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interviewyoutube.com· 20 décembre 2024 46 min

Jordan BARDELLA retrace les moments FORTS de 2024 - Grand Entretien

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Jordan Bardella

Gauche ou droite, action ! Et alors là je sens que je vais rentrer dans quelque chose de très vertigineux parce que potentiellement on peut gagner, potentiellement à 29 ans je me dis dans 3 semaines je peux être chef d'un gouvernement. Quand je me dirige vers le siège du parti, je rentre dans cette salle et nous attendent des frites et des Big Mac, rien de plus simple. Je contredis totalement ce que la grande laïusse que je vous ai fait sur l'agriculture française et notre besoin de la souveraineté alimentaire.

Non mais Squeezie c'est intéressant, vous avez des types qui sont pétés de thunes, qui est multimillionnaire et qui vient donner des leçons à des familles qui gagnent 1300 euros par mois. Et on a des gens qui depuis leur chaîne YouTube viennent dire à cette France-là comment voter.

0:40
Présentateur

Bonjour Jordan Bardella. Bonjour. Merci beaucoup de nous recevoir à Strasbourg qui est peut-être devenu votre ville favorite en France.

0:46
Jordan Bardella

C'est une ville dans laquelle je passe beaucoup de temps et qui est assez agréable pendant la période des fêtes de Noël, notamment avec le marché de Strasbourg. Je me rends chaque année, c'est une ville de tradition, c'est une ville où on est fier de défendre. On a une identité à la fois locale, nationale, régionale et où j'ai l'occasion de passer avec le Parlement européen à chaque fois. De goûter les spécialités du coin ? D'abuser des spécialités du coin et on mange très bien en Alsace.

1:14
Présentateur

Alors je vous propose qu'on retrace ensemble l'année 2024 en se basant évidemment sur votre livre, ce que je cherche aux éditions Fayard. On commence avec le mois de janvier et la crise des agriculteurs qui est un grand moment de contestation et un grand moment d'émotion en France. Qu'est-ce que vous retenez de cette année ? Qu'est-ce que vous retenez de cette année ? Qu'est-ce que vous retenez de cette année ? Qu'est-ce que vous retenez de cette année ?

1:30
Jordan Bardella

Le début de l'année 2024, c'est le début de la campagne des élections européennes et on sait que l'agriculture va être un thème important de cette campagne. On a l'habitude de dire que chaque élection est une élection de civilisation et qu'en fait c'est cette élection qui va décider de tout. Et c'est vrai que l'année 2024, elle a été singulière, notamment sur le plan de l'agriculture, sur le plan de la souveraineté agricole parce qu'on arrive au bout du bout du bout du bout d'un système qu'on a dénoncé depuis très longtemps où on a perdu...

100 000 exploitations agricoles ces 10 dernières années, des agriculteurs qui n'arrivent plus à vivre de leur travail et des institutions européennes qui négocient année après année des accords de libre-échange avec des économies, avec des espaces économiques. On a beaucoup parlé du CETA, l'accord avec la Nouvelle-Zélande, avec le Vietnam et en ce moment même l'accord avec le Mercosur qui ne respectent aucune des normes économiques, sociales, sanitaires, environnementales qui sont imposées à nos propres agriculteurs.

Et dans le même temps, on voit que le Parlement européen avec notamment la stratégie du Green Deal que je considère être une stratégie de décroissance agricole multiplie les normes et rend la vie de nos agriculteurs toujours plus difficile. Ça fait plusieurs années qu'on savait que ça finirait par lâcher et que les agriculteurs finiraient par descendre dans les rues en disant maintenant stop, on en a marre, on veut pouvoir vivre de notre travail. Et il y a eu en 2024 cette rencontre entre un moment de débat démocratique qui était la campagne électorale dans laquelle on a beaucoup parlé d'agriculture et ce mouvement agricole.

Nous on a fait le choix de soutenir ces mouvements parce qu'en réalité l'agriculture française c'est une part de nous-mêmes, c'est une part de notre identité. Et il y a dans l'agriculture française ce qu'on sera demain et après-demain, ce qu'on donnera à manger à nos enfants, à nos petits-enfants, notre capacité à être un pays libre, à s'auto-alimenter et aussi notre capacité à nourrir une population européenne et mondiale toujours plus nombreuse.

La France a toujours été une très grande puissance agricole et c'était donc normal qu'en ce début d'année 2024 on soit aux côtés de nos agriculteurs, qu'on s'est battus à l'Assemblée nationale en fin d'année 2023 au travail de nos 88 députés à l'époque sur la précédente mandature qui s'était battue pour faire en sorte que les agriculteurs conservent une réduction fiscale sur le gazole non routier. On s'est encore battus cette année pour que ce petit avantage qu'ont nos agriculteurs soit inscrit dans le nouveau budget de l'année 2025 et on va continuer à le faire.

Mais il est vrai que les problèmes de fonds qu'on a soulignés sur l'agriculture depuis très longtemps sont des problèmes qui n'ont pas été traités. Le gouvernement à l'époque avait fait beaucoup de promesses et il est vrai que la période actuelle, que nous vivons avec la signature et la négociation possible du Mercosur, fait peser un vrai risque de disparition de notre agriculture. Au fond, la question de l'agriculture et ce qui est en train de se passer aujourd'hui dans le monde agricole et dans le monde rural, c'est une question existentielle et c'est une question de civilisation. Si on veut rester la France, alors il faut aussi qu'on conserve une capacité à nourrir notre population.

4:23
Présentateur

Vous en parlez dans votre livre des agriculteurs et vous dites « Parfois la mort fracasse les familles, le suicide est plus important chez les agriculteurs qu'une profession ». Est-ce que quand vous allez à leur rencontre pendant le mois de janvier, ça vous arrive d'être intimidé par tant de détresse ?

4:36
Jordan Bardella

Oui. Quand vous allez rencontrer des agriculteurs, vous ne repartez pas indifférents parce que vous êtes face à des gens qui ne vivent pas de leur salaire, qui ne vivent pas de leur travail, qui font une des professions parmi les plus belles au monde, c'est-à-dire celle de nourrir la population. J'ai rencontré beaucoup d'agriculteurs et quand vous repartez, vous avez souvent la boule au ventre. Parce que d'abord, ils témoignent de leur difficulté à vivre, à payer les charges, à payer une énergie ou un carburant qui est de plus en plus cher.

