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interviewLCI· 16 mai 2023 22 min

« Il y a une part de folie dans ce discours. La folie, c'est de s'entêter. » Clémentine Autain

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:07
Présentateur

Bonjour Clémentine Notin. Bonjour Adrien Jean. Merci beaucoup d'être là ce matin. Emmanuel Macron a donc annoncé hier des baisses d'impôts, 2 milliards, qui vont précisément viser les classes moyennes. Est-ce que vous applaudissez cette décision ?

0:18
Clémentine Autain

Écoutez, le président de la République d'abord hier a rappelé son entêtement sur les retraites puisqu'il estime que... On va en parler, mais il a aussi annoncé des baisses d'impôts, ça peut être une bonne nouvelle pour ceux qui seront concernés. Vous entendez bien qu'il y avait hier soir une opération politique qui visait justement à déplacer le sujet de la conversation. Donc c'est quand même important de le noter avant de répondre sur les classes moyennes. Donc j'entends bien que vous me posez la question sur les demi-heures, mais je vous réponds d'abord qu'il y a quand même un problème gravissime, y compris un mensonge, puisqu'hier il a dit que nous avions voté sur le texte.

Or, il n'a échappé à personne que l'Assemblée nationale ne s'est pas prononcée.

0:56
Présentateur

Alors il pensait, je le précise, je ne vais pas me faire son ventriloque, mais il pensait au fait qu'il y a eu une motion de censure qui a été déposée, un vote sur la motion de censure, et que c'est un fait, le gouvernement n'a pas été renversé par cette censure.

1:07
Clémentine Autain

Alors qu'il prenne garde, ça s'est joué à neuf voix, c'est quand même très très serré, et que là, en l'occurrence, il s'agit d'un texte sur les retraites. Alors soit on estime que c'est terminé, l'exécutif peut tout faire et le législatif n'a plus aucun pouvoir, ce qui est visiblement la conception antidémocratique du président de la République. Mais si on est encore en République et en démocratie, le vote de l'Assemblée nationale est un vote qui importe. Mais si vous le voulez bien, avant qu'on déroule sur tout ça, c'est très important, répondez-moi quand même sur les classes moyennes et les impôts.

1:36
Invité

Parlementaire du groupe Liot, nous aurons l'occasion de nous exprimer. Ça vous embarrête de dire du bien d'une décision du président de la République ? Non, mais alors, attendez, je ne vais pas vous en dire du bien, d'abord. Ah non, non, non, non, je ne vais pas vous en dire du bien.

1:45
Présentateur

Ce n'est pas une bonne chose que des classes moyennes puissent demain avoir davantage de pouvoir d'achat ?

1:48
Clémentine Autain

Je pense que ce n'est absolument pas la bonne réponse, et qu'hier, le président de la République n'a fait aucune déclaration concrète. Il n'y a rien de concret. D'ailleurs, les 2 milliards annoncés...

1:58
Présentateur

Il dit qu'il demande à son gouvernement de faire des propositions.

1:59
Clémentine Autain

Oui, mais il a dit aussi que ces 2 milliards, quand on lui demande quand, cela dépend de la trajectoire financière budgétaire de la France.

2:06
Présentateur

Ce sera dans le quinquennat, effectivement, il ne donne pas de date.

2:08
Clémentine Autain

Écoutez, ça fait 4 ans, alors que les Français sont aujourd'hui dans l'urgence. Dans l'urgence parce que les salaires sont comprimés, dans l'urgence parce que l'inflation est totalement record. Donc, 2 milliards de baisse d'impôts, c'est pour l'instant une promesse qui est totalement, je veux dire, éthérée. C'est-à-dire qu'elle n'a pas de résonance immédiate et concrète pour la majorité de nos concitoyens et pour ces fameuses classes moyennes. Mais surtout, je pense que ce n'est pas la bonne recette. Parce qu'ils ne pourront pas baisser les impôts, vous voulez dire ? Mais ça dépend de qui, en fait. La déclasse moyenne, on dit.

