Lucie Castets : "Je demande au Président de me nommer Première ministre"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %
Questions et réponses
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- 0:58OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que vous vous êtes dit en entendant Macron balayer votre candidature ?
- 1:44FerméeRéponse directe
Vous attendiez vraiment à ce qu'il vous nomme Premier ministre en direct hier soir ?
- 2:11RelanceÉludée
Vous comprenez qu'il n'a aucunement l'intention de vous nommer à Matignon ?
- 2:45OuverteRéponse directe
C'est un hasard si le NFP a sorti votre nom une heure avant l'interview de Macron ?
- 2:56OuverteRéponse directe
Est-ce que vous pourriez être celle qui tend la main à gauche, à droite pour un gouvernement de coalition ?
- 4:05OuverteRéponse directe
Avec qui vous pourriez aller trouver une majorité ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:01Invité politiqueFait
« Je me suis dit que l'inconséquence du président de la République était inquiétante. »
- 1:17Invité politiqueFait
« Le déni de démocratie en refusant d'appeler la formation politique qui est arrivée en tête aux élections est grave. »
- 1:24Invité politiqueFait
« C'est un rejet de la politique du gouvernement, du gouvernement sortant. »
- 1:42Invité politiquePromesse
« Je demande maintenant au président de la République de prendre ses responsabilités et de me nommer Premier ministre. »
- 2:22Invité politiqueFait
« Mon objectif est clair, c'est éviter la paralysie. »
- 3:11Invité politiqueFait
« Celle qui tend la main et qui est capable de rassembler, je pense que c'est ce pourquoi ma candidature a été choisie par les forces du nouveau Front populaire. »
- 3:32Invité politiqueFait
« Il n'y a pas de coalition possible entre des personnes qui pensent qu'il faut financer davantage les services publics et ceux qui pensent qu'il est urgent de réduire les moyens. »
- 4:24Invité politiqueFait
« Ce qu'on dit, c'est que le programme du nouveau Front populaire est notre base. »
- 5:16Invité politiqueFait
« On va aller chercher des coalitions. »
- 7:04Invité politiqueFait
« Notre base de départ c'est le programme du nouveau Front populaire. »
- 8:04Invité politiqueFait
« Nous souhaitons engager un changement de méthode. »
- 8:53Invité politiqueFait
« C'est un immense défi que j'accepte avec responsabilité. »
- 10:01Invité politiqueFait
« Je ne suis d'aucune tendance et c'est pour ça, je pense que le consensus a pu se faire autour de mon nom. »
- 12:17Invité politiqueFait
« Nos premières priorités, c'est vraiment d'acter un changement de cap programmatique pour la France. »
- 12:25Invité politiqueFait
« Parmi ces premières priorités, il y a l'abrogation de la réforme des retraites, car c'est une réforme injuste. »
Temps de parole
- Lucie Castets55 %
- Présentateur34 %
- Auditeur5 %
- Auditeur 24 %
- Auditeur 33 %
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C'est donc sur son nom que le nouveau Front Populaire a fini par s'entendre pour le poste de Première Ministre. Et c'est à France Inter qu'elle accorde ce matin sa première interview. Un nom que vous ne connaissiez sans doute pas, vous qui nous écoutez avant hier soir. Lucie Castet, bonjour. Bonjour. 37 ans, énarque, haute fonctionnaire en charge des finances de la ville de Paris, engagée pour la défense des services publics au sein d'un collectif Nos Services Publics, dont vous êtes coporte-parole et cofondatrice. Je brosse donc votre portrait à grands traits encore une fois, puisque les Français qui nous écoutent vont pour beaucoup faire connaissance avec vous ce matin.
Ils peuvent vous poser comme d'habitude toutes leurs questions au 01 45 24 7000 et sur l'application de France Inter avec le bouton réagir. On va parler, Lucie Castet, évidemment de votre profil, de votre projet. Mais d'abord, vous avez entendu Emmanuel Macron hier soir balayer votre candidature en direct une heure à peine après le communiqué du nouveau Front Populaire. Ce n'est pas le sujet, a dit le président de la République. Qu'est-ce que vous vous êtes dit en l'écoutant ?
