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Discours / meetingÉlysée (sur YouTube)· 21 janvier 2021 39 minAutoproduitFond programmatiqueNumériqueÉconomie & entreprisesInstitutions & électionsEurope & international

Présentation de la stratégie nationale sur les technologies quantiques | Emmanuel Macron

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Chapitres

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Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 7:00Emmanuel MacronChiffre
    « L'université de Paris-Saclay regroupe près de 13% de la recherche française. »
  • 7:15Emmanuel MacronChiffre
    « Elle s'est hissée au 14e rang du classement de Shanghai, a gravi la toute première marche du podium en mathématiques. »
  • 7:30Emmanuel MacronChiffre
    « La France occupe désormais la 3e place mondiale des nations les plus performantes et compte 5 établissements parmi les 100 premiers. »
  • 17:00Emmanuel MacronFait
    « Nous avons la capacité d'être les meilleurs ou parmi les tout meilleurs, au moment où nous nous parlons. »
  • 18:00Emmanuel MacronFait
    « Nous nous sommes dotés des 1ers outils, il va nous falloir maintenant accélérer. Et aujourd'hui, je suis surtout venu vous apporter en quelque sorte la preuve concrète de ces engagements, l'une des déclinaisons en ce qui est, si je puis dire, une série d'innovations qui sont un peu matricielles pour l'ensemble de la recherche française à travers le sujet des technologies quantiques. »
  • 19:00Emmanuel MacronFait
    « Cette stratégie repose sur 2 piliers principaux. Le 1er, c'est un programme de développement technologique global et intégré, allant de la recherche fondamentale jusqu'à l'industrialisation. »
  • 20:00Emmanuel MacronPromesse
    « La France pourrait devenir le 1er Etat à disposer d'un prototype complet d'ordinateur quantique généraliste. »
  • 21:00Emmanuel MacronChiffre
    « Nous y investirons plus de 400 millions d'euros. »
  • 22:00Emmanuel MacronChiffre
    « 150 millions d'euros seront consacrés à la cryptographie post-quantique. »
  • 23:00Emmanuel MacronChiffre
    « 325 millions d'euros iront aux communications quantiques basées sur la maîtrise d'états intriqués à distance. »
  • 26:00Emmanuel MacronChiffre
    « 150 millions d'euros sont prévus pour un programme prioritaire de recherche. »
  • 27:00Emmanuel MacronChiffre
    « Un engagement public-privé de 1,8 milliard d'euros, avec près d'un milliard d'euros venant directement de l'Etat. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

... -E.

Macron : Bonjour ou rebonjour. Mesdames, messieurs les ministres, mesdames, messieurs les parlementaires, M. le président du Conseil départemental, messieurs les maires, monsieur le vice-président, mesdames messieurs les élus, mesdames, messieurs les présidents d'université, d'école, mesdames, messieurs les dirigeants d'organisme de recherche, mesdames, messieurs les dirigeants d'entreprise, mesdames, messieurs les chercheurs, entrepreneurs et industriels, mesdames, messieurs, chers amis, je suis très heureux d'être parmi vous aujourd'hui, très heureux parce que nous sommes dans une période qui n'a échappé à personne où la dictature du quotidien est réelle, néanmoins il ne faut pas dans ces moments-là cesser de continuer à regarder notre avenir et à le préparer.

Et c'est ce que, très concrètement, vous faites, non seulement dans ce formidable centre, et félicitations, vraiment, je suis très heureux d'avoir été avec vous et de m'adresser à vous ici depuis le C2N, mais ce que vous faites aussi dans vos laboratoires de recherche, vos universités, vos organismes tout au long de l'année. Je pense qu'il nous faut absolument toutes et tous, étudiants, chercheurs, entrepreneurs, acteurs du public comme du privé, continuer à garder ce cap qui est celui de préparer notre avenir. Alors, je n'aurai pas l'outrecuidance d'essayer de vous présenter en détail une stratégie quantique.

D'abord parce que je ne vois que des visages qui connaissent ou comprennent mieux les choses et ont essayé, certains depuis des mois, d'autres depuis des jours, de m'expliquer tout cela. Il y a ici des praticiens au quotidien sur un sujet terriblement compliqué. Néanmoins, je veux ici partager quelques convictions avec vous de là où je suis, et essayer d'accompagner l'effort collectif.

Et je pense que c'est ça notre rôle. La première chose, c'est que les stratégies et les ambitions que nous portons, elles s'inscrivent dans des lieux, et ce n'est pas un hasard si nous le faisons ici, depuis Saclay, sur le plateau. Je vais avoir un mot avant de rentrer dans notre stratégie.

Si Saclay est devenu l'un des viviers mondiaux de la connaissance, c'est grâce à vous et à beaucoup d'acteurs ici : chercheurs, enseignants-chercheurs, étudiants, et l'ensemble des équipes, mais aussi toutes celles et ceux, Mme la présidente, qui acceptent de se détourner un moment de la recherche pour s'engager, il y a Eric Labaye à vos côtés, merci à vous deux vraiment pour ce travail remarquable, l'ensemble des organismes, les élus qui sont très impliqués et que je remercie sur ce plateau. Ici, je crois pouvoir dire que nous avons réussi collectivement. Nous sommes en train de réussir quelque chose d'unique.

