Chloroquine : Macron chez le Pr Raoult - C à Vous - 10/04/2020
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Chapitres
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Questions et réponses
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Est-ce que c'est une querelle qui est donc très franco-française ?
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Le président français alimente-t-il le battage médiatique autour d'un traitement non prouvé ?
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Qu'est-ce qui est reproché aux études de Raoult ?
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En quoi ça pose problème, cette absence ?
- 3:17OuverteRéponse directe
Ce qui paraît contradictoire. Pourquoi une telle prudence du fabricant lui-même ?
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Un mot sur cette chloroquine et son utilisation qui fait polémique depuis des semaines.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Il affiche 91% de guérison sur ces patients traités à Marseille et 0,5% de mortalité. »
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« 95% des patients étaient jugés à faible risque de développer des complications. »
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« En Suède, les hôpitaux ont arrêté cette semaine d'en prescrire. Pas d'efficacité démontrée et trop d'effets secondaires. »
- 2:51PrésentateurFait
« Les CDC, l'Agence fédérale américaine de santé publique, vient de retirer l'hydroxychloroquine de ses recommandations. »
- 3:26PrésentateurChiffre
« Depuis la fin mars en France, 54 cas de troubles cardiaques, dont 4 mortels, chez des malades ayant pris de l'hydroxychloroquine. »
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« Nous avons des règles dans la médecine. Ces règles, on ne peut pas les changer en cours de route. »
Temps de parole
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C'est une visite vécue comme une revanche par les soutiens très nombreux du professeur Raoult. Une députée de la majorité dénonce ce matin dans le Parisien le résultat d'une guerre entre médecins aux égaux démesurés. Et à la une de la Provence, François-Olivier Gisbert fustige les prétendues élites parisiennes qui ont présenté Raoult comme un mirliflor marseillais, un diafoirus provençal, dans le même mouvement de haine des supporters du PSG contre les joueurs de l'OM. Est-ce que c'est une querelle qui est donc très franco-française ? Eh bien non.
Les articles, les critiques les plus acerbes contre la méthode Raoult, on les trouve dans la presse anglo-saxonne et les blogs scientifiques du monde entier. Ainsi, il y a trois jours, dans le Guardian, le grand quotidien britannique, ce papier titré « Comment un traitement sans preuve est devenu le remède miracle de Donald Trump contre le virus ? » Pire encore ce matin à la une du site de Science, la plus prestigieuse revue scientifique américaine, très éloignée. Vous en conviendrez des querelles entre Parisiens et Marseillais. Le président français alimente-t-il le battage médiatique autour d'un traitement non prouvé ? Qu'est-ce qui est reproché aux études de Raoult ?
On en a souvent parlé ici, mais en gros, c'est l'absence de groupes de contrôle de patients non traités. En quoi ça pose problème, cette absence ? Parce que la comparaison est un principe de base en recherche médicale. Je vais simplifier en prenant l'exemple de la poudre à laver. Si vous voulez tester l'efficacité de votre lessive, vous laisserez par exemple avec une chemise tachée. Si la tache a disparu, vous serez contente du résultat. Vous direz « Bravo, ma lessive, ça marche », mais c'est peut-être aussi que la tache était légère. Donc pour être sûr, il faudra essayer avec une autre lessive ou avec de l'eau claire.
Et si la tache disparaît à l'eau claire, vous en déduirez que votre lessive n'a pas du tout fait la preuve de son efficacité, même si la tache a disparu dans tous les cas. C'est exactement ce qui se passe avec les essais de Didier Raoult. Il ne compare pas, il ne veut pas dans cette dernière étude. Et donc il affiche 91% de guérison sur ces patients traités à Marseille et 0,5% de mortalité. Et c'est à peu de choses près les mêmes pourcentages qu'on retrouve dans les populations de personnes infectées au même âge, 43 ans, c'est l'âge médian des patients dans l'étude, et sans traitement. Mais attention, autre précepte, l'absence de preuve n'est pas la preuve de l'absence.
Voilà pourquoi les scientifiques en sont réduits à attendre les résultats en cours de la grande étude Discovery qui, elle, fait des comparaisons rigoureuses sur des cas graves. Ce qui n'est d'ailleurs pas le cas de l'étude de Marseille, dont 95% des patients étaient jugés à faible risque de développer des complications. En attendant ces résultats, l'hydroxychloroquine est administrée un peu partout dans le monde. Oui, mais pas toujours avec succès. Les Chinois l'ont testé très tôt à Ouad. Ils ont été les premiers. Vous voyez ce papier du Wall Street Journal hier. Résultat négatif. En Suède, les hôpitaux ont arrêté cette semaine d'en prescrire.
