Les jeunes agriculteurs vont-ils renverser le modèle agricole ?
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Bonsoir, entrons ensemble dans un temps du débat consacré ce soir à l'agriculture. A l'ordre du jour ce soir, les jeunes agriculteurs vont-ils renverser le modèle agricole ? A l'automne dernier, un mouvement de jeunes agriculteurs initié dans le Tarn a renversé sans dessus-dessous les panneaux d'entrée et de sortie des bourgs et des villages pour protester contre l'augmentation de deux taxes finalement annulées par le gouvernement lors du vote de la loi de finances 2024.
Parallèlement à cette protestation, le ministre de l'Agriculture, Marc Fénaud, devrait présenter la semaine prochaine un projet de loi pour favoriser la relève car d'ici à 2030, un agriculteur ou une agriculteur sur deux, encore en activité, devrait être parti à la retraite. La chute du nombre d'exploitants est en effet rapide puisque leur nombre a été divisé par 4 en 50 ans. Il s'agit donc d'un bouleversement à imaginer, peut-être de l'ordre de celui qui eut lieu sous De Gaulle dans les années 60 et qui permet aux plus jeunes et aux plus déterminés des jeunes agriculteurs de l'époque de passer un pacte avec le gouvernement pour moderniser la production.
Mais à quel type d'agriculture confier ce chamboulement ? Nous allons poser la question à trois responsables syndicaux. Arnaud Rousseau, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes président de la FNSEA, la plus grande fédération, la Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles. Avec nous Véronique Marchessault, bonsoir.
Bonsoir.
Vous êtes secrétaire générale de la Confédération Paysanne et Arnaud Gaillot est avec nous. Bonsoir. Bonsoir. Vous êtes président des Jeunes Agriculteurs.
Moi j'ai échangé encore très récemment avec le ministre de l'Agriculture, Marc Fénaud, sur ces sujets-là. Effectivement, on ne peut pas avoir l'objectif de lutte contre l'inflation et de baisse des prix. Il se transforme en difficultés supplémentaires pour nos agriculteurs et nos éleveurs. Et c'est ça en fait l'équilibre qu'il faut réussir à trouver. Donc ça c'est le chantier sur lequel il va être mobilisé dans les jours et les semaines qui viennent. Je pense qu'il rencontrera la FNSEA très rapidement si ce n'est déjà fait depuis la nomination du nouveau gouvernement pour avancer.
Ensuite on va avancer aussi, et ça c'est une de mes grandes priorités, sur le renouvellement des générations en agriculture. Parce que ça, si on veut rester un pays souverain, garder une agriculture forte. Et on a vu d'ailleurs pendant la pandémie, effectivement, à quel point on avait la chance d'avoir une souveraineté agricole et alimentaire. Il faut qu'il y ait un renouvellement des générations et qu'il y ait des jeunes qui puissent s'installer. Un des premiers projets de loi que je présenterai avec mon gouvernement, c'est un projet de loi sur le renouvellement des générations en agriculture.
Donc là aussi on va avancer pour mieux soutenir nos exploitants et mieux soutenir les jeunes qui reprennent les exploitations.
Alors vous avez entendu évidemment le nouveau Premier ministre Gabriel Attal qui s'exprimait hier lors d'un déplacement à la rencontre des Français sur le marché de Caen dans le Calvados. Il dit qu'il va rencontrer la FNSEA très rapidement. Enon Rousseau, c'est Caen ?
Eh bien écoutez, au moment où nous nous parlons, je ne sais pas, j'imagine dans les prochains jours, mais il n'y a pas de rendez-vous fixé.
Et pour vous, Véronique Marchessault, est-ce qu'il va rencontrer la Confédération Paysanne ?
Je ne sais pas non plus. Nous nous rencontrons sans doute beaucoup moins fréquemment que nos collègues.
Et pour vous, donc de votre côté, Arnaud Gaillot, est-ce qu'il va rencontrer les jeunes agriculteurs qui étaient en colère et qui ont manifesté jusqu'au mois de décembre leur mécontentement vis-à-vis de l'augmentation de deux taxes ?
Oui, on n'était pas les seuls à manifester, on était aux côtés de la FNSEA, mais j'espère qu'il nous rencontrera. En tout cas, si on y a fait la demande et au vu de ses premières prises de parole autour de l'agriculture, vu qu'il veut porter une loi sur le renouvellement des générations, j'espère qu'il va nous rencontrer rapidement.
Alors nous avons posé cette question, les jeunes agriculteurs vont-ils renverser le modèle agricole ? On peut se demander d'ailleurs, quels jeunes agriculteurs pourraient renverser le modèle agricole ? Faut-il renverser le modèle agricole ? J'imagine qu'Arnaud Rousseau, vous n'êtes pas d'accord pour renverser le modèle agricole tel qu'il existe aujourd'hui ?
Alors d'abord, moi je souhaite que les jeunes puissent construire l'avenir qu'ils souhaitent. Et donc, comme je considère qu'un agriculteur, c'est d'abord un chef d'entreprise, il faut construire son projet personnel qui ne ressemble pas à celui de son voisin. Donc moi, je souhaite aux jeunes de construire des projets qui leur ressemblent, premier élément. Deuxième élément, je ne crois pas qu'il y ait un modèle agricole. Quand on connaît bien l'agriculture française, on sait qu'elle est très différente en fonction des territoires et des productions. Et donc, moi je pense qu'on n'est jamais mieux dans son métier que quand on est en phase avec son projet.