Je me suis dit que l'inconséquence du président de la République était inquiétante. Le déni de démocratie en refusant d'appeler la formation politique qui est arrivée en tête aux élections est grave, dans un contexte où les Français se sont mobilisés massivement pour faire barrage au Rassemblement National. Et les résultats des élections sont absolument clairs. C'est un rejet de la politique du gouvernement, du gouvernement sortant. Et c'est la demande d'une nouvelle orientation politique, d'une rupture pour le pays. Service public, pouvoir d'achat, justice fiscale, écologie. C'est très clair. Le moment est grave, mais je pense qu'un espoir est levé. Je suis prête, nous sommes prêts.
Je demande maintenant au président de la République de prendre ses responsabilités et de me nommer Premier ministre.
Vous attendiez vraiment à ce qu'il vous nomme Premier ministre en direct hier soir ? Vous y croyez vraiment ?
Nous croyons vraiment qu'il est temps de prendre ses responsabilités, que le moment est grave et qu'on ne peut pas ajourner ce type de décision.
Emmanuel Macron assure, lui, que le gouvernement qui a démissionné mais qui reste pour gérer les affaires courantes sera en place au moins jusqu'à la fin des Jeux Olympiques le 11 août. Peut-être même, il le laisse entendre jusqu'à la fin des Paralympiques le 8 septembre. Vous comprenez qu'il n'a aucunement l'intention de vous nommer à Matignon, ni aujourd'hui, ni jamais ?
Je ne sais pas. Seul lui le sait et probablement qu'il saura faire preuve de responsabilité. Mon objectif est clair, c'est éviter la paralysie. Il faut être responsable. Nous sommes responsables avec le nouveau Front populaire et il me semble que les électeurs ont envoyé un message clair en faveur d'un changement de cap. Et donc on ne peut pas rester dans la paralysie de cette façon comme le propose Emmanuel Macron.
Juste une parenthèse, c'est un hasard si le nouveau Front populaire a envoyé son communiqué et sorti votre nom une heure avant l'interview du chef de l'État ?
Il faudra leur demander, mais j'imagine que ce n'est pas un hasard. Le timing était opportun. Encore une fois, il s'agit d'inviter le président de la République à prendre ses responsabilités. Il n'y a pas de difficulté là-dessus.
Ce qu'il dit Emmanuel Macron, c'est qu'il faut entendre le message de ceux qui, après le barrage au Rassemblement national, d'après lui, veulent que les forces républicaines se mettent d'accord. Est-ce que vous pourriez être celle qui tend la main à gauche, à droite pour un gouvernement de coalition, d'union, peu importe comment on l'appelle ?
Celle qui tend la main et qui est capable de rassembler, je pense que c'est ce pourquoi ma candidature a été choisie par les forces du nouveau Front populaire. Donc, tend la main dans le cadre du nouveau Front populaire et aussi, évidemment, aux forces vives de la nation, à la société civile, bien sûr. En revanche, j'ai toujours pris au sérieux les désaccords politiques. Il n'y a pas de coalition possible entre des personnes qui pensent qu'il faut financer davantage les services publics et ceux qui pensent qu'il est urgent de réduire les moyens.
Il n'y a pas d'accord possible entre ceux qui veulent que chacun paye sa juste part d'impôt et ceux qui proposent plutôt des allègements d'impôt aux personnes les plus favorisées, etc. Il y a, une chose est claire, une coalition avec le camp présidentiel est impossible du fait de nos désaccords profonds et je pense que ça n'est pas ce qu'attendent les électeurs qui ont placé, encore une fois, le programme de rupture du nouveau Front populaire en tête des dernières élections.
Mais, coalition avec d'autres, alors peut-être, vous êtes à, le nouveau Front populaire avec 193 députés est à une centaine de sièges de la majorité absolue. Alors, avec qui vous pourriez aller trouver une majorité ? Ou est-ce que vous dites, comme d'autres, comme Jean-Luc Mélenchon, par exemple, c'est le programme, rien que le programme et tout le programme du nouveau Front populaire et aucune concession ?
Ce qu'on dit, c'est que le programme du nouveau Front populaire est notre base. Il a mis d'accord toutes les forces de gauche de ce pays. C'est un exploit. Je souhaite quand même qu'on le reconnaisse. C'est très important. Ensuite, il s'agira de convaincre à l'Assemblée pour faire adopter ces mesures.
C'est la base ? Ça veut dire que vous êtes plus souple ?