Ils ne comprennent pas l'injustice qui est le propre aujourd'hui d'une politique qui vise à les mettre en concurrence avec du poulet aux hormones brésiliens, du saumon aux antibiotiques canadiens et qui, eux, jouent à l'économie mondiale, jouent au jeu des marchés, des relations internationales, avec des règles qui sont encore plus dures pour eux que pour tout le monde. Donc, leur témoignage, il est bouleversant et il est poignant parce qu'au fond, d'abord, beaucoup de nos agriculteurs ont le sentiment qu'en se battant pour leurs exploitations agricoles, ils se battent en fait pour toute la ruralité.

Et je me souviens d'une rencontre avec un agriculteur, avec un éleveur à Kérac, dans le Médoc au début de l'année 2024, au début des mobilisations. Un agriculteur, les larmes aux yeux, m'a dit, vous savez, nous, on ne se bat pas que pour notre exploitation agricole. Que lui-même avait hérité de ses parents. Il me dit, en fait, on se bat pour tout le village. Parce qu'on est conscient que si notre exploitation agricole, elle met la clé sous la porte, alors c'est le village, c'est l'âme du village qui s'éteint. Il y a cette conscience, non pas seulement sociale, mais aussi identitaire et civilisationnelle dans le métier d'agriculteur.

Et à chaque fois que vous faites une rencontre avec un agriculteur, vous avez droit, hélas, à un témoignage d'une connaissance d'un proche, d'un collègue qui travaille dans le milieu agricole. Qui a été confronté au suicide. Et moi, ça m'est déjà arrivé. Alors évidemment, quand j'ai commencé comme député européen à 23 ans, et pendant la campagne avant, à 22-23 ans, aller voir des agriculteurs et que les agriculteurs vous disent, vous savez, moi, j'ai hésité à me suicider. Ça ne vous laisse pas indifférent. Ça ne peut pas vous laisser indifférent.

Et au fond, si le salon de l'agriculture, c'est l'un des salons préférés des Français, si ces mouvements agricoles ont été soutenus par une écrasante majorité de Français, c'est parce que les Français ont le sentiment que quand on fait du mal à l'agriculture, on fait du mal à une part d'eux-mêmes. Et les agriculteurs, on a le sentiment qu'ils sont tous dans nos familles.

7:08
Présentateur

J'avance un petit peu. On reste toujours au mois de janvier, février. Vous parliez donc des élections européennes. C'est l'histoire d'un raz-de-marée. Vous semblez en totale maîtrise dans les débats, dans votre communication. Vos meetings sont archi-pleins. Est-ce que vous vous êtes senti à un moment donné de la campagne intouchable ?

7:28
Jordan Bardella

Jamais. Au contraire. On affiche une sérénité et c'est bien normal. Quand on est sur les plateaux de télévision, quand on se déplace, parce que ce sont des exercices qui sont, pour moi, très préparés. Je travaille énormément. Je passe énormément de temps à préparer mes interventions. Je passe énormément de temps à préparer mes débats. Je passe énormément de temps à travailler sur des dossiers avant d'aller rencontrer un agriculteur, un entrepreneur, un soignant. Parce que, d'abord, c'est le moindre respect. C'est ce qu'on doit aux gens qui vont nous regarder ou aux gens qui vont nous recevoir.

Mais parce que je sais que je pratique une discipline dont les règles sont plus difficiles pour moi et plus difficiles pour le courant d'idées auquel j'appartiens. Je sais très bien que la moindre erreur, que la moindre maladresse, que la moindre faute, elle peut me coûter très cher. Elle peut coûter donc très cher au Rassemblement national. Et je n'affronterai jamais une forme de, comment dire, de mensuétude qu'on peut avoir dans la vie. J'ai pu avoir d'autres responsables politiques encore plus à l'ère des réseaux sociaux. J'ai grandi avec les réseaux sociaux. Je n'aime pas les réseaux sociaux, contrairement à ce qu'on pourrait penser. J'essaie de m'en préserver le plus possible.

Parce que, évidemment, quand vous ouvrez les réseaux sociaux et que vous faites de la politique, vous êtes en première ligne, vous êtes candidat à une élection, les gens vous identifient, vous devez être quand même solide. Et vous vous exposez de facto aussi à la critique, aux insultes, à la violence. Dans ce que... dans ce qu'il y a de plus terrible dans les réseaux sociaux, c'est-à-dire la violence derrière l'anonymat, derrière des comptes anonymes. Mais il est vrai qu'il faut savoir se protéger de tout ça. J'ai réussi à me construire une carapace.

Et même si on peut paraître parfois très sûr de soi en public, c'est parce qu'en fait, il y a beaucoup de travail derrière et il y a beaucoup de doutes et parfois d'incertitudes. Quand on fait de la politique au niveau où j'en fais, il faut avoir beaucoup de certitudes sur là où on veut aller, sur ce qu'on veut faire pour le pays, sur les convictions qui font les nôtres. On est parfois un peu rêveur en pensant que... on se bat pour un idéal et que cet idéal, à un moment donné, pour le bien commun, pour le bien du pays, pour le bien des Français, il va pouvoir... il va pouvoir advenir.

Mais c'est aussi évidemment beaucoup de remise en question permanente parce que tout ce qui est fait vise à vous remettre en question face à nous. Les médias expliquent qu'on est moins bon, qu'on est moins compétent, alors que... il se trouve qu'il y a... Est-ce que c'est vrai ? Il y a beaucoup de sujets, peut-être même une majorité de sujets dans le quotidien des gens, où on a eu raison de dire, on a raison avant tout le monde. C'est vrai évidemment sur la question emblématique de l'immigration, qui est aujourd'hui très largement partagée par les Français. On me dit souvent, la question de l'immigration, c'est un thème qui divise.

Non, c'est une question qui rassemble les Français, puisque c'est bien le seul sujet sur lequel 75% des Français pensent la même chose. Mais sur l'agriculture, c'est vrai aussi. Ça fait des années qu'on dénonce les accords de libre-échange, ça fait des années qu'on dénonce l'écologie punitive, et puis ça fait des années qu'on appelle sur le plan économique à défendre nos intérêts d'abord. Aujourd'hui, toutes les grandes puissances autour de nous, font ce qu'on a appelé à faire pour le pays il y a très longtemps.