Il y a tout de même un modèle agricole qui a été construit, peut-être qu'il a été détruit entre temps, mais pas tellement dans les années 60. Je le citais avec De Gaulle, la FNSEA de l'époque et surtout les jeunes agriculteurs, le CNJA qui voulait d'une certaine manière prendre le pouvoir sur les plus anciens et qui est parvenu d'une certaine manière puisque ce sont ensuite les nouveaux cadres de la FNSEA qui ont gouverné longtemps l'agriculture. On peut dire qu'il y a quelque chose qui s'est passé à ce moment-là, qu'on appelle la cogestion ou pas. En tout cas, il y a quelque chose qui s'est passé dans ces années 60.
Et ce modèle s'est imposé par l'intermédiaire de la PAC et de tout un tas de mises en place de structures internationales et nationales.
Écoutez, moi il se trouve que dans les années 60, je n'étais pas né pour tout vous dire. Moi j'étais tout juste né pour tout vous dire. Mais moi je veux parler de l'agriculture que je connais ou en tous les cas que j'observe sur le terrain. Elle est très différente. Et très variée, c'est sûr. Elle est très différente, y compris sur un même territoire ou dans une même production avec des gens qui peuvent faire des choix assez différents. Des choix techniques, des choix de modèles d'investissement, même des choix d'association. Il y en a qui préfèrent travailler tout seul, d'autres qui préfèrent travailler à plusieurs.
Et donc je le redis, je pense que le bon modèle c'est celui dans lequel on est bien dans sa peau et on peut développer son projet.
Véronique Marchosso pour la Confédération Pélisagne, il y a plusieurs modèles ?
Oui, aujourd'hui il y a plusieurs modèles. Je pense que nous on défend une agriculture paysanne. On revendique surtout d'avoir une production agricole en lien avec l'alimentation. Alors que d'autres modèles agricoles sont plus là pour apporter de la production agricole à l'agroalimentaire. Et donc du coup avec des objectifs plus de participer à la balance commerciale. Donc ce n'est pas tout à fait les mêmes objectifs pour nos deux agricultures. Je voulais juste revenir sur votre introduction. Vous avez parlé des jeunes agriculteurs mais en fait vous avez un peu oublié les femmes.
J'ai dit agriculteurs et agricultrices.
Ah oui, excusez-moi, je n'ai pas entendu. En tout cas les femmes sont un levier fort de changement dans les fermes.
Et de plus en plus effectivement, il faut bien le reconnaître parce que pendant très longtemps, elles ne l'ont pas été parce qu'elles étaient marginalisées en particulier par des lois qui ne leur permettaient pas de reprendre les exploitations. Arnaud Gaillot, de votre côté, vous êtes jeune agriculteur. On dit toujours que les jeunes agriculteurs sont le marchepied pour devenir ensuite responsable de la FNSEA. Est-ce que vous vous trouvez bien dans les modèles tels qu'ils sont aujourd'hui ? Ou est-ce que vous pensez qu'il faille les faire évoluer et dans quel sens ?
Alors, moi d'une, je me plais dans mon modèle parce que sinon je ne l'aurais pas choisi. Donc je pense qu'on n'enferme personne dans des cases et les modèles, on les choisit, on les construit. Après vous dire qu'ils vont évoluer, ils évolueront. L'agriculture, si on regarde bien et vous parliez des années 60, ce n'est pas celle qu'il y avait dans les années 60, ce n'est pas celle ni de mon grand-père ni de mon père. Et donc elle va évoluer, elle va continuer à évoluer. Et je pense qu'on a une vraie force en France, c'est qu'elle est d'une université très variée. C'est une vraie chance et je pense qu'il faut qu'on la préserve.
Par contre, il faut qu'on ait un vrai objectif, c'est de la rendre professionnelle comme elle l'est et encore plus demain parce que vous avez des jeunes qui vont arriver avec des aspirations à piloter leurs entreprises comme leurs collègues peuvent les piloter dans d'autres secteurs d'activité. Et donc il faut qu'on permette à cette nouvelle génération qui va arriver d'être décideur, de faire les bons choix par rapport aux défis climatiques, aux défis sociétals. Et donc c'est des enjeux qui vont faire automatiquement évoluer notre agriculture. Et l'agriculture a toujours évolué ?
Alors ça c'est sûr qu'elle a évolué, mais la question c'est de savoir dans quel sens on peut la faire évoluer. Arnaud Rousseau, est-ce qu'on a, disons, des buts qui sont semblables pour tous les agriculteurs ? Vous disiez grande diversité, bien évidemment il y a une très grande diversité. Mais par exemple, ce que disait Véronique Marchessault, vous dirigez aussi le groupe Avril, qui est un groupe effectivement très important, qui produit du biocarburant par exemple. Est-ce que le destin, ou une partie du destin de l'agriculture française, c'est de participer justement à une sorte de substitution au pétrole et aux énergies fossiles en faisant du biocarburant ?
Ou est-ce que d'autres manières peuvent être mises en œuvre pour éviter que les terres agricoles soient prises par le biocarburant par exemple ? Ça, ça fait partie des discussions.
Alors, il y a deux éléments. D'abord, quand on choisit de faire ce métier, qu'on est un homme ou une femme, on choisit d'embrasser une profession libérale, une profession dans laquelle on est son propre chef d'entreprise, on n'est pas salarié.
Une profession tout de même qui est très encadrée, tout de même par des lois, par une façon d'imaginer l'agriculture qui est encadrée par le gouvernement, par les lois qui viennent du gouvernement, et aussi par l'Europe tout de même, et par la PAC.
Oui, oui, mais vous savez, il y a beaucoup d'autres professions. Quand vous travaillez dans l'énergie, quand vous travaillez dans la pharmacie, qui sont encadrées. Mais en tous les cas, vous choisissez votre projet. Et donc, le premier sujet, en tous les cas, celui qui me paraît le plus important, c'est comment je gagne ma vie. C'est sûr.
Et tous les agriculteurs ne gagnent pas leur vie.