Si on veut parler d'impôts, nous, il n'y a pas de problème, on a des propositions très précises. Aujourd'hui, il y a 4 tranches d'impôts. Le problème, c'est de rendre l'impôt plus progressif. Et c'est pourquoi nous proposons de créer 14 tranches. Ce qui permettrait à tous ceux qui gagnent, en gros, moins de 4 000 euros, de voir leurs impôts baisser. Et tous les autres, en revanche, au-dessus de 4 000 euros par mois, de voir les impôts, effectivement, s'alourdir. C'est-à-dire de faire en sorte que les plus riches contribuent davantage à l'effort national.

Et dans une période de crise, et je mets plein de S à ce mot crise, c'est important de bien réfléchir à l'idée que partager les richesses est d'abord la première des solutions. Or, ces 2 milliards-là, il les annonce, on ne sait toujours pas où est-ce qu'il va les prendre. C'est-à-dire, où prend-il ces 2 milliards ? Et pendant qu'il vous parle de ces 2 milliards, on ne sait pas, il ne met pas dans le débat public, et on ne l'interroge pas sur le fait que, par exemple, la CVAE, qui est un impôt sur la production de 8 milliards d'euros, va être prolongée. C'est-à-dire qu'on continue de faire des cadeaux aux grandes entreprises sans aucune contrepartie.

3:40
Présentateur

C'est une suppression qui est allée sur 2 ans, effectivement, le process est engagé.

3:43
Clémentine Autain

Et si on veut s'intéresser aux classes moyennes, il faut parler salaire, parce qu'il y a une catégorie de la population dont le président de la République n'a pas parlé hier, ce sont les fonctionnaires. Parce que quand il dit oui, il faut que le travail paie, il faut inciter aux primes, à l'intéressement, tout ce qui ne donne pas lieu à cotisation sociale. Oui, oui, bien sûr, toujours laisser au dialogue social. C'est pas bien le dialogue social ? Le dialogue social, il dépend d'un rapport de force entre les syndicats et le patronat. Il correspond aussi à un rapport de force qui est lié au chômage, à la pression sur les salariés.

Donc quand c'est défavorable, vous le savez très bien, c'est la loi qui permet de...

4:18
Présentateur

Donc vous, vous n'êtes pas pour que les syndicats aient leur mot à dire sur les décisions, sur les hausses de salaire, etc.

4:23
Clémentine Autain

D'ailleurs, j'étais même pour qu'ils aient leur mot à dire sur les retraites, vous voyez ? Donc je suis vraiment pour qu'ils aient leur mot à dire, et je suis pour qu'il y ait évidemment un dialogue.

4:29
Présentateur

Donc c'est une bonne chose qu'il y ait du dialogue social prôné par le président sur les hausses de salaire.

4:32
Clémentine Autain

Oui, mais quand on est président de la République, l'enjeu est de favoriser ce dialogue, mais aussi de favoriser les plus faibles dans un rapport de force qui est détérioré par le néolibéralisme.

4:43
Présentateur

Mais ça veut dire, Clément Tintel, pour bien comprendre, en fait, sur tous les sujets qu'on évoque, vous, vous pensez que c'est au gouvernement de faire les propositions au Parlement de voter, et puis on en reste là ? C'est pas au syndicat de négocier, c'est pas au dialogue social de travailler ?

4:54
Clémentine Autain

Aussi, mais la responsabilité d'un gouvernement est aussi de proposer des lois qui permettent aux plus faibles d'être protégés. Voilà, vous savez qu'il y a de la précarité, vous savez qu'il y a du chômage, vous savez qu'il y a de l'intensification du travail, vous le savez tout ça. Donc c'est pas évident de se mobiliser, de se syndiquer, et dans des entreprises plus ou moins grandes, d'avoir son mot à dire. Donc il faudrait donner du pouvoir aux salariés dans l'entreprise, et ça il ne le fait pas, c'est la loi qui pourrait le faire.