Et il y a dix ans, quand vous parliez de droits de douane, de patriotisme économique, qui sont des choses extrêmement concrètes pour la vitalité d'une nation, on expliquait qu'on était fascistes, d'extrême-droite, dangereux, démagogues, mauvais. Voilà, donc j'avance dans un environnement parfois hostile, mais je sais que de plus en plus de Français nous soutiennent, et je sais qu'il y a de plus en plus de Français qui sont de toute manière un écart aujourd'hui entre les idées dominantes sur les plateaux de télé à Paris et les idées qui sont majoritaires dans le pays.

11:03
Présentateur

Je reviens sur ce que vous dites à propos des réseaux sociaux, parce que vous, vous êtes singularisé particulièrement cette année pour une productivité de TikTok, de Real Insta, qui sont parfois épiques, qui sont parfois très drôles. Lesquels ? Par exemple, celui où vous découvrez les édits,

11:24
Jordan Bardella

quand vous pouvez railler... Oui, les édits avec Gabriel Attal, c'est-à-dire que les gens pensent qu'on ne les voit pas, mais on est au courant de tout ça.

11:32
Présentateur

Mais est-ce que vous vous amusez, par exemple, quand vous tournez en dérision les propos de François-Xavier Bellamy sur des TikTok qui sont assez légers, est-ce que ça vous amuse ou au contraire, comme vous le dites, vous le faites parce qu'il faut le faire ?

11:46
Jordan Bardella

Moi, je... Vous savez, il y a une phrase de Chateaubriand qui dit « Pour être l'homme de son pays, il faut être l'homme de son temps ». Et quand on fait de la politique, il faut savoir utiliser les moyens où les gens sont... susceptibles de s'intéresser, d'analyser ce que vous dites, de pouvoir échanger avec vous. Il se trouve que quand on est dans les médias, on est sur un format très convenu d'interviews, d'émissions qui sont préparées par les journalistes qui sont souvent de bon niveau, avec un très gros travail du côté médiatique de l'autre côté. Pas partout, mais il y a beaucoup de journalistes qui bossent et qui font aussi leur travail honnêtement quand ils préparent les interviews.

Il y a des Français qui nous regardent, qui nous écoutent, et puis qui, je l'espère, à l'issue de l'interview, se disent « Bon, ben, on n'est peut-être pas d'accord avec tout, mais sur tel et tel point, il a raison ». Et puis, il y a aussi des gens qui ne se politisent qu'au travers des réseaux sociaux, et notamment les jeunes, qui ne sont peut-être pas le public le plus friand des chaînes d'info en continu, des grandes émissions politiques sur France Télévisions ou à la radio. Et moi, je me suis dit, au travers des réseaux sociaux, je vais pouvoir intéresser à la politique des gens, et notamment des jeunes qui ne s'intéresseraient pas à priori sur les moyens conventionnels à la politique.

Et pourquoi je le fais ? Parce que je veux dire aux jeunes que si ce n'est pas eux qui s'intéressent à la politique, la politique s'occupera d'eux. La politique, elle est partout dans leur quotidien. La politique, c'est la fiscalité que vous payez, c'est le stationnement, le sens de stationnement de votre rue, c'est l'insécurité quand vous sortez de chez vous, c'est les difficultés d'accès au marché de l'emploi, c'est la question de notre souveraineté et de ce qu'on veut rester en tant que peuple, sur le plan migratoire, sur le plan agricole, sur le plan industriel. La politique, c'est tout.

Et je dis aux jeunes, et c'est la raison pour laquelle j'utilise beaucoup les réseaux sociaux, que si personne ne reprend en main le destin du pays, personne d'autre à part eux va le faire à leur place.

13:40
Présentateur

J'avance jusqu'au soir du 9 juin. Est-ce que vous pouvez nous raconter l'ambiance dans le bureau exécutif une fois qu'Emmanuel Macron a annoncé la dissolution ? C'est une partie de votre livre. Vous décrivez l'adrénaline qu'il y a avec... vos collègues autour d'une table, autour de fast-food.

13:56
Jordan Bardella

Dans le livre, je raconte avant le 9 juin à 20h et après le 9 juin à 20h. On a bataillé et milité pendant des mois pour faire en sorte qu'on fasse le plus gros score possible aux élections européennes et par ricochet que nos adversaires dans cette élection, c'est-à-dire les macronistes, fassent le score le plus faible possible. Le 9 juin, je vais voter et je commence à voir ce qu'on a après une campagne électorale, c'est-à-dire une redescente. Une redescente physique. Vous dites OK, lundi matin, je vais pouvoir souffler un peu. La campagne est terminée. On va ouvrir un nouveau cycle.

En l'occurrence ici, essayez d'arriver avec le plus grand groupe de députés européens à Strasbourg et à Bruxelles. Je le raconte dans le livre en fin de journée. Il doit être aux alentours de 18h, 19h. On commence à avoir... Les gens se posent toujours la question de mais est-ce que vous avez accès aux résultats avant ? Alors, je vais clarifier les choses comme ça tout le monde aura la réponse sans spoiler ce qu'il y a dans le livre. On a globalement une demi-heure avant les projections, les estimations qui vont être annoncées peu ou prou, ils seront affinés dans les dernières minutes par les chaînes de télé et donc communiquées en amont par les instituts de sondage.

Donc globalement vers 19h30, c'est-à-dire souvent on se demande, les gens se disent mais est-ce que vous apprenez devant la télévision le résultat ? On a globalement 20 minutes, 20 grosses minutes avant les résultats qui vont être annoncés à la télé et on n'a pas le droit de communiquer dessus avant 20h.

Et là il se trouve qu'avec les résultats qui sont donc très bons, les résultats qui nous remontent en fin de journée, on commence à avoir des rumeurs, des informations, je reçois des SMS de gens qui travaillent dans l'environnement macroniste, médiatique à Paris et qui me disent il y a des rumeurs qui circulent dans les rédactions parisiennes et à l'Elysée d'une possible annonce de la dissolution. Alors il se trouve que moi la dissolution je l'ai demandé tout au long de la campagne européenne.