Voilà. Donc, le premier sujet, c'est comment je gagne ma vie. Je ne suis pas forcément de besoin important, mais en tous les cas, j'ai besoin, à la fin de l'année, de pouvoir me rémunérer, rembourser mes investissements, me projeter, comme n'importe quelle entreprise, quelle que soit sa taille, on peut être commerçant, artisan. Ça, c'est la première chose. La deuxième chose, c'est qu'est-ce qui donne du sens à l'action ? Je crois que le cœur du métier d'agriculteur ou d'agricultrice, c'est de continuer à nourrir, produire pour nourrir. Et donc, de ce point de vue-là, je crois que, là encore, en fonction des modèles et des territoires et des productions, ça reste le cœur.
Après, l'agriculture, elle est attendue sur d'autres plans. Elle est attendue sur le plan environnemental et l'évolution de l'impact qu'elle a sur l'environnement. Elle est attendue sur le plan de la production de l'énergie, notamment avec ce qui est en train de se passer sur le développement de la biomasse. On sait que demain, pour décarboner la production et les énergies, dans l'agriculture mais dans d'autres secteurs, on devra produire plus de biomasse. Donc, qu'est-ce qu'on fait de cette biomasse ?
La biomasse, effectivement, ce sont ces produits qui peuvent d'ailleurs venir d'ailleurs, mais qui viennent parfois de l'agriculture elle-même, qui sont transformés pour faire du gaz, pour faire des choses comme ça, du biogaz, et donc, à partir de ce moment-là, alimenter une filière énergétique qui n'était pas, au tout départ, le principe même de l'agriculture. On voit fleurir, et tous ceux qui se promènent dans les campagnes voient fleurir ces énormes dômes verts ou de toute autre couleur qui sont, effectivement, des fabrications de biomasse.
Oui, oui, absolument. Alors, on rappelle malgré tout qu'à part la parenthèse du pétrole, mais dans les fermes, on a toujours utilisé une partie de la production pour notamment nourrir les animaux de traction. Donc, c'est juste l'ère du pétrole qui nous a fait oublier ça. Mais, en tous les cas, on peut produire de l'alimentation, et je redis que c'est le cœur de l'action, mais on peut produire d'autres choses. Et puis, on peut produire aussi des services environnementaux, parce que la société nous demande tout un tas de sujets, et l'agriculture, elle fournit des aménités positives.
J'entendais le président de la République expliquer que la France accueillait chaque année 100 millions de touristes. Et si les gens viennent en France, c'est aussi parce que la France est belle et cultivée, et qu'elle a de beaux monuments, certes, mais qu'elle a des territoires qui sont cultivés.
Véronique Marchessault, justement, sur ces tensions, pourrait-on dire, qu'il peut y avoir, sur les modèles à venir de l'agriculture, ce que nous dit actuellement Arnaud Rousseau, c'est qu'il y a ce modèle, effectivement, multiple, avec des possibilités variées d'évolution vers l'avenir. Quel modèle préférez-vous au milieu de tout cela ?
Moi, je pense que vous connaissez le modèle qui est promu par la Confédération Paysanne. Après, ce que je voudrais dire, c'est que...
Je le connais peut-être, je le connais sûrement, mais les auditeurs ne le connaissent pas forcément, donc vous pouvez en dire deux mots.
Bon, c'est une agriculture qui est très liée à son territoire, qui participe à la dynamique des endroits où elle est installée, qui respecte les ressources, et tant qu'à faire, puisqu'on est aussi des acteurs économiques, quand même, qui fait vivre les travailleurs qui la font. Mais je pense qu'aujourd'hui, dans l'ensemble, en fait, pas mal d'agriculteurs seraient prêts à évoluer sur leurs fermes s'ils pouvaient gagner leur vie et être fiers de leur métier. Je pense qu'il y en a beaucoup.
Sauf que, du coup, on fait vivre, nous, tout un écosystème, écosystème au sens économique, les banques, les vendeurs de produits phyto, les vendeurs de semences, les vendeurs d'engrais, les industries agroalimentaires, les conseillers. Et enfin, j'en passe, c'est des meilleurs. Et en fait, est-ce qu'ils ont intérêt à ce que nous, on évolue, à ce que l'agriculture qu'on fait aujourd'hui, elle évolue ? J'en suis pas du tout sûre. Et le gros blocage, à mon avis, il vient bien plus de là que...
C'est-à-dire des métiers qui sont para-agricoles que du métier de l'agriculture.
Qui vivent de l'agriculture telle qu'elle existe aujourd'hui et qui, du coup, empêchent l'évolution de cette agriculture.
Arnaud Gaillot, qu'est-ce que vous en pensez juste en tant que président des jeunes agriculteurs ?
Moi, je pars du principe que je pense aussi qu'on a la clé et qu'à un moment donné, c'est pas non plus tout le monde qui dicte l'avis des autres et que, d'ailleurs, si j'ai pris ces places-là, c'est parce que j'espère contribuer
à faire évoluer les choses. Quand vous dites qu'on a la clé, c'est-à-dire que ce sont les agriculteurs qui l'ont, alors que souvent, ils disent, quand on les écoute, quand on en parle,
on n'a plus la clé. Mais ils ont une partie de la clé, c'est... Le choix d'entreprise, c'est la formation, c'est ce qu'on a travaillé dans le pacte et la loi d'orientation, c'est de continuer d'apporter de la formation, de l'accompagnement pour avoir du savoir. Parce qu'un chef d'entreprise, il ne peut pas tout savoir en sortant de l'école et donc, il a besoin aussi, au long de sa carrière, qu'il y ait des conseillers, des appuis, parce qu'il y a revenu, nul ne prétend tout savoir et de toute façon, jusqu'à la fin de sa vie, je crois qu'on ne sait jamais tout.
