne serait même pas au second tour de la présidentielle. Donc vraiment, la question de cette alliance, moi je pense que sans être, disons, conspirationniste, on est obligé de se la poser, parce qu'il n'y a aucune raison de nommer Éric Diplomoregi, qui, par ailleurs, n'est pas un homme politique, n'a jamais...
Il refusait d'ailleurs d'être ministre de la Justice.
Mais il l'a été, et aujourd'hui il continue de l'être. Il est mis en cause depuis un certain nombre d'années. Il aurait pu être viré à l'occasion du second mandat, mais il est toujours là. Pourquoi est-il là ?
C'est la question qui se pose. Alors du coup, comment peut-il continuer à être ministre, dans ce cadre-là ?
C'est un peu l'impression générale que donnent ce gouvernement et ce pouvoir, c'est que les conflits d'intérêts au cœur de l'État n'ont pas l'air de beaucoup les déranger. Après, comme la presse est quand même assez tenue, souvent, par des gens qui sont assez proches du président ou qui ont appelé à voter pour lui, il y a un moment donné, les signaux d'alarme d'une démocratie sont un peu éteints ou endormis, on a l'impression. Donc du coup, c'est un peu comme s'ils se croyaient tout permis.
Alors il n'y a pas que cette affaire, il y en a une autre. Parlons désormais du coup de l'autre séisme judiciaire d'aujourd'hui, comme je le disais, l'affaire Collère. On rappelle qu'Off-Investigation, que tu représentes aujourd'hui, dont tu es le créateur, a réalisé un documentaire sur l'affaire Collère dans le cadre d'une série dont le titre était Emmanuel Macron et toujours, puisque c'est en ligne, un homme d'affaires à l'Élysée. On regarde un extrait.
Le 6 octobre 2016, Alexis Collère obtient enfin son feu vert pour aller se mettre au service de MSC. Mais avant de rejoindre le géant Italo-Suisse, il est nommé directeur général d'En Marche, le mouvement lancé par Emmanuel Macron pour sa campagne présidentielle. Un mois plus tard, Collère rejoint enfin MSC en tant que directeur financier. Il s'installe alors à Genève, payé par MSC près de 28 000 euros par mois. En parallèle, il va continuer à animer en coulisses l'état-major de la campagne d'Emmanuel Macron. Pour preuve, ces échanges de mails qui avaient fuité lors des Macron-Lix.
Le 9 décembre 2016, la veille du célèbre discours de la Porte de Versailles, Ismaël Emelien, conseiller communication d'En Marche, demande à Alexis Collère de relire le discours d'Emmanuel Macron. Ce dernier lui répond. J'ai fait des modifications 6 juin. Puis, « Je viens de reparler avec E.M. Après réflexion, je suis convenu avec lui de retirer le plan d'investissement au bénéfice d'un discours futur. » Le 3 mars 2017, une proche d'Emmanuel Macron qui se rêve candidate d'En Marche aux législatives va jusqu'à féliciter Alexis Collère de réussir à travailler en même temps pour MSC et pour la campagne d'En Marche. « La publication du programme hier me donne l'occasion de t'envoyer ce message.
Bravo pour la séquence. Je crois que tu gères ça la nuit quand tu es à Genève le jour. Quelle est ta recette de surhomme ? »
Alors, Jean-Baptiste, on peut imaginer que cette mise en examen quand même d'un très très très proche de Macron est un coup énorme, un coup dur porté à la Macronie et en même temps, juste avant, tu disais que finalement, ils s'en fichent un petit peu. Est-ce que ça peut passer sous les radars ?
Oui, enfin, c'est quand même le secrétaire général de l'Élysée. Donc, c'est le bras droit du président. C'est quelqu'un qui est extrêmement important dans la composition du gouvernement, dans la gestion des affaires industrielles de la France. Donc, oui, c'est un énorme coup dur, évidemment. Et en même temps, quand on voit cet extrait, et je rappelle qu'au départ, c'est nos confrères de Mediapart qui révèlent les liens financiers entre Alexis Collère et la famille qui gère la société maritime MSC. Mais quand on voit cet extrait, on se dit, mais on marche sur la tête ou on se pince.
C'est-à-dire que quelqu'un qui en fait discrètement téléguide la campagne du candidat d'Emmanuel Macron en 2017, pendant plusieurs mois, de fin 2016 à mai 2017, est en parallèle le directeur financier d'une grande compagnie maritime italo-suisse, sur laquelle, par ailleurs, on retrouvera de manière récurrente d'énormes quantités de cocaïne. Donc, il est le directeur financier, très bien payé. Et en même temps, il est dans la campagne du candidat Macron. Quand Macron devient président, une des premières mesures qu'il va prendre, c'est d'écarter un concurrent italien de MSC au chantier naval de l'Atlantique pour favoriser l'arrivée de MSC.
Donc, on est en permanence avec Alexis Collère depuis plusieurs années en train de se dire, mais il est au cœur de l'État. Donc, il défend nos intérêts, l'intérêt général, plusieurs années, le fait qu'il a des liens familiaux avec la famille de MSC et il va au cœur de l'État participer à des discussions qui vont avantager énormément MSC. Je rappelle qu'MSC a quand même perçu près de 2 milliards d'euros de fonds publics français depuis plusieurs années. Donc, à un moment donné, on a un peu envie de se demander si la dureté de ce système politique sur les petits, les problèmes des radars, les problèmes des amendes, les problèmes des...
