Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewRMC· 4 janvier 2024 7 min

Inondations dans le Pas-de-Calais : L'interview de Xavier Bertrand

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous retrouvez Xavier Bertrand, bonjour. Vous êtes le président de la région Hauts-de-France. Et au fond, on vous lance ce matin un appel. On a entendu tout au long de cette matinale des témoignages, des témoignages d'habitants excédés, épuisés, découragés. Et vous appelez à des travaux d'urgence, mais d'urgence, comment, quoi ? Pendant même les crues, là, en ce moment ?

0:26
Xavier Bertrand

Les gens, vous l'avez dit, ils sont soit abattus, soit ils sont révoltés. Ils n'en peuvent plus. Ils n'en peuvent plus. Et puis, tous les habitants des Hauts-de-France se sentent terriblement solidaires. Depuis hier, on me dit, mais comment est-ce qu'on peut les aider ? Les élus sur le terrain font un boulot dingue. La Croix-Rouge est là, protection civile, tout ça. Mais les gens, ils me disent, on ne veut pas revivre ça, nous. On veut vivre tranquille, on a le droit de vivre tranquille. Et la seule façon, on le sait, c'est clairement que des travaux de prévention soient faits. Vous n'empêcherez jamais, Apolline, la pluie de tomber. Jamais.

Mais vous pouvez faire en sorte qu'elle s'évacue plus vite. Et puis, il y a aussi parfois des retenues d'eau. Alors, les travaux les plus urgents, c'est le nettoyage des cours d'eau. Et les cours d'eau, ils ont été encore plus abîmés, encombrés par les crues de novembre. Bon, on ne va pas attendre les beaux jours pour nettoyer ces cours d'eau. Sauf que sur ces cours d'eau, il y a un problème quand on veut nettoyer. C'est qu'il y a 10 ou 15 acteurs qui sont responsables du nettoyage des cours d'eau.

1:20
Présentateur

C'est-à-dire ? C'est quoi ? C'est des strates administratives ?

1:22
Xavier Bertrand

Oui, c'est ça. C'est des strates administratives où chacun a ses habitudes, fait son boulot. Mais sauf que là, on est dans une situation qui est une situation de crise comme on n'en a jamais vu de notre vivance, ce qui nous concerne. Et donc là, derrière, moi je le dis, c'est le préfet qui doit maintenant dire « Et maintenant, c'est fini les conneries. Chacun son précaré, on s'en moque. Et maintenant, on commence à mettre en place un plan de nettoyage. » Là, hier, j'étais à Terouane. On va y retourner ce matin, le ministre revient. À Terouane, on voit bien ce qui encombre le cours d'eau. Encore une fois, ce n'est pas ça qui aurait empêché de pleuvoir.

Ce n'est pas les deux agents communaux qui peuvent nettoyer ce cours d'eau. Il faut des travaux. Donc la question, c'est les travaux, qui les commande ? Qui les paye ? Ça commence quand ? Et c'est comme ça qu'il faut maintenant voir les choses. Est-ce que ce n'est pas vous, Xavier Bertrand, qui auriez dû le faire ?

2:11
Présentateur

C'est-à-dire que là, vous vous réveillez, vous dites « Ouais, y aï aï aï ».

2:14
Xavier Bertrand

La compétence en matière de gestion de l'eau, la gestion de l'eau. Mais qu'on me la file, la compétence. Je vais les prendre, mes responsabilités. Je vais les prendre. Déjà qu'on me tolère au bout de la table parce que je ramène ma fraise. Mais le vrai problème qu'il y a aujourd'hui, c'est que cette compétence-là, elle est assumée notamment par l'État et par des syndicats. Moi, s'ils ne veulent pas le faire, je suis prêt à le faire. Elle est assumée, mais mal assumée. C'est ce que vous dites, en fait.

2:35
Présentateur

Ils ne nous laissent pas faire, mais ils le font mal.

2:39
Xavier Bertrand

Et puis encore une fois, c'est une situation de crise. Voilà. Là, il y a une réunion que veut faire à nouveau le préfet. La semaine prochaine, moi, je dis, je pointe mon nez dans cette réunion à une condition. C'est qu'à la sortie de cette réunion, on dit commune par commune quand ça commence. Vous voyez, le nettoyage des cours d'eau, ce n'est pas ça qui va tout régler, mais sauf que vous permettez à l'eau de s'écouler davantage. Hier, Terwan, c'était le bon exemple. Je vais le montrer au ministre Béchut, qui vient ce matin. Ce ne sont pas les deux employés communaux, je le répète, qui vont pouvoir tout nettoyer. C'est des entreprises spécialisées.

Il y a des syndicats, ils ont enlevé bien évidemment les arbres qui étaient tombés dans les cours d'eau. Ce n'est pas ça, le nettoyage. Et puis, on a des travaux plus importants, mais les gens ne vont pas supporter qu'on dise « Brassez l'hiver, on ne peut rien faire ». Chez nous, comme ailleurs, janvier, février, mars, ce n'est pas les mois où il pleut le moins.

