Les invités d'Apolline Matin : Vote, consommation, modes de vie… à quoi ressemble la société française aujourd’hui ? - 04/09
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Questions et réponses
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- 0:54OuverteRéponse directe
Les magasins Actions, qu'est-ce qu'ils disent aujourd'hui de nous ?
- 1:08OuverteRéponse directe
Qui va chez Actions ? Pourquoi ? Pour quelles raisons ?
- 2:02OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui unit encore cette France-là finalement ?
- 2:37OuverteRéponse directe
Et il reste encore du désir de collectif ?
- 3:03OuverteRéponse directe
La nostalgie c'est universel ?
- 4:10OuverteRéponse directe
On disait qu'il y a cette passion pour la musique du passé. Et d'ailleurs, ça se voit aussi dans les chiffres des radios.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:00PrésentateurChiffre
« C'est aujourd'hui officiellement l'enseigne préférée des français. »
- 1:03PrésentateurChiffre
« Et pour la quatrième année consécutive. »
- 5:48Locuteur non identifiéChiffre
« En 2024, trois millions de air fryer ont été écoulés en France. »
- 7:46Locuteur non identifiéChiffre
« On se rend compte que les équipements de tourisme, type via ferrata, soit l'élastique mur d'escalade, ça donne un taux de vote RN 9 points en dessous. »
Temps de parole
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Vous
écoutez RMC.
Et on voulait savoir à quel point elle était. Et puis aussi essayer de trouver les points de convergence. Ce qui fait que nous sommes encore unis. Le commun qu'il
y
a entre nous les français. Et pour ça on s'est dit qu'on allait partir effectivement des gestes quotidiens. Des objets, de lieux, de choses toutes bêtes.
C'est un peu mythologie qui était quand même un des livres phares des années 70. Sauf que là vous l'avez totalement remis à l'ordre du jour. Avec notamment les magasins actions. Les magasins actions, qu'est-ce qu'ils disent aujourd'hui de nous ? Ils s'en ouvrent un à deux chaque semaine en France. C'est aujourd'hui officiellement l'enseigne préférée des français. Et pour la quatrième année consécutive. Ça dit quoi de nous ? Qui va chez actions ? Pourquoi ? Pour quelles raisons ? Qu'est-ce que ça a développé ?
Justement un peu tout le monde va chez actions. C'est une enseigne néerlandaise qui est en France depuis une quinzaine d'années. C'est assez récent. Ça fait quatre ans je crois que c'est l'enseigne préférée des français. Pourquoi ? Parce qu'actions, comme le savent je pense la plupart de vos éditeurs. Puisque tous les français sont rentrés dans un action. C'est un magasin de prix bas. De petits produits dont on a besoin. Mais aussi qui nous font plaisir. Donc ces actions c'est la manière dont ce qu'on appelait le hard discount il y a quelques années. En fait permet aux français de continuer un peu la fête consumériste. Le plaisir de la consommation. Et on trouve de tout chez actions.
Des produits ménagers mais aussi des pantoufles. Mais aussi j'ai vu hier un pèse bagage pour poser sa valise.
Beaucoup
de shampoing. Il
y
a à la fois le nécessaire et quelque part le futile.
Et
c'est ça qui marche dans la formule.
Alors
il
y a l'impression avec actions. Effectivement vous le dites tout le monde va chez actions. Il n
'y
a plus de consommation de classe en fait. Tout le monde fait un peu tout. Et en même temps vous dites finalement on a des français qui vivent de plus en plus dos à dos. Et vous mettez en comparaison la France urbaine, la France rurale, les propriétaires, les locataires, les diplômés, les non diplômés. Les centres-villes, les zones commerciales, la France du vélo cargo, la France de la voiture. Et qu'est-ce qui unit encore cette France-là finalement ? Là vous venez de lister les différents nous qui cohabitent en France. C'est pour ça qu'on en a fait le titre. Il y
a
une sorte de nuage de nous qui flotte au-dessus de la France. Mais on a envie d'aller plus loin en fait. Chaque personne au cours de sa journée va passer d'un nous à un autre.