Donc si vous voulez améliorer ce dialogue, il faut, mais permettez-moi d'insister, parce que vous m'avez coupé, mais sur un point très important, c'est les fonctionnaires, pas un mot. Donc si on nous parle du privé, du dialogue social, c'est une chose, mais pour ce qui est des fonctionnaires, vous savez que les salaires des fonctionnaires, c'est quand même 5,7 millions de personnes dans notre pays. Ces salaires n'ont pas augmenté pendant 5 ans, puis il y a eu 3,5 à l'été dernier. D'accord ? On a dégelé un tout petit peu le point d'indice. Mais quand vous avez une inflation qui est de 5 ou 6 %, vous voyez bien que les salaires sont toujours en paix.

5:50
Présentateur

Et c'est la même chose que ce que vous disiez sur les 2 milliards. Donc que dit-il ? Où est-ce qu'on prend l'argent pour...

5:54
Clémentine Autain

Ah mais nous on sait, il n'y a pas de problème, nous on sait où prendre l'argent. Vous savez que, par exemple, prenons les dividendes reversés l'année dernière par les entreprises du 4,40. Vous savez combien c'est ? On n'est pas très loin de 70 milliards d'euros. Donc prendre de l'argent en faisant les 14 tranches d'impôt, en allant taxer le capital, vous savez que ce sont des milliards et des milliards qui rentreraient dans les caisses publiques.

6:17
Présentateur

On a fait ce qu'on appelle communément la prime Macron, une prime exceptionnelle sans impôts ni charges, précisément pour redistribuer du pouvoir d'achat. Il y a la loi sur le partage de la valeur qui va arriver.

6:26
Clémentine Autain

Moi je ne parle pas de charges, je parle de cotisations sociales et justement ce qu'il valorise, et c'est en cela que son discours était très dogmatique, très idéologique. Il y a une part de folie dans ce discours, je vais vous dire. Une part de folie ? Oui, comme disait Einstein, vous savez la folie c'est de refaire toujours la même chose en pensant qu'on peut obtenir un résultat différent.

6:43
Présentateur

Et où est-ce que vous voyez la folie là ?

6:44
Clémentine Autain

La folie c'est de s'entêter, comme d'ailleurs dans son entretien très précis qu'il a donné à l'opinion hier, où le maître mot c'est croissance, productivité, où la logique de dérégulation, de ne pas toucher au pouvoir du capital est érigée en dogme absolue.

6:59
Présentateur

Il y a un autre maître mot, il y a le déni de réalité, il dit que vous êtes dans le déni de réalité. C'est lui qui est dans le déni de réalité. De la manière qu'hier il dit qu'il y a du mensonge aussi. Je vais citer juste une formule, qui à mon avis vous vise, mais vous me direz ce que vous en pensez. Quand Gilles Boulot lui demande s'il est méprisant, il dit le vrai mépris c'est de mentir aux gens. Sur le mensonge, les extrêmes sont bien meilleurs que les partis de gouvernement. Visiblement ça vous vise.

7:17
Clémentine Autain

Moi je ne me sens absolument pas visée, je pense qu'il est dans le déni de la réalité. C'est-à-dire la réalité c'est qu'on est à bout de souffle de 40 ans de politique néolibérale. Et que continuer à penser que la logique de marché va apporter du mieux vivre pour les gens, c'est une folie. Continuer à penser qu'on peut régler le défi climatique en continuant à dire que le produit intérieur brut est une bonne mesure de la richesse et que ce qu'il faut c'est travailler plus, produire plus, c'est complètement délirant. Penser que c'est en n'embêtant pas le capital, en faisant bien des investisseurs étrangers qu'on va créer de l'emploi et qu'on va créer du mieux vivre, c'est délirant.

7:54
Présentateur

Mais ça ce n'est pas une bonne chose, réunir à Versailles plus de 200 investisseurs qui viennent avec 13 milliards d'investissements, des milliers d'emplois à la clé, il ne faut pas le faire.

8:01
Clémentine Autain

Mais il faut regarder les résultats, je pense que ce n'est pas la priorité. Je pense que si on veut réindustrialiser la France, ce n'est pas la meilleure porte d'entrée. La meilleure porte d'entrée, c'est la relocalisation de l'économie. Et la relocalisation de l'économie, elle s'appuie avant tout sur les TPE et les PME dans les territoires.