3:24
Présentateur

Il y a des travaux beaucoup plus importants à faire. Il y a des travaux beaucoup plus importants à faire. Et quand on regarde d'ailleurs ce qui a été fait aux Pays-Bas, par exemple, c'est-à-dire la question d'élargir le lit des cours d'eau plutôt que de construire des digues, c'est peut-être aussi vers ça qu'il faut s'orienter. Mais il y a quand même aussi un problème qui devient un problème de fond. Parce que comme vous le disiez, ça fait déjà maintenant deux mois que ça dure. On redécouvre au fond qu'il y a un triangle qui est particulièrement concerné par la montée des eaux entre Saint-Omer, Dunkerque et Calais.

Je résume, c'est quand même 7 à 19% de pluies supplémentaires qui sont attendues d'ici 2050. – N'oubliez pas le ventre, Yoha. – Exactement. Et puis le niveau de la mer qui augmente. Et puis la population qui également a augmenté dans cette zone qui a été gagnée sur la mer. Est-ce que vraiment, il ne faut pas se poser la question aussi d'un déplacement éventuel de population ?

4:13
Xavier Bertrand

– Non, la partie n'est pas perdue. Vous prenez à Blandec, en 2012, il y a eu des inondations très importantes. Je crois qu'à l'époque, il avait fallu évacuer 750 maisons. Les travaux ont été faits. Dix ans après, c'est moitié moins de maisons qui ont été évacuées, même si dans la nuit à Blandec, on a dû préventivement faire évacuer des habitations. Donc ça montre bien aussi une chose, c'est quand il y a des travaux, ça marche. Sauf qu'on ne peut pas attendre dix ans. Donc là, aujourd'hui, moi ce que je vais redire, encore une fois, c'est clairement, maintenant ça commence quand ? Et on fait quoi exactement ?

Et puis, vous savez, les ministres reviennent, mais on commence à avoir des maires qui disent « Eh, nous les ministres, on ne veut pas les voir parce que derrière, on veut que ça suive. On veut que ça suive, tenez-vous bien. » Le ministre de l'Agriculture, il est venu dans les bagages du président de la République en disant « On va faire une aide, tout ça. » Les maraîchers à Saint-Omer, vous savez, le maraîchage, c'est effectivement avec des plantations qui sont au niveau d'eau. Là, bien évidemment, tout est mort. Ah ben, ils attendent toujours qu'on leur parle d'indemnisation.

Et pour les agriculteurs du Pas-de-Calais, on leur avait dit la main sur le cœur, vous allez voir, vous allez être aidés par l'État. Là, on est en train de leur dire « Ben, attendez, ça va plutôt être une avance de trésorerie qu'une aide. » Non, mais on se fout du monde. On se fout du monde. Moi, je vais vous dire un truc, les ministres, je ne sais pas s'ils sont en attente de leur remaniement, qui viennent s'installer avec armes et bagages et leurs administrations, et qui viennent s'installer pas pour quelques heures, mais pendant quelques jours, pour régler les problèmes. Ou alors qu'on me file des responsabilités, je les prendrai les miennes.

5:35
Présentateur

Et dans ces cas-là, vous dites que vous assumerez. Xavier Bertrand, vous savez quoi ? Cette question, je vais la poser directement à Olivier Véran, qui est l'un de ces deux ministres qui viennent aujourd'hui sur place. Olivier Véran, le porte-parole du gouvernement, qui sera mon invité dans 10 minutes sur RMC et BFM TV. Juste avant de vous rejoindre, Xavier Bertrand, j'ai bien compris que vous alliez l'accueillir de manière assez sèche, quoi. Sans mauvais jeu de mots.

6:00
Xavier Bertrand

C'est pas ça, je veux que ce soit réglé. Les gens, ils n'en peuvent plus. Il y a des élus municipaux, ils se font agresser physiquement. Il faut comprendre, les gens sont à bout de nerfs. Puis quand vous avez des enfants, dès qu'il pleut, vous devez répondre à la question, papa, maman, est-ce qu'on doit quitter la maison, quoi ? C'est non seulement une pression psychologique, physiquement, c'est pas simple. Il y a des gens qui ont dormi dans des salles des fêtes. Parce que ça a été mis à disposition, ils ne peuvent pas aller à l'hôtel.

J'ai vu, il y a soit des familles avec des personnes handicapées en fauteuil, des gens qui ont leurs animaux de compagnie pour seule famille, ils ne peuvent pas aller à l'hôtel. C'est ça, leurs conditions de vie. Et la tension, elle monte. Il ne faut pas laisser non plus les élus en première ligne. Donc quand des ministres viennent, il faut que ça suive derrière. J'ai beau avoir un préfet qui a compris la gravité de la situation, au bout d'un moment, il faut qu'à Paris, il lâche du lest et qu'il nous laisse décider, bon sang.