Il y a cet enjeu-là et après, il va y avoir les différents types de modèles agricoles, mais je suis convaincu qu'il faut qu'on ait cette diversité. On a des agriculteurs qui se plaisent dans l'agriculture biologique, tant mieux, c'est rémunérateur. Malheureusement, ça l'est moins à l'heure actuelle et donc, il y a besoin de la restruire. On a aussi besoin d'une agriculture qui produit pour la France, pour l'Europe et au-delà de ça, parce que je ne crois pas en un repli sur soi. L'agriculture a une stabilité géopolitique, qu'on le veuille ou non, et donc, si la France et l'Union Européenne demain n'est plus souveraine, ça va nous amener à haute vente de gros problèmes.
Donc, on a besoin de ça, on a besoin aussi d'accueillir des gens qui ont des modèles différents. Il y a des gens qui s'éclatent dans des productions de transformation à la ferme. Il y en a qui s'éclatent à travailler en lien avec des coopératives, avec des groupes industriels, avec produire de l'énergie. Donc, en fait, on va avoir ce volet qui va arriver avec des diversités. Et donc, je pense qu'on a une chance qui est face à nous. La chance d'une, de devoir produire de l'alimentation demain, parce que je ne crois pas que les gens vont arrêter de manger quoi qu'il arrive.
Et on a une vraie chance aussi, c'est qu'on va avoir besoin d'un mix énergétique, parce qu'on sait que le pétrole n'est pas la solution d'avenir et donc que ça va à un moment donné s'arrêter. Et l'agriculture pourrait prendre sa part. Donc, c'est quand même magnifique. Le seul truc, et là, je partage, et je l'avais dit en 2019, j'étais secrétaire général des GIA à l'époque, j'avais dit au président de la République que les agriculteurs étaient prêts à faire les transitions. Il faut juste qu'on ait un revenu sur les exploitations agricoles. Et vous ne pouvez pas demander à n'importe quelle entreprise de faire des transformations si elles ne gagnent pas sa vie.
Alors, ce renouvellement des générations dont on parle est un peu au cœur de cette discussion, Arnaud Rousseau, comment l'envisagez-vous, le renouvellement des générations ? On a vu fondre, effectivement, les effectifs agricoles. On a vu s'agrandir les exploitations parce que des gens partaient à la retraite et vendaient à ceux qui étaient encore là. Mais cela, c'est sans commune mesure avec ce qu'on va connaître d'ici une petite dizaine d'années avec le départ, au moins la moitié des agriculteurs, des exploitants tels qu'ils sont aujourd'hui sur le territoire.
Qu'est-ce qu'on fait en 10 ans pour soit former des plus jeunes qui ne viennent pas du milieu agricole et qui accepteraient de rentrer dans ce milieu, mais j'imagine à condition qu'ils soient rémunérés convenablement, ou pour demander à ceux qui sont déjà là de revenir, ou comme l'imagine la Confédération Paysanne, faire en sorte qu'il n'y ait pas simplement 400 000 exploitants sur le territoire ou 400 000 agriculteurs, mais qu'il y en ait à nouveau un million comme il y a maintenant une dizaine d'années ou une quinzaine d'années.
Écoutez, d'abord, la première chose, c'est qu'il faut trouver des gens qui s'intéressent à ce métier ou qui se passionnent par ce métier. Et donc, on sait qu'aujourd'hui, ce sera en partie des gens de familles issus du monde agricole, mais aussi de gens qu'on appelle de manière impropre les NIMA, non-issus du monde agricole, donc des gens qui, aujourd'hui, n'ont pas forcément de racines agricoles, mais qui, pour tout un tas de raisons, s'intéressent à ce métier et c'est plutôt une bonne nouvelle de pouvoir régénérer. Donc, la première chose, c'est d'attirer des talents.
Je dirais comme tous les secteurs d'activité, mais en agriculture, vous l'avez dit, c'est la moitié des agriculteurs et des agricultrices qui, dans les dix prochaines années, auront quitté ce métier. Et c'est le fruit de la pyramide des âges, tout simplement. Deuxième question, je vous l'ai dit, c'est qu'est-ce qui fait qu'on est capable d'avoir des gens qui se forment ? Et il y a quelques bonnes nouvelles, puisqu'on observe que depuis deux ou trois ans, les lycées, ou en tous les cas, l'enseignement agricole, retrouvent des couleurs avec plus de jeunes élèves qui s'intéressent à la question générique de l'agriculture.
Ça ne veut pas systématiquement dire qu'ils deviendront agriculteurs ou agricultrices, mais en tous les cas, on a retrouvé une forme d'attractivité. Et moi, je m'en réjouis, parce que dans ce métier comme dans d'autres, il faut arriver avec un minimum de formation. Il faut quand même être un tout petit peu aguerri à ce que sont les réalités du métier.
Et le gouvernement annonce peut-être même la création d'un bachelor. Alors, c'est un diplôme qui est un peu entre les deux. On ne sait pas très bien ce que c'est, mais en tout cas, un bac plus trois agro.
En tous les cas, on offre tous les specs de la formation qui peuvent être des formations avant le bac, après le bac, pour tout type de niveau. Et encore une fois, vous avez très bons agriculteurs qui n'ont pas forcément des niveaux de diplôme très élevés. Donc, c'est un métier aussi où l'humilité garde toute sa place. Bien sûr. Et vous pouvez avoir des succès sans être surdiplômé. Donc, en tous les cas, il y a de la place pour tout le monde, pour ceux qui ont envie. Ensuite, il faut avoir un projet. C'est-à-dire qu'il faut construire un projet. Et on revient à votre question initiale.