J'ai dit aux Français, utilisez cette élection européenne qui est une élection de mi-mandat, c'est un peu les mi-terme à l'américaine pour désavouer Emmanuel Macron et pour pousser le Président de la République à revenir devant les Français si tant est que vous considérez que sa politique est mauvaise pour le pays. Bon, au début j'y crois peu. Je me dis qu'il est assez peu probable qu'en ayant fait 15% des voix aux européennes, le Président organise et prononce effectivement la dissolution de l'Assemblée nationale, ce qui serait évidemment un désaveu terrible. Et je me dis qu'il y a une série pour son camp à quelques jours d'une défaite aux européennes.

A 20h les résultats sont annoncés et au moment où je vais descendre de la loge dans laquelle je me trouve avec Marine et l'ensemble de mon équipe pour aller prononcer mon allocution de victoire, on me confirme avant que je descende dans l'escalier que le Président de la République va parler dans quelques minutes. Et donc je ne suis plus du tout dans le même état. C'est-à-dire que je passe d'un état où je me dis la campagne est derrière moi, on va se projeter sur la campagne électorale ici et maintenant c'est une campagne institutionnelle pour composer le groupe ici. On va être dans autre chose.

Et donc on me dit que le Président va s'exprimer et donc je sais très bien à ce moment-là que c'est évidemment s'il parle pour prononcer la dissolution. Et donc je ne cesse d'y penser quand je prononce mon allocution et on sait qu'on va partir sur... Il annonce la dissolution en trois semaines. Il aura pu faire le choix d'ailleurs responsable et raisonnable, d'attendre le mois de septembre. De se dire il y a les Jeux Olympiques, on ne va pas prendre le risque d'un changement de majorité ou d'une potentielle incertitude dans le fonctionnement du pays avant les Jeux Olympiques, avant le moment où le monde entier va avoir les yeux rivés sur la France. Il fait ce choix.

Ce qui est un choix louable sur le fait de dissoudre parce qu'il n'y a rien de plus normal et de plus légitime que d'en revenir aux urnes et que de se tourner vers le peuple français. Mais il y a quand même une forme d'irresponsabilité à faire tout cela en trois semaines ce qui va provoquer évidemment une petite agitation. Une petite agitation dans le pays. La dissolution est annoncée. Moi je décide immédiatement de réunir le bureau exécutif du parti et de rassembler autour de moi l'équipe de campagne qui nous avait mené à la victoire aux européennes. On se réunit donc au siège à Paris.

Entre temps, on n'a pas eu le temps de trinquer à la victoire, de se dire félicitations, on est directement partis en campagne. Et alors là je sens que je vais rentrer dans quelque chose de très vertigineux parce que potentiellement on peut gagner. Potentiellement à 29 ans, je me dis dans trois semaines, je peux être chef d'un gouvernement. Bon, je pense à tout ce qu'il y a à côté. C'est-à-dire on a depuis très longtemps travaillé sur un projet présidentiel. Il va falloir adapter ce projet à un cadre un peu contraint qui est celui de Matignon, en cohabitation. Il va falloir très vite mettre sur place, sur pied, un gouvernement. Il va falloir organiser une campagne électorale.

Il va falloir organiser des débats. Et je commence à ressentir le vertige quand je quitte le QG de campagne, quand je me dirige vers le siège du parti. Là, on a des caméras de campagne. On a des caméras qui nous suivent. C'est-à-dire que j'ai ma voiture et autour de moi, on a des motos avec des journalistes qui nous suivent. Et là, je me dis les trois semaines vont être un rouleau compresseur. Ça va être très bon. J'arrive au siège. Évidemment, une nuit de journalistes et on n'a pas eu le temps de dîner. Donc, je rentre dans cette salle et nous attendent des frites et des Big Mac. Rien de plus simple. Je contredis totalement ce que la grande laïusse que je vous ai fait sur l'agriculture.

La culture française et notre besoin de la souveraineté alimentaire. Mais enfin, voilà comment ça s'est passé. Mais c'est vertigineux parce que la séquence nous tombe dessus. On est favori. Et donc, il va falloir l'affronter.

19:31
Présentateur

À ce propos, trois semaines de campagne s'ouvrent. Vous êtes l'objet d'une diabolisation assez violente. On pense à toutes les mobilisations de la gauche et l'extrême gauche qui parlent de vous comme du retour du troisième Reich. Comment on fait pour supporter ça ?

19:44
Jordan Bardella

Oui, mais eux, c'est des carnavales. Non, mais ça, c'est le carnaval habituel. Le vertige, ce n'est pas tant la gauche ou l'extrême gauche. Le vertige, c'est de se dire, potentiellement, dans trois semaines, on peut avoir la responsabilité de la vie des Français. Leur pouvoir d'achat, leur sécurité, la vie de nos entreprises, la réglementation de la vie économique du pays. Et donc, le vertige, c'est de se dire, il faudra qu'on soit prêt dans le temps imparti et il va falloir très, très vite se mettre au travail, c'est-à-dire potentiellement dès cet été, faire voter un projet de loi de finances rectificatif à l'agriculture.

L'Assemblée nationale, sortir les projets de loi, notamment sur la sécurité et l'immigration, sur lesquels on bosse avec nos députés depuis très longtemps. Et donc, tout cela va aller très, très vite. Non, ce qui est vrai, c'est qu'il y a, au second tour, on tente de réactiver ce qu'on appelait le front républicain, c'est-à-dire l'alliance improbable entre les macronistes et les équipes de Jean-Luc Mélenchon. Et là, on voit qu'Emmanuel Macron, qui, il y a encore quelques jours, expliquait que la France insoumise relevait de l'antiparlementarisme, alimentait l'antisémitisme en France, se retrouve soudainement comme étant l'allié idéal.

Gabriel Attal a cette phrase, il va dire, j'appelle à faire barrage au Rassemblement national, y compris avec un bulletin de vote de la France insoumise. Donc, on a là l'alliance des pires déconstructeurs qui, à la tête du pays depuis sept ans, ont affaibli considérablement le pays, laissé se développer l'insécurité, opposé les Français les uns aux autres, affaibli notre souveraineté, à se retrouver dans une alliance avec des incendiaires qui, effectivement, et depuis le 7 octobre, contribuent à faire monter l'antisémitisme en France, font le jeu de tous les communautarismes et sont dans la roue de toutes les revendications politico-religieuses.