Et je remercie l'ensemble des services de l'Etat aussi sur le territoire, M. le préfet, sous votre houlette, qui accompagnent chaque jour l'ensemble des développements du plateau. En effet, il faut se souvenir du temps long, je le disais, et d'un lancement à l'époque où il n'y avait ici, Mme la ministre, quasiment que des champs.

Les progrès sont immenses et je me souviens plus modestement de là où nous étions aussi il y a un peu plus de 3 ans, quand à l'automne 2017, j'étais venu m'adresser à vous, et au fond nous avions ensemble pris quelques options, fait des choix, décidé de structurer autour de 2 grands ensembles universitaires, le site, l'université Paris-Saclay, l'Institut polytechnique de Paris. Et au fond, on a fait collectivement sur Saclay un choix qui, je crois, était un choix de confiance, de coopération et de pragmatisme, qui était de dire : "On arrête les divisions, on croit à l'effet en quelque sorte de coopération sur un site." Mais on n'essaie pas non plus de tout agréger ou d'avoir l'esprit de perfection qui, parfois, nie les cultures, mais on va croire dans la capacité de tous les acteurs à coopérer.

Et je vous le dis, c'est ce que vous avez fait d'une manière remarquable. Je faisais le point hier sur les avancées. Elles sont réelles et c'est le fruit de votre travail.

Vraiment je vous en remercie infiniment. Aujourd'hui, les 1ers objectifs sont atteints parce que on ne va pas dire que tout est atteint, y a encore énormément collectivement à faire, mais l'université de Paris-Saclay regroupe près de 13% de la recherche française. Elle s'est hissée au 14e rang du classement de Shanghai, a gravi la toute première marche du podium en mathématiques.

C'est 275 laboratoires avec nos organismes de recherche et un esprit justement d'ouverture, 48 000 étudiants, 9 000 enseignants-chercheurs, j'en passe et j'en passe. Et l'innovation organisationnelle depuis le début de l'année 2020, qui a permis véritablement d'avoir ces résultats. La France occupe désormais la 3e place mondiale des nations les plus performantes et compte 5 établissements parmi les 100 premiers.

Ce sont des résultats qui reflètent une tradition universitaire française d'excellence, qui ne s'est jamais démentie. Mais au fond, ce que vous avez fait collectivement ici, c'est créer plus de synergie, réussir à aller plus loin en termes de l'interdisciplinarité, et aussi donner de la visibilité dans un monde où ça compte tant, pour attirer les talents ou les garder. Et l'Institut polytechnique de Paris incarne aussi le meilleur de notre tradition d'ingénierie française et peut s'enorgueillir, on l'évoquait hier encore, d'excellents classements, une formidable vitalité en termes de création de startups.

D'excellence aussi, parce que je crois pouvoir dire que la stratégie de coopération que vous avez adoptée, vous avez montré que l'ingénieur et le PhD doctorant et le post-doc ne sont pas antinomiques, et nous avons, je crois, consolidé ici également le meilleur de ce que la France s'est formée et consolidée en termes d'ingénieurs, les développements scientifiques qui vont avec et la capacité entrepreneuriale qui est la nôtre, avec, je le disais, de formidables capacités à créer des startups et les nombreux instituts dans des domaines très variés, que vous avez su développer avec beaucoup d'agilité. Et donc pour moi, Saclay est véritablement l'illustration de ce que nous pouvons collectivement réussir à faire quand nous y mettons les moyens, quand nous y attirons les meilleurs et quand les meilleurs décident de coopérer ensemble en s'affranchissant de toute logique d'ego. Saclay, c'est le fruit d'un engagement très fort, je le disais, de collectivités territoriales, d'un investissement de près de 2 milliards d'euros depuis plus de 10 ans de l'Etat et d'une dotation en capital définitivement acquise de près d'un milliard d'euros pour l'université Paris-Saclay.

C'est l'implication de l'Etablissement public d'aménagement Paris-Saclay qui a accompagné le développement du site, créé de nouveaux quartiers, veillé au réseau de mobilité. Alors, nous savons tous les défauts encore qui restent collectivement à traiter. On doit continuer à améliorer en particulier la connexion, et je sais combien vous y êtes attachés.

Je parle à nos élus. La modernisation du RER B, l'arrivée de la ligne 18 du Grand Paris Express pour 2026, une ligne automatique qui reliera le plateau de Saclay à Versailles d'un côté, à l'aéroport d'Orly de l'autre, en correspondance avec le RER B à Massy-Palaiseau. Et le sujet des gares sera réglé avec beaucoup de pragmatisme une fois encore, pour que nous puissions être au rendez-vous de cette excellence.

Et quand je vois le chemin fait depuis 3 ans, je suis extraordinairement confiant sur ce que nous pouvons faire et continuer d'accélérer. Et donc merci infiniment pour cela parce que c'est vous qui l'avez fait. Deuxième message avant de rentrer dans la stratégie quantique que je voulais livrer de manière très rapide, c'est de vous dire combien je considère plus encore dans les moments que notre nation vit, mais que la recherche est un élément capital de notre nation pour aujourd'hui et pour demain.