Qu'est-ce que j'attends, moi, en tant que futur agriculteur ou future agricultrice, et comment je veux construire mon projet ? Ce projet, il faut le financer. Donc, il faut trouver qui accompagne, un banquier, une association, voilà. Ensuite, il faut trouver les terres pour le réaliser. Et puis après, il y a un écosystème. C'est peut-être ça qui nous distingue. Moi, je suis convaincu qu'il faut, à côté de la ferme, un certain nombre d'activités, parce que le kilo de sucre, l'entrecôte dans l'assiette, le kilo d'huile, il ne sort pas directement de la ferme. Il a aussi besoin d'être pris dans son ensemble, dans sa filière.
Véronique Marchessot, justement, sur ce renouvellement des générations, je disais que un des projets de la Confédération, c'est de faire revenir beaucoup plus de gens à la terre, mais évidemment, pas sur les mêmes superficies, peut-être que les superficies telles qu'elles sont exploitées par Arnaud Rousseau en Seine-et-Marne, mais peut-être des plus petites organisations. Comment vous imaginez ça, le renouvellement des générations ?
Oui, effectivement, pour nous, c'est quelque chose de très important, l'installation agricole, et on revendique d'avoir au moins un million de paysans et de paysannes pour porter ce projet d'agriculture paysanne dont je vous parlais tout à l'heure, et répondre aussi à tout ce qu'on attend de l'agriculture, donc fournir une alimentation de qualité, tout en respectant l'environnement, en préservant la biodiversité, tout ça, et en fait...
Mais ça peut paraître très utopique, parce que 400 000 à 1 million, c'est vraiment... Non seulement ça va à l'encontre du modèle tel qu'il s'est propagé depuis maintenant une vingtaine d'années, mais ça veut dire aller à l'encontre de tout cela et recréer des paysans.
Effectivement, c'est pas intuitif parce que ça va pas dans le sens que connaît la population agricole depuis l'après-guerre, où du coup, on est passé de 10 millions à aujourd'hui moins de 400 000. 1 million, c'était dans les années 90, c'est une génération, c'est pas si loin que ça, donc nous, ça nous paraît pas irréalisable.
Oui, bien sûr, mais ça veut dire aussi qu'il faut des structures pour que des fermes qui sont, disons, qui voient leur propriétaire partir, soient partagées alors qu'elles se vendent généralement en un seul bloc à des agriculteurs qu'en ont déjà. Donc, d'une certaine manière, c'est peut-être un peu plus compliqué.
Il faut déjà que les paysans qui, aujourd'hui, ont encore des fermes moyennes imaginent que leurs fermes, elles ont encore un avenir parce qu'en fait, c'est rentré dans la tête de beaucoup de gens que si on n'a pas une grosse ferme, on ne peut pas en vivre et du coup, ils n'essaient même pas de transmettre et donc, nous, il faut qu'on ramène ces personnes-là à dire votre ferme, elle est à transmettre, vous avez 50, 60 hectares, mais elle peut être reprise, elle peut faire vivre des personnes et du coup, il faut vraiment accompagner ces installations et ces transmissions.
Arnaud Gaillot, ça vous paraît utopique ce que propose Véronique Marchessot ?
Utopique, je n'ai la tête pas juste là. Après, je ne partage pas exactement la même vision et ça n'étonne personne. Après, je pense que ce qu'il faut regarder, c'est la viabilité du projet et finalement, est-ce qu'il est réalisable ?
Malheureusement, je pense que le million est très ambitieux mais j'ai envie de dire que tant bien, il faut aussi des gens ambitieux et ça fait bouger les lignes et c'est la richesse aussi d'un pays démocratique, c'est quand on n'est pas tous d'accord, on fait évoluer les choses, on trouve des compromis mais nous, ce qu'on dit, c'est quand même qu'il faut des niveaux de formation pour qu'ils rentrent dans le métier et on l'a souvent dit et on le rappelait souvent, faire attention à la politique du chiffre et pas dire qu'on va installer pour installer et prendre tout celui qui vient et dire vas-y, fais ce métier-là parce que ce n'est pas un métier qui est donné non plus à n'importe qui et il faut quand même des minimums de formation et de tenue d'exploitation.
Après, il faut regarder les projets. Honnêtement, je ne crois pas qu'on pourra revenir à ce qu'on a pu connaître parce qu'il y a des modèles qui sont bons, on le disait, il y a un niveau qui est acceptable en nombre de fermes en agriculture biologique, en nombre de fermes en direct. On se rend compte quand même que malgré tout, il y a des paliers et à un moment donné, quand vous êtes trop nombreux dans la même filière, c'est en train de se passer dans le subio, ça risque de mal finir et puis il ne faut pas oublier aussi que l'agriculture de base est faite pour nourrir des gens.
On se rend compte que l'alimentation a augmenté depuis quelques temps et ça y est, c'est la panique à bord, on n'a plus de revenus, on ne peut pas acheter. Donc, il faut quand même que ça reste à des prix acceptables et à un moment donné, vous ne pourrez pas aller chercher des prix qui sont exorbitants
pour une partie de la population. 18h42 sur France Culture, vous écoutez le temps du débat. La question que nous posons à Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, à Véronique Marchessault, secrétaire générale de la Confédération Paysanne et à Arnaud Gaillot, président des jeunes agriculteurs. Les jeunes agriculteurs vont-ils renverser le modèle agricole ?
On est en colère parce qu'on risque de perdre notre travail. Les politiciens ne savent pas ce qu'ils font, ils vont détruire l'agriculture allemande. Il faut qu'ils se ressaisissent. Si ça continue comme ça, tout sera importé. Je resterai ici le temps qu'il faudra, peu importe combien de temps ça durera. Pourquoi s'en prendre toujours aux agriculteurs ? Pourquoi on devrait payer plus de taxes ? Nous sommes les seuls à ne pas pouvoir imposer nos prix. Donc on ne peut pas compenser. Si rien ne change, pour beaucoup, c'est la fin.