8:17
Présentateur

Mais Clémentine, des investissements étrangers, ça veut dire qu'il y aura des productions en France, qu'il va y avoir des usines en France et donc de l'emploi en France.

8:22
Clémentine Autain

Alors vous voulez qu'on fasse le bilan de Choose France ? Parce que là aussi, du mensonge, il y en a quand même un sacré paquet. Et puis il faut voir combien ça coûte. Regardez Dunkerque, vous savez hier il avait la petite batterie qui justement vient de l'usine, qui sera donc liée à des investissements taïwanais avec des fabricants de batteries électriques. Regardez les chiffres, ils nous promettent 3000 emplois. Il y a 1 à 1,5 milliard d'euros d'argent public qui serait investi pour ces 3000 emplois. On fait un petit calcul, ça va très vite. Ça veut dire que chaque emploi nous coûterait entre 330 000 et 500 000 euros. Vous trouvez que c'est une bonne utilisation de l'argent public ?

Je ne le crois pas.

8:57
Présentateur

L'argent public ne doit pas aider à ce que l'emploi s'installe en France.

8:59
Clémentine Autain

Si, mais pas ce ratio-là, vous voyez bien que ça ne marche pas. Donc si on veut aider, ça veut dire qu'il faut répartir l'argent autrement et investir dans l'accompagnement de la transition écologique. Vous savez, je crois que profondément, si on veut réindustrialiser dans notre pays, il faut d'abord être capable de planifier, d'organiser dans le temps. Or, l'État se dépossède en permanence de ses compétences en la matière, aussi bien légales que humaines. Donc il faut réinvestir. Nous, nous proposons la création d'une agence pour la relocalisation et la réindustrialisation.

et ne pas se dire que c'est par des investissements étrangers qui peuvent investir aujourd'hui, profiter de l'argent public et demain délocaliser. Et quand je vois le bilan de Choose France, parce qu'il faut le regarder dans le temps, l'économie, ce n'est pas la Starac. Le président de la République, hier, il était là en VRP pour masquer... Ça veut dire quoi, ce n'est pas la Starac ? Ce n'est pas la Starac parce qu'il a démissionné sur l'essentiel et il est là avec des vips en expliquant qu'il va changer la donne. Mais hier, moi, ce que je constate, c'est qu'à Versailles... La Starac est une très bonne émission qui monte tout le temps.

Mais je ne critique pas la Starac, je critique surtout la politique du gouvernement. Il reçoit en grande pompe des pollueurs, comme Arcelor Mittal. Il reçoit des profiteurs de crise, comme Pfizer. Il reçoit des évadés fiscaux, comme Ikea. C'était ça, ses amis, hier, à Versailles. Je ne crois pas que c'est d'abord en s'appuyant sur eux qui sont capables de prendre, encore une fois, les milliards qui ont été donnés autrefois par le CICE, aujourd'hui par d'autres biais, d'autres niches fiscales, et qui peuvent ensuite délocaliser, et dont on ne maîtrise pas...

10:31
Présentateur

Mais qui sont aujourd'hui des employeurs aussi, Clémentine Notin. On peut dire qu'il faut faire la transition écologique, le gouvernement le dit, mais la réalité, c'est qu'on a quand même besoin d'emplois aujourd'hui aussi.

10:38
Clémentine Autain

Oui, mais vous savez que nous avons besoin d'emplois utiles, et vous savez que nous avons besoin de TPE et de PME qui puissent mieux vivre, et pas de grands groupes qui font des marges toujours plus grandes. Regardez ce qui se passe dans l'alimentation. Je veux dire, si les prix flambent, bien sûr qu'il y a des éléments de crise, la guerre en Ukraine, le prix de l'énergie, etc. Mais au passage, ils ont pris de très grosses marges, et si on arrive à 15% d'augmentation...

