"Ma préoccupation c’est ce qui peut être utile pour sauver des vies" : Delphine Batho invitée de LCI
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9h47 sur LCI et avec nous pour parler de cette canicule qui agite vraiment la France et son monde politique. Bien sûr, Mathieu Desmoulins, journaliste politique. Bonjour M.
Charnay. Bien sûr. Et puis Delphine Bateau.
Bonjour Madame. Bonjour. Merci d'être là.
Vous êtes ancienne ministre de l'écologie, évidemment, députée des Deux-Sèvres, candidate à l'élection présidentielle et vous êtes dans le groupe. Vous faites partie de Génération Écologie mais vous siégez à l'Assemblée Nationale avec Écologie Sociale sous ce nom-là. Donc vous êtes dans le même groupe que Cyrielle Châtelain.
Pourquoi je parle de Cyrielle Châtelain ? Parce qu'hier, il y a eu une passe d'armes à l'Assemblée Nationale au sujet de la canicule qui est redevenue un sujet éminemment politique. Quand les températures baissent un peu, ça redevient un sujet politique.
On en parle dans un instant, mais Vanessa, tout de suite, vous nous dites que ça va remonter. Oui, c'est vrai qu'il va faire de plus en plus chaud à partir de ce week-end. En fait, aujourd'hui et demain seront les deux journées les plus fraîches de ces dix prochains jours avec l'anticyclone des Açores qui remonte dès vendredi, qui va à nouveau faire effet dôme de chaleur.
Mais attention, différence par rapport à la chaleur extrême de la semaine dernière. Cette fois-ci, nous ne devrions plus avoir d'apport extrêmement chauvenant du Sahara. Là, on devrait garder ce courant assez rafraîchissant de nord-ouest.
Donc oui, les températures vont grimper, mais plus modérément que la semaine dernière. On devrait atteindre facilement les 30 degrés sur la moitié nord dès ce week-end, jusqu'à 34-35 en cours de semaine prochaine. Il fera surtout très très chaud sur la moitié sud, où là, on pourrait flirter avec la barre des 40 degrés.
Les nuits seront aussi de plus en plus chaudes, surtout sur le sud, puisque je vous le disais, sur le nord, on garde l'air frais du nord-ouest pour nous rafraîchir. Alors, cette canicule qui échauffe les esprits. Écoutez ce qui s'est passé hier à l'Assemblée nationale.
Et vous êtes toujours là. Il y aura une commission d'enquête et il y aura une censure. Ce bilan de 10 000 morts, sur lesquels vous et les vôtres, votre collègue président Gontard au Sénat, madame la députée Rousseau, un certain nombre sont allés sur les plateaux de télévision depuis maintenant plus de 3 jours, en établissant un bilan humain qui est faux.
C'est scandaleux. C'est indigne. On ne l'a jamais vu dans cet état, le Premier ministre, Mathieu ?
Non, il s'est senti, à en croire son entourage, assez piqué au vif par le fait, cette phrase qu'a prononcée Cyrielle Chatelain, la présidente du groupe écologiste, « Vous avez des morts sur la conscience ». Et donc, il s'est senti obligé de répondre, en appelant à une gestion calme de cette crise, avec l'esprit frais, et en même temps, des esprits qui s'échauffent au sein de l'Assemblée nationale. Les esprits s'échauffent, Mathieu, et...
Pardon, je vous ai coupé ? Allez-y. Les députés écologistes annoncent le dépôt d'une motion de censure pour dénoncer l'impréparation du gouvernement.
Delphine Bateau, est-ce que vous allez la voter, cette motion ? D'abord, pardonnez-moi, mais je voudrais revenir sur le point météo. Parce qu'il y a aujourd'hui une inquiétude sur une nouvelle vague de chaleur.
Et je voudrais expliquer que même si elle n'est pas extrême et qu'elle est beaucoup moins grave que la précédente, ce qu'on peut souhaiter, nos organismes sont très fatigués. La nature est dans un état critique. On commence à avoir des problèmes pour la ressource en eau.
Donc là, moi, ma préoccupation, c'est qu'est-ce qu'il faut faire là, maintenant ? Qu'est-ce qui est utile et de comprendre l'urgence dans laquelle on est par rapport au risque que des canicules extrêmes se produisent à nouveau cet été ? Je vais vous répondre.
Mais moi, il y a trois choses qui paraissent devoir être faites là tout de suite. D'abord, mobilisation générale pour l'ombre et la fraîcheur, avec les moyens du bord. On a besoin de lieux de rafraîchissement où chacune et chacun puisse se reposer, puisse même dormir.