D'abord parce que je crois justement à l'ambition d'un pays. Quand je dis d'une nation, c'est typique de la vision que je défends, c'est-à-dire d'une nation ouverte. La recherche n'existe que dans un monde ouvert où on coopère avec une communauté qui est toujours internationale.

Mais la capacité qu'ont des Etats à financer justement des stratégies ambitieuses, à financer une ambition de recherche, est décisive dans une stratégie, une approche de partenariat là aussi public-privé pour bâtir un destin et un avenir sur notre territoire. C'est ce que nous avons fait, j'y reviendrai, c'est ce en quoi nous croyons avec la loi de programmation pluriannuelle pour la recherche, et je remercie les ministres et les parlementaires qui s'y sont beaucoup engagés, et l'ensemble des acteurs du monde de la recherche ici présents qui la déploient. Mais nous avons plus encore besoin de notre recherche.

Pourquoi ? Nos défis mondiaux nous le montrent. La pandémie de la Covid-19 nous a rappelé la nécessité d'une recherche, et n'ayons jamais l'obsession de la recherche la plus appliquée et la plus perceptible dans ces moments-là, de ce continuum, de ce dialogue permanent, entre, en effet, la recherche technologique, la recherche fondamentale, et de la capacité en tout cas, sur tous les défis mondiaux qui sont les nôtres, climatique, sanitaire, l'intelligence artificielle ou quantique comme la nôtre, de continuer à investir, à développer.

Deuxièmement, on a besoin de continuer à être les meilleurs sur toutes les stratégies de recherche de pointe. De continuer parfois à se tromper, à tâtonner, mais à investir massivement dans les ambitions qui peuvent être les nôtres et que portent plusieurs des grands chercheurs ici présents et de leurs équipes. Et surtout je pense qu'il n'y a pas de pays libre sans une maîtrise réelle de sa capacité à produire de la recherche fondamentale libre, ouverte, à continuer, justement, à la financer de manière libre et ouverte, et aussi à continuer à maîtriser les technologies stratégiques qui façonneront son avenir.

Et je pense que ça relève aussi d'une vraie souveraineté française et européenne, d'avoir cette ambition de recherche absolument décisive. Et la stratégie quantique a, à cet égard, une importance capitale. En effet, comme l'intelligence artificielle, la microélectronique, les technologies de la santé, de l'énergie ou du spatial, les technologies quantiques font partie de ces quelques clés du futur que la France doit absolument avoir en main.

Et je crois pouvoir dire que nous avons les capacités au moment où nous nous parlons, et il n'y a pas là de, si je puis dire, une forme de vision irénique ou de naïveté quelconque. Mais nous avons la capacité d'être les meilleurs ou parmi les tout meilleurs, au moment où nous nous parlons. Ce n'est pas vrai dans tous les domaines, on le sait très bien, mais là on peut le faire si on s'en donne les moyens, nous, français et européens.

Nous savons la compétition chinoise, américaine, mais compte tenu des disciplines qui sont clés dans le quantique, compte tenu de ce qui a déjà été fait par notre communauté scientifique, compte tenu de l'implication de nos acteurs de recherche fondamentale et des industriels, nous avons des recettes aujourd'hui pour réussir et être parmi les tous meilleurs dans cette bataille. La physique quantique nous a déjà donné, surtout depuis le milieu du 20e siècle, des applications dont, évidemment, on ne peut plus se passer de nos jours : le transistor, les lasers, le GPS, les LED, ce qui structure l'Internet même et l'informatique. Mais nous savons que nous sommes au coeur aujourd'hui d'une 2e révolution où tout s'accélère et, au fond, des problèmes-clés pour nous pourrons se résoudre à travers le quantique, où le calcul quantique permettra de résoudre des problèmes insolubles avec l'informatique classique, on l'évoquait il y a quelques instants avec les équipes de Pascal, où les temps de calcul seront formidablement réduits, les capteurs quantiques permettront une navigation sans GPS et il y a aussi tout ce qu'on ne peut pas imaginer, qui sera transformé par les innovations qui seront ainsi conduites.

Ces technologies pourraient radicalement changer la donne dans notre lutte aussi contre le réchauffement climatique, dans le développement durable de la production agricole, et donc avec une série d'applications concrètes complètement inestimables. De même à l'heure, où les supercalculateurs du monde entier sont mobilisés pour rechercher des traitements pour lutter contre le coronavirus, les ordinateurs quantiques pourraient devenir dans le futur l'une des armes les plus puissantes jamais conçues contre les crises sanitaires. L'industrie bénéficiera par ce truchement d'outils de simulation, d'optimisation, totalement inédits.

Et je n'évoque même pas là toutes les implications et les applications dans le domaine de la sécurité, de la défense pour qui nos sous-marins nucléaires, qui nos luttes en matière de cybersécurité. Ces défis sont immenses et je sais qu'ils occupent votre quotidien, et parfois même ce que vous découvrez ou ce que vous contribuez à découvrir chaque jour produira peut-être dans quelques mois, parfois dans quelques années certaines de ces applications et celles que nous n'arrivons pas à imaginer. Alors nos atouts sont nombreux et je veux ici les rappeler.