11:04
Présentateur

Il y a eu un trimestre anti-inflation, le gouvernement travaille à la suite, les distributeurs et les industriels vont être reçus à Bercy. C'est un sujet qui, me semble-t-il, a été pris en main par le gouvernement, avec des demandes, des exigences formulées à la grande distribution et aux industriels.

11:16
Clémentine Autain

Mais c'est des demandes. Non, mais on a un gouvernement et un président de la République...

11:19
Présentateur

Les paliers anti-inflation, ça a été assez concret, il y a eu des produits sur lesquels les prix ont été maîtrisés.

11:23
Clémentine Autain

C'est une plaisanterie. À chaque fois, soit on fait un numéro vert, soit M. le maire, en permanence, il demande. Alors quand c'est pour aller fliquer ceux qui touchent le RSA, ceux qui ont des bas salaires, ceux qui sont les plus en difficulté dans ce pays, là, on légifère, là, ça devient violent, là, il y a des règles et des normes. Non, non, non, rien du tout.

11:40
Présentateur

Dans le plan du ministre des Comptes publics, il y a la fraude sociale et la fraude fiscale.

11:43
Clémentine Autain

Arrêtez, vous savez très très bien que les moyens...

11:45
Présentateur

Arrêtez, la réalité.

11:46
Clémentine Autain

Non, la réalité, alors là, pour le coup, c'est un déni de réalité. Quand vous regardez les moyens qui sont mis sur la petite délinquance par rapport aux moyens qui sont mis contre les évadés fiscaux et contre la délinquance en col blanc, c'est une plaisanterie. Il n'y a pas de volonté politique en France de lutter.

11:59
Présentateur

Il me semble avoir entendu le gouvernement dire quelque chose d'un peu différent. Mais admettons. Juste, je vous ai coupé tout à l'heure sur un sujet.

12:03
Clémentine Autain

Vous savez, il ne suffit pas juste de raconter. Vous voyez, il ne suffit pas juste de dire... Je demande... Regardez le planier anti-inflation.

12:09
Présentateur

Il y a quand même vraiment un plan sur la fraude fiscale et fiscale.

12:12
Clémentine Autain

UFC, que choisir, a fait un remarquable travail. Et Bruno Le Maire le met en cause. Remarquable travail. Ils sont quand même spécialistes sur le suivi des prix. Or, ce planier anti-inflation, il produit très très peu d'effets. Très très peu, voire même pas d'effets. Et parfois, les gens comprennent qu'il y a un enjeu marketing dans le panier inflation de Carrefour. Vous savez ce qu'il y a dedans ? On a vu un panier avec des charrentaises et de l'alcool. Vous croyez que c'est essentiel ? On ferait mieux de faire comme nous on propose, c'est-à-dire de bloquer les produits de première nécessité, les prix des produits de première nécessité, et d'augmenter les salaires.

Parce que ce que ne veut pas faire le président de la République, c'est augmenter les salaires.

12:48
Présentateur

Il a dit que c'est le dialogue social qui va le faire.

12:50
Clémentine Autain

Pas pour les fonctionnaires. Il dit que ce n'est pas au président de le faire. Et les fonctionnaires qui font le dialogue social ?

12:53
Présentateur

Oui, ça vous l'avez dit.

12:54
Clémentine Autain

Ben oui, mais c'est important de le dire. Et les services publics. Vous savez qu'hier, en Haute-Saône, il y a 260 organisations, syndicats, associations, etc., qui se sont réunies pour défendre les services publics. Quand on parlait des classes moyennes, vous savez que les classes moyennes, il y a bien sûr le salaire qu'il faudrait augmenter, il y a les prix qu'il faut arriver à comprimer, il y a notamment la question du logement, mais il y a aussi les services publics, parce que c'est le patrimoine de ceux qui n'en ont pas.

13:21
Présentateur

Et le président ne dit pas l'inverse, à ma connaissance, pour le coup.

13:23
Clémentine Autain

Il ne dit pas l'inverse, mais il détruit les services publics. L'hôpital public est à bout de souffle. Les profs, j'ai jamais vu ça. La situation des enseignants dans notre pays, c'est incroyable. On n'est pas très loin du burn-out qu'on connaît dans les hôpitaux. Que fait le président de la République ?