Pas d'efficacité démontrée et trop d'effets secondaires. Aux Etats-Unis, les CDC, l'Agence fédérale américaine de santé publique, vient de retirer l'hydroxychloroquine de ses recommandations. Et puis en France, ce matin, un trou blanc communiqué de Sanofi, le grand labo pharmaceutique, qui est le fabricant du produit, le Plaquenil, qui annonce à la fois qu'il va arroser le monde, 100 millions de doses dans 50 pays, mais aussi que, je cite, « les preuves cliniques actuelles sont insuffisantes pour tirer une quelconque conclusion sur l'efficacité de l'hydroxychloroquine ». Ce qui paraît contradictoire. Pourquoi une telle prudence du fabricant lui-même ?
Sans doute pour se prémunir d'éventuels procès. Les premières données sont en train de remonter du réseau de pharmacovigilance. Depuis la fin mars en France, 54 cas de troubles cardiaques, dont 4 mortels, chez des malades ayant pris de l'hydroxychloroquine, remède qui peut être pire que le mal. Bonsoir Alexandre Mignon, professeur de médecine, anesthésiste réanimateur à l'hôpital Cochin à Paris et initiateur du projet Covidia, un outil numérique pour mieux relever le défi du confinement. On va en parler longuement. Un mot sur cette chloroquine et son utilisation qui fait polémique depuis des semaines, quasiment depuis le début de l'épidémie.
Mercredi, sur ce plateau, le professeur Berch, ancien directeur de l'Institut Pasteur de Lille, nous expliquait que s'il était atteint du coronavirus, il demanderait à être traité à la chloroquine. Vous-même, vous avez été touché par le Covid-19. Vous y avez pensé à la chloroquine ?
Alors, je pense qu'il n'est pas nécessaire de rajouter de la polémique à la polémique. On est dans une situation grave. Vous le savez, il y a déjà de très nombreux décès en France. Il y a eu beaucoup de faux espoirs créés par ces essais, ou en tout cas les annonces faites par le professeur Raoult. J'ai peur qu'il y ait du désespoir et peut-être demain du déshonneur. Donc, en pratique, à titre personnel, j'ai effectivement, comme vous l'avez rappelé, été souffrant il y a une quinzaine de jours. J'ai eu une forme assez grave. Je ne suis pas allé en réanimation, mais j'ai manqué d'oxygène. Et j'ai fait comme tous mes collègues.
J'ai appelé mes meilleurs amis, mes collègues, pour savoir si je devais en prendre ou pas en prendre. Et je vais vous le dire très simplement, je n'ai pas pris ni de chloroquine, ni d'hydroxychloroquine, ni d'azithromycine. J'ai pris de l'eau fraîche. Je me suis reposé. Je me suis couché sur le ventre. C'est intéressant parce que vous avez vu que beaucoup de nos patients sont couchés sur le ventre quand ils sont en ventilation mécanique.
En réanimation intubée.
En réanimation intubée. Alors je me suis dit, pourquoi pas faire comme ça ? Ça ne fait pas de mal. Et j'ai passé le cap comme probablement. Est-ce que vous avez rapporté tout à fait cohérent ? C'est le cas. Vous le savez, nous avons des règles dans la médecine. Ces règles, on ne peut pas les changer en cours de route.
Et c'est que nous avons à faire des essais contrôlés, randomisés, dans lesquels nous faisons en sorte que des patients le plus identiques possible soient inclus dans des études, qu'ils signent des consentements éclairés, que des comités d'éthique justent que ces études sont acceptables sur le plan de l'éthique médicale, puis ensuite sont tirés au sort pour recevoir en double aveugle ni les patients ni les soignants savent quels médicaments ils reçoivent. Raoul dit que c'est de la bureaucratie tout ça, que ça ne sert plus à rien. Raoul peut-être est en train de transformer le paradigme que nous avions de ce qu'on appelle la médecine basée par l'épreuve, evidence-based medicine.
C'est possible, mais ce n'est pas au milieu du match de football qu'on change les règles. Et donc aujourd'hui, nous avons des règles.
Pourquoi pas changer les règles, mais pas en ce moment ?
Pas en ce moment. Et donc en pratique, pour vous dire, je n'ai pas pris d'hydroxychloroquine et j'ai le plaisir d'être avec vous ce soir.