Deuxièmement, la question des personnes vulnérables. Les bébés, les enfants, les personnes âgées, les femmes enceintes, toutes les personnes qui ont des problèmes de santé. Il doit y avoir une mobilisation des bénévoles, des collectivités territoriales pour les protéger et pour veiller sur ces personnes.
Et troisième chose, les mesures que doit prendre l'État, qui a fait preuve d'une impréparation grave. C'est une faute grave. J'ai été la première à le dénoncer, le retard qu'a eu le gouvernement à prendre au sérieux la vague de chaleur qui arrivait.
Et donc là, il faut s'occuper en particulier de prendre des mesures de précaution pour assurer notre sécurité en eau tout au long de l'été 2026. Donc une fois que j'ai dit ça, moi je ne vois pas quelle est l'utilité d'une motion de censure. Vous parliez d'impréparation il y a quelques secondes.
Le gouvernement a commis, je l'ai dit, j'ai été la première à le dire, le gouvernement a commis une faute professionnelle. Pourquoi vous dites ça en fait ? Parce qu'il a fait preuve d'une impréparation incroyable.
Alors que ce type de vague de chaleur figure dans tous les rapports scientifiques sur l'impact du changement climatique, que ces rapports scientifiques, excusez-moi, que ces rapports scientifiques ne parlaient pas d'une hypothèse, mais bien d'une certitude concernant ce type de vague de chaleur extrême. Ça c'est la première chose. Et la deuxième, c'est qu'une fois qu'il y avait les alertes Météo France, il n'a pas pris au sérieux ce qui arrivait.
Et donc il a eu un retard d'engagement des moyens de gestion de crise. Et son message, ça a été en gros, responsabilité individuelle, buvez de l'eau, on se repose sur les élus locaux, etc. Donc, excusez-moi, mais pour répondre à votre question, donc oui, il y a une faute du gouvernement.
Les Français jugeront, le gouvernement devra rendre des comptes. C'est normal qu'il y ait, par exemple, une commission d'enquête parlementaire, mais une motion de censure, je ne vois pas ce que ça apporte d'utile, là, maintenant. Et à mes yeux, même, c'est contre-productif, dans le sens où ça aggrave le caractère irréel et la coupure qu'il y a entre la vie politique et ce que vivent les Françaises et les Français, qui sont dans un moment d'inquiétude par rapport à la prochaine vague de chaleur.
Oui, Delphine Bateau, le premier épisode caniculaire qui a marqué les esprits, c'était 2003. On est aujourd'hui en 2026. Ça a choqué parce qu'il y a eu le mois de mai et puis il y a eu le mois de juin.
Mais avant ça, il y avait eu 2019-2023. Et entre 2003 et 2026, il y a eu 2012. Vous avez été ministre de François Hollande.
Et vous parlez d'impréparation, mais on peut vous renvoyer la question. Qu'est-ce que vous avez fait à ce moment-là ? Vous avez démissionné, peut-être ?
Non, je n'ai pas démissionné, monsieur. Vous avez quitté votre poste un an tout à l'heure. Je n'ai pas démissionné.
J'ai été, monsieur, je n'ai pas démissionné. J'ai été limogée par François Hollande pour avoir refusé les coupes budgétaires sur l'écologie. Pour les raisons précises de ce que nous sommes en train de vivre.
C'est-à-dire que si on veut refaire, moi, ce n'est pas refaire le débat d'il y a plus de 10 ans. Je ne suis pas sûre que ça intéresse les téléspectatrices et les téléspectateurs. Mais puisque vous l'abordez, puisque vous l'abordez, le débat...
Vous avez tapé du point sur la table, vous avez sorti du gouvernement, pardonnez-moi. Mais comme ça, je pose la question. Pourquoi est-ce que vous n'avez pas été entendue ?
Vous m'avez posé une question, j'y réponds. Mais pourquoi est-ce que vous n'avez pas été entendue ? Je réponds à votre question.
Il y a plus de 10 ans, j'ai refusé la décision du gouvernement de ne pas investir dans la lutte contre le changement climatique, de ne pas investir dans l'écologie. Précisément parce que j'avais conscience de ce que disent les scientifiques et du fait qu'on doit baser les décisions de la démocratie sur les faits établis par la communauté scientifique à l'échelle internationale. Donc j'avais extrêmement conscience de deux choses.
Premièrement, le problème des impacts du changement climatique et deuxièmement, les conséquences sur le porte-monnaie des Françaises et des Français de la flambée des énergies fossiles parce que rien de ce qui s'est passé depuis 10 ans n'était imprévisible. Simplement pour pousser la question, vous n'avez pas été entendue. Comment est-ce que vous l'expliquez ?