Et donc là, on a une alliance très dangereuse et moi, je vis ça aussi comme une injustice parce que, pour moi, le danger, c'est eux. C'est-à-dire que je vois rien dans ce que je défends, dans ce que je dis, dans les convictions que je porte qui relèvent d'une forme de brutalisation, d'extrémisme ou d'attacé. Et je pense que beaucoup de Français se sont réveillés au lendemain du second tour des élections législatives avec la gueule de bois parce que présenter des candidats uniques, soutenus en même temps par Emmanuel Macron, Gabriel Attal et en même temps par Jean-Luc Mélenchon, Daniel Obono et Rima Hassan, il y a de quoi se poser de sérieuses questions. Et tout ça pour quoi ?

Tout ça pour empêcher une alternance, tout ça pour empêcher 11 millions de Français, des électeurs patriotes, de voir leurs idées représentées au pouvoir, et tout ça pour plonger le pays dans une forme d'incertitude. Donc je ne suis pas certain que ça fonctionne à chaque fois. Ce qui est vrai, c'est que la progression, et notre progression, elle est fulgurante. Je veux dire, en deux ans, on est passé de 6 à 143 députés à l'Assemblée nationale. Au second tour des élections législatives de 2022, on a fait un peu plus de 3,5 millions de voix. On ressort de ces élections législatives avec 11 millions de voix.

Et je crois une capacité nouvelle à séduire un public de droite, de centre-droit qui, pendant très longtemps, a pu être réticent au vote pour le Rassemblement national, mais qui retrouve chez nous une sincérité dans la défense du pays, un amour de notre identité, une volonté de défendre notre culture, un attachement à l'ordre, à l'autorité, à la maîtrise de nos frontières, à la maîtrise de la dépense publique, une volonté de soutenir la croissance. Et on est en train d'assister aujourd'hui, autour du vote Rassemblement national, à cette réunion de la France du travail. Ce que je veux dire par rapport à la défense publique,

23:12
Présentateur

ce que je veux dire par rapport à la diabolisation, c'est qu'il y a, par exemple, un clip de rap qui s'appelle « No pas a rat », qui est sûrement signifiant, il y a le post Instagram de Squeezie, il y a tout un milieu...

23:21
Jordan Bardella

Moi, je lui ai répondu, d'ailleurs, à Squeezie.

23:23
Présentateur

Oui, on va y venir.

23:24
Jordan Bardella

Il y a tout un milieu... Non, mais Squeezie, c'est intéressant. Vous avez des types qui sont pétés de thunes, dont une bonne partie passe une partie de l'année à Dubaï, ou dans des endroits où on ne paye pas beaucoup d'impôts, qui est multimillionnaire, et qui vient donner des leçons à des familles qui gagnent 1300 euros par an, qui vivent dans des immeubles parfois délabrés, qui sont abandonnés par les services publics, qui sont confrontés à l'insécurité, à la perte de leur identité, et on a des gens qui, depuis leur chaîne YouTube, viennent dire à cette France-là comment voter. Moi, je trouve ça insupportable.

23:58
Présentateur

Vous le croisez, Squeezie, demain, vous lui dites quoi ?

24:00
Jordan Bardella

Rien. Je pense qu'il méconnaît totalement le quotidien des Français. Et je pense qu'il n'a pas conscience, d'abord de ce qu'on est réellement, de ce qu'on incarne, et de ce que vivent des millions de Français. Tous ces influenceurs qui font la courte échelle à Jean-Luc Mélenchon, ils sont au courant qu'au-dessus de 400 ou 500 000 euros de revenus, ils donnent 90% de ce qu'ils gagnent ? Parce que, moi, s'ils sont prêts à contribuer au redressement du pays, il ne va pas leur rester grand-chose sur leur compte en banque.

24:34
Présentateur

Le 7 juillet, au soir, le Rassemblement national arrive troisième, contre toute attente, malgré tout, contre la vie globale qu'on avait les jours précédents. Et contre le mien, je ne m'y attendais pas du tout. Vous êtes dans quel état d'esprit les 24 heures qui suivent ?

24:48
Jordan Bardella

D'abord, les 24 heures qui précèdent, c'est, je ne vais pas vous dire vertigineux, parce qu'on m'a reproché d'ailleurs d'utiliser trop de fois le terme vertigineux dans mon livre. Mais quand je me réveille dimanche matin, j'étais dans le sud de la France, avec quelques amis, et en me réveillant, je me dis peut-être que ce soir, mon quotidien va changer et je deviendrai peut-être Premier ministre. Donc la journée est très longue. Je savais que ça serait difficile. Je suis honnête, je savais que 289 sièges au scrutin majoritaire à deux tours ont partait de 89 députés. Donc, il fallait qu'on fasse 200 députés de plus.

On avait beaucoup de nos parlementaires sortants qui avaient été élus au premier tour. Et là, pour nous, c'était un vrai gage de sérieux et de confirmation que partout, on avait fait élire des députés, il y avait un travail de qualité qui était fait, et on arrivait à amplifier le vote Rassemblement National. Je savais que la marche serait difficile à franchir, mais je me dis que c'est une possibilité. On a beaucoup travaillé pour adapter le programme au cadre d'une possible cohabitation. On a un gouvernement qui est prêt, on a des gens qui travaillent autour de nous, qui sont les meilleurs, qui sont évidemment prêts à démarrer dès le lundi matin.

La journée est longue, je rentre à Paris, je vais voter. Et en fin d'après-midi, en allant au QG de campagne, qui était le même QG de campagne que nous avions pris pour la soirée des élections européennes le 9 juin, un mois plus tôt, je reçois des premiers SMS de sondeurs qui me disent, d'après mes premières projections, on va prendre avec de très grandes pincettes, parce que c'est toujours difficile à faire pendant les 1177 élections en réalité. Ils me disent, pour moi vous êtes 3ème. Et là je me dis, mais n'importe quoi, qu'est-ce qu'ils me racontent ? Et on va finir 3ème. Et ce qui est fou, c'est que les macronistes sont allés voter Mélenchon et les mélenchonistes sont allés voter Macron.