Ce n'est pas forcément tout le programme ? On avance, on construit au fur et à mesure. Ce n'est pas une question de souplesse. C'est la base. C'est notre base. Nous nous sommes mis d'accord là-dessus. C'est notre base de travail. Ensuite, nous savons que c'est compliqué. Nous n'avons aucun doute sur le fait que c'est compliqué puisque nous sommes bien conscients que nous n'avons pas de majorité absolue. Donc, nous allons travailler ensemble. L'idée, c'est de convaincre texte après texte, loi après loi. On va chercher des accords. Et d'ailleurs, ce changement va opérer une modification de méthode qui est absolument importante par rapport à ce que faisait le gouvernement actuel.
On va aller chercher des coalitions. Et je pense qu'il y a des sujets, notamment les services publics. Je me permets de parler de ces sujets parce qu'ils me tiennent particulièrement à cœur. Je pense que le délitement des services publics a fait partie de ce qui a nourri les votes pour le Rassemblement national. Et donc, je pense que les sujets, par exemple liés aux services publics, peuvent rassembler très largement. Et les députés, hors du Nouveau Front Populaire, prendront leur responsabilité à ce moment-là lorsque nous proposerons des textes de nature à améliorer le fonctionnement des services publics.
Lucie Casté, candidate présentée par le Nouveau Front Populaire et proposée à Emmanuel Macron pour ce poste de Première Ministre. Au Standard de France Inter, Daniel a une question pour vous. Bonjour Daniel.
Bonjour à vous tous. Voilà, moi je vous entends, mais en même temps je suis un peu surpris. Il est clair que vous n'avez pas la majorité si vous êtes désigné, donc vous ne pouvez pas être désigné s'il n'y a pas d'accord avec d'autres. Moi je ne comprends pas pourquoi vous voulez faire un accord texte par texte plutôt qu'un accord qui contiendrait l'essentiel du programme du Front Populaire, mais qui serait le résultat d'une concession comme ça se fait dans tous les pays d'Europe. Il n'y a pas de surprise là-dessus, ça peut être long, mais est-ce qu'on ne peut pas arriver à discuter sur des bases ?
Moi je pense clairement que c'est ce que les électeurs ont demandé et en tout cas ce que je demande, je suis un électeur de gauche.
Donc des alliances avec d'autres partis Daniel ? Oui bien sûr. Merci beaucoup votre réponse Lucie Castet. Est-ce que vous êtes prête, comme le dit Daniel, à former un gouvernement avec d'autres qui ne seraient pas issus justement des rangs du nouveau Front Populaire ?
Alors déjà je ne suis pas du tout en opposition avec ce que vous venez de dire, Daniel, la question est très pertinente, mais je pense l'avoir dit, notre base de départ c'est le programme du nouveau Front Populaire, ensuite si des députés, c'est des personnalités politiques mais aussi des personnalités de la société civile souhaitent nous rejoindre sur la base de ce programme. Donc en accord avec ce programme, nous serons évidemment constructifs et on acceptera ça.
En revanche, je l'ai dit, il y a des désaccords politiques profonds entre nous, entre notre programme et celui de la majorité présidentielle actuelle et donc il ne me semble pas possible de faire ce type d'accord s'ils ne souhaitent pas venir vers nous.
Mais s'ils ne viennent pas de la majorité, s'ils ne viennent pas de la droite, s'ils ne viennent pas du Rassemblement National, ils viennent d'où ?
C'est pour ça que je dis, on partira de notre programme et ensuite on construira des accords sujet après sujet. Je pense que, par exemple, les sujets écologiques qui sont absolument déterminants pour l'avenir de notre nation devront faire l'objet d'accords et je pense que nous pourrons trouver des accords larges à l'Assemblée sur ce sujet et encore une fois, les députés prendront leur responsabilité à cet égard. Mais ce sur quoi je souhaite insister, c'est quand même que nous souhaitons engager un changement de méthode.
Depuis plusieurs années, nous assistons à une pratique du pouvoir extrêmement verticale, un Parlement méprisé, un président qui décide souvent seul et un dialogue social au point mort. Lorsqu'on parle de fédérer et d'aller chercher largement des positions et des accords, c'est aussi avec ces acteurs-là, aussi avec les syndicats, aussi avec la société civile. Et ce que nous proposons donc avec le nouveau Front populaire, c'est un changement de cap avec un changement de méthode. Nous allons renouer le dialogue avec les syndicats, avec les associations et nous allons redonner au Parlement son rôle central dans notre démocratie.
Alors on va prendre le temps de parler de vos convictions, de votre profil, de vos priorités, si vous étiez nommé à Matignon. Mais d'abord, pour revenir sur cette décision, à aucun moment, au moment d'accepter, vous ne vous êtes dit que vais-je donc faire dans cette galère ?