13:36
Présentateur

Rien. Et que faites-vous ? Vous disiez, ce ne sont que des mots. Est-ce que ce n'est pas exactement ce qui va se passer également à l'Assemblée le 8 juin, avec cette proposition de loi d'abrogation, la réforme des retraites ? Il y aura peut-être un vote pour cette abrogation, mais symbolique, parce qu'in fine, il ne va rien se passer. Vous n'aurez pas de soutien du Sénat. Donc en fait, là, c'est de l'agitation, sans qu'il y ait de conséquences concrètes derrière.

13:54
Clémentine Autain

Écoutez, ce n'est pas de l'agitation. L'Assemblée nationale, pardonnez-moi, mais qu'elle vote, si vous estimez que ça, c'est de l'agitation, c'est quand même assez grave, comme mépris à l'égard de ce qui est censé être la représentation nationale et le pouvoir législatif. Est-ce que c'est ça qui est utile

14:07
Présentateur

et qui va changer la vie des gens ?

14:09
Clémentine Autain

Ce que nous voulons, c'est gagner cette bataille au long cours. Donc on ne la lâche pas, parce que travailler deux ans de plus, c'est insupportable pour l'écrasante majorité des Français. Mais est-ce que vous croyez réellement,

14:19
Présentateur

que le Parlement votera l'abrogation, avec le Sénat ?

14:23
Clémentine Autain

Non, le problème qu'on aura est sans doute au Sénat. Mais vous voyez bien que dans le pays, si l'Assemblée nationale vote contre cette loi, c'est le président de la République, c'est le gouvernement qui sera dans une situation critique, parce que nous allons mettre en relief le fait qu'il y a un déni démocratique absolument magistral. Donc ça produit de la crise politique.

14:44
Présentateur

Vous voyez ce que je veux dire ? Donc le but, c'est de créer une crise politique.

14:46
Clémentine Autain

Mais il y a une crise politique. Il y a une crise politique. Quand vous avez des millions de gens qui sont dans la rue, que vous avez eu les grèves qu'on a eues, qu'il y a eu 13 journées de mobilisation considérables, vous voyez ce que je veux dire ? Enfin, je veux dire, le pays est vent debout contre le président de la République.

15:02
Présentateur

Avec des syndicats qui vont être reçus à Matignon par la Première Ministre aujourd'hui et demain.

15:05
Clémentine Autain

Oui, mais vous connaissez les revendications des syndicats. Je ne vais pas vous les apprendre.

15:09
Présentateur

Alors, le retrait de la loi, mais effectivement, il y a d'autres sujets aussi. Le retrait de la loi, voilà. Mais est-ce qu'il ne faut pas avancer sur les autres sujets aussi ? Est-ce que l'intérêt des Français et du pays, ce n'est pas d'avancer sur les autres sujets ?

15:17
Clémentine Autain

J'ai regardé quelles étaient les demandes des syndicats et je dois dire qu'il y en a trois d'entre elles qui sont très importantes, que je partage totalement. La première, c'est les salaires. Et vous allez voir qu'ils mettront la question du salaire des fonctionnaires sur la table. La deuxième question, c'est celle des aides publiques aux grandes entreprises sans contrepartie. Je vous assure que là, on peut récupérer beaucoup de milliards qui permettraient d'augmenter les fonctionnaires, qui permettraient de faire en sorte que les services publics soient confortés. Troisième proposition, vous savez qu'il y a le RST, sous condition qui est en ligne de mire, là, qui doit arriver.

Parce que pas de contraintes pour les grands groupes, mais par contre, pour ceux qui gagnent quelques centaines d'euros par mois, il va falloir aller les traquer. Les syndicats ne sont pas d'accord. Que va répondre le président de la République ? Que va répondre Elisabeth Borne là-dessus ? Est-ce qu'ils vont faire comme sur les retraites ? C'est-à-dire, veut dire les écouter, faire une sorte de concertation, et puis dès qu'ils sont sortis de là, dire merci, au revoir, on n'en a rien à faire. Le dialogue, c'est quand on s'écoute et qu'on avance ensemble.

