Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewJean-Luc Mélenchon (sur YouTube)· 9 novembre 2022 28 minAutoproduit

#RDLS160 - Macron sacrifie la jeunesse, Élections aux États-Unis, COP 27

Source d'origine 1 locuteur

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour, c'est la 160e revue de la semaine. Vous êtes 804 000 à être abonnés et chaque semaine vous êtes 1 000 de plus. Allez, le générique. Je commence par parler de la situation des étudiants d'une manière générale, en ciblant particulièrement sur ceux qui font des études supérieures. Parce que je dis les étudiants en général, je devrais normalement mettre dedans les jeunes gens qui sont en lycée professionnel et en BTS parce qu'eux aussi connaissent une situation sociale extrêmement tendue et très défavorable. Alors les étudiants, eux, il faut bien comprendre d'abord l'importance que ça a pour une société que sa jeunesse soit la plus éduquée possible.

Parce qu'évidemment, dans les conditions de fonctionnement actuelles de la production et de l'échange, les niveaux de qualification nécessaires pour faire les métiers, aussi bien pour produire que pour échanger que pour vendre, sont de plus en plus élevés. D'où l'importance des diplômes professionnels et de leur contenu. Qui plus est, on est dans un moment où on va essayer de faire, je l'espère pour finir, une bissurcation écologique. C'est-à-dire qu'il va falloir changer les process de production, les matières premières, la manière de faire. Et il va falloir s'avancer dans des domaines qui jusque-là étaient assez à la marge.

Je prends un exemple que j'ai déjà évoqué devant vous, qui est celle du biomimétisme, qui consiste à recopier les méthodes que la nature utilise pour faire ce qu'elle a à faire. Car il se trouve que la nature économise au maximum l'énergie, elle utilise le moins possible d'énergie et elle utilise le moins de matières possibles pour déployer tous ces effets, qui sont les effets du vivant. C'est quand même assez remarquable de diversité et d'efficacité pour qu'on s'y intéresse. Ça a mis plus de presque 4 milliards d'années d'évolution pour parvenir à se mettre au point.

Donc tout ça pour vous dire, plus les gens sont éduqués, plus vous avez une chance que leur savoir leur permette de découvrir de nouvelles méthodes, de nouvelles façons de faire. Et il y en a besoin plus que jamais. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les étudiants, d'une manière générale, mais surtout tous ceux qui sont dans des branches de qualification professionnelle, ont toujours stimulé l'appétit du capital. Comment transformer ça en marchandise ? Et ce besoin, comment le marchandiser ? Et dans plein de pays du monde, depuis qu'il y a la vague néolibérale, il y a eu des tentatives pour faire en sorte que l'enseignement public recule au profit d'enseignements privés.

Alors, quelle est la caractéristique de l'enseignement privé ? Le sujet ici, ce n'est pas de savoir s'il est religieux ou pas, quoique c'est son importance, c'est de voir comment, en faisant de l'enseignement privé, vous n'avez tout simplement pas le choix. Si vous n'avez que ça, vous y allez et vous payez. Vous vous payez vous-même votre éducation, ce qui permet à l'État d'en faire l'économie. Voilà, et leur idée, comme toujours, c'est moins d'État, plus de marché. Dans le domaine des étudiants, il ne faut absolument pas croire que ce serait une fatalité, ou bien c'est parce que tout d'un coup, il y aurait trop de jeunes gens qui voudraient faire des études supérieures.

On connaît la rengaine, c'était mieux avant, les diplômes ne sont pas sérieux aujourd'hui, etc. Tout ça, c'est des histoires. En fait, on a besoin qu'il y ait le plus de monde possible dans l'enseignement supérieur, pour les raisons que j'ai évoquées il y a un instant. Et notre pays a été capable proportionnellement d'accueillir une quantité considérable d'étudiants dans le passé. Et c'est ce qui nous a permis d'avoir le niveau de performance technique et celui de notre pays, qui est une grande nation jusqu'à présent technicienne et industrielle. Donc, il n'y a pas de hasard.

