Pascal Perrineau, politologue
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 70 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:19OuverteRéponse directe
Qu'avez-vous ressenti ou observé en regardant la passation de pouvoir hier soir à Matignon ?
- 1:10OuverteRéponse directe
Vous avez des éléments factuels ou vous en avez une intuition très forte ?
- 3:19OuverteRéponse directe
Est-ce qu'ils ont la même vision de cette cohabitation ?
- 4:17OuverteRéponse directe
Où est la majorité de Michel Barnier pour gouverner ?
- 7:12RelanceRéponse directe
Alors, justement, ça m'intéresse. Vous les avez faits ce matin ?
- 9:35OuverteRéponse directe
Quelle est la prochaine crise et qu'est-ce qui va la provoquer ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:35InvitéFait
« D'abord, le fait que c'était un Premier ministre qui n'allait pas se laisser faire. »
- 1:21InvitéFait
« Avec des premiers ministres issus de sa majorité directe, il ne peut pas se le permettre avec Michel Barnier. »
- 2:46InvitéFait
« Cet homme, on le présente toujours comme rigide, la statue du commandeur, etc. Hier, il n'avait rien de rigide. »
- 3:44InvitéChiffre
« Jusqu'à maintenant, c'était Pierre Bérégovoy, qui avait 66 ans. Là, on a un homme de 73 ans. »
- 5:12InvitéFait
« Le parti socialiste envoie un message en disant nous allons voter la motion de censure. »
- 7:26InvitéChiffre
« Le nouveau Front Populaire qui réclamait la majorité en a 193. »
Temps de parole
- Invité80 %
- Présentateur17 %
- ?3 %
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Tout de suite, la vite.
Bonjour Pascal Perrineau. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin. Je rappelle à nos auditeurs que vous êtes politologue, professeur de sciences politiques. Vous avez longtemps dirigé le centre d'études de la vie politique de Sciences Po, dont vous êtes président de l'association des anciens. J'ai tout dit. Alors, coexistence exigeante, qu'est-ce que ça annonce ? C'est peut-être avant cela, nous dire ce que vous avez ressenti ou observé en regardant la passation de pouvoir hier soir à Matignon.
Il y a eu des signes forts qui ont été envoyés dès la passation de pouvoir. D'abord, le fait que c'était un Premier ministre qui n'allait pas se laisser faire. Le ton de Michel Barnier montrait très bien, quand il a été un peu challengé, comme on dit, par le Premier ministre sortant, qu'il ne se laissait pas faire et que ça n'allait pas être, si vous voulez, le premier collaborateur du Président de la République. Ça n'est pas le chef de cabinet du Président de la République. Je suis sûr, par exemple, que son directeur de cabinet à Michel Barnier ne sera pas choisi par l'Elysée. C'est lui qui le choisira. Ça, c'est le premier point qui m'a fait.
Vous avez des éléments factuels ou vous en avez une intuition très forte ?
Non, non, c'est plus que de l'intuition. Voilà, c'est plus que de l'intuition. Ce qu'il aurait pu se permettre, et ce qui se permettait d'ailleurs, le Président de la République, avec des premiers ministres issus de sa majorité directe, il ne peut pas se le permettre avec Michel Barnier. Et là, les choses sont claires. Le deuxième point qui m'a frappé, c'est en effet le fait qu'il appelait à des changements et à des ruptures. C'est-à-dire, ça n'est pas une cohabitation classique où on nomme le chef de l'opposition. Ça n'est pas le chef de l'opposition, mais ça n'est pas non plus un homme issu de la majorité présidentielle. Donc, c'est une coalitation d'un nouveau type.
Il y a à la fois la volonté, bien sûr, de faire une coalition et une coalition plus large que celle de la majorité présidentielle, qui rassemble trois parties, le modem, horizon et renaissance. Mais en même temps, on voit très bien qu'au-delà de cette coalition, même si elle est exigeante, Barnier fera sentir sa musique personnelle. Il parle de changements et de ruptures. Et on le voit, par exemple, sur le terrain de la manière d'aborder la réforme des services publics, sur l'immigration, sur ce qu'il appelait jadis l'électrochoc d'autorité. Il sera certainement présent et fera entendre une musique qu'on n'entend pas forcément de la même manière dans la majorité présidentielle actuelle.