Non, ce n'est pas comme ça que ça se pose. C'est un immense défi que j'accepte avec responsabilité. Et je pense qu'il y a tout à faire. Mais mon approche est bien sûr collective. Et c'est un engagement que je suis honorée d'accepter.
Et vous comprenez pourquoi ? Est-ce que vous le savez ? Comment vous avez réussi à mettre d'accord après 17 jours de négociations tendues les partenaires du NFP, en particulier les socialistes et les insoumis ?
Je pense que c'est à eux qu'il faudrait leur poser cette question. Ce qui est sûr, c'est que moi, je ne viens pas d'un de ces partis. Donc j'ai une personnalité à part, hors du monde politique. Et je pense que mes convictions pour la défense des services publics ont joué beaucoup dans cette désignation.
Vous n'êtes pas une politique professionnelle, c'est vrai. Bon, on dit que vous venez de la société civile, ce qui veut tout et rien dire. Mais en l'occurrence, vous êtes ancienne élève de l'ENA. Vous êtes haut fonctionnaire. Vous travaillez avec Anne Hidalgo à Paris. Vous avez tout de même une expérience électorale d'engagement partisan en 2015 sur la liste de Nicolas Maillard-Rossignol aux élections régionales en Normandie. Vous êtes plutôt tendance socialiste ?
Je ne suis d'aucune tendance et c'est pour ça, je pense que le consensus a pu se faire autour de mon nom. Aujourd'hui, je ne représente aucune tendance parmi le nouveau Front populaire. J'adhère totalement au programme du nouveau Front populaire. Et je suis une femme de gauche engagée.
Je reviens sur ce profil. 37 ans, donc vous êtes jeune. Vous êtes issue de l'ENA. Vous venez, encore une fois, selon la définition qu'on met derrière cela, de la société civile. C'est un profil qui pourrait correspondre aux macronistes de 2017. Ça pourrait éventuellement rassurer certains ?
Je ne sais pas si ça rassurera les macronistes. Mon sujet, c'est de susciter l'adhésion des Français pour un programme qu'on mettra en œuvre collectivement. C'est vraiment ça ma priorité.
Je vous pose la question parce que vous dites vous-même j'ai un profil technique qui pourrait correspondre aux aspirations du président de la République.
J'ai un profil qui est à la fois technique et à la fois de citoyens engagés. Mon profil technique, oui, j'ai exercé des responsabilités au ministère des Finances et à la cellule de lutte contre le blanchiment des capitaux et la criminalité financière. Mais j'ai aussi un engagement extrêmement sincère et actif dans le milieu associatif, en particulier dans le domaine de la défense des services publics.
Parlons donc du projet que vous voulez porter. Vous avez dit que la base c'était le programme du nouveau Front populaire. On va essayer de rentrer dans le détail. Et d'ailleurs, je crois qu'au standard de France Inter, Santiago, vous voulez vous poser une question à ce sujet. Bonjour Santiago.
Oui, bonjour.
On vous écoute.
Alors, bon, déjà, j'espère que vous serez bientôt nommés premiers ministres. C'est complètement délirant que Macron appelle des élections anticipées juste avant les JO et après ils disent « Non mais attendez, on fait très olympique ». Je trouve ça ridicule. Mais bref, si vous êtes nommé premier ministre, ce que je me demandais, c'était par quoi est-ce que vous commencez dans le programme et surtout, comment est-ce que vous mettez en œuvre telle ou telle mesure ? Est-ce que vous utilisez les décrets ? Est-ce que vous soumettez au vote à l'Assemblée pour trouver des majorités de cas par cas ? Est-ce que des textes passés par 49.3 peuvent être annulés aussi par 49.3 ?
Pendant quelle ordre vous comptez aller ?
Merci Santiago. D'abord, votre toute première priorité, Lucie Castel, pour répondre à la première question, Santiago.
Alors, nos premières priorités, c'est vraiment d'acter un changement de cap programmatique pour la France. Parmi ces premières priorités, il y a l'abrogation de la réforme des retraites, car c'est une réforme injuste. Il y a la...
On peut peut-être, pardon, répondre à Santiago justement sur la méthode. Mathilde Panot, ici même, chef des députés insoumis hier matin, nous a annoncé le dépôt d'une proposition de loi d'abrogation de cette réforme des retraites à 64 ans. Alors, est-ce que vous passez par l'adoption de cette proposition de loi en essayant de convaincre d'autres députés pour la faire adopter ? Est-ce que vous passez par décret, qui est aussi une option qui a été évoquée au nouveau Front populaire ou par 49.3 ? Comment vous faites ?