France Culture, le temps du débat. Emmanuel Laurentin. Un reportage de Sébastien Baer diffusé ce matin sur France Culture sur la colère des agriculteurs allemands qui depuis une semaine bloquent les centres-villes, les autoroutes pour protester contre la faim annoncer plusieurs subventions et allègements fiscaux. On entendait Tobias Leppin, leader du mouvement berlinois. Qu'est-ce que vous pensez de cela, Arnaud Rousseau, dans un contexte où on va avoir un dialogue qui va s'ouvrir au niveau de l'Europe ?
Et dans ce dialogue, il y aura justement la question de l'accompagnement des jeunes agriculteurs potentiels pour pouvoir faire en sorte qu'ils ne disparaissent pas ces agriculteurs de la surface de toute l'Europe et pas simplement de la France. Écoutez,
ce que j'en pense, c'est d'abord que partout en Europe, quand les agriculteurs considèrent que le traitement qu'ils auraient réservé n'est pas n'est pas loyal, à la hauteur, ils réagissent vigoureusement. Il y a un certain nombre de sujets qui sont concomitants, qui sont les mêmes pour tous les agriculteurs européens, qui tiennent essentiellement aux règles européennes qui ont été actées et qui, pour un certain nombre d'entre elles, sont très déconnectées de la réalité. On pourrait en parler. Oui, ça c'est le Green Deal, c'est de la ferme
à la fourchette, etc. Oui,
c'est l'idée par exemple qu'on impose des coefficients de prairie à des agriculteurs qui n'ont plus d'animaux, par exemple, ou qu'on impose des dates dans le calendrier qui ne correspondent pas à la réalité des saisons.
Mais pour revenir à la spécificité allemande, puisque vous avez vu un reportage en Allemagne, je voudrais rappeler que les Allemands ont eu une coalition avec un ministre de l'agriculture vert, qui entretient depuis quelques mois déjà des relations difficiles avec les représentants du monde agricole et que des récentes décisions de la Cour suprême allemande imposant de revoir le budget a conduit à des suppressions immédiates d'un certain nombre d'avantages qui étaient octroyés aux agriculteurs et qui les ont amenés à agir en particulier sur le gazole. En particulier sur le gazole.
Oui, et donc tout de même, le ministre allemand des Finances, Christian Linder, s'est rendu auprès de ces agriculteurs qui manifestaient aujourd'hui à Berlin. Ils étaient 10 000 agriculteurs. Il a dit je ne peux pas vous promettre plus d'aide du budget fédéral. Et quand on entend se détruire l'agriculture allemande, on a l'impression de revenir à des années en arrière quand on a accusé effectivement Bruxelles de détruire l'agriculture française. Véronique Marchessault, qu'est-ce que vous pensez justement de ces mouvements qui sont très divers puisqu'il y a en Allemagne contre justement ces taxes ou la suppression de ces taxes.
En Pologne, ce sont les moyens qui seraient accordés à l'entrée de l'Ukraine dans l'Europe et avec une menace justement d'une agriculture bien moins chère pour l'Europe. Mais c'est aussi vrai en Roumanie ou en Bulgarie. Donc il y a des raisons très variées qui font que dans un même espace économique, l'Europe, on n'a pas la même vision des choses alors que l'Europe va mettre en place justement une réflexion commune autour de ces questions agricoles.
Il y a des raisons très variées mais en fait il y a un fil rouge à toutes ces manifestations. Le fil rouge en fait c'est que les revenus des agriculteurs sont touchés à chaque fois.
Et donc quand on est coincé parce que tout à l'heure on parlait de l'écosystème du système économique qui se basait sur le monde agricole en fait à chaque fois les paysans les paysans les agriculteurs les agricultrices sont les variables d'ajustement quand il faut tirer les prix pour faire plus d'argent pour du coup avoir des prix accessibles c'est toujours le paysan la paysanne l'agriculteur l'agricultrice la variable d'ajustement et donc à chaque fois on est sur des avec des marges de manœuvre très très réduites donc quand on touche à nos marges de manœuvre que ce soit par des normes que ce soit par des arrêts de subvention forcément ça devient insupportable pour la base qui n'a pas les moyens de réagir donc le fil rouge c'est quand même qu'aujourd'hui les paysans les paysannes agriculteurs agricultrices n'ont pas la marge nécessaire pour pouvoir évoluer sur leur ferme
Arnaud Gaillot quand on entend les protestations on entend souvent des protestations contre des mesures qui seraient des mesures trop écologistes qui mettraient d'une certaine manière les agriculteurs dans la difficulté dans un coin pourrait-on dire que ce soit sur la question des produits phytosanitaires mais aussi tout un tas d'autres questions écologiques d'entretien du territoire en particulier qu'est-ce que vous pensez de cela on a l'impression que le parti donc le PPE qui est le parti plutôt classé au centre et à droite au Parlement européen et qui se présente comme le parti des agriculteurs a gagné un peu une sorte de bataille à l'automne dernier à propos du Green Deal et du pacte vert tel qu'il était voulu et voté par les parlementaires européens en faisant reculer ce pacte vert et en faisant reculer Mme Ursula von der Leyen sur certains points est-ce que vous pensez que c'est bon et qu'il faut aller encore un peu plus loin justement sur ces questions-là sur ces contraintes supposées vis-à-vis des agriculteurs