Et on se retrouve avec des mouvements, des blocs politiques qui se sont combattus, qui ont fusionné pendant le second tour avec une très grande partie des circonscriptions à faire les 52 ou 53% qui nous permettent d'être battus circonscription après circonscription. Alors, ça a marché une fois, je ne suis pas certain que ça remarche une deuxième fois. Mais dans les 24 heures qui suivent, évidemment, je dis, c'est une progression collective énorme, mais c'est une défaite personnelle. C'est la première fois que, sur le plan électoral, je me prends une claque. Et d'ailleurs, je pense que pour connaître les succès, les succès électoraux, il faut avoir mangé, il faut avoir morflé.

J'ai beaucoup milité en Seine-Saint-Denis et évidemment, les possibilités d'avoir des élus, d'avoir des députés. Je me suis présenté aux élections législatives en Seine-Saint-Denis, je me suis présenté aux élections départementales en Seine-Saint-Denis, aux élections régionales où j'ai été élu à deux reprises. C'était une petite claque, mais le combat se poursuit et je me suis très vite remis au travail. Je me suis plongé dans l'écriture de ce livre que je n'avais pas eu l'occasion de finir du fait de la campagne des élections européennes. Et puis, parallèlement à ça, on a démarré le travail ici au Parlement européen.

28:24
Présentateur

Pendant cette période où vous écrivez votre livre, surtout j'imagine que vous posez votre portable

28:28
Jordan Bardella

et que ça doit faire un bien fou. Oui, ce qui fait un bien fou quand vient l'été et quand le rythme électoral, généralement sur la période des fêtes de fin d'année ou au mois d'août, ce qui fait un bien fou, c'est de couper le portable. On ne se rend pas compte à quel point le portable, les applications, les notifications WhatsApp, les boucles vous usent et vous pèsent. C'est ça qui réellement fatigue. L'écriture m'a permis, entre autres activités, de couper un peu de l'instantanéité du téléphone. On se rend compte que le livre, c'est la revanche du temps long.

On a l'occasion, à la fois avec soi-même et en même temps avec ce qu'on pense et ce qu'on dit, de prendre du recul et de couper un peu et d'aller au bout des choses. Au fond, les émissions de télé ne vous permettent pas de développer dans le fond des choses et en profondeur vos idées,

29:30
Présentateur

ce que vous pensez. Il y a des choses qu'on ne peut dire qu'avec la cérémonie d'ouverture qui a énormément clivé. Vous parlez dans votre livre de cette parenthèse enchantée.

29:42
Jordan Bardella

J'aimerais savoir quel type de supporter vous étiez pendant ces deux semaines. Comme tous les Français qui se sont mis à suivre des sports qu'ils ne suivent pas tout au long de l'année, j'ai trouvé ça grand et j'ai trouvé ça beau. Vous m'avez demandé de faire fi dans votre question de la cérémonie des Jeux Olympiques. Je vais faire fi de la cérémonie d'un prisme woke quand on conçoit des événements de ce type qui, à mon avis, n'ont pas lieu d'être. La France est elle-même fière de ses racines. On l'a vu avec Notre-Dame. La réouverture de Notre-Dame était d'une beauté époustouflante. Mais la France est capable de parler au monde quand elle est universelle.

Il est certain que de mettre en œuvre des tableaux, des mises en scène qui peuvent blesser, diviser et même blesser des chrétiens notamment, je ne trouve pas que ça soit très utile, mais au-delà de ça, quand on organise les Jeux Olympiques, on est fier d'être français. On est fier d'abord de ce que nos sportifs sont capables de réaliser et d'à quel point on est capable de parler au monde entier. J'ai eu le même sentiment en regardant la manière dont on était capable d'époustoufler le monde avec les Jeux Olympiques que lors de la cérémonie de réouverture de Notre-Dame sur des thèmes bien différents.

On se dit que la France est encore capable du beau, du grand et on est encore capable d'épater le monde. C'est ça aussi que j'ai voulu dire aux Français avec ce livre. La dernière partie de ce livre, qui est une partie plus de projection, s'appelle « Fierté française ». Je veux dire aux Français que l'un des mots de notre pays c'est que la France ne sème pas assez. À partir du moment où on réapprendra à s'aimer, à être fier de ce qu'on est, notre culture, nos valeurs, notre langue, de ce qu'on a été capable de faire dans l'histoire, alors on sera capable

31:36
Présentateur

des plus grandes choses au XXIème siècle. On reviendra à la fin sur la réouverture de Notre-Dame, mais est-ce que d'un point de vue sportif vous vous êtes découvert une passion à suivre le ping-pong, le volley, à crier devant les cours de Léon Marchand ?

31:48
Jordan Bardella

J'ai beaucoup suivi le parcours de Léon Marchand comme tous les Français que j'ai trouvé brillant et peut-être prime dans ses Jeux Olympiques à Teddy Riner. Il est capable de faire, notamment dans la finale et dans la dernière ligne droite pour apporter la médaille à la France. C'est remarquable.

32:10
Présentateur

L'été 2024, comme en 2023, vous avez un certain nombre de consultations avec Emmanuel Macron puisque vous êtes à la tête du parti du Rassemblement National. Vous en parlez dans le livre, vous dites qu'au téléphone il est pragmatique, sans affect, tacticien, mais quand vous l'avez physiquement en face de vous, qu'est-ce qu'il incarne ?

32:28
Jordan Bardella

Qu'est-ce qu'il vous évoque ? C'est un séducteur. C'est quelqu'un qui, peu importe l'interlocuteur qu'il a en face de lui, va dire à son interlocuteur ce que son interlocuteur a envie d'entendre. Le rôle des journalistes, souvent, c'est de se mettre un peu dans la tête des politiques et d'essayer de savoir ce que pensent les uns les autres. Emmanuel Macron, il a une personnalité très... Il n'est pas foncièrement différent en public des échanges que j'ai pu avoir avec lui en privé. Mais quand il parle avec moi, il va me dire que sur l'immigration, il y en a marre, c'est trop, c'est trop, il comprend ce que vivent les Français sur l'immigration, etc.

Je suis sûr que quand il reçoit Madame Castey, qui s'est vue Reine de France et Première Ministre cet été, il lui dit que l'écologie est la cause fondamentale, qu'il faut taxer les riches, etc. Et donc il arrive, par ce qui est propre à lui, à dire tout le contraire de tout, à s'autoconvaincre lui-même d'avoir raison. Il a une qualité, j'essaie toujours d'être juste quand je fais le portrait d'un autre responsable politique, c'est qu'il a un côté inépuisable.