16:16
Présentateur

Alors, vous vous avez laissé le bénéfice de doute à la Première Ministre, peut-être qu'elle va écouter et avancer avec les syndicats.

16:20
Clémentine Autain

En tout cas, je vois que ça rame beaucoup pour essayer de parler d'autre chose et de donner l'impression d'être en dynamique. J'insiste sur le fait que ce que j'entends, c'est les mêmes recettes, et avec ces mêmes recettes, nous allons continuer à dans le mur, parce qu'il faut changer de modèle de développement. Il faut qu'il y ait un sursaut dans ce pays, parce que la crise sociale et la crise climatique sont trop importantes.

Et j'ai beaucoup apprécié hier, peut-être vous l'avez vu, elle faisait la une de Libération, Camille Etienne, qui est une jeune écologiste, une activiste, et elle disait cette phrase importante, « Non, on n'est plus dans le moment de l'inaction climatique, ce n'est pas vrai. On est à l'heure de l'impuissance choisie. » C'est-à-dire que c'est une action que de ne pas décider de résorber cette crise écologique majeure.

Et si on veut la résorber, la bonne nouvelle, c'est une forme d'heureuse coïncidence, eh bien, quand on s'attaque à ce sujet écologique, en réalité, on se rend compte qu'on arrive très vite à la justice sociale, parce que c'est en partageant les richesses, c'est en arrêtant cette loi du profit qui ruine tout, qui nous épuise, qu'on peut trouver une voie qui est à la fois juste sur le plan social et efficace sur le plan écologique. Le gouvernement s'enferme, et le président de la République hier, s'enferme dans un triptyque qui est celui de la compétitivité à tout crin, de la croissance sans limite, et aussi d'une forme d'austérité budgétaire.

17:38
Présentateur

Je rappelle que vous parlez écologie, il y a quand même une première ministre qui est en charge de la planification écologique depuis un an, d'ailleurs c'est son premier anniversaire aujourd'hui à Matignon, c'est la première fois qu'il y a une première ministre qui est en charge de la planification écologique.

17:46
Clémentine Autain

Alors expliquez-moi comment on fait de la planification écologique quand on a, pour mettre au mot, le produit intérieur brut, la croissance et le produire plus. Vous ne voyez pas qu'il y a une contradiction ?

17:58
Présentateur

Je laisserai le gouvernement vous répondre parce que je ne suis pas porte-parle du gouvernement.

18:01
Clémentine Autain

Ça j'entends bien, mais je pense que chacun peut entendre que dans les termes il y a une contradiction. Il faut ralentir, il faut arrêter de consommer tout et n'importe quoi, il faut gouverner à partir des besoins et redéfinir les besoins véritables.

18:13
Présentateur

C'est ça, la politique alternative. Il faut reconnaître qu'il y a d'autres partis à gauche qui le disent, les écologistes le disent pratiquement pour moi de la même manière. Vous avez bien vu que pour le moment, pour les prochaines élections, les européennes, on est en train de partir sur des listes qui seront divisées à gauche. Est-ce que vous considérez que c'est ce qu'il faut faire ou est-ce que vous souhaitez une liste d'union l'année prochaine ?

18:30
Clémentine Autain

Moi, je souhaite une liste d'union pour trois raisons. La première, c'est que nous sommes dans le cadre d'une tripolarisation du champ politique. C'est-à-dire qu'en fait, il y a trois pôles. Vous avez la Macronie, l'extrême droite et nous. Voilà, c'est les trois pôles. Ça n'a pas toujours été comme ça dans la vie politique française. Vous le savez, souvent c'était l'alternance entre la droite classique, la gauche classique, la droite classique. Mais vous êtes pour la proportionnelle. La proportionnelle, c'est se compter les autres. Dans le cadre de cette tripolarisation, il est très important de s'unir durablement.

