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Interviewfranceinfo — L'invité éco (sur Site radio)· 29 avril 2025 8 minContradictoireActualité / polémiqueÉconomie & entreprises

Taxer les colis en provenance de Chine : "Dans les faits, c'est juste du flan", estime la Fédération française du prêt-à-porter féminin

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 20 %Attaque 70 %Défensif 10 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:07InvitéFait
    « Dans les faits, c'est juste du flan. »
  • 1:33InvitéPromesse
    « On devrait stopper ces colis définitivement. »
  • 2:04PrésentateurFait
    « Il y a déjà davantage de publicité, notamment de la plateforme Chine, qu'on a pu voir ces derniers jours. »
  • 2:16PrésentateurFait
    « Ça ne peut pas se passer du jour au lendemain. Déjà, vous avez gagné deux ans. »
  • 3:24InvitéPromesse
    « Il n'y a rien, définitivement rien. »

Temps de parole

  • Invité59 %
  • Présentateur41 %

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0:01
Présentateur

Bonsoir à toutes et à tous. La France veut davantage taxer les petits colis en provenance de Chine. Un plan d'action en plusieurs étapes a été dévoilé ce matin par le gouvernement depuis la zone des douanes de l'aéroport de Roissy. Pourquoi maintenant ? Parce que les colis envoyés par les plateformes de vente en ligne Chine et autres Temu seront trois fois plus taxés aux Etats-Unis. A partir de ce vendredi, une décision de Donald Trump qui va entraîner un afflux encore plus important de ces colis en Europe. C'est en tout cas la crainte des autorités françaises. Bonsoir Yann Riveau-Allen. Bonsoir.

Vous êtes à la tête de la Fédération française du prêt-à-porter féminin qui regroupe 130 marques de IKKS à Figaré en passant par Bâche et Cézanne. La France a donc décidé de taper du poing sur la table et propose 1. de taxer les produits vendus par les grandes plateformes dès le premier euro. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui au sein de l'Union Européenne. Et par ailleurs, de renforcer les contrôles aux douanes. Est-ce que c'est une bonne méthode ?

1:02
Invité

Alors sur le papier, ça a l'air d'être une bonne méthode. Dans les faits, c'est juste du flanc.

1:06
Présentateur

Ok.

1:07
Invité

Pour être très clair, aux Etats-Unis, il y a en effet une taxe de 100 dollars qui va être mise sur chacun de ces colis. Sachant qu'un colis en général fait autour de 50 dollars, ça va stopper définitivement toutes ces plateformes. De l'autre côté, on s'excuse de mettre une petite taxe dont on ne sait pas encore le montant pour payer le salaire des douaniers parce qu'ils vont avoir un peu plus de travail.

1:31
Présentateur

Donc le problème, c'est quoi ? C'est que c'est trop compliqué ? C'est abstrait ?

1:33
Invité

Que tout simplement, on devrait stopper ces colis définitivement. On devrait les taxer au minima à la TVA, à la taxe sur les produits importés qu'on doit avoir sur le textile. Et qu'aucune de ces taxes n'existe. Qu'aux Etats-Unis, il y a désormais cette taxe de 100 dollars qui va être mise en place, qui va tout stopper. Et que désormais, il y a toutes ces plateformes qui font deux fois plus de publicité d'ores et déjà sur des plateformes comme Google.

1:57
Présentateur

Effectivement, il y a déjà davantage de publicité, notamment de la plateforme Chine, qu'on a pu voir ces derniers jours. Sauf que ce que vous savez aussi, c'est qu'il y a 27 pays au sein de l'Union Européenne et qu'il faut qu'ils se mettent d'accord au sein des 27 pour pouvoir changer les taxes aux frontières. Donc ça ne peut pas se passer du jour au lendemain. Déjà, vous avez gagné deux ans. A priori, ces taxes vont être mises en place à partir de 2028 et non 2030. On ne va pas entrer dans le détail, mais on sait que ce n'est pas simple.

2:28
Invité

2028. C'est-à-dire, si je reviens en arrière et si je pense à Chine, il y a maintenant trois ans, c'est une société qui faisait à peine 3 milliards de dollars versus 40 maintenant. C'est une société qui faisait à peine quelques millions en France versus 3 milliards maintenant. Donc on peut patienter pendant trois ans. On peut patienter des dizaines de milliers d'emplois encore qui vont être détruits. On peut patienter pour attendre que tous nos centres-villes soient définitivement vides. On peut patienter comme ça toutes ces années. On a cette capacité de pouvoir, ne serait-ce qu'avec la loi anti-fast fashion qui avait été votée il y a un an à l'Assemblée nationale, d'aller vite et fort.

Dans toutes ces mesures, il n'y a pas une seule fois où on rappelle que cette loi doit être votée. Il y a notre ministre de l'Écologie, du ministère de la Transition écologique, qui n'est pas là et qui ne rappelle pas à quel point l'affichage environnemental est une bonne mesure aussi pour pouvoir stopper ces colis. Et donc ce ne sont pas des mesures, ce sont des mesurettes qui ne sont que de la communication pour faire croire qu'on va arrêter cette plateforme vis-à-vis des Etats-Unis. Alors que dans les faits, il n'y a rien, définitivement rien.