Notre histoire évidemment, et la science se construit sur les épaules de géants et de leurs équipes. Je ne les citerai pas tous, mais je pense aux recherches fondamentales de l'équipe d'Alain Aspect, avec qui nous étions hier soir encore, et beaucoup d'ailleurs, plusieurs m'ont dit : "On est ses enfants ou ses petits-enfants tous ici", à leurs travaux sur l'intrication qui ont ouvert la voie de la maîtrise et de l'exploitation de cette propriété des objets quantiques, aux découvertes de l'équipe d'Albert Fert en spintronique, de l'équipe de Serge Haroche en optique quantique, aux travaux des équipes de Vincent Bouchiat et Daniel Estève qui ont contribué à la création des 1ers qubits supraconducteurs, etc. Et à travers ces grands noms que je veux ici rappeler et que je salue, et dont je reconnais certains visages, même derrière les masques.

Et je veux vraiment saluer toutes les équipes de chercheurs, de doctorants, de post-doctorants, d'enseignants-chercheurs parce que ce sont des collectifs humains à chaque fois et c'est aussi votre capacité collective à garder tous ces trésors d'intelligence avec beaucoup de soin. Et donc merci, toutes et tous, de faire vivre tout cela à travers le temps. Ca, nous l'avons et on doit absolument le consolider.

Ensuite, c'est la qualité de nos formations. Et là aussi, on va continuer d'y investir qui est un atout. Nous formons des femmes et des hommes de talent qui font vivre notre système de recherche et d'innovation quantique.

Un peu partout en France, ici à Saclay, au C2N évidemment, à l'Institut d'optique, à Thales, je pense aussi à Grenoble, à l'Institut Néel, avec les équipes mixtes entre le CEA, le CNRS et l'université de Grenoble qui porte des projets dans le domaine du calcul quantique en s'appuyant sur les technologies de semi-conducteurs de l'industrie microélectronique, là aussi, il y a des effets de cluster, on le sait, et à toutes les équipes qui sont impliquées sur ces sujets. Troisième point, nous sommes dans la course sur plusieurs justement de ces applications : sur les simulateurs, on l'a vu tout à l'heure avec la société Atos, par exemple, dont la plateforme de simulation a déjà permis dès 2016 de transformer les développeurs informatiques à des langages et des algorithmes radicalement nouveaux. On est très bien positionnés sur la cryptographie post-quantique et les appels à projets américains le prouvent : un quart d'entre eux implique l'INRIA.

Et surtout, nous avons un écosystème de startups en cours de structuration grâce à l'appui de Bpifrance, qui bénéficie aussi du 1er fonds d'investissement en Europe dédié au quantique, le fonds Quantonation, on l'a vu tout à l'heure, et la France compte déjà une vingtaine de startups. Quandela, Pasqal, CryptoNext, Very Cloud, Alice & Bob, etc. Et donc j'étais fier et heureux de revoir plusieurs anciens doctorants ou chercheurs ici même qui se sont lancés, et qui ont contribué à monter ces entreprises prometteuses.

Mais nous avons cet écosystème qui, si j'ai bien compris, est quand même le coeur de notre capacité à réussir, capacité à continuer à avoir les meilleures équipes de recherche fondamentale et technologique, à avoir des laboratoires universitaires et de nos organismes de recherche, ces startups et ces grands groupes qui travaillent tous ensemble et, justement, font pousser les innovations. Et puis nous avons les fleurons mondiaux de l'industrie qui, demain, utiliseront ces technologies, Total, EDF et plusieurs autres, et qui sont impliqués dans cette recherche parce qu'ils en seront les utilisateurs, comme l'Etat d'ailleurs le sera et commence à l'être sur beaucoup de ses capacités civiles ou militaires. Alors on a aussi des faiblesses et il faut les regarder en face et nous devons remonter la barre sur celles-ci.

Le premier, on le sait, c'est structurel, c'est la fragilité qu'on a sur l'attractivité de carrières scientifiques, notamment pour les jeunes. A 33 ou 34 ans, après plus de 10 ans d'études, est-ce qu'il est encore acceptable d'être payé à 1,4 SMIC ? J'y reviendrai, mais c'est d'ailleurs grâce à la stratégie que nous avons pu endiguer, et la LPPR va mettre fin à ce système, mais elle dépend de notre capacité collective à faire vivre les instruments que nous avons créés, et à changer la logique dans laquelle nous nous étions enfermés.

Et si je le disais en termes très politiquement incorrects, nous avions un peu choisi le sujet, enfin une stratégie, qui était le statut mal payé, et il faut rentrer dans une logique beaucoup plus large où il faut garder des "carrières longues", protégées, qui acceptent une recherche fondamentale et qui ne doit pas être, si je puis dire, soumise à des aléas et à des projets de recherche trop courts. Mais il faut aussi accepter d'avoir des CDI "environnés", comme on dit dans le jargon, et donc beaucoup mieux rémunérés, plus vite, faire confiance plutôt, être plus attractifs pour certaines carrières, décider d'investir davantage dans les équipes et les équipements, d'avoir davantage de rendez-vous d'évaluation au cours de la carrière, qui permettent, justement, de rentrer dans cette compétition internationale. Et il faut faire de ce qu'étaient les caractéristiques du modèle français une chance, mais en quelque sorte en l'hybridant, si je puis dire, et en tirant ce qu'il y a aussi de meilleur pour leur rajouter des modèles étrangers.