C'est de manière méthodique, volontaire, qu'a été imaginé l'appauvrissement généralisé des étudiants, leur inconfort dans l'enseignement public, pour stimuler le marché du privé de deux manières. Un, vous allez quelque part, et c'est de plus en plus payant, notamment quand c'est de l'université privée, et c'est de plus en plus cher. Et deuxième élément, qui n'est pas le moindre, c'est que de cette manière-là, le système financier achète votre futur. Comment fait-il ? Ben, vous faites des prêts. Il vous fait des prêts, il vous prête de l'argent, parce que vous n'avez aucun autre moyen d'arriver à suivre vos études, de payer les frais d'inscription et de survivre.

Et c'est comme ça que la machine à fabriquer du savoir devient une machine à produire de l'argent. Ces méthodes ont été développées dans tous les pays anglo-saxons et ont servi de modèle à la pauvre intelligence des technocrates et des affairistes français, qui en général n'imaginent rien, n'inventent rien, ils recopient le pire de ce qu'ils voient de tous les côtés. Et donc, en France, on est parti dans cette logique. Mais les pays où ça a été appliqué, c'est la cata.

D'abord parce que progressivement, il y a moins de monde qui va faire des études supérieures, donc vous avez de plus en plus de gens qui sont bloqués à des niveaux intermédiaires qui ne leur permettent pas ni de proposer, ni de s'adapter à l'évolution des techniques de la production et de l'échange, et il y aura encore moins de les changer pour les rendre écologiquement supportables. Ensuite, parce que les jeunes gens qui, au début, se sont jetés sur les prêts, ben, ça s'est raconté, et tout le monde voit qu'ensuite, pendant toute votre vie, vous remboursez les emprunts que vous avez fait en tant qu'étudiant.

Alors ça, c'est pour le système financier, c'est le paradis qui commence, parce qu'ils vous ont acheté votre futur, en quelque sorte, en vous endettant, et puis pour rembourser la dette, ensuite, quand vous êtes au travail ou quand vous êtes dans la production, eh ben, on vous consacrait de plus en plus d'argent, et d'ailleurs, comme vous n'en avez pas assez, vous en empruntez, et c'est comme ça que, dans des pays comme aux États-Unis ou ailleurs, les gens ont plusieurs cartes de crédit, qui leur donnent accès à plusieurs crédits, justement, et leur vie consiste à jongler d'un compte avec l'autre pour cocher les différentes cases de remboursement.

Au point qu'aux États-Unis d'Amérique, la dette étudiante est devenue une menace directe sur le capitalisme, parce qu'elle est extrêmement importante, et que pour peu que les défaillances s'accumulent dans ce domaine, elle pourrait précipiter tout le système par terre. Et c'est pourquoi la gauche de la vie politique américaine, et puis les secteurs concernés du parti démocrate, bon, c'est pas glorieux, mais enfin, ça existe, a obtenu qu'une partie de la dette étudiante soit annulée par Joe Biden, sous la pression de l'équipe de Sanders et compagnie.

Mais bon, c'est considéré comme intéressant, parce que ça a eu lieu, mais c'est résiduel par rapport à la masse que représente la dette étudiante, et le poids de cette dette étudiante sur des gens qui sont plus étudiants, parce qu'ils sont passés d'étudiants à dans la vie active. Donc, les jeunes gens qu'on voit en France, la crise qu'on voit, dites-vous bien ça, c'est fait de propos délibérés, de manière à ce que vous entriez dans la machine à déchiqueter du néolibéralisme. Alors, le résultat, vous le connaissez, 50% des jeunes gens travaillent pour payer leurs études, mais ils sont pris là, parce que c'est de plus en plus dur.

Parce qu'évidemment, le travail qu'ils sont en état de faire, c'est celui que d'autres personnes ne font pas. Et si c'est eux qui le font, c'est parce que c'est à vie le prix, parce que c'est mal payé, parce que c'est des conditions acrobatiques, parce que c'est des horaires acrobatiques. Et ça vous donne, non seulement 50% des jeunes gens qui travaillent, mais 97% d'entre eux qui ne mangent pas à leur faim, en tout cas qui ne mangent ni poisson ni viande, alors on peut se dire, tant mieux, comme ça ils sont devenus végétariens de force.