Et puis, moi, le troisième point, c'est un point plus personnel. Cet homme, on le présente toujours comme rigide, la statue du commandeur, etc. Hier, il n'avait rien de rigide et ça n'était vraiment pas la statue du commandeur. Il avait un humour à froid, un humour british, c'est normal puisqu'il a beaucoup négocié avec les Britanniques lors de la sortie du Brexit. Il a su se déboutonner. Il a su montrer qu'il y avait un homme avec ses valeurs. Il a parlé de sa mère, qui était une militante catholique de gauche. Il a parlé des valeurs de sa jeunesse. Il a parlé de son épouse. C'est un Barnier qui a donné une image qu'on ne lui connaît pas d'habitude. Et je crois que c'est lié à l'âge.
Là, hier, ce qui était étonnant dans la cour de Matignon, c'était que le plus jeune premier ministre de la Ve, Gabriel Attal, 34 ans, cédait la place à Michel Barnier, l'homme le plus âgé dans la fonction de premier ministre sous la Ve République. Jusqu'à maintenant, c'était Pierre Bérégovoy, qui avait 66 ans. Là, on a un homme de 73 ans. Et je crois que cet âge, ça vous apporte une certaine liberté. On sentait hier un homme indépendant, ayant une très forte liberté de ton et de comportement. C'est peut-être ce dont la France a un peu besoin.
Cette liberté, il va l'utiliser pour imposer son autorité dans la fameuse cohabitation dont vous parlez. Cohabitation qui vise autant le président de la République que l'Assemblée nationale. Est-ce qu'ils ont la même vision, justement, de cette cohabitation ? Parce que le président parle de coexistence exigeante. Michel Barnier, lui, il va peut-être inventer autre chose. Il ne va pas se laisser faire par Emmanuel Macron.
Non, non, il ne se laissera pas faire. Si vous voulez, la feuille de route, et on comprend de la part du président, c'est d'essayer d'inventer ce qu'il cherchait à inventer, d'ailleurs aussi avec Xavier Bertrand, et peut-être même avec Cazeneuve, c'était une forme de coalition parlementaire qui aille des franges de la gauche modérée, au fond, les hommes et les femmes de gauche qui refusent la mise sous tutelle de la France insoumise au travers du nouveau Front populaire, jusqu'au LR. Alors là, voilà, il faudra que du côté de l'omelette, du côté socialiste de l'omelette, on voit très bien que ça va être très difficile.
Parce qu'on le voyait dès hier soir, voilà, tout le parti socialiste envoie un message en disant nous allons voter la motion de censure. Donc ça va être difficile du côté de la gauche modérée. Mais du côté de la majorité présidentielle, dans ses différentes sensibilités, jusqu'au LR, en n'oubliant pas les hommes et les femmes qui viennent peut-être du gouvernement sortant, et les hommes et les femmes aussi de la société civile. Parce que la scène politique ne résume pas toutes les tendances de la société française. Il y a de quoi faire. Ça sera une tâche difficile.
Un premier test, c'est effectivement le choix du directeur de cabinet. Vous dites, vous êtes quasiment sûr qu'il va le choisir lui-même. Il ne se laissera pas imposer par Emmanuel Macron. Puis ensuite, c'est la formation du gouvernement. Le gouvernement, Emmanuel Macron va valider, il va signer les nominations. Mais qui va choisir ? Qui va imposer les ministres ? Qui va choisir, par exemple, un gouvernement resserré ? Un gouvernement technique ou pas technique ? Avec des personnalités de droite ? Ou alors des gens très très expérimentés ?
Alors, la personnalité de Michel Barnier et le ton qu'il a utilisé hier soir montre que c'est lui qui va être à la manœuvre. Certes, les décrets sont signés. C'est le président de la République qui va nommer. Mais, bien sûr, avec le contre-saint du premier ministre. Donc, le premier ministre a vraiment son mot à dire. Sauf peut-être, c'est toujours le cas, dans le cas de cohabitation, avec des postes comme le ministre des Affaires étrangères ou le ministre de la Défense, où là réapparaît la vieille notion de la Ve République du domaine réservé du président de la République. Le président de la République veut un homme ou une femme avec lesquels il est assez synchrone dans ces postes-là.
Mais au fond, sur le terrain de la politique étrangère et sur le terrain de la Défense, qu'est-ce qui oppose Michel Barnier et le président de la République ? Peut-être pas grand-chose. Donc, ça ne devrait pas poser problème. En revanche, sur tous les autres ministres, je crois que la parole sera avant tout une parole donnée au premier ministre Michel Barnier.
Où est la majorité de Michel Barnier pour gouverner ?
Là, il faut faire des comptes, quand même. Bien sûr, bien sûr. Je les ai faits ce matin.