Mais il nous faut aller vite sur cette bataille parce que si nous la perdons, si nous tardons, le risque, c'est de perdre des talents qui iront vers d'autres écosystèmes. Ensuite, nos financements pour vos projets, quels qu'en soient les domaines, sont trop faibles encore, avec par exemple des taux de succès à peine supérieurs à 10% pour l'ANR. Et contrairement à ce que j'entends parfois, notre recherche ne souffre pas d'un excès d'appels à projet, elle souffre d'un défaut de financement généralisé, elle souffre du fait que même quand il y a des appels à projet, il n'y a pas assez de financements compte tenu de ce qu'on demande pour un appel à projets.

Mais on se tromperait de dire : "On va mettre fin aux appels à projets complètement." Il vaut mieux les choisir en simplifier l'administratif, mais beaucoup mieux les financer et donner plus de visibilité. Enfin, je le sais, car vous m'interpellez très souvent dessus, la complexité de notre système actuel aliène nos meilleurs chercheurs en leur imposant, je l'évoquais à mots choisis, une charge administrative difficilement soutenable.

Les outils juridiques sont là, et je sais que la mise en place de contrats qui sont parfois permis pourtant depuis des lois qui, aujourd'hui, datent, qu'elles soient dites Allègre ou Pacte, prend encore parfois plusieurs mois avec des découragements, des abandons, et donc je souhaite qu'on puisse aller plus loin, là aussi, dans la simplification de ce système. Pour y répondre, il y a d'abord la stratégie d'ensemble que nous avons mise en place pour la recherche avec un socle, qui est la loi pour la recherche, que j'évoquais. Nous devions à la recherche française une loi qui restaure la confiance entre la nation et ses chercheurs.

Celle-ci repose sur une trajectoire d'investissement, 25 milliards d'euros sur 10 ans, gravée dans le marbre, ce qui permet ainsi d'avoir ce plus 5 milliards à horizon 2030, ce qui est pour moi une 1re étape. Est-ce qu'on peut dire que c'est pour solde de tout compte sur la décennie qui vient ? A coup sûr, non.

Faut continuer à nous adapter, mais ça doit être ce socle minimum qui commence un peu à nous aider à rattraper des manques que nous avions. C'est aussi une grande responsabilité donnée aux organismes de recherche ici présents, aux universités. Ensuite, on a France Relance et le programme d'investissements d'avenir, qui ajoute plus de 6 milliards d'euros pour la recherche et l'innovation dans les 2 ans, et qui est une espèce d'accélérateur à cette stratégie en ouvrant des perspectives sur les années qui viennent, et en particulier les 2 à 5 ans.

Ces éléments s'inscrivent dans des temporalités différentes. Une stratégie recherche à 10 ans, PIA à 5 ans, et France Relance sur les 2 années, mais qui est clairement notre volonté d'accélérer très vite pour rattraper parfois certains retards pour prendre de l'avance sur certains autres, mais tout en accélérant de donner de la visibilité sur le plan décennal parce que les acteurs en ont besoin. Nos grandes priorités dans le cadre de cette stratégie, c'est de répondre aux quelques défauts que j'évoquais : revaloriser les salaires des métiers de la recherche, sécuriser l'entrée dans la carrière des jeunes chercheurs, attirer les meilleurs talents, rehausser les taux de succès de l'ANR, poursuivre le soutien aux initiatives d'excellence, financer massivement quelques filières et technologies stratégiques et le faire en sortant là aussi comme on a su le faire sur Saclay, c'est pour ça que j'évoquais tout à l'heure cet exemple en sortant de nos divisions habituelles.

C'est pas parce qu'on fait ces choix qu'on abandonne la recherche fondamentale. C'est pas parce qu'on décide de faire quelques paris et quelques choix très profonds qu'on doit abandonner la recherche sur le temps long, ou le statut de chercheur et d'enseignant-chercheur. Simplement, on le complète, et on crée aussi des voies d'ouverture.

Et je pense qu'on a besoin de ces souplesses, de ces ouvertures et de ces stratégies de coopération. C'est cet esprit que je veux porter, cette ambition que nous voulons mener. Nous nous sommes dotés des 1ers outils, il va nous falloir maintenant accélérer.

Et aujourd'hui, je suis surtout venu vous apporter en quelque sorte la preuve concrète de ces engagements, l'une des déclinaisons en ce qui est, si je puis dire, une série d'innovations qui sont un peu matricielles pour l'ensemble de la recherche française à travers le sujet des technologies quantiques, qui illustrent bien notre détermination à construire la France de 2030, voire celle de 2050. J'ai demandé au gouvernement avec l'ensemble des acteurs, et je vous en remercie une fois encore, ô combien, d'élaborer une stratégie ambitieuse capable de donner à la France un leadership scientifique et industriel dans ces technologies quantiques, et je vous remercie vraiment tous pour le travail fourni via les rapports, par les administrations, la DGE, la DGRI, la DGA, et par l'ensemble des acteurs de l'écosystème, que j'ai évoqués à plusieurs reprises, d'avoir bâti cette stratégie. Ce que je suis venu faire ici avec vous tous, c'est en quelque sorte de l'endosser, de marquer à la fois l'approbation et l'engagement de la nation tout entière, derrière ce travail qui est le vôtre et que vous avez produit.