Mais franchement, si je vous mentionne le poisson et la viande, ce n'est pas ce que ça veut dire, que c'est globalement une nourriture qui est en déficit de protéines, d'autant que, comme vous le savez, du repas protéiné qui ne soit pas carné, ce n'est pas souvent qu'on en propose en France. Et ça fait partie des bifurcations alimentaires qu'il va falloir prendre, et le plus tôt sera le mieux. Et alors, à l'initiative de Louis Boyard et du groupe parlementaire insoumis, vous avez une tournée des facs qui est en train de se faire. Alors l'autre soir, c'était à Montpellier, il y a quand même 250 étudiants qui étaient rassemblés là.

Les députés vont à la rencontre, et puis il ne faut pas que de rencontrer, écouter, etc. Tout ça, bien sûr, ça a lieu, mais c'est pousser les gens à l'action, faites quelque chose. Si vous ne vous défendez pas, alors pour vous défendre, c'est compliqué. Parce que beaucoup d'entre vous, il faut qu'ils travaillent aussi, il faut qu'ils aillent au boulot. Ils ont peu de temps, après, entre le temps qu'ils passent au travail, il y a le temps qu'il faut passer aux études. Mais depuis quand la lutte, ça a été simple ? Ça n'a jamais été simple.

Mieux vaut agir que d'être là, de subir et d'être bouffé comme ça, à petit feu, jusqu'au moment où vous craquez parce que vous n'en pouvez plus, ou bien jusqu'au moment où les conditions dans lesquelles vous vivez, soit parce que vous devez travailler beaucoup, soit parce que c'est des conditions qui sont éreintantes, et bien font que vous ratez vos concours, vos partiels, vos examens, et que vous avez fait tous ces sacrifices, et que vous avez le sentiment que vous les avez fait pour rien. Donc, jeunes gens, défendez-vous.

Ne restez pas inerte, n'attendez pas que qui que ce soit règle vos problèmes, parce que c'est de manière délibérée, provoquée, organisée, que les néolibéraux qui sont au pouvoir ont créé votre misère, et les conditions dans lesquelles vous vivez aujourd'hui. Je vous parle de la COP 27. Bon, je sais qu'il règne un très grand scepticisme dans tous les pays, parce que les gens voient bien comment on est à la COP 27, et on n'a pas vraiment l'impression que quoi que ce soit, soit vraiment en train de changer.

Et nous, les Français, on est d'autant plus dépités que nous sommes le seul pays d'Europe qui ne tient pas ses engagements pris à la COP 21, c'est-à-dire celle où il y a eu un accord mondial pour limiter les gaz, les émissions de gaz à effet de serre, et limiter la température observable sur la planète à une progression de 1,5. un degré et demi, un point et demi. Ce degré et demi, bon, maintenant, c'est plus qu'un souvenir, parce que déjà à l'époque, quand on avait lu les cahiers accumulés de tous les pays, c'est-à-dire ce qu'ils se proposaient de faire, on était déjà à 3,5 degrés.

Alors on est en effet sur la pente de 3,5 degrés, à part les Français qui font pire, parce que les gens suivent, les différents pays suivent leur feuille de route. Et dans ces conditions, le changement climatique qui est déjà engagé et qui est déjà irréversible, ce dont on discute maintenant, c'est d'en limiter les conséquences et le nombre de seuils qui seraient franchis. Mais ce n'est pas du tout sûr qu'on y arrive, hein. Mais surtout, comme c'est aussi mal parti que c'est parti en ce moment quant au réchauffement de la planète. Bon, la fonte des glaciers, c'est un fait qu'on observe dans le monde entier. La fonte des pôles aussi.

Évidemment, comme on entend beaucoup parler, on finit par oublier le caractère absolument nouveau d'événements comme cela, hein. C'est absolument nouveau. Bon, d'abord, je n'ose même pas vous dire une génération en arrière. Il y a 25 ans, c'était pas un sujet. À ce point, la personne ne croyait que les glaciers finiraient par disparaître. Et c'est ce qui est en train de se passer. Des alertes, on les a eues tout à temps. Personne ne peut dire qu'on ne les a pas eues. Qu'est-ce qui a été plus fort que les alertes ? Eh bien, le système économique qui profite de cette situation. S'il y a des gaz à effet de serre, ce n'est pas par hasard.