Je l'ai vu dans les rencontres de Saint-Denis, où vous êtes pendant 12 heures avec lui à discuter, il discute avec les chefs de partis, vous le poussez dans ses retranchements à 2 ou 3 heures du matin, il va maîtriser le chiffre, vous allez l'interroger au millimètre près. Mais est-ce que ça suffit pour comprendre ce que vivent les Français et prendre les bonnes décisions ? Je ne le crois pas. L'un de mes livres préférés, c'est « Le fil de l'épée » du général de Gaulle, dans lequel il dresse notamment le portrait de ce que pourrait être un bon chef, et en l'occurrence un chef des armées. Et il dit que les deux qualités essentielles du chef sont à la fois l'esprit et l'instinct.

Et je pense qu'Emmanuel Macron manque de ces deux qualités qui sont essentielles. L'autorité de protéger les Français, la capacité à défendre la souveraineté du pays, à défendre l'autorité de l'État, et l'instinct de pouvoir ressentir ce qu'ont les Français au fond du cœur, de pouvoir ressentir leurs souffrances et d'être capable de se mettre à la place des familles françaises. Et je suis convaincu que quand il voit le mouvement des Gilets jaunes à la fin de l'année 2018, il découvre des gens qui gagnent 1500 euros par mois. Ça c'est une France qu'il découvre.

Et au fond, on a le sentiment qu'il est en France sans être de France, sans être attaché charnellement à ce que vit le peuple français. Et ça, ça m'a beaucoup frappé quand j'ai eu l'occasion de m'entretenir avec lui. C'est toujours respectueux. C'est quelqu'un qui est évidemment républicain et respectueux dans sa manière mais je pense qu'il est passé à côté de sa présidence.

35:32
Présentateur

Est-ce que ça marque la vie d'un jeune homme politique que d'avoir un tête-à-tête avec Emmanuel Macron à l'Élysée ?

35:38
Jordan Bardella

Je crois que tout journaliste aimerait se retrouver pendant 12 heures avec le président de la République pour dialoguer de la vie des Français et pour dialoguer de l'avenir du pays. Moi, ce qui a été à titre personnel assez marquant, c'est que quand il rassemble les chefs de parti après les émeutes et l'affaire Nael qui a profondément bousculé la cohésion nationale et mis en lumière les ravages de la politique d'immigration et l'incapacité de l'État depuis 30 ans à assimiler des populations qui sont incontestablement d'ici mais dont le cœur et l'âme est ailleurs et qui vit non pas à côté de la République mais parfois contre nous, contre la France et qui se sent parfois étrange.

Et elle-même, extérieure à la communauté nationale quand il réunit les chefs de parti on est convoqué à Saint-Denis à la Légion d'honneur et j'ai ressenti un petit truc en recevant l'invitation parce que la Légion d'honneur c'est là où j'ai passé mon baccalauréat et je vais donc, à la fin du mois d'août 2023 comme président du Rassemblement National quelques semaines après les émeutes les chefs de parti sont donc réunis franchir les portes de la Légion d'honneur et je regarde ce Porsche et je me dis la dernière fois que j'ai franchi ces portes de la Légion d'honneur c'était il y a 10 ans pour passer mon baccalauréat et si il y a 10 ans on m'avait dit tu reviendras là dans 10 ans pour rencontrer le président de la République, sans doute je n'y aurais pas cru et donc il y avait une dimension à la fois assez personnelle et assez sentimentale dans cet exercice aussi.

37:10
Présentateur

On passe au mois de septembre, c'est la rentrée politique c'est bientôt la sortie de votre livre et c'est aussi le début du procès des affaires parlementaires du Front National de l'époque est-ce que c'est un épisode douloureux ? C'est pas un épisode douloureux

37:24
Jordan Bardella

parce que quand vous êtes de la politique vous pouvez traverser les tempêtes et la politique c'est devenu un chemin de croix je fais le parallèle l'autre jour avec quelqu'un qui ne fait pas de politique et un ami qui me disait mais est-ce que c'est pas trop dur parfois t'en as pas marre etc en fait la politique c'est l'épreuve des poteaux sur Koh Lanta, c'est-à-dire qu'on est tous sur des poteaux on nous dégomme les uns après les autres et en fait celui qui gagne au fond et celui qui restera à la fin c'est le plus acharné, celui qui sera capable de tenir, de résister au coup et donc quand vous faites de la politique sur le temps long être politique, avoir un sens politique ça suffit pas, il faut aussi être capable d'avoir la solidité pour affronter les tempêtes pour affronter la virulence du monde médiatique pour affronter les attaques pour assumer les succès mais aussi parfois réparer les défaites et parfois il y a ce calendrier ce calendrier judiciaire auquel vous pouvez être confronté aussi comme tout citoyen quand vous faites de la politique avec le prisme du du procès que moi j'estimais être un procès politique parce que dans cette affaire des assistants parlementaires de l'Europe dont on parle depuis 10 ans les premiers greffes remontent à l'année 2004 depuis plus de 20 ans on reproche en fait à des députés européens d'avoir des assistants parlementaires qui font aussi de la politique donc je veux dire dans cette affaire il n'y a pas d'enrichissement personnel il n'y a pas d'emploi fictif il y a un désaccord administratif sur le travail sur ce que font les assistants parlementaires est-ce que ça permet de dire qu'une candidate à l'élection présidentielle va devoir priver la possibilité de manière avec une exécution provisoire dans la réquisition d'inéligibilité l'empêchant de mener à bien son mandat et potentiellement de se présenter à un nouveau mandat oui on a le sentiment que c'est politique quand vous êtes confronté à des juges qui appartiennent au syndicat de la magistrature qui placardent votre tête sur ce qu'ils ont appelé le mur des cons dans l'équivalent de la salle des profs pour les magistrats ou quand vous avez des procureurs qui viennent dire en fait je ne peux pas demander de la relâche sur ce dossier parce que je n'ai rien mais ça me ferait trop mal vous n'êtes pas très rassuré

39:32
Présentateur

sur le mois de novembre on va évidemment parler de la censure du gouvernement du gouvernement Michel Barnier ce qu'il faut retenir de cet épisode c'est que le rassemblement national a le droit de vie ou de mort sur les différents gouvernements