Cette stratégie repose sur 2 piliers principaux. Le 1er, c'est un programme de développement technologique global et intégré, allant de la recherche fondamentale jusqu'à l'industrialisation, à l'image des grands projets technologiques à long terme de l'aéronautique, de l'espace, de la physique des hautes énergies. Le second, c'est le renforcement de l'écosystème d'innovation français dans son environnement européen, notamment en développant le capital humain en recrutant, en formant, en attirant les meilleurs aussi bien au niveau de la recherche publique que de l'industrie.

Il ne s'agit pas de faire de l'Etat un maître d'oeuvre décisionnaire des moindres détails, au contraire, il s'agit de vous donner les moyens, à vous, chercheurs, entrepreneurs, industriels, de donner le meilleur de vous-mêmes et de vous aider à accélérer, et en particulier de consolider cette logique d'écosystème qui permet les va-et-vient entre le fondamental et le technologique, entre le laboratoire de recherche, le grand groupe et les startups, et les ETI qui sont en train de se développer. De jouer sur toutes les complémentarités qui existent dans ce continuum, et je le dis aussi très clairement, le document détaillé qui est publié aujourd'hui d'ailleurs le montre très bien sans faire aujourd'hui aucun choix d'une technologie quantique-clé, mais en décidant et en assumant en quelque sorte de financer l'ensemble d'entre elles parce qu'il serait trop tôt pour faire un choix définitif, je pense que ce serait un très mauvais calcul, et en quelque sorte, je le dis aussi, cette stratégie, elle n'a rien à voir avec les plans qu'on faisait jadis, mais elle a à voir avec le fait que l'Etat a quelque chose dans l'accompagnement d'un écosystème, mais un accompagnement en quelque sorte une logique d'innovation très ouverte, de tests qu'on va faire, de paris qu'on va faire, qu'on va peut-être perdre pour certains, qu'on va gagner pour d'autres. Nous ne savons pas le dire encore aujourd'hui et il faut assumer cette part d'incertitude.

Cette ambition, elle est immense, et pour y parvenir, nous devons être parmi les 1ers pays à maîtriser les technologies quantiques-clés. Pour l'ordinateur quantique, sans doute l'objet le plus risqué, nous procéderons par étapes. C'est le choix qui a été fait.

D'abord, nous devons nous acculturer à l'usage des simulateurs d'ordinateurs quantiques, développer un ordinateur hybride, notamment pour la chimie, la logistique, l'intelligence artificielle, et ce dès l'horizon 2023. Avec le grand équipement national de calcul intensif et le CEA, la France hébergera la 1re infrastructure au monde d'ordinateurs quantiques hybrides. Et nous devrons aussi enrichir notre écosystème de développeurs dans ce domaine pour anticiper les ruptures futures et pour que les futures technologies trouvent leur marché, ce seront 350 millions d'euros qui seront consacrés à cette 1re étape.

Ensuite, il nous faudra aller plus loin en développant l'ordinateur quantique universel et passer à l'échelle industrielle. La France est considérée comme l'un des rares pays capables de relever ce défi, et ce qui m'était montré tout à l'heure en confiant à cet égard, grâce précisément à l'excellence de notre recherche théorique et technologique, grâce à notre industrie microélectronique, notamment à Grenoble, et là aussi aux acquis de l'histoire qui sont les nôtres à cette sédimentation de nos laboratoires, des spin-off du CEA que j'ai évoqués à l'instant, qui ont bien grandi. La France pourrait devenir le 1er Etat à disposer d'un prototype complet d'ordinateur quantique généraliste.

Grâce à cet investissement de notre recherche publique et privée, mais aussi grâce à des partenariats industriels, comme celui récemment conclu en ce sens entre Atos et la startup Pasqal. Ce serait, évidemment, un exploit scientifique majeur, et nous y investirons plus de 400 millions d'euros. En ce qui concerne les capteurs quantiques, 250 millions d'euros d'investissement permettront de poursuivre notre soutien historique à ce domaine, en facilitant leur intégration et en nous réappropriant des chaînes de valeur en matière de capteurs qui sont impératifs pour notre souveraineté.

On a vu tout à l'heure l'excellence de la recherche entre Thales et le CNRS, un autre laboratoire d'exception sur le plateau. Mais pour réussir à complètement transformer là aussi la technologie des capteurs qui changera la vie pour notre aéronautique civile et militaire, pour nos sous-marins, pour tant et tant d'applications, des capteurs quantiques sont une transformation profonde. 150 millions d'euros seront consacrés à la cryptographie post-quantique, pour sécuriser les communications avec des protocoles résistant aux méthodes de calcul des futurs ordinateurs quantiques.