Ce n'est pas parce que les êtres humains sont méchants et aiment faire des gaz à effet de serre. C'est parce que le modèle de production capitaliste de notre époque fonctionne comme ça. Et c'est d'autant plus grave à notre époque qu'il s'est produit un événement peu observé. C'est que la population a doublé deux fois depuis le milieu du siècle précédent. Autrement dit, des gens comme moi sont des témoins uniques dans l'histoire. Ça ne se reproduira plus jamais. Si les prévisions... En tout cas, il faut espérer que les prévisions sont les bonnes. Parce que quand on est à 8 milliards, doubler, c'est passer à 16. Il faut savoir qu'on a mis 200 000 ans à être 1 milliard.

Et qu'ensuite, on a mis à peine 100 ans pour être 2. Et puis après, tout que c'est 1 milliard de plus tous les 10, 12, 14 ans. Et donc, quel que soit le système productif, tant qu'il est comme on l'a là, sous les yeux, eh bien, de toute façon, la prédation augmente. Plus il y a de gens, et puis plus vous devez leur offrir un mode de vie qui correspond à ce que vous voyez à la télé ou dans la publicité, et plus la prédation va être saccageante, destructrice.

Donc on voit qu'il y a la production, il y a la méthode de l'accumulation, et puis il y a aussi les besoins qui sont créés, les désirs qui sont créés, et qui sont créés sans arrêt et entretenus par la publicité et par un appauvrissement de la vie des individus qui leur donne à voir que la seule manière d'être ou d'être davantage, ce n'est pas, bon, de savoir chanter quand on ne sait pas, de savoir dessiner quand on ne sait pas, c'est de produire, de consommer toujours plus des objets dont on change le plus souvent possible pour afficher une capacité d'attraction, qui sont plus grandes que celles du voisin.

Bon, donc c'est ce monde-là qui est directement responsable de la catastrophe qui est en cours. Là encore, en quelque sorte, il n'y a pas de hasard dans l'histoire. À cette COP, les Français y viennent avec un bilan catastrophique, l'humanité y vient en sachant que le changement climatique est commencé, qu'il est irréversible et qu'en réalité, nous sommes donc entrés déjà dans une ère nouvelle. Alors pour l'instant, il retarde encore d'une bataille. On en est à essayer de limiter les dégâts, mais je vous le redis, on ne limitera pas les dégâts. Ce qu'on va limiter, c'est le nombre de seuils qui seront franchis, qui aggraveraient encore les dégâts.

Mais ce qu'il y a à l'horizon, je préfère vous le dire comme c'est. C'est des zones entières de la planète qui ne seront plus habitables. L'été dernier, on a déjà observé des températures de 55, 55 degrés en été. Jusque-là, bon, c'était seulement quelques pays qui connaissaient ça. Et ceux qui étaient dans le désert, c'est au Koweït, des pays comme ça, où il y avait des chaleurs absolument inouïes ponctuellement. Maintenant, c'est sur des durées beaucoup plus longues. Et d'un côté, ça veut dire de la chaleur, mais comme je l'ai expliqué fort souvent ici, après d'autres, quand il y a beaucoup de chaleur, il y a beaucoup d'évaporation.

Et s'il y a beaucoup d'évaporation, et bien après, il pleut. Bon, donc, il pleut beaucoup. Et ces pluies ont elles-mêmes des conséquences catastrophiques, telles qu'on peut dire aujourd'hui que deux tiers de la population du pays, de notre pays, sont déjà exposées aux conséquences du changement climatique. C'est-à-dire des bestioles qui apparaissent qui n'y étaient pas avant, des événements météorologiques extrêmes, ici et là, et un réchauffement global qui fait que, bon, au mois de novembre, il y a des jours où vous ne savez pas si vous êtes en août ou si vous êtes en septembre, ancienne manière. Bon, en tout cas, c'est le mois de novembre.