La deuxième raison, c'est que pour gouverner demain, on a besoin d'approfondir nos convergences sur l'Union européenne. Elles sont grandes. Et d'ailleurs, ma collègue Manon Aubry, qui est eurodéputée... Les divergences sont peut-être encore plus grandes. Non, regardez les votes. Regardez les votes au Parlement européen. En réalité, il y a beaucoup de convergences. Et si on veut gouverner ensemble, on a besoin de les travailler. Et troisièmement, je pense que la NUPES, pour continuer à vivre et à bien vivre, pour se développer, elle a besoin de faire ensemble. Et si nous faisons campagne ensemble, alors je pense que nous pouvons faire grandir cette NUPES.

Elle est indispensable pour gagner, y compris en 2027. Et puis, je regarde effectivement les sondages. Vous savez, le soir des résultats, si vous avez trois chiffres qui sont au coude à coude, comme c'est le cas aujourd'hui dans les sondages, quand il y a une liste NUPES, on voit bien qu'on est au même niveau que l'extrême droite, 26-26, et puis ensuite, Renaissance à 22. Ce n'est pas du tout la même chose que si vous avez plein de listes qui sont atomisées, où il faudra faire en effet l'addition, mais ce n'est pas la même chose. Donc, je souhaite cette dynamique, et je pense qu'elle peut être porteuse pour les élections européennes, mais aussi au-delà.

20:05
Présentateur

Présidentiel, peut-être. Un mot vous concernant. Nos confrères du Parisien révèlent que Manuel Bompard a dressé une lettre de mise en garde à vos amis qui sont organisés en la gauche éco-socialiste. Je cite le coordinateur de la France Insoumise, il n'y aura pas de courant à LFI. Vous répondez quoi ? À vos ordres, chef ? Pas de souci ?

20:20
Clémentine Autain

Ce n'est pas mon genre de répondre à vos ordres. Je ne comprends pas très bien cette polémique. J'aurais aimé qu'il se fende aussi peut-être d'une lettre quand nos amis du POI ont décidé de ficher des militants sur l'affaire Quatennens. Donc, vous voyez, je pense qu'il y a des sujets plus importants, et là, je ne vois pas le sujet de la polémique. Alors, on peut se dire courant, pas courant. Alors, ce n'est pas un courant. De toute façon, il n'y a pas de courant à la France Insoumise. Mais il n'y en a pas. Ce n'est pas possible. Il n'y a pas de courant à la France Insoumise.

20:47
Présentateur

Le mot a été utilisé.

20:48
Clémentine Autain

Donc, il y a une sensibilité qui est la GES, qui existait auparavant, même titre que d'ailleurs le POI dont je vous parlais à l'instant, que rêve de mon collègue camarade Aymeric Caron, ou encore du Parti de Gauche. Donc, il y a différents partis qui siègent d'ailleurs dans le Conseil politique. Donc, je ne vois pas quel est le sujet. Mais vous en avez parlé avec Manuel Bonhoff ? Alors, si ça crispe le mot courant à ce point, c'est parce que ça renvoie à l'histoire du Parti Socialiste que personne n'a envie de refaire l'histoire du Parti Socialiste. Donc, sur ça, on est d'accord. Donc, je ne vois pas le sujet en fait.

21:14
Présentateur

Vous en avez parlé avec lui ? Pas du tout.

21:16
Clémentine Autain

Pas du tout. Et je trouve ça dommage que tout ça se fasse par presse interposer. Ça permet peut-être de parler en effet de ce moment fondateur, ce week-end de la gauche éco-socialiste, qui réunit, c'est vrai, des centaines. Maintenant, on arrive en milliers de militants.

21:32
Présentateur

Donc, il sera donc votre micro-parti, mais pas votre courant.

21:34
Clémentine Autain

Ce n'est pas mon micro-parti, ce n'est pas vrai. C'est un micro-parti dans lequel je compte beaucoup d'amis, et qui est à l'intérieur de la France insoumise. Mais qui existera malgré tout. Et qui, effectivement, se bat pour démocratiser la France insoumise, par exemple, et plein d'autres choses.

21:48
Présentateur

Merci beaucoup Clémentine Otene-Dermatt. Merci à vous.