Il faut demander à ceux qui m'ont renvoyé du gouvernement. Ce n'est pas à moi qu'il faut le demander. Mathieu, Mathieu.
Je reviens simplement sur la passe d'armes à laquelle on a assisté entre Cyril Châtelat, la présidente du groupe, et le Premier ministre hier. Vous parlez de l'impréparation du gouvernement. Est-ce que vous faites aussi un mea culpa en tant que député écologiste sur les chiffres qui ont été avancés par votre collègue Sandrine Rousseau, par votre homologue au Sénat, Guillaume Gontard, qui ont évoqué le chiffre de 10 000 morts de cette canicule quand les chiffres aujourd'hui communiqués par Santé publique France font état d'une surmortalité de 1 000 personnes, ce qui est déjà dramatique.
Alors, les chiffres de Santé publique France sont totalement partiels. Moi, je vais vous parler du terrain. J'avais ces dernières heures deux maires des Deux-Sèvres au téléphone et sur deux communes rurales des Deux-Sèvres, il y avait déjà trois morts.
Les funérariums et les pompes funèbres des Deux-Sèvres sont saturés. Donc, il est certain que le chiffre qui a été pour l'instant énoncé par Santé publique France va être largement dépassé. Je n'ai aucune idée de quel est le chiffre.
Ce que je sais, c'est que chaque mort est un mort de trop et que les gens ne sont pas des numéros. Ce dont on parle, ce ne sont pas des chiffres. Ce sont des personnes, ce sont des parents, ce sont des grands-parents.
Ce sont aussi des personnes jeunes qui ont eu, par exemple, un arrêt cardiaque. Donc, c'est normal que le pays veuille la transparence sur les chiffres, mais la polémique sur les chiffres, elle n'a pas d'intérêt à mes yeux. Regardez, Delphine Bateau, cette carte qui montre l'Europe qui est absolument écarlate.
On n'a pas encore la carte, mais elle va arriver. Cette carte qui est écarlate de l'Europe, qui est sous une situation de canicule, y compris l'Europe de l'Est, etc. Selon l'agence sanitaire de l'ONU, en 4 ans, il y a eu 200 000 morts, regardez cette carte, dues aux canicules.
Est-ce que ce n'est pas un peu facile d'accuser le gouvernement là ? Vous voyez ce que je veux dire ? Est-ce que c'est bien le moment de la politique, des chicaillats politiques ?
Je vous ai dit, moi, ma préoccupation, c'est qu'est-ce qui peut être utile, là, tout de suite, pour protéger les Françaises et les Français, et pour sauver des vies. Donc, clairement, la situation qu'on a vécue la semaine dernière, elle est indigne de la République. D'avoir des chambres d'hôpitaux où il fait 39, de faire passer le brevet des collèges dans des salles où il fait plus de 32 degrés, tout ça n'est pas normal, parce que cette situation, malheureusement, on la voyait venir.
Et donc, là, maintenant, une fois qu'on a dit ça, qu'est-ce qu'on fait là, tout de suite, pour assurer le nécessaire, si ça se reproduit au cours de l'été 2026 ? Et ça doit être notre seule préoccupation. Le temps viendra pour tirer tous les enseignements, établir à nouveau les responsabilités du gouvernement.
Les Français jugeront, mais là, maintenant, il faut agir tout de suite, et on a besoin d'une mobilisation générale de la société française. Vous dites que l'heure est plutôt à la mobilisation, justement, plutôt qu'au chicaïa et au...
Oui, parce qu'on n'est pas tiré d'affaires, pour l'ensemble de l'été. Donc, on n'est pas dans le temps d'une sorte de polémique politique sur le dos des Françaises et des Français, alors qu'on a des choses à faire tout de suite. C'est un peu la quadrature du cercle.
Emmanuel Grégoire parle de bricolage, on va bricoler des solutions. On sait qu'on est en difficile de 3 500 milliards, qu'on n'a plus un flèche, si j'ose dire. Donc, on va...
L'avenir n'est pas...
En fait, c'est l'inverse, parce que, d'un point de vue économique, les conséquences de ce qu'on vient de dire vont être monstrueuses. Sur l'activité, sur l'agriculture, la Cour des comptes a chiffré les dégâts du changement climatique entre maintenant et 2030 à 211 milliards d'euros. Donc, ce qui coûte cher et ce qui plombe l'économie, c'est de rien faire.
Merci beaucoup, Madame, d'être passée sur ce plateau.
Delphine Batho