Alors, tous ces changements qui arrivent dessinent un monde dans lequel, je vous l'ai dit, il y a des zones qui seront des zones désertiques, des zones qui vont complètement changer d'apparence. C'est le cas, surtout pour nous qui sommes des pays qui, hier, ont qualifié de tempérés. Je ne sais pas comment c'était pour vous à l'école, mais moi à l'école, on m'apprenait, le climat de la France est un climat tempéré. Ben, c'est moyen tempéré, hein, puis de moins en moins tempéré, parce qu'il fait plus chaud ici, comme partout ailleurs, avec tous les autres phénomènes qui s'accrochent.

Et c'est l'importance des luttes concrètes et directes écologistes qui fait que des gens qui ont peu d'intelligence de la situation, comme M. Darmanin, qualifient d'éco-terroristes. Les gens qui, par exemple, bloquent la mise en place de bassines, alors que ces bassines sont un facteur d'aggravation de la crise du cycle de l'eau dans notre pays qui est déjà bien commencée. Je donne cet exemple parce que des sécheresses, il y en a partout, sur le territoire de l'Hexagone. Avant, on pensait que c'était pour les territoires lointains, ben non, dans l'Hexagone. Et vous verrez que cette situation va se répandre.

On m'a expliqué, Naguère, c'est-à-dire il n'y a vraiment pas longtemps du tout, que le climat, par exemple, en Guyane, pourrait évoluer vers une situation où il serait de plus en plus humide, compte tenu des précipitations, compte tenu de l'évaporation, compte tenu de la forêt amazonienne, compte tenu du fleuve Amazon, compte tenu de la mer des Caraïbes, etc. Au point que plus personne ne pourrait y vivre. Alors, je pèse mes mots, parce que comme je l'ai lu et comme on l'a expliqué, je pourrais me faire prendre en défaut. Où est-ce que vous avez trouvé ça ? Alors, je vous invite à vous renseigner.

Mais voilà, il y aura des zones du monde où on ne pourra plus vivre parce qu'il y fera trop chaud, et d'autres où on ne pourra plus vivre tout simplement parce que c'est trop humide. Voilà les enjeux de la COP27. Alors, un mot pour nous, les gens de notre famille idéologique. Et que vous avez, comme d'habitude, ceux qui disent qu'on va faire une transition, on va corriger. Alors, les plus géniaux là-dedans, c'est ceux qui aiment le marché carbone, c'est-à-dire les droits à polluer. En disant, vous verrez, ça coûte cher progressivement. La situation va s'améliorer. Ça s'améliore tellement que ça s'aggrave tous les jours. Et pourtant, le marché carbone existe d'ores et déjà.

Pour l'instant, la seule chose qu'a produit le marché carbone, c'est une escroquerie et l'organisation d'un système marchand pour échanger les titres du marché carbone, mais ça n'a pas fait reculer d'un mètre les émissions de gaz à effet de serre que le marché carbone est censé bloquer. Donc, c'est vraiment une bifurcation complète. Et ça concerne tout le monde. Et nous autres, de notre famille, on ne doit pas faire les malins.

Parce que j'ai écouté le discours de Gustavo Petro, le nouveau président de la Colombie, et lui dit, écoutez, nous, les pays qui étions hier classés comme pays du tiers-monde, nous avons mené nos batailles à échelle internationale pour maintenir des prix des matières premières à bon niveau, de manière à pouvoir, nous aussi, développer nos pays et tout ça. Et Gustavo dit, d'une manière qui est très poignante, il dit, mais vous voyez, si on continue comme ça, on est à côté de la plaque. Le problème, ce n'est pas de maintenir un bon prix pour les matières premières, c'est de ne plus utiliser certaines matières premières comme le pétrole et le charbon.

Alors, il dit, écoutez, moi, depuis que j'ai annoncé ça, qu'est-ce que ça a donné comme résultat ? C'est des pressions sur ma monnaie nationale qui se dévaluent, c'est des pressions sur mon système de gouvernement par les compagnies qui sont intéressées à développer le pétrole et le charbon. Et il dit, donc, le concret qui est vécu, c'est le contraire de ce qu'on se raconte dans les réunions internationales. Mais il dit, nous, les progressistes, nous devons maintenant mettre en point numéro 1 de notre programme la question du changement de la manière de produire pour ne plus utiliser les matières premières polluantes et productrices de gaz à effet de serre, comme c'est le cas aujourd'hui.