C
'est ça. Et donc il reste encore du lien. Et il reste encore du désir de collectif. Sauf qu'il ne va plus nécessairement s'exprimer dans la politique. parce que les sujets politiques et idéologiques nous tendent, nous divisent. Mais en revanche dans une même journée,
on
va cohabiter avec des gens très différents de nous sur le plan social, économique, mais aussi sur le plan idéologique et politique, sur le plan identitaire et religieux. Et donc en fait, on est à la fois divisés et très réunis. Et ce qui nous réunit, ça va être l'humour, ça va être le rapport à la nostalgie, le rapport au temps.
Ça la
nostalgie c'est universel,
Arthur. Mais oui, ce livre est passionnant parce qu'en fait on se rend compte que moi je pense, et c'est un peu ce que montre votre livre, la France divisée c'est surtout les partis politiques qui sont divisés. Mais dans le détail, les Français c'est des individus qui ont des passions diverses, qui font plein de choses dans leur journée. Mais en soi, ils ne sont pas si divisés, ils ne se vivent pas si divisés que ça. Et c'est ce que vous montrez. Par exemple, moi j'ai adoré cette double page sur la nostalgie. Vous montrez qu'en fait, la chose la plus communément partagée par les Français,
c
'est la nostalgie. Mais qu'est
-ce
que ça veut dire la nostalgie ? Ça veut dire qu'on aime ce qui nous a reliés par le passé, donc on aime notre
histoire. C'est les
musiques sur lesquelles on a
dansé
ensemble.
Absolument, c'est autant Mike Brown qu'Astérix la nostalgie. Mais du coup, c'est nous-mêmes. Donc en fait, tout ça, ça nous lie. Et donc en réalité, il y
a
encore du commun. C'est fou ce truc. Oui, mais puis cette nostalgie, elle fait de nous un peuple très politique parce que ça veut dire que le monde tel qu'il va aujourd'hui et le futur ne nous est pas enviable. Et donc c'est aussi pour ça qu'on se tourne vers le passé. Ça veut dire que nous avons en commun la volonté de changer le cours des choses. Ce qui est quand même rassurant, ça veut dire que la politique au sens noble du terme nous plaît, nous intéresse, la chose publique nous intéresse, mais la façon dont elle est racontée par les politiques eux-mêmes ne nous intéresse pas.
La musique. Effectivement, on disait qu'il y a cette passion pour la musique du passé. Et d'ailleurs, ça se voit aussi dans les chiffres des radios. La radio Nostalgie est une radio qui a un énorme succès, toujours année après année. Et dans les musiques contemporaines, Gims, Vianney, ça c'est quoi ? C'est deux nous différents ?
C'est vrai qu'on s'amuse dans le livre à prendre des exemples tirés de la pop culture. Gims et Vianney en sont deux exemples apparemment opposés, alors que dans les cours de récré, savez-vous qu
'il
y
avait
des sondages sur les adultes, mais aussi sur les enfants et les adolescents ? Dans les sondages des personnalités préférées des enfants et des adolescents, Gims et Vianney remontent assez haut dans le classement.
Ça veut dire que pour le coup, qu'ils soient enfants de famille de droite ou de gauche, ils écoutent Gims, Vianney, qu'ils soient urbains ou à la campagne, ils écoutent Gims et Vianney.
Exactement, alors même qu'ils ont des images très différentes, et qu'on a l'impression qu'ils sont écoutés par des publics assez différents. On consacre aussi un article à la playlist des JO 2024. On se rappelle du moment Ayana Kamoura et la Garde républicaine, on se rappelle évidemment de la Marseillaise, de Céline Dion, et on se rend compte qu'avec cette playlist des JO, on ne mettra jamais tous les Français d'accord sur une seule chanson, que ce soit de la variété des années 60 ou la French Dutch, mais cette variété
créée aussi une certaine diversité. Et Gims et Vianney,
ils ont aussi travaillé ensemble, donc ils ont réconcilié en quelque sorte, comme vous le dites. Deux
Français sur trois, vous le dites, c'était
la
phrase de Giscard. Quand vous gouvernez,
il faut deux Français sur trois. C'est la promesse de VG. Les
politiques ne le font pas, Vianney et Gims le font.
Ce qu'on mange, et alors la passion du air fryer. Est-ce que vous pouvez voir ? Alors moi, j'avoue qu'elle m'a complètement échappé, cette passion du air fryer. Alors, je continue à utiliser des vieilles cocottes, mais justement, dites-moi ce que ça dit de moi ou de nous.