je pense que surtout ce que ça doit apprendre à nos politiques c'est qu'il y a peut-être à un moment donné la déconnexion qui est éprouvée entre finalement les agriculteurs et le monde politique au niveau européen parce que vous parlez des Allemands mais il y a eu aux Pays-Bas enfin il y en a en Pologne et donc je pense qu'à chaque fois l'enseignement qu'on a tiré on l'a eu en France avec le marche sur la tête c'est finalement ce sentiment marche sur la tête
c'était ce mouvement dont on parlait au début
c'est finalement ce sentiment des agricultrices et des agriculteurs de se dire les injonctions qui nous sont données par nos dirigeants sont complètement déconnectées de notre réalité à tous les jours et nous ce qu'on a toujours dit et vous vous y allusons aux mesures environnementales qui nous paraissent de bon sens de se dire qu'il faut se soucier de l'environnement parce que l'agriculture a besoin d'un environnement pour exister donc on n'est pas contre préserver notre environnement nous ce qu'on dit juste c'est que le plus souvent quand ça vient de Bruxelles c'est des décisions dogmatiques c'est des décisions qui sont prises depuis un bureau sans finalement savoir quel impact ça va avoir sur les exploitations agricoles et donc derrière c'est des impacts économiques et quand vous êtes sur des exploitations qui sont déjà un bout de souffle personne ne le supporte et donc nous ce qu'on dit juste c'est qu'il y a besoin de vision il y a besoin de planifier et à un moment donné on est convaincu qu'on peut faire de l'environnement sans réduire les niveaux de production des agricultures
et sans se couper Arnaud Rousseau d'une opinion publique je crois que vous en êtes préoccupé vous personnellement en tant que président de la FNSA qui semble s'éloigner petit à petit justement de ce rapport à l'agriculture et qui peut avoir des réactions extrêmement vives sur certaines questions phytosanitaires glyphosate bassines dans ma région du Poitou etc
oui vous avez raison c'est une vraie préoccupation parce que il y a 30 ans tout le monde avait un oncle un cousin un frère qui était dans ce secteur agricole et aujourd'hui on a parce que le secteur primaire s'est réduit des gens qui ne connaissent plus rien de nos métiers pas par défiance mais tout simplement parce qu'ils n'ont plus cette culture et donc moi je me préoccupe effectivement de voir qu'il y a parfois des injonctions paradoxales entre la volonté d'avoir une alimentation de qualité de proximité faite de naturalité et la démarche réelle d'achat 90% aujourd'hui les français achètent leurs produits en grande surface et souvent avec comme première préoccupation le prix ce qu'on peut comprendre puisqu'on est aussi nous consommateurs mais c'est pas toujours très cohérent et ce qu'on observe de plus en plus c'est que cette agriculture à bas coût c'est souvent une agriculture importée d'où le sujet de la souveraineté alimentaire et ça c'est le sujet que vous portez avec beaucoup et d'ailleurs avec le gouvernement
parce qu'il est plutôt d'accord avec vous écoutez
si on regarde en Europe on importe de plus en plus de produits en Europe oublions la France un instant mais cette problématique est la même partout en Europe est-ce qu'on est capable de mettre de la cohérence entre ce qu'on porte collectivement ce que sont les demandes de la société qu'on peut entendre sur encore une fois des modes de production et la réalité d'actes de consommation si on ne le fait pas quelque part on fait la courte échelle aux importations on détruit l'agriculture européenne territorialisée et in fine on ne répondra pas à l'enjeu qui est celui de la transition parce que la transition elle a un coût et il faut accepter de la payer si on veut la mener
Véronique Marchessot sur ces questions justement de coûts et également de passage d'accords de traités avec l'étranger et loin de l'Europe la possibilité de faire baisser les coûts je crois qu'il y a une discussion actuellement avec l'accord sur la Nouvelle-Zélande par exemple qui pose des problèmes à certains parce qu'effectivement on va faire rentrer de la viande néo-zélandaise à relativement bas coûts pour maintenir
effectivement pour maintenir les prix nous on dénonce ces accords de libre-échange où généralement l'agriculture chez nous empathie et l'agriculture dans les pays avec qui on contracte les accords empathie aussi donc généralement on les réfute
vous les réfutez Arnaud Rousseau ces accords de libre-échange
d'une manière générale nous on n'est pas hostile au commerce on dit simplement qu'il faut qu'il y ait une forme de réciprocité et c'est pas ce qu'on observe dans les accords qui nous ont été proposés notamment le Mercosur et pour vous ? Voilà du coup pareil pour maintenir les prix on demande de la régulation mais bon c'est des politiques publiques nous on est attaché à la Confédération Paysanne on est vraiment très attaché aux politiques publiques et on pense que les politiques publiques dans un monde extrêmement libéral comme on est aujourd'hui elles doivent compenser les difficultés pourquoi est-ce qu'aujourd'hui on fait plus de fruits et légumes en France ?