Alors ça, on peut dire que c'est vraiment, de sa part, extrêmement courageux. J'ai connu la période où Raphaël Correa, président de l'Équateur, avait dit, j'accepte de ne pas exploiter le gisement pétrolier considérable de Yasuni, ITT, et bon, si les pays du Nord acceptent de payer la moitié de la valeur de ce qu'il y a sous terre, en disant, ben, vous n'êtes pas obligé de payer d'un coup, mais tout le monde paye un peu, et moi, je prends en charge le manque à gagner de la moitié. Bon, qu'est-ce qui s'est produit ?

Au bout de 6 ans, ils avaient à peine recueilli 300 millions de dollars de promesses, enfin, 300 millions de dollars cash sur leur coffre, et nos amis équatoriens ont lâché prise en disant, ben, nous, il faut bien qu'on finance nos ponts, nos routes, nos écoles, etc. Donc, nous allons vendre le pétrole qu'hier, nous nous promittions de garder sous terre. Donc, vous voyez comment la question se pose concrètement pour un gouvernement sur ces questions de recours aux matières premières et la part qu'il y a dans les changements politiques pour obtenir un résultat. C'est-à-dire que sans changements politiques fondamentaux, il n'y aura pas de résultat.

Parce que la politique raisonnable n'est pas possible avec des gens qui ne le sont pas, pas parce qu'ils sont méchants, mais parce que leur système économique, leur objectif économique, sont des objectifs qui détruisent la planète et qu'ils s'en fichent en disant, après nous, le déluge, et c'est bien ce qui va se produire, après eux, ça va être le déluge, et c'est déjà le déluge. Alors, ça vous explique pourquoi il y a des propos aussi durs qui sont tenus à propos de cette COP27. Parce qu'il y a une limite aussi à l'art de se moquer du monde et à faire semblant de faire quelque chose. Bon, la France reste un des 20 pays les plus émetteurs de gaz à effet de serre, d'accord ?

Donc, nous avons une responsabilité. Notre gouvernement a été condamné 4 fois pour une action climatique par des tribunaux français, donc c'est pas rien. On voit qu'on est devant une situation absurde avec un mode de gouvernement absurde qui conduit à des décisions absurdes et à un résultat lui aussi absurde, qui est que la France contribue au réchauffement climatique, tout en faisant, comme l'a dit Greta Thunberg, elle a dit que c'est une manière de faire du greenwashing, ça veut dire de déguiser en politique verte des politiques qui ne le sont pas du tout, et bon, de faire de l'agitation, du baratin et de la propagande, alors qu'il ne se passe strictement rien.

Et au fond, le mot de la fin, même s'il est terrible, il y aurait vu un secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, bon, qui dit, ben, nous sommes partis sur l'autoroute de la catastrophe en appuyant sur l'accélérateur. Voilà quelle est la situation aujourd'hui. Et bien sûr, il ne faut pas dire, nous n'y pouvons rien, si on y peut quelque chose, il y a mille manières, mille décisions qui permettent d'être, qui devraient être prises dans notre pays et qui réduiraient les émissions de gaz à effet de serre de la France parce que, comme je l'ai dit, nous sommes un gros pollueur de la planète, un très gros pollueur de la planète.

Et ce n'est pas vrai qu'on doit dire, ah bon, on n'y peut rien, parce que c'est un processus global, et tant que les autres ne font pas, ou tant que tout le monde ne fait pas en même temps, chacun peut faire l'imbécile de son côté. Non, les Français peuvent et doivent faire mieux que ce qu'ils font aujourd'hui. Bon, maintenant, je parle de l'élection aux États-Unis d'Amérique. Elle a lieu le jour même où je suis en train de parler devant cette caméra. Il n'y a pas besoin de résultats pour avoir une idée de ce qui est en train de se faire aux États-Unis d'Amérique. Et c'est important de d'abord réfléchir à ça avant même de regarder le résultat de l'élection.