Enfin, on nous traite tout le temps de fraudeurs sociaux, etc., pour des petites sommes. Mais alors, là-haut, on a l'impression que, par contre, il se croit tout permis. C'est un peu l'impression qu'on s'adonne, quoi.
Est-ce qu'on peut... Là, en fait, on peut rappeler, tout est parti quand même de l'affaire d'une plainte d'Anticor, une ONG qui avait été malmenée par le pouvoir suite à un crime un peu commis de laisse-majesté.
Alors, Anticor, c'est cette association anticorruption qui, parmi d'autres, essaye de pousser la justice à faire son travail quand elle ne souhaite pas faire. Je rappelle quand même qu'en France, le parquet est sous les ordres du gouvernement. Donc, c'est un peu compliqué parfois pour le parquet d'accepter que des enquêtes mettent en cause le gouvernement. Depuis François Hollande, en fait, les associations ont un agrément. Elles peuvent contraindre la justice à enquêter.
Je rappelle que quand Anticor a insisté auprès de ce gouvernement pour qu'une enquête soit ouverte sur l'affaire Colère, pendant des mois et des mois et des mois, le gouvernement de Jean Castex a harcelé, martyrisé, demandé des tas d'informations à cette association et lui a refusé pendant des mois et des mois et des mois son agrément de manière parfaitement illégale. Donc, on est là face à un harcèlement institutionnel des quelques associations anticorruption qui essaient d'émerger. On est vraiment dans un système. On se demande des fois si on est encore en démocratie. Justement, on peut se demander est-ce qu'on peut parler d'un système corrompu vraiment ?
La corruption est importante en France. Il faut quand même oublier. La France, ça a été 1789, ça a été la déclaration des droits de l'homme, ça a été des choses formidables, ça a été la résistance. Ça, c'est ce qu'on aime bien un peu se remémorer. Mais la France, c'est beaucoup d'autres choses. La France, c'est des crimes coloniaux monstrueux. La France est aujourd'hui un pays hautement corrompu et la France est un pays qui, à mon avis, dont la séparation des pouvoirs mythiques de Montesquieu corrompu. Enfin, pardon, quand la presse est entre les mains de 5 ou 6 milliardaires, il y a quand même un énorme problème démocratique.
Donc, oui, on a un dysfonctionnement majeur qui fait qu'au sommet de l'État, ça dysfonctionne gravement. Et de temps en temps, heureusement, on a des magistrats qui arrivent à faire un peu le boulot et rattraper un petit peu ceux qui mélangent le plus leurs casquettes, le pantouflage, ces fameux hauts fonctionnaires qui passent leur temps à aller tripler leur salaire dans le privé pour ensuite revenir au cœur de l'État, retrouver des informations qu'ils vont ensuite vendre au privé. Enfin, ça fait des années que c'est dénoncé par des tas de confrères comme Vincent Joubert. Il faut faire quelque chose aujourd'hui. On ne peut pas laisser ça indéfiniment.
Peut-être une dernière question. Est-ce qu'on peut imaginer que Macron désactive, se sépare, enfin, sacrifie Colère ?
Alors, ça fait plusieurs mois qu'il se dit dans Paris qu'Alexis Colère est quand même nettement fragilisé par cette affaire ou par d'autres. Oui, un jour ou l'autre, Colère partira de l'Élysée, peut-être plus rapidement qu'on ne pense. Je pense que c'est quand même compliqué d'avoir un numéro 2 de l'État quasiment mis en examen pour lequel il a été mis en examen et qu'il resterait comme ça avec le pouvoir énorme qu'il a dans le système présidentiel français. Ça me paraît compliqué qu'il resterait longtemps au pouvoir. Alors, peut-être ?
De toute façon, on peut désactiver quelqu'un officiellement et le maintenir officiellement comme on le voit avec Ismaël Emélien et peut-être même Alexandre Benalla. En tout cas, Alexis Colère, peut-être, il y a une autre enquête à faire là-dessus et je me tourne vers JB et offre l'investigation qui ont commencé à travailler dessus et donc qui auraient peut-être besoin des financements populaires pour travailler sur le grand remplacement de Bolloré par Alexis Colère dans les ports africains, pardon, par MSC dans les ports africains, un grand remplacement qui a été piloté quelque part par l'exécutif.
En tout cas, ce sont les accusations de Bolloré et quoi qu'on pense du personnage, je pense qu'il y a quelques éléments qui donnent à penser qu'il n'a pas tout à fait tort. En tout cas, nous sommes effectivement dans une démocratie fragilisée et le rôle des médias indépendants comme les nôtres, le rôle des associations comme Anticor et d'autres, c'est d'essayer de pousser la barrière et c'est pour ça qu'en fait, elles ont besoin du carburant citoyen, c'est-à-dire...
du soutien de citoyens, bien sûr, on l'aura compris.
Pour info, on envisage à off-investigation de lancer dans quelques mois une saison 2 de la série Emmanuel, un homme d'affaires à l'Elysée comme il a été réélu. C'est intéressant de continuer à enquêter sur ce pouvoir présidentiel d'Emmanuel Macron.
Intéressant et même important. Merci à tous les deux pour ce moment.
Emmanuel Macron