Parce que c'est un secteur qui a complètement été abandonné par les politiques publiques donc il n'est plus du tout rentable et aujourd'hui il y a vraiment un gros déficit de production des fruits et légumes en France la PAC n'accompagne que très très peu la politique agricole commune n'accompagne que très très peu ces productions ils ont dit qu'ils allaient
le faire un peu plus je crois pour la période 2023-2027
on s'est battu pour qu'il y ait une aide maraîchage qui est très très insuffisante mais c'est un premier pas il n'y avait rien avant et aujourd'hui l'état de ces filières là est catastrophique en France et si aujourd'hui en France on a réussi à maintenir des exploitations qui produisent de la viande c'est parce que les politiques agricoles soutiennent ces exploitations là elles ne sont pas rentables par elles-mêmes dans le cadre du marché donc les politiques publiques doivent pouvoir permettre d'avoir l'agriculture et l'alimentation qu'on veut
de votre côté peut-être vous aussi Arnaud Gaillot Arnaud Rousseau vous pensez que le marché peut réguler d'une certaine manière s'il est encadré j'imagine mais qu'est-ce que vous en pensez vous Arnaud Gaillot est-ce que le marché peut-être le bon critère pour pouvoir faire en sorte que cette agriculture se développe et qu'il y ait de plus en plus de jeunes agriculteurs qui y viennent
il y a une partie qui se fera par le marché je pense que de toute façon on n'est pas une île au milieu du reste du monde et donc je pense qu'il faut qu'on ait une agriculture qui soit capable d'être performante sur le marché et pour ça il faut qu'on continue à faire perfectionner nos outils à leur amener mais là-dessus il faut aussi qu'on enlève certaines complexités administratives et qu'on fasse aussi jouer à armes égales parce qu'à un moment donné si on veut jouer par le marché il faut aussi qu'on ait les mêmes armes pour aller jouer et donc voilà après sur d'autres agricultures oui ça se fera par de la finance publique parce qu'on le sait très bien qu'à l'heure actuelle elles ne le sont pas par leur propre marché rémunératrice pour ceux qui le font et donc il y a besoin de soutien c'est un tout mais moi je pense qu'il faut aussi qu'on fasse attention à avoir habitué malheureusement nos agriculteurs à être financés par des aides publiques et que finalement on a considéré que ce n'était pas grave que le marché ne soit pas rémunérateur il faut rester contre tassé l'aide publique ne suffit plus et moi je pense que c'est dangereux de vouloir compter que sur les aides publiques quand on sait l'état financier des pays qui composent l'Union Européenne et notamment la France les aides publiques doivent être là pour compenser pas pour remplacer
et pour vous Arnaud Rousseau on entendait tout à l'heure effectivement cette idée dans la bouche du Premier Ministre qu'il allait y avoir c'est la semaine prochaine a priori ce pacte qui va permettre le renouvellement des générations vous savez déjà un peu ce qu'il y aura dans ce pacte tel qu'il va être présenté par Marc Fénaud sans dévoiler à nos auditeurs la totalité de ce qu'il y a
non mais c'est pas un scoop puisque le ministre de l'agriculture lui-même est venu présenter le contenu du pacte dans un lycée agricole en Normandie il y a maintenant près d'un mois je pense que ce qui est important en tous les cas pour vos auditeurs c'est de comprendre que les agriculteurs ils produiront ce que les consommateurs achètent voilà et que pour attirer des jeunes il faut leur donner de la visibilité il faut leur donner les moyens de pouvoir mener leur projet que ce soit encore une fois en termes de financement d'installation et de garantie de revenu et que la garantie de revenu elle se mène comme dans d'autres secteurs d'abord par le marché et le mot compétitivité pour nous n'est pas un gros mot qu'il y a des politiques publiques qui sont nécessaires et c'est bien de le rappeler parce qu'effectivement ça n'est ni plus ni moins que le financement du coût de l'alimentation auprès de la société et que si nous n'avions pas ces financements publics et que le consommateur devait payer le vrai coût de l'alimentation il appairait beaucoup plus cher et que par ailleurs tous nos compétiteurs accompagnent leur agriculture donc ce pacte il a vocation à donner le signal politique que d'attirer des talents ça a du sens et que c'est maintenant qu'il faut le faire
Il y a eu c'était il y a quelques jours le 2 janvier dernier dans Le Monde un texte parlementaire de gauche qui demandait une meilleure représentativité agricole considérant que vous étiez trop puissant d'une certaine manière à la FNSE à la CNJA qu'est-ce qu'il faut dire de cela et j'imagine qu'ils étaient plutôt proches de Véronique Marchessault et de la Confédération Paysanne ou d'autres syndicats agricoles minoritaires qu'est-ce que vous pensez de cette proposition d'une meilleure représentativité vous pensez que vous êtes très représentatif trop représentatif
d'abord je voudrais rappeler que l'agriculture c'est le secteur d'activité où il y a le plus grand nombre de syndiqués quelle que soit d'ailleurs leur obédience si je puis dire la deuxième chose c'est que cette représentativité elle est le fruit d'une élection qui s'appelle l'élection aux chambres d'agriculture la prochaine aura lieu l'année prochaine au mois de janvier
on pourrait changer les règles disent ces parlementaires
quand on veut changer la représentativité on peut casser le thermomètre nous encore une fois on n'est pas formateur du décret on dit simplement que c'est bien que les agriculteurs s'expriment sur quel finalement quel avenir ils souhaitent choisir et ils le font dans des proportions plus importantes que les autres secteurs Véronique Marchessault oui effectivement on réclame plus une modification du fonctionnement des chambres d'agriculture pour avoir un peu plus un espace d'expression un peu plus important que ce qui n'existe actuellement et ce décret nous inquiète aussi notamment parce qu'il modifie les règles de financement des syndicats agricoles et que les syndicats agricoles minoritaires sont largement perdants et pour vous au CLJA ?
écoutez ça émane d'une élection qui est démocratique donc à un moment donné on peut toujours voir les choses il ne faut mieux rien changer c'est ça ? il ne faut mieux rien changer il y a des gens qui vont voter ça permet d'élire des gens donc à un moment donné on peut changer la chose casser le thermomètre
comme le disait à l'instant même Arnaud Rousseau je vais juste réagir
quand même l'élection est démocratique après la représentation de la façon dont elle est faite elle n'est pas vraiment puisqu'il y a une prime aux syndicats arrivés en tête de 50% des sièges à la chambre d'agriculture c'est comme dans nos communes mais ce n'est pas comme dans les autres syndicats
c'est ingouvernable merci à tous les trois en tous les cas d'avoir accepté très tranquillement de discuter de toutes ces questions à notre micro Arnaud Rousseau président de la FNSEA Véronique Marchesson secrétaire général de la Confédération Paysanne et Arnaud Gaillot président des jeunes agriculteurs vous êtes réinvité bien évidemment dans quelques temps dans cette émission pour continuer à parler de ces évolutions de l'agriculture en France le temps du débat a été préparé ce soir par Mathias Megy Fanny Richer Roxane Poulin Nina Richard Stéphanie Villeneuve et réalisé par Laurence Malonda avec Hugo Renard à la technique de l'agriculture
de l'agriculture de l'agriculture de l'agriculture
Gabriel Attal