3:28
Présentateur

Alors vous ne pensez pas qu'il va y avoir la mise en place d'une taxe dès 2026 ? C'est en tout cas ce qu'ont dit les membres du gouvernement de Bercy, du ministère de l'Économie et des Finances qui se sont déplacés en nombre ce matin à Roissy. Ils ont dit qu'ils n'allaient pas attendre 2028, mais qu'ils allaient mettre en place, là aussi on ne va pas rentrer dans le détail, mais des frais de gestion à partir de l'année prochaine pour qu'il y ait déjà quelque chose.

3:52
Invité

Et sur le papier, ça devrait être 2 euros par colis et 50 centimes par produit. Donc je prends par exemple un colis Chine, à peu près de 50 euros, je vais avoir 5 colis dedans, 5 produits dedans, je vais grosso modo payer 4,50 euros de plus. Donc mon colis va passer de 50 euros à 54,50 euros. Et donc ce n'est pas dissuasif ? Ça ne change strictement rien. De toute façon, ces produits à la fois exploitent les ouvriers qui sont en Chine, qui sont à peine payés 18 centimes par produit fabriqué, ils doivent travailler près de 100 heures par semaine, donc on a de l'exploitation d'un côté, il y a des TVA qui ne sont pas payés, il y a Chine qui a fait 3 milliards d'euros en France l'année dernière.

Je demanderais justement clairement que Chine déclare son chiffre d'affaires, et je suis sûr qu'il déclare beaucoup moins que ce qu'ils font réellement. Donc il y a aussi une fraude fiscale qui est caractérisée. Il y a une capacité à pouvoir polluer à l'infini. 80% de ces produits sont en polyester, et ils finissent sur la plage du Ghana, ou dans d'autres déchetteries. C'est effectivement du plastique. Donc tout explose. Le chômage explose. Et pour cela, on va au maximum mettre une petite mesure où on mettra potentiellement 4 euros de taxes par colis.

5:04
Présentateur

Sachant que les autorités de l'Union Européenne ont dit par la voix du commissaire européen au commerce qu'ils craignaient un véritable tsunami. C'était aussi votre crainte.

5:14
Invité

Et l'État a le devoir de nous protéger, de protéger nos emplois, de protéger la planète, de protéger notre pouvoir d'achat. Et clairement, avec cette suite de mesures, il n'accomplit pas son devoir.

5:26
Présentateur

Sachant que Chine représente déjà plus de 90% des 12 millions de petits paquets quotidiens qui arrivent en Europe. Qu'est-ce que vous dites en parallèle au consommateur qui achète sur ces plateformes ? Un Français sur cinq a acheté des produits de mode sur Chine en 2024, d'après l'Observatoire économique de l'Institut français de la mode. Qu'est-ce que vous lui dites ? Vous lui dites que c'est mal ?

5:49
Invité

Je pense que justement, c'est l'angle qu'il ne faut jamais prendre. Est-ce qu'on reproche à un alcoolique de boire ? Est-ce qu'on reproche à un fumeur de prendre trop de cigarettes ? Non. Ces plateformes déclenchent des addictions. Ces plateformes, avec leur prix ridicule, avec leur capacité de faire des surinvestissements publicitaires, avec leur capacité de nous faire passer des heures sur leur plateforme, nous mettent dans des bulles cognitives qui nous empêchent de réfléchir quand on achète.

6:15
Présentateur

Donc il n'y a pas de responsabilité de la part du consommateur, à votre avis ?

6:19
Invité

Il n'y a surtout pas à en avoir. C'est du devoir de l'État de nous protéger, et non pas de chacun des consommateurs, d'avoir de son côté des bons gestes. Pourquoi est-ce que le consommateur devrait être responsable quand l'État ne l'est pas ?

6:31
Présentateur

Que qu'attendez-vous de l'État ? Vous avez parlé de la mise en place, l'entrée en vigueur de cette loi sur la fast fashion. Qu'est-ce qu'il peut faire concrètement aujourd'hui, le gouvernement français, tout seul, puisque, je le répète, les droits de douane sont de la responsabilité de l'Union européenne ?

6:48
Invité

Reprenons les mesures qu'il peut y avoir dans la loi. Un, interdiction de la publicité. Si on stoppe la publicité, on stoppe justement le carburant de ces véhicules, de ces plateformes, et donc, ils ne pourront plus avoir de croissance.

6:59
Présentateur

Mais pour quel motif ?

7:00
Invité

Parce qu'on décrète que ce sont des produits qui font de l'ultra fast fashion, et comme c'est de l'ultra fast fashion, on décide qu'on va interdire la publicité. Le deuxième point, c'est qu'il y a un système de bonus-malus, qui est basé sur l'affichage environnemental, malus que devront payer ces plateformes parce que leurs produits sont de faible qualité, et qui iront justement dans un bonus pour pouvoir aider les marques françaises à inibler ou à recycler les produits.

7:25
Présentateur

Dernier mot, si vous le voulez bien, est-ce que vous avez une idée du nombre d'emplois détruits par ces plateformes ?

7:31
Invité

Je peux vous dire que déjà, ces trois dernières semaines, ces six ans d'emplois qui ont été détruits, à la fois chez CEA et chez Caporal, qui a dû fermer définitivement le rideau.

7:39
Présentateur

Entreprise marseillaise ?

7:41
Invité

Tout à fait. Donc on a plusieurs milliers d'emplois, en effet, qui ont été détruits ces deux dernières années, et on voit clairement que ça continue.

7:47
Présentateur

Merci beaucoup Yann Riveau-Allen, président de la Fédération française du prêt-à-porter féminin. Vous étiez l'invité éco de France Info ce soir.