Un seul chiffre peut éclairer cette passion. En 2024, trois millions de air fryer ont été écoulés en France. Trois millions, ce n
'est
quand même pas quelque chose d'anecdotique. Donc on va tous y venir un jour, moi
non plus, j'en ai pas, mais ça va arriver. En fait, il y avait
la Startup Nation, là on vous décrit la Air Fryer Nation.
En fait, voilà ce qu'a
réussi Macron. On est dans la nation du sang. C'est-à-dire que nous, les Français, vous parliez des mythologies de Barthes précédemment. De Roland Barthes. De Roland Barthes.
Un petit
livre de poche que je recommande. Il avait listé les passions françaises des années 50, à la fin des années 50. Il y avait le steak et les frites. Il y avait le lait et le vin. Et désormais, on est dans une nation où on mange moins de viande. On ne
va
pas manger gras, donc les frites sont au air fryer. Le lait, on en est venu au lait végétal. Et le vin, il faut en consommer beaucoup moins, parce que, figurez-vous, ça ne serait pas bon pour la santé. Donc on est passé de cette nation de Barthes à cette nation du sang qui fait...
Du sang, au sens où on se prive, au sens quoi ?
SANS, au sens où on va retirer tout ce qui pourrait être mauvais pour nous.
On
enlève. On est dans une forme d'hygiénisme aussi,
à travers le air fryer. On va peut-être vivre
plus longtemps, mais on va s'amuser beaucoup moins. Je suis assez d'accord avec vous.
Et en même temps, c'est vrai que dans le air fryer,
il
y a aussi l'idée que les Français continuent à adorer faire la cuisine, mais ils ont beaucoup moins de temps qu'avant, notamment les
femmes. Mais ils
ont de quoi dépenser, parce que le air fryer,
c
'est quand même un
investissement. Ce n'est pas
cher. Non. Une trentaine d
'euros.
Une
trentaine d'euros
pour le air fryer de base. Cette statistique hallucinante que vous révélez, c
'est
quand il
y a
des infrastructures de sport nature, genre acrobranche ou mur d'escalade, on vote statistiquement moins RN dans les villages de France.
Comment
vous arrivez
à cette statistique ? 10%
d'écart, quand même. Mettez un acrobranche dans vos... Vous avez changé
d'air... En fait, c
'est une question quoi ? Je
vais expliquer
la
méthode... D
'investissement dans les services
?
C'est exactement ça. Je vais expliquer la méthodologie qui est un peu complexe. On a juste croisé le taux d'équipement en service, en commerce dans les villages de moins de 1000 habitants et le vote RN aux dernières européennes. Et là, en croisant ces données, on se rend compte que les équipements de tourisme, type via ferrata, soit l'élastique mur d'escalade, ça donne un taux de vote RN 9 points en dessous. Mais ça veut juste dire que ce sont des zones touristiques, des zones riches et dynamiques.
Et
donc, ça explique pourquoi le vote RN...
Le sentiment d'être effectivement plus exclu de cela pourrait conduire aussi à un vote RN. Globalement, alors qu'on est à l'aube de cette année très politique, au fond, votre constat, c'est aussi que les politiques n'arrêtent pas de dire qu'on est au bord d'une guerre civile, d'une France extrêmement divisée. Vous, vous n'êtes pas d'accord avec ça
?
Ah non, c'est pas qu'on n
'est
pas d'accord, c'est que tout est vrai. C'est-à-dire que les Français sont des êtres humains, ils sont des êtres ambivalents. Et on l'a dit, dans une journée, on passe d'un nous à un autre. Et parfois, on va côtoyer un nous qui nous déclenche.
Donc, on
ne peut pas réduire la France à cette France d'opposition. Elle est aussi cette France de partage ?
Elle est les deux, effectivement. Et on l'a encore vu cet été, le Tour de France, au bord des routes. On l'a vu au moment de la Coupe du Monde. On l'a même vu au moment de l'éclipse solaire. On s'est réunis pour assister au mois d'août à cette éclipse. Donc, on est à la fois dans le conflit et la réunion, dans cette envie de partage, et cette trouille de se taper les uns sur les autres.
Merci beaucoup à tous les deux. Je recommande la lecture de votre livre « Nous, les Français ». Il vient de paraître aux éditions Robert Laffont, Gérald Andrieux et Jean-Laurent Casséli. Merci de nous avoir dressé ce portrait de nous-mêmes, cet autoportrait des Français.