Alice & Bob, Thales, l'INRIA sont des acteurs décisifs privés et publics en ce domaine. Et là aussi, ce sont des transformations profondes pour notre sécurité nationale, pour l'avancée, justement, de notre recherche. 325 millions d'euros iront aux communications quantiques basées sur la maîtrise d'états intriqués à distance, pour développer les composants et les équipements qui permettront le transport fidèle de l'information quantique à température ambiante.

Deux réseaux de communication fibrés expérimentaux, l'un dans la région de Nice, l'autre en Ile-de-France, nous permettront de les tester, de les optimiser en conditions réelles. Les technologies habilitantes qui permettent de déployer le quantique, par exemple dans la cryogénie, ne seront pas non plus oubliées avec une enveloppe de 300 millions d'euros, et là aussi avec tout l'écosystème français, Air Liquide, par exemple, avec Cryoconcept, sera un acteur maintenant important pour sécuriser la chaîne de valeur et beaucoup d'acteurs de notre recherche et de notre industrie seront là aussi mobilisés. Enfin, la stratégie devra aussi donner un grand coup d'accélérateur aux formations en physique quantique, de la licence au doctorat.

Et je le redis très clairement l'attractivité des talents est absolument centrale dans notre stratégie. C'est pourquoi nous allons continuer à investir dans les formations massivement, le tout en insistant sur l'interdisciplinarité et en créant de nouvelles formations aussi. Cela représentera 100 bourses de thèses, 50 post-docs et 10 bourses jeunes talents en plus par an et ce pendant au moins les 5 années à venir.

Je dis bien pendant au moins les 5 années à venir. Il nous faut donner ce coup d'accélérateur. Vous l'évoquiez tout à l'heure quand on rentrait ensemble dans ce magnifique centre et vous me disiez, directeur général : "C'est là-dessus qu'on a aussi besoin pour le CNRS "quand on regarde la compétition internationale de porter l'accent." C'est un immense accélérateur pour le secteur et nous l'assumons.

Le virage est là et c'est maintenant qu'il faut le prendre, et nous l'avons compris. 150 millions d'euros sont prévus pour un programme prioritaire de recherche. Et là-dessus, je demande vraiment, présidents et directeurs généraux du CNRS, du CEA et de l'INRIA, d'en accélérer les travaux.

C'est une marque de confiance que, très clairement, nous avons en vous, qui est assumée et qui se fait en connaissance de cause et de compétence. Mais maintenant, il faut accélérer les travaux pour financer dès que possible le lancement des projets concrets dès 2021. Je dis ça parce que sans trahir de secret, quand hier, je disais quels sont nos risques, vous avez eu la franchise de dire : "On a un an de retard par rapport à la stratégie allemande." Je dis donc on va accélérer pour aller vite.

Ca commence par justement notre capacité à accélérer sur les financements concrets qui vont aller dans les laboratoires et qui est ce programme prioritaire de recherche. Un coordonnateur de la stratégie sera là pour alerter, pour être sûr que nous avons la bonne réactivité sur les projets de recherche, pour, justement, recruter et garder nos doctorants et en quelque sorte pour consolider l'écosystème que j'évoquais. Cette action de l'Etat sera complétée par le cofinancement des industriels, et je les en remercie, je veux saluer vraiment, je les ai cités plusieurs fois, mais les industriels qui sont impliqués en la matière et qui vont massivement co-investir dans cette stratégie.

Leur implication sera déterminante pour le succès. Et évidemment, tout cela sera complété aussi par des financements européens. Et je finirai là-dessus, notre devoir à tous, c'est que cette stratégie soit une stratégie pleinement européenne.

Nos partenaires ont annoncé il y a quelques mois leur stratégie en Allemagne. Il était important que nous puissions développer la stratégie française pour nos écosystèmes principaux. Et c'est celle que je présente aujourd'hui qui est le fruit de votre travail.

Mais nous devons tout de suite l'inscrire dans une dynamique européenne, qui est d'ailleurs la réalité de votre recherche, de votre activité au quotidien. Mobiliser nos partenaires européens et en 1er l'Allemagne. Un consortium est déjà sur les rails entre la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, l'Irlande et l'Autriche pour développer le 1er prototype d'ordinateur hybride, doté d'un accélérateur quantique d'au moins 100 qubits à l'horizon 2023, sur le site du très grand centre de calcul à Bruyères-le-Châtel.

Décidément, nos départements continuent d'avancer à marche forcée. Cette plateforme constituera la 1re étape vers un hub quantique européen capable d'exploiter pleinement ces nouvelles capacités de calcul. Et je crois, très profondément, que par la force de nos écosystèmes et en tout cas celui du plateau et de, si je puis dire, ses partenaires, nous avons la capacité d'être l'un des grands points de consolidation de cette stratégie européenne qu'on va maintenant pousser.

La France fera tout pour favoriser les collaborations européennes autour de l'ordinateur quantique universel, et tout l'enjeu est de faire de l'Europe le centre de gravité majeur des technologies quantiques. En triplant notre effort financier annuel, nous rejoignons d'ores et déjà le trio de tête des nations quantiques. Et avec l'investissement que nous décidons aujourd'hui collectivement, c'est-à-dire un engagement public-privé de 1,8 milliard d'euros, avec près d'un milliard d'euros venant directement de l'Etat.