Sur la méthode, on est encore en train de travailler dessus, précisément sur l'abrogation de la réforme des retraites. La priorité, c'est d'abord d'abroger le texte et ensuite, il faudra donner la main aux partenaires sociaux. Et j'insiste vraiment là-dessus, c'est la façon dont on conçoit l'exercice du pouvoir. Il faudra donner la main aux partenaires sociaux, notamment pour une conférence de financement, pour savoir comment on financera l'abrogation de la retraite à 64 ans. Et puis, il faudra remettre certains sujets sur la table, notamment le sujet de la pénibilité du travail, des petites retraites, etc.
Et ça, ça doit passer par des discussions, encore une fois, avec les forces vives et les partenaires sociaux. Et donc, il faudra se donner le temps de construire cette réforme des retraites une fois l'abrogation actée.
Donc, abrogation de la réforme des retraites, revalorisation des salaires, SMIC à 1600 euros, priorité aussi ?
La priorité, c'est la revalorisation des salaires dans leur ensemble pour qu'on puisse vivre correctement de son travail. Ça comprend le SMIC, oui, mais aussi le point d'indice des fonctionnaires. Et j'insiste vraiment beaucoup là-dessus parce que ça me tient particulièrement à cœur. Aujourd'hui, on a un service public qui est totalement désaffecté. Il n'y a plus de... Les concours de la fonction publique n'attirent plus. Et ça n'est pas seulement une question de salaire, c'est aussi une question de conditions de travail, mais beaucoup quand même de moyens.
Pour vous donner un exemple, à l'issue de la campagne de recrutement de cette année pour les enseignants, il y a près de 3200 postes qui ne sont pas pourvus dans le primaire et le secondaire. Très concrètement, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que les enfants qui vont arriver à l'école en septembre n'auront pas tous un enseignant face à eux. Donc ça, c'est extrêmement important.
Sur les services publics, qui est votre cheval de bataille, je l'ai dit notamment autour de ce collectif Nos Services Publics, dont vous êtes la cofondatrice, l'éducation reste le premier poste de dépense de l'État. La justice bénéficie aujourd'hui d'un budget historiquement haut. Vous parliez des enseignants, il y a eu des primes qui ont été mises en place pour les enseignants. Il y a eu le Ségur de la santé pour l'hôpital. Est-ce que c'est une question de moyens ? Est-ce que c'est une question de politique ? Vous dites qu'Emmanuel Macron n'a aucun bilan là-dessus ?
Alors, c'est à la fois une question de moyens et aussi une question de vision. S'agissant des moyens, oui, les moyens ont augmenté très à la marge, mais il est maintenant documenté très largement que les moyens sont insuffisants pour répondre aux besoins de nos concitoyens. On le voit chaque jour à l'hôpital, dans les cours de justice, on le voit chaque jour à l'école. Ça, c'est absolument incontestable. Mais aussi, c'est une question de vision. Progressivement, on a détruit le sens du service public et on a privé le service public de son objectif principal qui est servir le public, qui est répondre aux besoins des gens. Ça passe par une survalorisation du fonctionnement du secteur privé.
Ça passe par une externalisation massive de certaines missions, dont des missions qui étaient entièrement dévolues avant à l'État, notamment des prestations intellectuelles. On a vu la polémique McKinsey qui a été extrêmement documentée. Donc, je pense que c'est à la fois une question de moyens et à la fois une question de vision sur la place qu'on veut donner aux services publics dans notre pacte social. Et je pense que les gens attendent massivement un retour des services publics dans notre société.
Question, justement, Lucie Castet de Lisa. Bonjour, Lisa. Oui. Nous écoutons votre question pour la candidate au poste de première ministre présentée par le Nouveau Front Populaire. Bonjour.
Bonjour. Lucie Castet, qui lutte contre la criminalité financière et pour la restauration des services publics comme premier ministre, c'est un immense espoir. On a eu une suppression de 75 000 lits d'hôpitaux en 16 ans, 17 000 depuis 2017. Macron a supprimé 4 000 emplois de contrôleurs fiscaux. Chaque contrôleur redresse 10 firmes par an et rapporte des dizaines de fois son salaire à Bercy. Je ne comprends pas très bien. Que peut Mme Castet face aux 80 milliards d'évasion fiscale et 120 milliards de corruption selon Anticor ? Et pour rappel, il y a 300 économistes dont Thomas Piketty, Gabriel Zuckman qui disent que le programme économique du Front Populaire est le meilleur.