39:44
Jordan Bardella

qui vont succéder on n'a pas le droit de vie ou de mort on a le droit de censure parce qu'on a le premier groupe à l'assemblée nationale parce que les français l'ont décidé et que au sortir de ces élections législatives on a tout fait non seulement pour m'empêcher d'obtenir les 289 sièges et pour potentiellement nous mettre en situation de former un gouvernement on a fait ça au profit d'alliances complètement baroque et contre nature et j'avais dit pendant le second tour des élections législatives si vous faites ça vous allez peut-être m'empêcher et nous empêcher d'avoir 289 sièges mais vous allez plonger le pays dans une situation d'incertitude majeure parce qu'on est les seuls en ayant fait 24% de niveau au premier tour à pouvoir obtenir une majorité au second donc si vous m'empêchez d'avoir cette majorité au second vous allez plonger le pays dans le désordre institutionnel pendant au moins un an ils ont fait le choix de ces accords de second tour et ils ont fait le choix de priver le pays d'une majorité donc au sortir des élections législatives il ne peut y avoir qu'un gouvernement qui n'a pas de légitimité démocratique qui n'a pas de majorité à l'assemblée et qui doit donc dialoguer avec l'ensemble des formations politiques à partir du moment où le président de la république nomme un premier ministre qui travaille et qui dialogue avec toutes les formations politiques aucun problème quand le président de la république, Michel Barnier qui reçoit tous les partis politiques sauf nous qui met en oeuvre un budget qui est pire que celui qui avait été mis en oeuvre par les macronistes l'année dernière il fallait quand même le faire avec 40 milliards d'euros de prélèvements obligatoires en plus 20 milliards d'euros de punitions fiscales en plus pour les entreprises le déremboursement des médicaments la désindexation au 1er janvier des pensions de retraite l'alourdissement du malus automobile les taxes et le retour des socialistes au pouvoir sur les bouteilles d'eau c'est pas possible en fait pas dans le contexte actuel pas dans les difficultés que rencontrent aujourd'hui nos entreprises pas dans les difficultés de nos compatriotes à boucler les fins de noix c'est juste pas possible ils ont fait le choix alors que nous avons le 1er groupe à l'assemblée nationale d'ignorer totalement les propositions que nous avions formulées les amendements que nous avions déposés quand on dit déposer des amendements faire une proposition à l'assemblée nationale c'est pas le parti qui soumet quelque chose c'est les français qui ont voté pour qu'on expulse les délinquants et criminels étrangers pour qu'on décrète la paix fiscale dans notre pays pour qu'on alourdisse le fardeau des normes pour qu'on rétablisse des peines planchers on est le parti politique indépendamment du nombre de sièges pour lequel les français ont le plus voté en 2024 donc il faut qu'on ait un gouvernement qui soit capable le temps d'un retour à la normale sur le plan de la légitimité institutionnelle c'est à dire de réapparition d'une nouvelle majorité sociale d'avoir quelqu'un qui travaille avec l'ensemble des formations politiques

42:28
Présentateur

et Michel Barnier a franchi ces lignes rouges et dans ce sens François Bayrou est plutôt un message de dialogue avec Marine Le Pen ?

42:34
Jordan Bardella

écoutez on verra François Bayrou il a fait le choix de nous recevoir avec Marine en premier en respectant l'ordre l'importance numérique des groupes à l'assemblée nationale donc nous avons été reçus en premier lundi dernier à Matignon maintenant on verra sur le long terme encore une fois si François Bayrou poursuit la politique d'Emmanuel Macron alors il tombera et s'il est un homme de rupture alors il permettra à ce gouvernement dialoguant avec les forces d'opposition présentes au parlement démocratiquement choisis par les français de tenir sur le long terme

43:08
Présentateur

en tout cas sur le moyen terme ma dernière question comme je le disais elle concerne la réouverture de Notre-Dame alors vous en avez un petit peu parlé tout à l'heure mais cet événement plus la venue du pape en Corse clôture cette année 2024 en France il y a une phrase que vous aimez bien citer c'est celle de l'acteur Jean Dujardin quand il dit dans ce pays c'est qu'il ne s'aime plus est-ce que sur ces deux épisodes la France s'est aimée ?

43:28
Jordan Bardella

en tout cas on a apprécié le fait d'être français et moi j'aime les peuples qui ont de la mémoire et je n'aime pas la négation de nos racines de nos racines chrétiennes la négation de soi-même la négation de ce qu'on a été la négation de notre histoire, de nos grands héros notamment dans les manuels scolaires cette politique de l'oubli et je suis profondément moi français, européen fier de mon histoire de cette histoire nationale fier de nos héros, fier de nos traditions fier de notre culture fier aussi de notre patrimoine et je dis dans le livre je raconte le moment où Notre-Dame s'est embrasée il y a 5 ans on était en meeting avec Marine on rentrait d'un meeting et on voit les flammes cette incendie terrible ravager Notre-Dame et pendant très longtemps on nous a demandé nous responsables politiques c'est quoi pour vous être français ?

et j'ai répondu et français celui qui a eu le coeur qui saigne en regardant brûler Notre-Dame on peut pas être indifférent à ce qui se passe à Notre-Dame parce que Notre-Dame c'est une part de nous même c'est évidemment l'héritage sur le plan architectural de l'oeuvre de Sully mais plus largement de nos racines chrétiennes et quand on voit les décennies qu'il a fallu pour construire Notre-Dame on se dit qu'il fallait vraiment avoir la foi pour se dire que l'oeuvre à laquelle on était en train de contribuer serait regardée par nos enfants et nos petits-enfants et peut-être pas par soi-même André Malraux a dit une société qui ne croit plus en rien cesse d'exister et je pense que l'un des problèmes de notre société c'est qu'on cherche à faire fi de tout sens commun de tout projet collectif donc oui la France doit réapprendre à s'aimer oui on doit réapprendre à être fier de nos valeurs et être la France encore plus belle encore plus grande encore plus forte il faut savoir d'où on vient et c'est à cette seule condition que cela peut éclairer où l'on va

45:37
Locuteur

Merci à vous

Jordan BARDELLA retrace les moments FORTS de 2024 - Grand Entretien — Jordan Bardella · Pourquijevote