Ce que je suis venu vous dire, cette profonde accélération et transformation de notre écosystème, mais le fait aussi que nous décidons de nous mettre sur le podium mondial en termes de financement d'investissement, en termes de quantique, et le faire sur les talents et la sédimentation de notre recherche et de nos capacités, c'est je crois la clé pour être au moins parmi les 3 premiers mondiaux, et en nourrissant une ambition encore plus forte. Et je pense que nous pouvons le faire. Voilà ce que j'étais venu vous dire.

Et au fond, quel est l'esprit pour moi de cette stratégie et de notre rendez-vous d'aujourd'hui ? D'abord dans les moments que notre nation vit, on doit toujours continuer à regarder l'horizon et préparer le lendemain. Sinon, nous subirons les crises à venir parce que ce qu'on prépare aussi, c'est notre capacité d'innovation et de résilience.

On voit bien la résilience dans une crise, c'est la capacité à avoir innové avant, à l'avoir mieux comprise, parfois prévue, mais à réagir très vite face à elle. C'est de ça dont on parle exactement. Ensuite, c'est un acte de confiance.

Ca a été largement documenté par beaucoup de chercheurs. L'un des problèmes de la France, c'est la défiance. Défiance des citoyens et des citoyennes les uns envers les autres, à l'égard des institutions, et parfois des acteurs d'un même secteur les uns entre les autres.

Moi, je crois qu'on y arrive par la confiance entre nous. La confiance ne veut pas dire la naïveté. Ca veut dire le fait qu'on décide qu'on a un avenir commun.

C'est ce que vous avez fait ici, à Saclay. C'est ce que je veux pour notre recherche. Et donc on fait des investissements massifs, on fait confiance dans les acteurs parce qu'il y a une logique d'écosystème.

Et avec cette logique de confiance, on responsabilise les acteurs que vous êtes, on croit dans une logique de coopération sur des sites entre des organismes, entre des structures. On croit dans les 2 éléments-clés pour réussir : les talents et le capital. Et c'est ce sur quoi on va investir.

Il n'y a pas de recherche sans les femmes et les hommes qui la font, qui la font dans la durée, qui décident d'échanger dans l'interdisciplinarité. C'est ce qu'on veut promouvoir et développer, mais c'est aussi un capital qu'on investit pour aller parfois très vite, casser les barrières, permettre d'accélérer, prendre des risques. Et puis cette stratégie, elle assume aussi la part de risques et d'erreurs.

Et je le dis parce que ce qui va avec la défiance française, c'est aussi cette espèce de traque incessante de l'erreur. C'est-à-dire, nous sommes devenus une nation de 66 millions de procureurs. C'est pas comme ça qu'on fait face aux crises ou qu'on avance.

Et donc chacun fait des erreurs chaque jour. Celui ou celle qui ne fait pas d'erreurs c'est celui, ou qui ne cherche pas, ou qui ne fait rien, ou qui, mécaniquement, fait la même chose que la veille. Nous avons besoin d'avoir des femmes et des hommes qui cherchent, qui ont la capacité à inventer, ce qui n'est pas encore perceptible et à se tromper pour pouvoir corriger le plus vite possible et s'améliorer.

C'est ça qui fait une grande nation. et je le dis ici avec beaucoup de force dans un lieu de savoir et de sciences. Et donc le pari aussi de cette stratégie, c'est d'accepter sa part de risque et donc sa part d'erreur.

Mais parce qu'on fait confiance, on s'est dit que les acteurs verront très vite les erreurs entre eux, s'ajusteront, sauront les corriger, mais ils auront surtout appris de ces erreurs parce que nos erreurs sont ce qui nous apprend le plus. Et enfin, et je continuerai là-dessus. Cette stratégie, elle a dans sa philosophie, la volonté de sécuriser toute la chaîne.

C'est-à-dire elle assume aussi sa part de souveraineté. Sécuriser toute la chaîne en matière de recherche, en matière technologique, en matière industrielle. Nous avons besoin de garder les talents, de garder aussi certaines technologies pour ne pas dépendre en particulier des 2 grandes puissances internationales qui nous concurrencent.

Et on a besoin de garder en France et en Europe chacun des maillons de cette chaîne. On l'évoquait tout à l'heure avec Quandela, et je sais ô combien c'est important pour eux. Mais qu'il s'agisse de la recherche fondamentale, de la recherche technologique appliquée au secteur privé, nous allons aussi devoir accompagner cette stratégie d'une forme de veille, d'une volonté, justement, d'investir et d'accompagner, si je puis dire, la maîtrise complète de cette chaîne de valeur.

C'est absolument clé pour à la fois garder une recherche libre en permanence et pour notre souveraineté en matière de savoirs et d'application industrielle. Voilà, je ne serai pas plus long. C'était les quelques convictions que je voulais partager avec vous, en présentant modestement cette stratégie, qui est au fond votre travail, et donc qui vous doit beaucoup.

Et je vous en remercie infiniment. Je marque ce faisant la confiance de la nation toute entière, les engagements financiers qui vont avec, mais je l'espère aussi, l'esprit d'ambition et d'exigence qui l'accompagnera. Merci à vous.

Je vous fais confiance. (Applaudissements)