Merci.
Merci Lisa pour cette question et ces remarques qui vont sans doute faire plaisir à Lucie Castet mais quand même une question de fond. Vous qui êtes engagée aussi sur la lutte contre la fraude financière, comment vous faites pour récupérer ces milliards d'évasion fiscale ?
Merci pour cette question qui en effet me tient beaucoup à cœur et je pense que vous touchez là un élément central de la vie en collectivité. La fraude fiscale des particuliers et la fraude fiscale des grandes sociétés sont des phénomènes d'ampleur. Alors en France, on n'a pas de calcul précis de ces phénomènes mais on estime que en fourchette grossière entre 7 et 27 milliards d'euros la fraude pour les particuliers et à peu près 25 milliards d'euros la fraude pour les grandes entreprises. Donc c'est massif. Ce sont des montants massifs.
Vous l'avez très bien souligné Madame, les effectifs ont été de plus en plus réduits en matière de lutte contre la fraude fiscale et même des rapports d'inspection interne à l'État montrent qu'en matière de lutte contre la criminalité financière de grande ampleur, la criminalité dite à col blanc sont insuffisants pour faire face à l'ampleur du problème. Et donc il faut à la fois se fixer un objectif politique clair qui est on lutte pour faire revenir des recettes dans les caisses de l'État mais aussi parce qu'il s'agit d'un enjeu de justice sociale et de justice fiscale et il est absolument fondamental de montrer aux gens que l'on lutte efficacement contre ces phénomènes.
En parlant de justice fiscale, il faut le financer ce programme. La France aujourd'hui a 1000 milliards d'euros de dettes. Comment vous le financez ? Sur qui vous augmentez les impôts ?
Alors effectivement, il faut financer et c'est d'ailleurs tout l'intérêt du programme du Nouveau Front Populaire. On fait souvent le procès en responsabilité et en compétence à la gauche. Je pense que le gouvernement à cet égard a un bilan extrêmement négatif. Le gouvernement a réduit massivement les recettes qui rentraient dans les caisses de l'État pour financer notamment les services publics et c'est pour ça qu'on se retrouve dans cette situation. A l'inverse, le programme du Nouveau Front Populaire propose d'intégrer et de faire rentrer des recettes grâce à une réforme fiscale de grande ampleur. Et sur qui ?
Les personnes les plus riches, les grandes entreprises, rétablissement d'un ISF, étalement de l'impôt de manière plus juste, donc contribution plus juste des gens en fonction de leurs moyens.
Et puisqu'on parle des finances, vous êtes directrice des finances de la ville de Paris depuis octobre 2023. Auparavant, vous étiez conseillère d'Anne Hidalgo en charge des questions budgétaires. Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui disent que vous n'êtes pas une candidate sérieuse puisque la ville de Paris va avoir l'année prochaine 10 milliards d'euros de dette ?
Alors, je réponds tout d'abord que la dette de la ville de Paris n'a aucune commune mesure avec la dette de l'État français et que donc il n'est un peu ironique d'entendre des leçons de la part des personnes qui sont responsables de la dette de l'État français. D'autre part, je suis fière d'avoir participé au financement de projets à très long terme qui vont améliorer la vie des gens, la vie des Parisiens et des Parisiennes, notamment en matière d'écologie. Donc, c'est fondamental.
Et enfin, il est important de souligner qu'aujourd'hui, les collectivités territoriales dans leur ensemble sont dans une situation financière et budgétaire extrêmement problématique du fait des politiques mises en oeuvre par le gouvernement sortant.
Un dernier mot, Lucie Castet, tout dernier mot, question de Catherine sur l'application de France Inter. Qu'est-ce que vous ferez si le président continue de refuser votre candidature ?
Nous continuerons à mettre la pression sur le président pour qu'il tienne compte du verdict des urnes et nous comptons aussi sur la société pour nous aider à pousser cet élan puisqu'un espoir est né et il faut maintenant le concrétiser.
Merci d'avoir accordé ce matin à France Inter Lucie Castet votre première interview en tant que candidate présentée par le nouveau Front populaire pour ce poste de première ministre.
Merci à vous.
Lucie Castets