Ce résultat va intervenir sur un pays qui est fragilisé de toutes les manières possibles, fragilisé au plan économique, parce qu'il n'a jamais remonté la pente de la destruction de son industrie et de son agriculture. Vous devez savoir que l'industrie, c'est 10% du PIB des États-Unis et l'agriculture, c'est 2%. Tout le reste de la richesse des États-Unis est fait d'échanges financiers. L'assurance, la banque, les services de toutes sortes, mais que ça ne repose sur aucune production. Donc les États-Unis sont fragilisés de manière structurelle, par la manière dont fonctionne leur économie.

Ils sont fragilisés parce que le dollar sert de monnaie mondiale, mais tant que le dollar sert de monnaie mondiale, c'est-à-dire circule, il a une valeur qui peut être éventuellement stabilisée. Mais si cette circulation s'interrompt, et c'est le but que se sont donnés les Chinois, les Russes, et un certain nombre de pays membres de ce bloc, des pays qui sont en voie d'expansion en ce moment, comme l'Afrique du Sud, l'Inde, la Chine, ou le Brésil, ça peut être une énorme catastrophe financière, qui d'ailleurs frappera le monde entier, et pas seulement les États-Unis d'Amérique. Ensuite, c'est un pays qui est fragilisé par des structures sociales qui sont complètement explosées.

Le nombre de ceux qui n'ont plus de domicile fixe, qui sont errants, ou qui dorment dans la rue, ou qui ne sont plus inscrits sur aucune liste électorale, ni aucun registre quelconque de l'État ou de l'aide sociale, est considérable, en même temps que le néolibéralisme a détruit beaucoup des relations stables qu'il y avait, qui étaient négociées entre les syndicats et le patronat nord-américain. En fait, c'est pour finir un pays déstabilisé, dans sa profondeur, parce qu'il ne sait pas gérer la diversité. Mettre des gens qui sont différents côte à côte, ce n'est pas un exploit, c'est juste accepter que les choses continuent à vivre leur vie. Mais qu'est-ce qui vit sa vie ?

C'est que les États-Unis d'Amérique ont été composés pendant des décennies et des générations, par une population qui avait des caractéristiques communes, notamment le fait de tous parler anglais, et notamment le fait que la plupart d'entre eux étaient de religions protestantes et appartenaient à des ailes extrêmement libérales du protestantisme, libérales au sens ancien, c'est-à-dire très attachées à la liberté de conscience, très attachées à la liberté du culte. Et tout ça est en train de bouger, pourquoi ?

Parce que la majorité de la population, bientôt, c'est-à-dire à horizon 10 ans, parlera espagnol plutôt qu'anglais, parce que les États-Unis d'Amérique, ne le perdaient jamais de vue, ont intégré une main-d'œuvre gigantesque venant des pays de l'Amérique latine, mais ce n'est pas ça le plus important. Le plus important, c'est qu'ils ont, entre guillemets, acheté, en vérité volé, la moitié du territoire du Mexique qui constitue aujourd'hui une partie non négligeable des États-Unis d'Amérique. Bon, imaginez-vous si nous avions fait pareil avec l'Espagne et le Portugal, qu'est-ce que ça donnerait ?

Ben, au niveau de la langue la plus utilisée, d'abord vous en auriez deux, ce qui est le cas des États-Unis, et puis une langue, c'est toujours plus que la langue, c'est un vocabulaire, c'est une grammaire, c'est une syntaxe, c'est une manière de penser la vie et c'est des références culturelles, intellectuelles qui peuvent être différentes. Tout ça, ça fragilise la société. Et puis alors après, il y a la situation politique. Et la situation politique, c'est que 80% des membres de chaque camp démocrate ou républicain considèrent que l'autre camp est en danger pour la démocratie, que vous avez 70% des républicains qui pensent que le vote est truqué.