Alors, justement, ça m'intéresse.
Alors, vous avez bien sûr les 47 députés des Républicains. Les Républicains ont fait de la résistance, de la résilience. Et ils ont tout de même 47. Mais enfin, c'est pas avec ça qu'on fait une majorité. Et ils vont le soutenir. Et ils vont le soutenir. Les choses sont claires. Les LR ne font pas, les Républicains, ne font pas ce que le Parti Socialiste a fait avec Cazeneuve. Ils soutiennent l'un des leurs. Voilà. Ensuite, il y a les différentes sensibilités de la majorité. Ça fait tout de même 166 députés.
Donc, on est à plus de 200.
Donc, on est à plus de 200. Je rappelle que le nouveau Front Populaire qui réclamait la majorité en a 193. Donc, on est déjà au-dessus du contingent, si vous voulez, que revendiquait le NFP. Et puis, il y a ensuite les petites rivières qui peuvent faire les grands fleuves. C'est-à-dire des groupes parlementaires comme Liotte. Liotte, ça réunit 22 députés. Il y a 7 non-inscrits. Et c'est là qu'on va voir le talent de compromis parlementaire dont peut être porteur cet homme qui a tout de même une incroyable expérience politique. Il a tout fait en matière de métier politique. De l'élu local, c'était le plus jeune conseiller général de France.
À une époque, le plus jeune député, jusqu'aux fonctions de premier niveau, deux fois commissaire européen, quatre fois ministre de la République. Bon, c'est un homme qui a de l'expérience. Et là, voilà, il va lui-même, avec de bons collaborateurs, essayer de faire ce que Michel Rocard, d'ailleurs, faisait en 1988. Lui non plus n'avait pas la majorité. Il avait à ses côtés un homme qui était chargé d'aller récupérer, en fonction de la teneur des projets de loi, un peu, parfois à gauche, un peu, parfois à droite, un peu, parfois au centre. C'est comme ça, si vous voulez, que l'on fonctionne dans la vie parlementaire. Or, qu'est-ce qu'on découvre ce matin ?
C'est que la Ve République, ce n'est pas simplement un régime présidentiel. C'est un régime parlementaire. D'ailleurs, la Ve avait été inventée par Michel Debré pour ce but. Michel Debré disait bien, on n'invente pas du tout un régime présidentiel, on invente un régime parlementaire. On y est. On y est.
Une dernière question, Pascal Perrineau. On a l'impression que, quand on nomme un Premier ministre, on quitte la zone des ennuis et des crises. Mais plusieurs crises se préparent. Quelle est la prochaine crise et qu'est-ce qui va la provoquer ? C'est ma dernière question.
Alors, il y a une crise qu'il faut qu'ils évitent. Ça a suffisamment tardé, ce gouvernement. Maintenant, il faut accoucher d'une équipe gouvernementale relativement rapidement. J'ai regardé au maximum ces huit jours. Mais en tout cas, il faut que les ministres de grande responsabilité allaient. Dans huit, dix jours, ils soient remplacés. Que les Français sachent à qui ils ont affaire. Ça sera peut-être fait lundi soir. Voilà. Ça sera peut-être fait lundi soir. On verra. Parce que la tâche n'est pas facile. Mais il y a une seconde crise qui se profile. C'est la motion de censure au Parlement.
Pour l'instant, en effet, le groupe le plus important au Parlement, à savoir le Rassemblement National, qui, avec ses alliés ciottistes, a plus de 140 députés. S'il allie ses voix avec la gauche, voilà, on arrive à la fameuse majorité absolue qui ferait tomber le gouvernement. Mais on n'en est pas là. Pour l'instant, le Rassemblement National a dit qu'il ne voulait pas faire tomber les gouvernements. Et j'ai regardé. Puisqu'il y a une majorité relative depuis 2022. Il y a eu 17 motions de censure. Jamais, dans aucun cas, l'ERN n'a associé ses voix avec LFI.
Pascal Perrineau, merci d'être venu éclairer cette arrivée de Michel Barnier à Matignon. Je rappelle le titre de votre dernier livre, Pascal, couronné du prix du livre politique l'an dernier. Ça s'appelle Le goût de la politique. Il est bien là, on l'a entendu ce matin. C'est paru l'an dernier chez Odile Jacob. À suivre le rappel des titres, la revue de presse et nos esprits libres. Aujourd'hui, Jean-Marie Colombani et Géraldine Vossner, Radio Classique.
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