Parce que vous avez ce qui s'est passé au Capitole et dont maintenant on sait que c'est une tentative de coup d'État, puisqu'il y a eu une commission d'enquête qui a été faite sur le sujet par le Parlement nord-américain. Dans ces conditions, c'est la première élection, après une élection, où il y a failli y avoir un coup d'État et où une bonne partie de la population ne reconnaît toujours pas le résultat de l'élection présidentielle, pensant qu'elle a été manœuvrée. Donc voilà, ce sont des facteurs de fragilité considérables et les États-Unis d'Amérique sont donc rendus plus vulnérables. Alors pour nous, ça crée une situation d'un genre nouveau.

Je demande de prêter attention à mon propos à cet instant. C'est que le déclin des États-Unis d'Amérique est en train de se convertir en une... comment dire... une sorte de molle effondrement sur lui-même. Et ça, bon, c'est un problème pour nous. Parce que quand on veut être non-aligné, ça ne veut pas dire qu'on est d'accord pour qu'un unilatéralisme violent et agressif comme celui des États-Unis d'Amérique soit remplacé par un autre. Et non plus, on n'est pas non plus... on ne trouve pas que ce soit génial pour une nation comme la nôtre, qui est un monde où il y a tellement de pôles concurrents qu'à la fin, ça fait comme ça fait sur le continent européen.

Quand on a eu ça, des compétitions qu'on n'arrivait plus à régler, elles sont réglées dans la violence et dans la guerre. Donc, pour nous non-alignés, pour nous qui sommes attachés à l'idée de non-alignement, c'est une situation préoccupante que celle qu'on voit aux États-Unis d'Amérique parce que ça contient des ferments de crise pour eux qui visent à l'unité du pays, qui visent l'unité du pays, qui l'impactent. Personne ne peut dire avec certitude que les États-Unis d'Amérique sont une nation promise à exister encore dans un siècle.

Et peut-être même avant, tellement les tensions internes sont grandes et tellement elles prennent aujourd'hui une forme caricaturale et, comment dire, très proche de ce qu'a été les États-Unis d'avant la guerre de sécession, c'est-à-dire un ensemble extrêmement disparate.

Et dans tout ça, nous Français, on n'est pas du tout intéressés à la victoire de l'extrême droite nord-américaine parce que, comme la dernière fois avec Trump, il vient aider l'extrême droite française et européenne, on n'est pas intéressés à leur victoire parce que ça voudrait dire une régression dans de très nombreux domaines et que, comme vous le savez aussi bien que moi, que ce qui se passe aux États-Unis, ben, dix ans après ou douze ans après, on a la même chose sur le continent européen qui, en général, imite les structures, imite les discours dominants aux États-Unis d'Amérique.

Donc, avant même de connaître l'élection, le résultat de l'élection, je vous dis que sa conséquence ne semble pas devoir être très bonne ni pour nous, ni pour le monde. Bon, maintenant, je conclue. Si ça vous a plu, vous mettez un petit pouce bleu parce que ça me donne du courage à Maxime et à moi qui faisons cette revue de la semaine. Bon, l'abonnement, vous le connaissez, est gratuit et il restera encore, je pense, assez longtemps. Et donc, si ça vous plaît, que vous avez découvert ça par hasard, ben, abonnez-vous et puis, comme ça, vous serez alertés des différentes publications. Je vous ai dit que vous êtes 800 000, déjà 804 000 à être abonnés.

On gagne à peu près 1 000 abonnés par semaine. Donc, pour nous, c'est plutôt satisfaisant. Allez-y. J'en profite pour vous dire que, puisqu'on parle d'abonnement, il y en a un qui existe aussi. C'est au bulletin qui est sur le site l'insoumission.fr qui vous permet de suivre, en quelque sorte, notre quotidien en ligne, l'insoumission. Et puis, il y a aussi les versions papier qui, elles, par contre, demandent un abonnement payant pour pouvoir continuer à vivre parce qu'il y a le papier, il y a les frais de poste, il y a les gens qui bossent pour faire vivre cette publication, ces publications papier qui s'appellent l'insoumission. Il y a un trimestriel, il y a un hebdomadaire.

Voilà, j'ai fini toutes mes petites annonces et je vous dis à la semaine prochaine. Sous-titrage Société Radio-Canada